ORDRE DES DISCOURS
I Discours ou citotbii CiimEni
II DtscooKs DU ciTOtix Victoi Uoco m ' Disconns on citotkh Lodii Blirg
IV DteCODRS DU CITOTBtl HiBUSOH
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DISCOURS DU CITOTEN CRÉMKliX
Ledru-Rollin ! Le trentième aoniTersaire de la grande révolution de Février s'ouvre par un hommage à ta mémoire. Ton ombre plane sur cette patriotique réunion, sur cette foule immense assistant i la consécration de ton monument funéraire : elle se retrouve aux jours merveilleux où, après tant d'années d'un profond oubli, éclatait avec une immense joie le cri de : Vive la République I où la République prenait la place de l'empire qui l'avait si criminellement anéantie, de la royauté qui l'avait si misérablement foulée aux pieds.
Elle avait traversé les trois derniers jours d'une lutte décisive, et, calme an sein des orages, elle établissait, sans aucun souvenir des persécutions, le gouvernement provisoire, qui devait remettre au peuple la grande mission de constituer enfin, au sein de l'Europe agitée, le gouvernement de la nation par ta nation elle-même. {Vive adAetiott).
Amis qui m'éccutez, ce gouvernement que l'acclamation publique avait créé, ce gouvernement présentait à votre sanction les résolutions les pins dignes de la grandeur du peuple français : l'abolition de la peine de mort en matière politique, l'abolition de cette bonté qui s'appelait l'exposition publique, du carcan, l'abolition de cet infïme droit de rie et de mort qui s'appelle encore l'esclavage, l'émancipalion des noirs, dans nos lois civiles l'abolition du serment politique, et cette belle pensée de mon ami Caniot fondant une école spéciiile d'admini»tration et proclamant l'instruction gratuite et universelle.
Tout cela était merveilleusement approprié à cette nouvelle génération qui, dans l'égalité la plus complète, arrivait à l'urne électorale ouverte à tous les Français.
Et comme le peufile se montrait généreux, élevé! Pas une alterca-
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tion politique, pu un acte <le représailles, pas un cri contre ceux qnî s'appelaient nobles, pas un cri contre le roi, contre la famille rojale. Ce peuple avait trouvé de l'or, des bijoux, des sommes considérables aux Tuileries, il les portait i l'Hôtel-de-Ville ; — c'était le bien de l'Ëtat. Sans police, sacs année pour le contenir, ce peuple n'a commis aucun délit, il a respecté tous les droits. [ApplatidistanatU). A Is solennité d'aigourd'hui, vous comprenez que mes sourenirs se pressent eu foule. A cette f&te de la mort d'undes membres dn gou< Temement provisoire, se dressent devant nous d'autres images : Marie, Lamartine, Flocon, Harrast, tous entourez (cl de vos ombres vénérées l'ombre de Ledm-Rollin. Le gouvernement provisoire, c'était voua que la terre a déjà reçus dans ses profondeurs et dont la mémoire domine cette journée de deuil et de triomphe^ Nous ne restons plus que quatre; puissent nos noms, quand nous aurons qniHé la leire, prendre place à cdli des vdtres et dire li la France : « Chère patrie, K toi qui possèdes tout ce qui rend un pajs grand et illustre, toi qui « reprends d^i le rang qui t'appartient, donne un souvenir i ceux
• qui t'ont vue si bdle, si courageuse et si grande dans les jours d'é-
• preuve, i {Vive taualion.)
Pour toi, Ledni-Rollin, fu n'as vu que la lueur de notre résurrection républicaine de 1870, tu as salué son avènement, mais il ne t'a pas été donné de la voir s'établir- Tu as vécu dans la période des luttes, tu tu été à la peine, non à Vhtmneur. Hais repose en paix ; nous redirons sur ta tombe, qui la rappelle si justement, la part immense que tu as prise à la proclamation du suffrage universel, c'està^ire an triomphe définitif de la République, au triompbe de la liberté. (Apfiaudùiement» unanimes, — Vive la Bép^&fvei)
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DISCOURS W CITOTEN ^CTOR HUGO
Les gnmdei dates évoquent les grandes mémoires. A de certaines heures, les glorieux souvenirs sont de droit. Le 24 février se reflète sur la tombe de Ledm-Rollin. Cette date et cette mémoire se complètent l'une par l'autre; le 24 Février est le fait, Ledru-RolUn est rboffime. Est-il le seul? Non. Ils sont trois. Trois illustres esprits résument et représentent cette époque mémorable; Louis Blanc en est l'apôtre, Lamartine en est l'orateur, Lodru-Hollin en est le tribun.
