DISCOURS DU CITOYEN LODIS BLANC
Hei cben coneiloyeiu.
C'est une belle et noble cbose, c'est une habitude de tout point conforme an ^nie d'un peuple libre que la célébration paisible des anniversaires qui rappellent une victoire du droit.
Ces fîtes de l'esprit servent à mesurer, sur la route des idées en marche, la distance parcourue et i estimer la distance qui reste encore à parcourir.
Elles mettent en lumiâre la valeur traditionnelle des principes qu'elles glorifient.
Elles perpétuent la mémoire de ceux qui en furent les apAtres, les défenseurs ou les martyrs.
C'est donc un jour heureusement choisi pour l'inauguration du monument consacré à Ledru-RoUin que celui qui réveille le souvenir de la révolution mémorable dans laquelle |il joua un si grand rt\e.
Quand elle éclata, cette révolution, il n'élûi certes pas un homme nouveau. D anit déjà marqué sa place k l'avant-^rde du parti républicain ; il s'était fait un nom au barreau comme avocat et dans les procès politiques comme orateur ; en 1832, sa consultation sur l'état de siège, et en 1854 son mémoire sur les massacres de la rue Transnonain avaient produit une sensation profonde ; élu en 1839 par les électeurs républicains du second collège du Mans pour occuper à la Chambre le poste resté vacant par la mort de Gamier Pages aîné, il avait acquis par l'éclat de son impétueuse éloquence, non pas, il est vrai, l'influence parlementaire que valut à son prédécesseur un étonnant mélange d'babileté et de franchise, de finesse et de force, mais ce genre d'influence qui, à une certaine hauteur, prend le nom de popularité. Tout concourait donc à d<=signer Ledm-RoUin comme
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un des hommes que la République acclamerait, à l'heure du triomphe.
On sait que cett*; heure Fut amenée par Ja célèbre campagne des banquets. Dans ceux de Lille et de Dijon, où la démocratie dominait, ou retrouva comme les battements de cœur dû jeu de Paume, et la nouvelle s'en répandit, d'un bout de la France à l'autre, avec la rapidité, avec le bruit de la foudre. A Lille, Ledru-Rollin avait dit : < Parfois le» flaques d'eau du Nil desséché, les détritus en dissoluticm sur ses rives apportent la corruption et l'épidémie ; mais que l'iDondation arrive, le fleuve bal a jera toutes ces impuretés, et sur ses bords resteront des germes de vie nouvelle, n
C'était annoncer la révolution et en dire la cause.
A Rome, lorsque les empereurs l'eurent avilie, il j avait eu des prodiges de lâcheté. On avait entendu, par exemple des sénateurs féliciter Nérou, assassin de sa mère, et les courtisans a[^laudirquaiid il renversa d'un coup de pied dans le ventre sa femme Poppée, alors enceinte de quelque futur maître du monde. Eh bien, la cormptîiHi fut pendant le règne de Louis-Philippe ce qu'avait été la Uchelé i l'époque des Césars, et Ledru-Rollin caractérisait la situation par des images aussi justes que vives, lorsqu'il montrait les i impuretés t de la monarchie au moment d'être balayées par ce grand fleuve : le peuple.
Les drconstances qui signalèrent la chute de Loois-Pbihppe soûl connues. La royauté avait été à ce point minée par la corruption poli* tique qu'elle tomba, sans qu'un violent elTort eilt été nécessaire pour la renverser. Epuisée, elle s'affaissa sur elle-même ; elle mourut de l'impuissance de vivre. (ApplaudùsemenU.)
Ledru-Rollin avait sa place marquée d'avance dans le pouvoir nouveau : non seulement il eu fit partie, maïs il en fut un des membres les plus influents et les plus actifs. Ce sera donc rendre i sa mémoire l'hommage qui lui est dû que de rappeler en quelques mois les services du gouveritement dont il partagea les travaux et les périls.
Hais n'y a-t-il pas immodestie de ma part i le faire, puisque enfin — et c'est l'honneur de ma vie — j'ai participé, moi aussi, à ces travaux et couru ces périls î Je m'arrrèterais, peut-être, devant une pareille crainte, si toute considération secondaire ne devait pas s'elTacer, dès qu'il s'agit de défendre contre le démon de la calomnie uue des plus glorieuses époques de notre histoire, {fifg applaudittemenU.)
