AU BANQUET DK SAINT-QUENTIN
trines religieuses, c'est de réaliser la séparation de ces deux mondes : le monde civil et politique et le monde religieux, pour lequel je conçois d'ailleurs qu'on ait infiniment de respect. Celui pour lequel nous sommes faits, pour lequel nous devons tout donner, nos facultés, nos efforts, notre vie, c'est le monde moderne ; le monde qui repousse la domination théocratique, le monde qui entend, non pas satisfaire seulement les intérêts matériels, mais les intérêts politiques, c'està-dire ne relever que d'une autorité de droit humain ; le monde qui a soif de science, de vérité, de libre arbitre, d'égalité, ce qui arrive à la déclaration et à la pratique des devoirs sociaux par l'émancipation et la glorification de la personne humaine considérée dans le plus humble comme dans le plus élevé. (Applaudissements.)
Mais cette réforme dans l'éducation et cette distinction à apporter entre l'enseignement religieux et l'enseignement laïque se relient elles-mêmes à la solution d'un autre problème depuis longtemps posé : la séparation de l'Église et de l'État.
Je ne trouve pas opportun de nous entretenir des phases différentes que cette question a parcourues ; mais je veux, en passant, appeler votre attention de républicains intelligents et pacifiques sur le côté démocratique de la question du clergé.
Il y avait autrefois dans la vieille monarchie française un grand clergé, fidèle à des traditions d'indépendance religieuse et nationale. L'Église de France avait toujours su se tenir audessus des prétentions ultramontaines ; par là, elle avait imposé le respect au monde entier.
Eh bien I cette Église a disparu, parce que, sous prétexte de lutter contre les principes de la Révolution, mais en réalité par instinct de domination, le haut clergé s'est, peu à peu d'abord, mais bientôt exclusivement, recruté parmi les représentants de la doctrine romaine toute pure ; de sorte qu'aujourd'hui il n'y a réellement plus de clergé français, au moins dans ses rangs supérieurs. Toutefois, il reste encore une por-
lion du clergé qui pourrait nous donner une idée de celui de Tancienne France : c'est le bas clergé. Le bas clergé î On Ta appelé ainsi parce que, comme un esclave entre les mains de ses maîtres, il est tout à fait en bas : c'est le plus humble, le plus résigné, le plus modeste des clergés. Le bas clergé, a c'est un régiment, — a dit en plein Sénat un hautain cardinal ; — quand je parle, il faut qu'il marche, »
Je n'ai jamais lu sans un mouvement de colère cette impérieuse parole. Oui, je suis acquis à la libre pensée, je ne met^ rien à Tégal de la science humaine, et cependant je ne puis m'empêcher d'être saisi de respect et d'émotion quand je songe à ces hommes dont on parle avec tant de hauteur et qui constituent le bas clergé. Non , je ne suis pas froid pour l'humble desservant, pour cet homme qui, après avoir reçu quelques notions très-courtes, très-incomplètes, très-obscures, rentre au sein de ces robustes et saines populations rurales dont il est sorti. Tenant à la fois du paysan et du prêtre, il vit au milieu d'elles, il voit leurs luttes difficiles et rudes pour l'existence. Sa mission est d alléger leurs souffrances; il s'y emploie de toute son âme ; il les assiste et les console. Dans les dangers et les périls de l'invasion, j'en ai vu se montrer patriotes ardents et dévoués; ils appartiennent à la démocratie, ils y tiennent, et s'ils pouvaient se laisser aller aux confidences, plus d'un se reconnaîtrait démocrate et républicain.
Eh bien, messieurs, c'est ce clergé des campagnes qu'il faudrait élever, qu'il faudrait affranchir, qu'il faudrait émanciper, dont il faudrait former le clergé tout entier, aûn de l'arracher au rôle et à ta servitude que désigne ce mot cruel bas clergé. Vous voyez donc bien que, loin d'être les ennemis du clergé, nous ne demandons qu'à le voir revenir aux traditions démocratiques de ses aînés de la grande Constituante, et s'associer comme le reste des Français à la vie d'une nation républicaine.
le le répète, je jette cette idée en passant.
Je reprends, et je dis que l'nvenir dépend chez nous du