Personne plus que Ledru-Rollin n'a eu les dons souverains de la parole humaine. Il avait l'accent, le geste, la hauteur, la probité ferme etfière, l'impétuosité convaincue, rafËrmation tannante et superbe. Quiuidlttonnéte homme parle, une certaine violence oratoire lui sied et semble la force auguste de la raison. Devant les hypocrisies, l«s tyrannies et les abjections, il est nécessaire parfois de faire éclater l'iudignalion de l'idéal et d'illuminer la justice par la colère. (Applaudi»- «entend. )
Il y a deux sortes d'orateur, l'orateur philosopbe et l'orateur tribun; l'antiquiti nous a laissé ces deux types ; Cicéron est l'un, Démosthènes est l'autre. Ces deux types de l'orateur, le philosophe et le tribun, l'un majestueux et paisible, l'autre fougueux, s'enlr'aident plus qu'ils ne croient ; teus deux servent le progrès, qui a besoin du rayonnement continu et tranquille de la sagesse, mais qui a besoin aussi, dans les occasions suprêmes, des coups de foudre de la vérité. [Brafxa répéta.)
l)e même qu'il a eu teules ks formes de l'éloquenee, Ledru-Rollin a eu toutes les formes du courage, depuis la bravoure qui soutient la lutte Jusqu'à la patience quisubit l'exil. Ne nonsplaignonspas, cesont là les lois de la vie sévère ; l'amour de la pairie s'afGrme par l'acceptation du bannissement, la conviction se manifeste par la persévérance ;
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il est bon que la preuve du co mbaltant boU faite par le proscrit. {Profonde tentation.)
Citoyens, c'est une grande chose qu'un grand tribun. Celait il j a quatre-vingt-dix ans Uirabeau ; c'était hier Ledru-RolJin; c'est aujonrd'faui Gambetia. Ces puissants orateurs sont les athlètes du droit. El, disons-le, dans le grand tribun, il y t nnbomme d'Ëtat.
Ledru-ïtollin suflit à le démontrer.
Ici il importe d'insister.
Deux actes mémorables domioeot la vie de Ledm-Rollin; ee sont deux actes de haute politique ; la liberté romaine défendue, le suffrage universel proclamé.
Ces deni actes considérables, si divers en apparence, ont au fond le même but, la paix. Je le prouve.
Prendre, dans un moment critique, la défense de Rome, c'était ômenler à jamais l'amitié de h France et de l'Italie; c'était garder eu réserve cette amitié, force immense de l'avenir. C'était acconpl-r, dans nue sorte de rayonnement fraternel, l'&me de Rome et l'tme de Paris, ces deux lumières du monde. C'était olTrir aux peuples ce magnifique et rassurant spectacle, les deux cités qui sont le double centre des hommes, les deux capitales-sœurs de la civilisation, étroitement unies pour It liberté et pour le progrès, faisant cause commune, et se protégeant l'une l'autre contre le Nord d'où vient )a guerre et contre la nuit d'oft vient le fanatisme. [Acclamations.)
NÔns traversons en ce moment une heure solennelle. Deux personnes nouvelles, un pape et un roi, font leur entrée dans la destinée de l'Italie. Puisqu'il m'est donné, dans un pareil instant, d'élever la voix, laissei-moi, citoyens, envoyer, au nom de ce grand Paris, un vœu de gloire et de bonheur à cette grande Rome. Lais^et-moi Ain à cette nation illustre qu'il y a entre elle et nous une entente absolue, une parenté sacrée, que nous voulons ce qu'elle veut. [Oui J Oui!) que son imité nous importe autant qu'à elle-même, que sa liberté fait partie de notre délivrance, et que sa puissance fait partie de noln prospérité. Laissei-moî dire enfin qu'il y a, à cette heure, une bonne fafon d'être patriote, c'est, pour un Italien d'aimer la France, et, pour un Français d'aimer l'Italie. [Vive l'Italie ! five la France !)