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Que le gouveniement provisoire de 1848 ait commis des fautes, qu'il n'ait pas eu assez de foi dans la puissance de son principe, qu'il ail quelquefois manqué de hardiesse, dans un moment où il fallait tout oser ; que l'eiagâration de certaines idées en ait masqué à ses yeux la profondeur, et qu'une peur Irréfléchie du socialisme l'ait entraîné à des mesures regrettables, je serais mal venu à le nier, puisque j'ai appartenu il ce qui, dans le gouvernement provisoire, était alors la minorité ; mais ce que j'ai le droit d'affirmer, et ce que j'aifirme, avec l'autorité d'un homme qui n'approuva pas toujours ce qui fut fait, c'est que le gouvernement de 1848, si l'on prend l'eii- ^emble de ses actes, peut soutenir la comparaison avec le meilleur qui ait jamais existé. (Bravo».}
Oui, l'histoire. dira que son désintéressement fut absolu; qu'il déploya un calme impertubable au milieu d'un immense conflit de passions déchaînées, qu'il respecta la liberté jusque dans l'abus effroyable que ses détracteurs en faisaient contre lui ; qu'il fit preuve, à l'égard de ses ennemis, d'une générosité dont l'excès a été mis au nombre de ses fautes ; qu'il s'arma uniquement de la raison servie par la parole; qu'il se maintint au sommet d'une société houieuse, sans avoir eu un seul instant recours à |]a force, sans s'être une seule fois abrité derrière des juges, des soldats, des gea^ de police, des gendarmes ; qu'aucune mère n'eut à lut demander un fils mourant loin d'elle, par delà les mers, et qu'il n'eut jamais, Inî, à amnbtier personne , n'ayant jamais proscrit personne. ( Vive l'am' nittie.)
Et ses actes î Quels furent ses actes 7 Je vais le dire :
Il fonda le suifrage universel.
Il abolit l'esclavage.
Il Bupprima la pûne d» mort en matière politique.
Il prépara un plan d'éducation universelle et gratuite.
U étendit l'institution du jury.
Il affranchit la presse de toute entrave.
U proclama le droit au travail.
11 inaugura le grand mouvement de l'assodation.
Il organisa U représentation immédiate de la classe ouvrière.
U donna une tribune officielle au prolétariat.
A quelle époque et dans quel pays trouvera-t-on un pouvoir qui, en deux mois, ait rendu autant de décrets dictés par l'amour de la liberté et le souci de la dignité humaine? Les ■ considérants i qui les précèdent, ces décrets, forment, a dit Schceldier, — je répète le root
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sans hésiter parce qu'il est vrai, — le plus beau des traités de morale. (Bravo! Trèt bien!)
Avons-nous avancé ou reculé, depuis? Regardez en airiàre, mes chen condtoyene, ensuite autour de vous, et décidez !
Que si maintenant aux résultats de l'action collective des membres du gouvernement provisoire, on ajoute ce que Ledm-RoUin fil comme ministre de l'intérieur, on aura une idée de ce que lui doit le peuple.
Et d'abord, la République était h installer dans les départements. Ledni-Rollin pourvut à cette nécessité par l'envoi de commissaires dévoués i la cause qui venait de triompher. Croirait-on que la réaction lui en fit un (»'ime7 Comme si le remplacement de fonctionnaires violemment hostiles au régime nouveau n'était pas, de toutes les mesures, Ij plus urgente ! comme si l'on vit jamais un gouvernement prendre pour agents ses ennemisl (Vif» applaudiisemetits.)
{1 est vrai que, dans ses instructions aux commissaires, il avait employé ces mots ; « Vos pouvoirs sont illimités. * Pourquoi f Parce qu'il savait, ainsi qu'il le déclara du haut de la tribune dans son célèbre rapport du 7 mai 1848, que la responsabilité morale qui accompagne l'exercice d'un grand pouvoir en prévient et en corrige les ibuB. ■ Trop 5Ùr,hélas! que la République avait ailàire i, des ennemis implacables, il avait pris un ton sév&re, précisément pour n'avoir pas & adopter de sévères mesures. D'ailleurs, est-ce que ces mots : n Vos pouvoirs sont illimités 1 n'étaient pas expliqués dans la circulaire, même de façon à leurâter tout caractère inquiétant? Est-ce qu'elle contenait, cette circulaire contre laquelle la mauvaise foi éleva Unt de clameurs, on mot, un seul mot qui fAt un appel à la violence? Et, de fait, quelle atteinte portèrent^ils donc aux droits des cito^ns, ces teirlbles proconsuls aux I pouvoirs ilhmités i f De quels actes arbitraires se rendirent-^s coupables? De quelles familles vioIèrent4ls le sanctuaire? Quelles victimes envoyèrent-ils à Cayenne ou à Nouméa? Ceux qui, dans cette occasion, se firent les champions du style mesuré étaient les mêmes qui, à qudque temps de là, écrivaient : « 11 n'y a qu'un argument i oppasv aux républicains: le fusil ou la fourche. »
Or, pendant que les ennemis de la République épiaient, impalîoits et farouches, l'occasion de la discuter à coups de fusil, voiâ de quelle manière Ledru-RoUin, lui, les combattait : il répondait 1 leurs invectives &i les dédaignant ; il en appelait de leurs calomnies i la puissance de la vérité ; il mettait de vastes salles à la disposition des dubs, sans distinction de ceux où sa politique était maudite et de ceux <A elle était vantée ; il ouvrait i l'expansion de lapensée une carrière iudéfinie
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et, apprenant un jour que la foule meiiaçait de briser les presses d'un journal ennemi, il courait les protéger eu personne. (Sensation).
