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DISCOURS PRONONCÉ A LA FÊTE D'INAUGURATION

DE L'ARBRE DE U LtBERTË AU CUAMP-tffi-HARS. tSÎ aura 1S48)

CiTOTEMS,

je VOUS remercie, au nom du gouvernement provisoire, d'avoir eu la pensée de renouveler ici un grand souvenir, celui de la fédération de 1790.

Ces remercîmenls, je ne vous les adresserai pas seulement au nom de la France, maïs au nom de l'Europe, mais au nom du monde entier.

Ce théâtre de la fédération, ce Champ-de-Mars, rappelle un glorieux passé : la France divisée en vastes, en aristocraties, en provinces, venant à l'appel du peuple de Paris, abjurer sur l'autel de la pairie les vieilles haines et les ressentiments séculaires, pour ne faire qu'un peuple, le peuple français! (ApplaudissemenU énergvines.)

11 est un autre souvenir, celui du champ de mai, où la nation menacée par l'invasion étrangère, où le peuple indigné se leva pour défendre sa nationalité. A cette époque, l'Europe trompée, subissant la volonté de ses maîtres, a cru que nous voulions l'envahir, et nous avons eu Waterloo !

Et aujourd'hui , nous lui répondons — sublime réponse — en lui envoyant la liberté.

Notre révolution s'est accomplie en trois jours, et son

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14 retentissement sera tel que l'Kurope peut, dès aujourd'hui, se déclarer libre

Les deux rives du Rhin retentissent de l'appel aux armes de rAUemagne, lasse d'un joug odieui.

L'Autriche, ce pays de plaisirs, que Metternich traitait comme une autre Venise, l'Autriche se réveille tout à coup, et proclame son indépendance. Les autres pays suivront l'exemple que nous avons donné, et bientôt disparaîtra, sous le soufQe populaire, la poussière des trônes, où s'endormait l'oisivelé des rois. {ÀpplaudmemeiUs.)

Nous avons le droit d'être fiers, je le répète, car à la défaite de Waterloo nous n'avons plus à opposer qu'un cri de délivrance et de liberté!

Salut à toi, arbre I glorieux symbole de cette délivrance et de cette liberté!

Salut à toi ! je le prédis avec bonheur : à cette place, où il y a soixante ans on venait fraterniser au nom de la liberté, à cette place nous verrons bientôt se ranger autour de toi les députations du monde entier ! autour de toi viendront se grouper, unis dans une commune étreinte et dans un commun amour, les membres si longtemps divisés de l'a grande famille humaine, que la grande famille française aura associée à sa liberté et à son triomphe!

Nous sommes forts aujourd'hui parce que nous nous appuyons sur la liberté, sur vous, travailleurs intelligents, qui avez fait la révolution et qui voulez qu'elle porte ses fruits. {ÂpplaudissemeTUs.)

■Maintenant, mes amis, retournons à nos travaux, et que nos voix confondues répètent ce cri qui a retenti au cœur du monde : Vive la République 1 {Yifi applaudmementt.)

Amis, avaut de vous quitter, je désire dire un mot qui devra trouver de l'écho. La vue de ce monument glorieux, de cette école militaire, me rappelle qu'on a manifesté des craintes sur la présence à Paris de quelques régiments.

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Je proleste de toutes mes forces contre des sentiments de méflance indignes de la générosité française.

Il n'est pas possible de scinder ainsi le peuple et l'armée.

Le peuple, c'est l'armée; l'armée, c'est le peuple! Qu'est-ce que l'armée? n'est-ce pas la portion du peuple la plus généreuse? lu sang de notre sang? Qui donc, dans ces temps de corruption et de honte que nous subissions naguère, conservait encore les traditions de l'honneur? l'armée, l'armée seule! (Applaudissentents.)

N'est-ce pas elle qui représentait la vieille gloire de la France, dans les plaines, dans les montagnes d'Afrique?

Sans elle OD aurait pu croire que la France était dégénérée !

Sans elle d'insolents rivaux auraient pu croire à l'impunité de l'outrage!

Donc, gloii-e à l'armée !

Oui, mes amis, gloire à elle! car elle s'est rappelée en février qu'elle était peuple, et elle n'a pas voulu tirer sur le peuple.

Vous avez vu comme moi ces soldats désolés qui nous faisaient voir qu'ils ne voulaient pas combattre des frères.

Plus de soupçons, plus de défiances. D'ailleurs, que peuvent faire trois ou quatre régiments? On croirait que vous pouvez avoir peur, vous si forts I vous si grands !

Pour moi, mes amis, et c'est mon unique pensée, j'y soDge tous les jours, je ne serai content, je ne serai heureux que lorsque j'aurai vu dans un grand banquet, sur ce même Ghamp-de-Mai's, l'armée, la garde nationale et le peuple fraterniser.