Certes, Ledru-Rollin avait un magnanimi) sentiment du droit et eu même temps une féconde pensée politique quand il prenait fait et cause pour Rome; sa pensée n'était pas moins profonde quand il décrétait le suH'ragc universel. lA encore il truvaillait, je viens de le dire, i l'apaisement de l'avenir. Qu'est-ce en effet que le suffrage. universel?
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C'est l'évidence faile sur U toIodU lutiouale, c'est )a loi seule bouvëndae, c'est l'impulsion à la marche en avant, c'est le frein à la roarulie en arrière, c'est la solution cordiale et simple des contradictions et dt s problèmes, c'est la fin à l'ainiuble des révolutions et des bjines. {Brnwu.) 1792 a créé le règne du |)euple, c'est-à-dire la République ; 18i8 a créé l'instrument du règne, c'est-â-dire le sufl'rage universel. Du cette fagon l'œuvre est indestructible, une révolution couronne l'autre, et le Droit de l'homme a pour point d'appui le Vote du peuple:
La loi d'équilibre est trouvée. Désormais nulle négation possible, nulle Intte possible, nulle émeute possible, pas plus du côté du pouvmr que du câtê du peuple. Conciliation, telle est la fin de tout. C'est là un progrès suprême. Ledm-Rolliu en a sa part, et ce sera son impérissable bomteur d'avoir attaché son nom à ce suITrage universel qui contient en germe la pacidcation universelle. {Vive adhésion.)
Pacification! 0 mes concitoyens I communions dans cette pensée diyine ; que ce mot soit le mot du dix-neuvième siècle, comme Tolérant:» a été le mot du dii-huitième. Que la Fraternité devienne et reste h première passion de l'homme. Hélas, les rois s'acharnent à la guerre ; nous les peuples, acharnons-nous à l'amour.
La croissance de la paix, c'est U toute la civilisation. Tout ce qui augmente la pais augmente la certitude humaine; adoucir les cœurs, c'est assurer l'avenir ; apaiser, c'est fonder.
Ne nous lassons pas de répéter parmi les peuples et parmi les hommes ces moli sacrés : Union, oubli, pardon, concorde, harmonie.
Faisons la paix. Faisons-la sous toutes les formes ; car toutes les formes de la paix sont bonnes. La paix a une ressemblance avec la clémence. N'oublions pas que l'idée de fiaternité est une; n'oublions pas que la paix n'est féconde qu'à la condition d'être complète et de s'appeler après les guerres étrangères Allianœ, et après les gueri'es civiles Amnistie. {Acclamatioju prolongées.)
Je Teux terminer ce que j'ai à dire par une parole de certitude et de foi, et j'ajoute, par une parole civique et humaide. Citoyens, j'en atteste le grand mort que nous lionorons, la République vivra. C'est devant b mort qu'il faut affirmer la \ie, car la mort n'est autre chose qu'une vie plus haute et meilleure. La République vivra parce qu'elle est le droit, et parce qu'elle sera la concorde. La République vivra parce que nous serons cléments, pacifiques et fraternels. Ici k majesté des morts nous environne, et j'ai, quant à moi, le respect profond de cet horizon sombre et sublime. Les paroles qui constatent le progrès humain ne troublent pas ce lieu auguste et sont i leur place
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panni les tombeaux. 0 fivaDts, mes frères, que la tombe soit pour nous calmanle et lumineuse! Qu'elle nous donne de bons conseils I Qu'elle éteigne les haines, les guerres et les colères ! Certes, c'est en prés^ice du tombeau qu'il convient de dire aux hommes : Atmei-Tous les uns les autres, et ayez foi dans l'avenir 1 Car il est simple et juste d'invoquer la paix là oà elle est étemelle et de puiser l'espéraDce !ï où elle est inlinie. {Acclamations immeruet. Crû de: Vive /'amntsde/ vive Vicl&r Hugo l vive la République !)
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