Un trait manquerait à ce portrait de Ledru-Mlln, à j'oubliais de dira que dans ce tribua il y avait quelque chose de la nature d'un artiste. Ledm-Rollin aimait les arts parce qu'il les comprenait. Son cabinet d'aTocat renfermait quantité de bronzes, de tableaux, de dessins. Il possédait la première pensée de Prudhon pour uil célèbre tableau du Louvre: La Jvxtice et la Vengeance poursuivant le crime, dessin superbe oii le peintre, mieux inspiré encore que dans sa peinture, avait ébauché les figures sublimes d'une justice ailée traînant des criminels devant la justice assise et impassible. Le goût de LedruRollin pour les arts lui fit prendre des mesures excellentes. U ordonna d'estampiller à nouveau les objets d'art déposés au Louvre; d'inventorier, au nom et pour le compte de la République, des ouvrages innombrables soustraits jusqu'alors i b légitime curiosité des travailleurs. Il fit mettre en état d'être facilement communiquées au public des richesses redevenues nationales, et notamment dix mille dessins réunis va paquets à la chalcographie du Louvre et dont la plupart des artistes ne soupçonnaient même pas l'eiistenee.
Ce fut lui qui, sur la proposition du directeur des beaux-^rts, et après mûr examen des cartons qui lui furent soumis, décida que le Panthéon serait décoré par Chenavard de peintures en camaïeu, représentant la biograf^e du genre humain et ses transformations successives à travers les Ages, depuis les lerops héroïques jusqu'à nos jours. {Bravo.)
Par cette décision, Ledru-Rollin se conformait i l'esprit et aux décrets de l'Assemblée constituante qui, le 4 avril 1798, avait dédié aux grands hommes le temple de Sainte-Geneviève, à peine achevé, et l'avait converti en Panthéon. £t certes, la décoration eût été digne du moaument. Sur les murailles de ce temple, dont l'ardiitecture est si robuste, si puissante, si flàre, on aurait vu se dérouler, au lieu des faibles inuges d'une dévotion surannée, la procession de tous les dieux et demi-dieox antiques, personoifiant les forces de la nature; le cortège des héros, des pbèten, des philosophes, des artistes ; celui des chevaliers du mojei>ige, la marche triomphale de la Renaissance, et enfin les plus illustres parmi les contemporains de Molière, de Cornue, de Voltare, de Jean-Jacques. Puis, au-dessous de ces panath^ées augustes, qui eussent remph la frise du monument, sur les murs divisés en nimpartiments par des colonnes engagées, le peintre devait reb'acer les pnncipaux événements de l'histoire humaine, ceux qui caracténseat sous des formes sensibles, et par des personnages en action, les âges de
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la tb&Knitie, de la poésie, de la philosophie, de la suenc*. (Oit ap' plaudU.)
L'exécution de ce plan ^ndiose, commencée atec ardeur, ne fat abandonnée que le jour où la réaction triomphante arracha le Panthéon aux grands hommes pour le donner à des i^anoines.
Pas plus que l'art, la littérature ne fut étrangère aux préocenpations de Ledm-Rollin, préoccupations auxquelles se mêla toujours U pins vive sollicitude pour le peuple. Ainsi, avec le même aèle qu'il mettait i armer et i équiper la garde nationale, il s'attachait k faire entrer les masses populaires en partage des jouissances manies qui élèvent l'âme. De là ce beau d&ïret dn 25 mars 18i8 qui autorisait H. Lockroy, commissaire du gouTemement près le théâtre de la République, à d<mner gratuitement des représentations nationales dans lesquelles les ouvrages des maîtres de U scène française déniait être interprétés par l'élite des artistes du théltre.
Mais Ledni'Rollin fit plus et mieux que cela pour le peuple : il lui donna le sulTrage universel.
L'idée n'était pas nouvelle assurément ; elle avait toi^ours figuré dans le Credo des républicains ; elle avait été propagée par tous les écrivains de la démocratie, et la première pensée des membres du gouvernement provisoire de 1848, un de leure premiers actes, fut de prodamer le suffrage universel. Hais c'est & Ledru-RoUin, comme ministre de l'intérieur, qu'échut la tâche et revient l'honneur de l'avoir organisé.
Et de cwnbîen de révoltes i main armée, de combien de réaislances sanglantes, de combien de malheurs n'a pas été de la sorte laiie la source!
On vante de nos jours la sagesse du peuple : cet éloge est mérité.
On admire le calme méprisant qu'il (^ posait, hier encore, aux provocations les plus irritantes : cette admintion est fondée.
On a dit : Quel merveilleux changement 1 Ce que les républicains demandaient autrefois il l'insurrection, ils ne l'attendent plus ai^onid'hui que de la loi : le constraste est frappant, en effet.
Mais on se tromperait si l'on attribuait exclusivmient ce changement, si Von faisait exclusivement honneur de cette sécurité, à l'apostolat d'une politique nouvelle.
Le peuple est sage, parce que le suflrage universel lui i fourni le moyen de l'être.
Il ne se bat point, parce qu'il vote.
Il respecte la loi, parcequ'il la fait.
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C'est donc au suiïrage universel, proclamé et organisa en 1848, qu'est dû ce nouveau mode de procéder dont on se félicite avec taut déraison. (Approbation.)
Supposons que le suiTrage universel fût supprimé, ou tkussé d'une manière permanente, ou systématiquement désobéi, est-ce que la nation se résoudrait, pour rester calme, à devenir esclave ? {Non f non l)
Ah I si cela devait être : si le peuple se croisait les bras, faute d'avoir encore dans le suffrage universel l'instrument supr^.me des progrès pacifiques ; - si l'hËroïsme était à ce point passé de mode qu'il n'eiislât plus qu'à l'état de souvenir; si des républicains en étaient venus à ranger dans la catégorie des vertus surannées celle qui consiste i se dévouer, en quoi une semblable sagesse différerait-elle de U folie, et quel droit auraient à la liberté ceux qui n'oseraient rien risquer pour la défendre?
Je le répète : le suffrage universel donné pour base, en 1848, i nos institutions politiques, voilà le principe sauveur qui coupe conrtaui insurrections et aux émeutes, conduit aux progrès par des voies aussi sûres que régulières, et dispense de ces efforts violents, de ces brusques recours à la force, toujours déplorables, même quand ils sont nécessaires.
Donc, au gouvernement provisoire de 1848, et plus particulièrement à Ledru-Rollin, la gloire d'avoir, par l'établissement du suffrage universel, détrôné la violence et jeté les fondements d'un état social où l'ordre naît de l'exercice même de la liberté I
Comment parler de la Révolution de Février sans parler du grand mouvement intellectuel qu'elle détermina ? Pendant le règne de Louis- Philippe, au-dessous de la société ofBcielle agitée par de vains débats, il s'était formé, par une sorte d'édiange souterrain d'idées hardies et de sentiments généreux, une antre société aux progrès latents mais rapides. Ce qui échappait aux regards des « hommes d'Ëlat i, de pauvres travailleurs l'avaient vu du fond de leurs ateliers, à la lueur de la lampe fumeuse qui éclairait leurs veilles, et de je ne sais quelle alliance entre l'esprit de quelques profonds penseurs et l'instinct populaire était sorti cet ensemble d'idées nouvelles qu'on appela le socialisme.
Aosvi, avec quelle ardeur, dans ce congrès ouvrier, vrai piu-tement du travail, qui siégea au Luxembourg, les délégués des corporations discutèrent chaque question relative à l'amëlioratiop n orale, intellectuelle et physique du sort de tous ! Et combien leur abn^ation fut Lirau-iiouJN. — H W
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admirable ! Alïrouter des rancnnes toutes puissantes, courir an devant de la calonuiic, subir des persécutions sans dédommagements, s'exposer à perdre leur gagne-pain et à souffrir de la faim de leurs femmes, de la faim de leurs enfiinls, voil& ce que les délégnés du Luxembourg, pour remplir leur mission, pour accomplir leur devoir, avaient à faire et ce qu'ils firent. {Bravo I)
Ledm-Roliin fut-il insensible à la graudeur d'un tel spectacle, oa troublé à la vue du socialisme montant à son tour sur la scène du monde? Non. 11 avait l'esprit trop pénétrant, l'âms trop généroise pour ne pas comprendre ce qu'un mouvement de ce genre avait de grave et de légitime. Comme ministre de l'intérieur, il fut absorité par des préoccupations et des soins d'un caractère moins social que politique; mais si l'on veut le connaître tout entier, qu'on lise son ^iscours du 12 septembre 1348. Dans ce discours fameux, on l'entendit insister, avec une éloquence entraînante pour que le dndt au travail eût place parmi les droits que la Coustitulion allait consacrer. A l'appui de son opinion, il invoqua celle des hommes d'État de U Convention ; il rappela que Robespierre avait proclamé le drtnt au travail pour les hommes valides et le droit k l'assistance pour les inlirmes ; en termes d'une poignante ironie, il demanda si le malheureux qui mendie, faute d'emploi, était un membre du souverain, et il émut l'Assemblée jusqu'à la faire frissoimer, lorsqu'il s'écria : ( L'homme tient de la nature le droit de vivre. Que la société le lui reconnaisse dans le droit au travail, ou malheur i elle ! > {Profonde sensation.)
Du reste, Ledru-Rollin u'avait~il pas été un des fondateurs de la Réfmtne? N'avaitril pas fait partie, dans ce Journal, du comité directeur 1 N'avait-il pas signé le programme qui, rédigé par celui-là même qui vous parle en ce moment, portait ces mots : t Le but final de l'association est d'arriver à la satisfaction de; besoins moraux, intellectuels et matériels de tous par l'emploi de leurs aptitudes diverses et le concours de leurs efforts. Les travailleurs ont été eiclavts, ils ont été serfs, ils sont aujourd'hui salariés : il faut tendre ii les faire passer à l'état d'oisoctes. » t
Le temps et l'espace me manquent pour raconter l'histoire de Ledru-ltollin dans l'Assemblée constituante de 4848 et dans l'Assemblée législative qui suivit, depuis le jour où il entra dans la première jusqu'au jour oii il sortit de la seconde. Qu'il me suffise de dire que cette époque de sa vie n'en fut ni la moins utile ai la moins brillante. Rejeté dans l'opposition par la victoire du parti réactioanaire, il reprit,
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comme chef de la Montagne, le combat interrompu, et 1) défendit la Këpublique pied à pied avec une vigueur, avec un éclat incompnrables. Jiunais U tribune française n'avait retenti d'accents plus fiers, jamais nature d'orateur et de tribun ne s'était révélée par une réunion de qualités mieux appropriées à ce double rôle : noble visage, taille imposante, voix eipressive, geste animé, regard qui s'allumait au feu de la parole.
Ajoutez it cela le prestige d'une popularité qu'avait attestée son élection à la Législative par cinq départemenlB : la Seine, l'Allier, le Var, Saône-etrLoire et l'Hérault. La fureur de ses ennemis aurait sufS pour témoigner de sa furce. Cettefureur était ai grande qu'à Moulins il faillit être assassiné.
Ce qui est certain, c'est que son ascendant et son talent oratoire grandissaient de jour en jour, lorqu'il fut brusquement arrêté dans {sa carrière par un événement qui vaut d'être rappelé avec quelques détails.
Lorsque, an mois de mars 1849, l'Assemblée constituante avait consenti à l'envol d'un corps expéditionnaire dans les Etats romains, la République existait à Rome ; et, loin de viser à son renversement, l'etpédition devait avoir pour but de tenir en échec les puissances alliées du saint-siège. Mais telle n'était la pensée ni de Louis Bonaparte, alors chef du pouvoir exécutif, ni de ses ministres, ni du commandant de l'expédition, qui était uu légitimiste et un ultramontain. La façon violente dont le général Oudinot s'empara de Civita-Vecchia révélait un dessein sinistre. Rome s'inquiéta et s'agita.
Bientôt, i la nouvelle que le général Oudinot se mettait en marche avec 7000 hommes et du canon, la République italienne comprit qu'elle était menacée. Une dépêche da consul de France à Civita- Vecchia informa en ces termes de ce qui ce passait à Rome notre ministre des affaires étrangères : » Les nouvelles sont toutes à la résistance ; on travaille aux barricades ; on assure que le pont Saint- Ange et 1g Vatican sont minés ; les Français les plus exaltés de la colonie ont protesté contre l'occupation ; les portes de Rome sont ferroées, et il est défendu aux voyageurs de sortir de la ville. »
Cette dépêche était du 26 avril 1849, et, le 50 avril, le général Uudinot marchait sur Rome, bataillons eu armes et mêchc allumée. L'Assemblée fut indignée d'une politique qui nous faisait les ennemis de ceux dont nous devions être les libérateurs ; le 7 mai 1849,^Ue vota un ordre du jour ainsi conçu : t L'Assemblée nationale invite le gouvernement à prendre sans délai les mesures nécessaires pour que
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l'expédition d'Italie ne soit pas plus loDglompadëlouraéedeson but.*
Le surlendemain, 9 mai, de vifs débats s'élevèrent à l'occasion d'une lettre que, dans l'intervalle, Louis-Napoléon Bonaparte avait écrite au général Oudinot, et qui portait : « Notre honneur militaire est engagé. Je ne souCtrirai par qu'il reçoive aucune atteinte. Les renforts ne vous manqueront pas. » C'était compter pour rien l'ordre du jour du 7 mai : Ledru-RoUin s'éleva avec beaucoup de force et de véhé. mence contre cette insulte faite à l'Assemblée, et ce fut dans cette circonstance que, par allusion à ces mots de Louis-Napoléon Bonarparte : ti Notre honneur militaire est engagé r, il s'écria : t Ce qui est une honte dans l'histoire d'un peuple libre, c'est toute bataille qu'on livre pour étouffer la liberté, v
Louis-Napoléon Gt semblant de céder. Il envoya U. de Less^s k Rome avec une mission d'apaisement. Mais l'Assemblée constituante, dont l'existence touchait à son terme, n'eut pas plutôt quitté la scène, que, sans attendre l'arrivée de l'Assemblée législative, Louis-Napoléon intima au général Oudinot l'ordre d'attaquer Rome. Et quand la nouvelle législature, où la réaction était en force, se fut installée, qu'arriva^t-il ? On vit, diose scandaleuse, des hommes à qui la garde de la Constitution était confiée, en proposer eux-mêmes la violitit» -, Car, annuler l'ordre du Jour du 7 mai, désavouer M. de Lesseps, employer au renversement de la République romaine les forces envoyées pour la secourir, qu'était-ce donc, sinon violer avec audace cet article de la Constitution : a La République française n'ent reprendre aucune guerre de conquête et n'emploiera ses forces contre la liberté d'aucun peuple» ? {Vifs applavdUsements.)
Le Ji juin, Ledru-ltoUin, plein d'émotion, monte à la tribonc. Déjà le sang avait coulé sous les murs de Rome. Ledm-ltollin demande la mise eu accusation du président et de ses ministrea. Il va jusqu'à dire : i La Constitution est violée : Nous la défendrons par les armes. » Cette menacefit tressaillir l'Assemblée. Au dehors, l'agitution était terrible. Du 12 au 15, on sentit passer sur Paris comme un souffle orageux : le soufDe des révolutions. Lecomité des journalistes déclara la Constitution violée. Le comité àeaAmis de la Constitutùm lança un brûlant appel aux républicains. Ënmâme temps, on apprenait qu'il y avait des tentatives d'arrestation à domicile ; que des journaux allaient être suspendus ; que l'artilleiie de la garde nationale était dissoute ; que le général Changarnier avait dit : i Je me moque de votre Constitution... Je mettrai le feu à votre ville, i Ledni'Rollin fut entraîné dans ce mouvement. L'article 8 de la
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(kmsUtution confërail aux citojens le droit de s'assembler sans armes : il cru le moment veau d'user de ce drnt. La manifestation i laquelle il s'associa ëlail strictement légale ; elle reasemblail ea tout i celles qui ont lieu en Angleterre, lorqu'il y a désaccord entre le Parlement et le peuple. Les citoyens qui descendaient le long du boulefard en colonnes serrées lorsque, à la hauteur de la rue de la Paix, le général Changarnler les fit charger, étaient ahsolument sans armes. Ils étaient aussi sans armes, les représentants du peuple qui accompagnèrent Ledru-itoUin su Gonservatoire des Arts-et-Métiers. Le général Changamier put donc aisément faire contre eui, le 13 Juin 1849, ce que fit contre lut plus tard, le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte.
Et maintenant, libre aux adorateurs du succès de ne *oir dans la tailative avortée du 13 juin que le tort de son avortement I II est des défaites qui sont plus glaneuses que certaines victoires. Lorsque Caton est pour les vaincus, si les dieux sont pour les vainqueurs, tant pis pour les dieux I {ApplaudiitentenU prolongés.)
Du reste, l'insuccès de la journée du 13 juinne mit pas Ledru- Rollin hors de combat. Forcé de quitter son pays, où il ne devait revenir que longtemps après pour y paraître un instant sur la scène politique et mourir, il fit, avec les proscrits du 13 juin 1849 ce qu'avaient failles proscrits du 15 mai 1848, et ce que firent plus tard les proscrits du 2 décembre 1851. Tous, unis dans un même amour pour leur pays, ils le servirent avec une constance admirable, partout où l'exil les poussa, à Londres, à Genève, à Bniielles, intéressant le monde aux souiïnmces de leur chère patrie, affirmant la persistance de ses aspirations généreuses, propageant ses idées, vengeant son honneur.
Ah 1 ce fut alors qu'on vit combien est erroné, à force d'être restreint, le sens qu'on attache ordinairement à ce mot : la politique d'action. Car enfin ils n'avaient plus la znain dans les affaires publiques, ces proscrits ; leur besogne n'était plus ou n'était pas de préparer des victoires électorales, de gagner des batailles parlementaires, de mener à l'assaut du gouvernement des passions et des intérêts savamment enrégimentés, de faire un cabinet ou de le défaire, de combattre le pouvoir, ou de le défendre. Et cependant qui oserait prétendre que leur action fût nulle, qu'elle fût vaine ? {Bravog.)
Est-ce qu'ils n'agissaient pas dans l'acception la plus rigoureuse du mot, lorsqu'ils racontaient au inonde indigné l'histoire des violences et des ruses dont se composa le succès des ennemis de h République?
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Est-c« qu'ils n'agissaient pas, lorsque, disaot bien hsut ce qu'ra France on pouvait à peine dire tout bas, ils traçaient le tableau des crimes du 2 décembre, révélaient le secret des honteuses instigations (l'ob sortit la gurare du Mexique, dénonçaient l'affreuse et longue agonie infligée aux déportés de Cajenne, et mettaieut à nu les plaies de l'empire?
Est-ce qu'ils n'agissaient pas, lorsqu'ils prouvaient aux peuples que la France n'était pas morte ; que sa mort apparente n'était qu'on lourd sommeil, et qu'endormie monarchique elle se réveillerait républicaine? (Vifs applauditsemenU-)
Est-ce que c« ne fut pas un acte de Ledru-Rollin que la fondalion de ce vaillant journal : La voix du proscrit t
Est-ce que ce ne fut pas un acte de Victor Hugo, et le plus effectif, le plus grand de tous les actes, que la publication de ce livre magnifique et terrible : les Châtiments? {Vifi appUiudissementt.)
Pour moi, j'estime que les publicistes, les philosophes, les historiens, les poètes sont au plus haut degré des homme» d'action. (Trèt bien! Très bien!)
je m'assure que c'est agir que d'éclairer les esprits. Je n'admets pas, lorsqu'on aiHrme l'action de la foudre, qu'on nie celle du soleil.
Je dirai plus : Ce n'est point à leur effet immédiat que se doit mesurer l'importance des actes accomplis. Comme c'est la pensée qui, après tout, mène le monde, les vrais puissants de la terre sont ceux dont les idées créent les choses qui viendront, ceux dont l'esprit liaçonne la vie des générations futures; les vrais dominateurs du présent sont ceux qui l'ont fait lorsqu'il n'était encore que l'avenir. Les vivants auxquels on obéit ne font, bien souvent, quand ils commandent, qu'exécuter, à leur insu, les ordres silencieux de certains morts, et je sais tel penseur qui gouverne plus souverainement les hommes du fond de son tombeau que le plus absolu des monarques ne le fit jamais du haut de son trône. (Applaudissements prolongés.)
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DlSCOmS DU CITOÎEN HÉRISSON
C'est uae tâche bien diflicile que de rendre à Ledni-RoUin l'hommage qui lai est dA, après des maîtres commË Victor Hugo et Louis Blanc.
Je viens cependant l'essayer au nom du conseil municipal de Paris,
Dans l'accomplissement de ce devoir périlleux, je me sens soutenu tout à lu fois par la vive reconnaissance que nous gardons tous à celui qui a proclamé et oi^anisé le suffrage universel, et par mon ancienne, mon inaltérable admiration pour le grand tribun qui repose ici, et que la démocratie, qui a enfanté lajit d'orateurs, peut placer avec orgueil au premier raag.
C'est i Paris qu'il est né en 1807, au mois de février t C'est ici qu'il a vécu, qu'il a étudié et qu'il a grandi. Docteur en droit k l'âge de vingt ans, il se préparait aux luttes de la politique par des travaux encore vivants sur la législation civile et administrative du pays ; — il était déjà cclËbre par ses consultations et ses plaidoiries, lorsqu'il entra en 1857 dans l'ordre des avocats au conseil d'État et à la cour de cassation, où il trouvait le souvenir et les traces de Danton.
Député de la Sarthe en 1842, il n'est pas besoin de rappeler la place qu'il occupa Ji partir de cette époque parmi les républicains, et [{ucl orateur puissant les hommes énsi^iques de notre parti l'encontrèrent en lui.
bès le début, il se prononçait pour le suflrage universel, et il sera bien pennis de rappeler au bord de cette tombe les fortes paroles qu'il adressaitaux électeur* sensitaires du Mans :
t La souveraineté du peuple, disait-il, tel est le grand principe qu'il y a près de cinquante ans nos pères ont proclamé. Mais cette souveraineté, qu'est-elle devenue^ Reléguée dan.t les formules d'une con^ titiition, elle a disparu du domaine des faits. Pour nos pères, le peuple
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était la nation tout entière, diaque homme jouissant d'une part égale de di-oit politique...
■ Aujourd'hui, lepeuple est un troupeau conduit par quelques pritilégiés comme vous, comme moi, messieurs, qu'on nomme élecleu», puis par quelques privilégiés encore qu'on salue du titre de députés.
(1 Et si ce peuple qui n'est point représenlë se lève pour reTendiquer ses droits, ou le jette dans les cachots....
« Messieurs, ajoutait-il, la réforme électorale est le premier pas à faire ; sans elle tout progrès pacifique est iiupossible. Cette réforme, il la faut radicale : que tout citoyen soit électeur, que le député soit l'homme de la nation, non de la fortune, qu'il soit déstgué par sa vertu .»
Cette réforme, qu'il voulait radicale, il l'a accomplie tout entière . il y a à cette heure trente ans, au milieu des acclamations de celte héroïque population parisienne, dont les survivants ou les fils, pénétrés d'une vive gratitude, viennent aujourd'hui, en flots pressés, saluer pieusement sa grande mémoire.
Et nous, tes mandataires directs des divers quartiers de la capitale, nous ne sommes que l'écho afTaibli de ses sentiments, lorsque nous venons proclamer que ce grand citoyen a hien mérité de la patrie.
La r&iclion qui est toujours la même, et qui a si odieusement poursuivi Ledru-Rollin de ses abominables calomnies, critiquera peut-être la présence en corps des conseillers élus de la cité; car il est de mode, dans un certain monde, de prétendre que la révolution de Février, dont il fut l'un des principaux auteurs, a supprimé l'institution du conseil muuicipal parisien.
Il imporUï de rectifier celte erreur et de protester contre cette periidie.
Non, jamaii" aucune époque, les auteurs de cette révolution, les républicains, nos frères aînés, n'ont entendu priver Paiis de sa rej^ésentation légitime ; jamais ils n'ont pensé que cette noble ville, qui leur avait donné le spectacle de tous les courages, n'appartînt pas asx Parisiens. Jamais on ne les a entendus prétendre que Paris n'était qu'un assemblage incohérent da nomades dépourvus de tout sentiment municipal. C'est à l'empire, à l'empire seul que revient cet honneur.
Sans doute un décret du 27 février 1848, rendu par le gouvemement provisoire, a prononcé la dissolution du conseil municipal d'alors ; mais pourquoi Î.Parce que, étant le produit d'élections censitaires, il ne
pouvait, à aucun titre représenter la ville, au milieu ménie de la révolution, après la prochmation du suffrage univei^el; parce que, est-il dit dans un autre décret, son mandat, émanant du principe de l'électorat privilégié, avaitcessé d'Être valable.
Est-ce à dire pourcela que les droits de Paris aient été déniés? Non : on a prisa cette époque eiceptionnellc des mesures purement provisoires, et lorsqu'on a statué plus tard sur le régime des municipalités auxquelles on appliquait le principe de l'électoral universel, soit par le di'cret du 5 juillet, soit dans la constitution, bienqu'on réservât Paris et le département de la Seine pour une loi spéciale, on n'a jamais entendu les priver de leurrepr^entalion légitime.
Hais ai cette loi spédale ni la loi organique municipale ne sont venues, car, à partir du 10 décembre, jour funeste pour la France, nos malbeurs n'ont cessé de s'accroitre et la réaction de triompher.
Comment Ledru-Rollin et ses collègues du gouvernement provisoire auraient-ils pu nier nos droits municipaux après avoir établi le suffrage universel à tous les degrés ? Ne savaient-ils pas comme nous que c'est dans la commune ou dans la cité qu'il faut d'abord l'eiercer, que c'est là qu'il naît, qu'il travaille, qu'il grandit pour s'élever ensuite à des conceptions plus hautes? Ne savait-il pas qu'appliquer le suffrage universel au gouvernement de h municipalité, c'est-à-dire auï affaires de cbaque jour, c'était l'introduire dans l'intimilé même du peuple, le placer à son foyer, à ses cdtés, pour sa défense, par conséquent le fonder à jamais et le rendre indestructible ?
Non, nos devanciers n'ignoraient rien de tout cela, et nous n'avons à a[jporter que le témoignage de notre vive sympathie et de notre profond respect. — Nous l'apportons comme républicains, nous l'apportons comme démocrates, comme citoyens ; nous l'apportons aussi comme membres de la grande municipalité parisienne.
Et maintenant, n'attendez pas de moi, messieurs, que j'entreprenne l'histoire, c'est-à-dire l'éloge du celui qui a été pour beaucoup d'entre vous un glorieux compagnon de lutte et que je considère pour moi presque comme un ancêtre, ancêtre vénéré ilont j'ai dévoré les discours avec passion dans ma jeunesse, mais que je n'ai guère connu que dans les dernières années de sa lière et noble eitstencc.
L'exil nous l'avait arraclié au milieu mémo de ses plus beaux triomphes oratoires, alors qu'il semblait grandir encore; l'eiill'a séquestré pendant plus de vingt ans. 1870 lui a rouvert les portes de la patrie.
Puisque je parle d'exil, puisque j'en parle après les discours de
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deux grands exilés, en présence d'un grand nombre de maadalures de )a nation, puisque j'en parle ici dans ce cimetière, dans cette asile du repos, c'est-à-dire de la paix, qu'il me soit permis, parlant au nom du conseil municipal, de remplir un devoir et de rendre à Ledm-Rollin un dernier hommage, en invoquant le secours de sa puissante Toix.
La population parisienne compte encore bien des proscrits 1 l'étranger, ou détins dans des lies lointaines. La France n'a pas encOTe pardonné 1 tous ses eofuits ; ne sera-t-il pas bientôt temps d'entrer dans la voie de la pacification définitive? nous le croyons fermement, etc'est Ici qu'il convientdele dire en empruntant des paroles qui sembleront sortir de ce tombeau :
« n y a, disait-il après les fatales journées de juin, il y a un bit, c'est que le peuple avait faim, c'est que l'ouvrier sans ouvrage a pu facilement se laisser entraîner. Le peuple sans ouvrage, dans le besoin, a été soulevé. Le général Cavaignac vous l'a dit lni-mêmi<, b multitude a été trompée par des conspirateurs de la dynoitie et de la légilimité.
Il Eh bien, si comme nous le croyons, dos hommes ont pu être égarés, si l'on a pu abuser de leur misère pour les conduire à ta barricade, est-ce qu'il ne serait pas temps de penser à des paroles de demeure? est-ce qu'il ne serait pas temps de donner satisfaction à tant d'orphelins, à tant d'épouses, â tant de mères, à tant de familles qui souffrent?
K On a eu raison; la République n'a rien à gagner à des luttes personnelles, mais elleatout à gagner àdessentiments de fratemitc, de réparation.
<i Oui, rendons des défenseurs i la République en proclamant l'amnistie ! n
(Api^audissemetiU prolongée. — Yive Vamnintie !)
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