L'armée n'a pas besoin d'être amnistiée, elle est vous, vous êtes elle: fraternité entière entre nousl

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INSTRUCTION CIRCULAIRE

ADRESSÉE COUHB MINISTRE DE LMNTËREDR

X coHiuiiHM Di u airciLiQrB Dîna us dëfartihiiits, sut u coscoont A rolTsn tàH m aqi ÉucnoNS a l'AHEDiii hatioiuu.

Cttoten COHMISSAIRE,

Nous louchons aux élections : encore quelques jours, et le peuple français tout entier, usant de sa souveraineté s! glorieusement reconquise, proclamera le nom de ses mandataires. Â la \eille de ce grand acte de sa toute-puissance, il est utile que le gouvernement, né de la révolution, chargé de conserver intacte et pure la victoire populaire, expose une dernière fois sa pensée à ceux qui le représentent et le défendent sur toute la surface de la Répu' bliqne.

Déjà je vous l'ai dit : des élections dépend l'avenir du pays. Sincèrement républicaines, elles lui ouvrent une ère brillante de progrès et de paix ; réactionnaires ou même douteuses, elles le condamnent à de terribles déchire* ments. Votre constant effort a donc été, doit être encore d'envoyer à l'Assemblée nationale des hommes honnêtes, courageux et dévoués jusqu'à la mort à la cause du peuple.

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Mais ici se présente une question que les partis ont dénaturée, et sur laquelle il convient de s'expliquer sans faiblesse et sans réticence. Le temps des ruses o.t des fictions est passé ; nous sommes assez forts pour fitre vrais.

Le gouvernement doit-il agir sur les élections, ou se horncr à en surveiller la régularité?

Je n'hésite pas à répondre que, sous peine d'abdiquer ou même de trahir, le gouvernement ne peut se réduire à enregistrer des procès-verbaux et ù compter des voix; il doit éclairer la France, et travailler ouvertement à déjouer les intrigues de la contre-révolution, si, par impossible, elle ose relever la têle. .

Eft-ceà dire que nous imitions les fautes de ceux que nous avons combattus et renversés? loin de là. Ils dominaient par la corruption et le mensonge, nous voulons faire triompher la vérité ; ils caressaient l'égoïsme, nous faisons appel aux sentiments généreux; ils étoulTaient l'indépendance, nous lui rendons un libre essor ; ils achetaient les consciences, nous les affranchissons. Qu'y a-t-il de commua entre eux et nous?

Mais c'est précisément parce que leurs odieuses pratiques ont profondément altéré les mœurs des classes officielles, qu'il est nécessaire de parler haut et ferme et de détruire les semences d'erreur et de calomnie répandues par eux si

Quoi I nous sommes libres d'hier ; il y a quelques semaines encore, nous subissions une loi, qui nous oi^onnait, avec amende et prison, de n'adorer, de ne servir, de ne nommer que la monarchie; la République était partout représentée comme un symbole de spoliation, de pillage, de meurtres, et nous n'aurions pas le droit d'avertir la nation qu'on l'avait égarée I nous n'aurions pas le droit de nous mettre perpétuellement en communication avec elle pour lui ouvrir les yeux ! Hommes publics, sans prévoyance et

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sans foi politique, nous laisserions insulter notre drapeau ! nous nous exposerions à l'ensanglanter dans une guerre civile, pour n'avoir pas osé le déployer librement !

Non, nous ne mécoDoajtrons pas à ce point notre devoir. Apôtres de la révolution, nous la défendrons par nos actes, DOS paroles, nos enseignements. Vigilants et résolus contre ses ennemis, nous lui conquerrons des partisans en la faisant connaître. Ceux-là seuls qui ne la comprennent pas peuvent ta redouter.

Ces principes, citoyen commissaire, tracent la ligne de votre conduite. S'il vous était possible de vous multiplier, d'être partout à la fois, de mettre h chaque heure votre pensée en contact avec la pensée publique, vous ne feriez rien de trop. Digne missionnaire des idées nouvelles aaxquelles le monde appartient, vous prépareriez leur paciGque avènement. Ce qu'il y a de praticable dans cette laborieuse tâche doit être accompli par vous, par vos amis, par vos écrits, par vos discours; répandez la lumière à Qots. Qu'à tous les yem brille dans son éclat majestueux la grande et noble figure de la République régénérant l'humanité par sa puissance morale, effaçant les distinctions des classes, appelant tous les citoyens à la réalisation politique du dogme de la fraternité, dégageant le travail et l'intelligence des entraves qui l'étouffent, faisant enBn de notre admirable France la plus libre, la plus heureuse, la plus forte des nations 1

Ainsi s'exerce votre influence : l'intimidation et la violence provoquent les révoltes; la corruption dégrade et ruine le pouvoir; l'enseignement viril est la seule arme dont puissent se servir tes chefs révolutionnaires du peuple ; elle leur suflît pour triompher de tontes tes résistances.

Mais, afin que cet enseignement soit fécond, puisez vos inspirations aux sources vraiment populaires ; que partout des réunions soient organisées. Que chacun* même le plus

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humble, soit mis en demeure d'y produire sa pensée. Dieu, qui seul a connu si longtemps les misères du peuple, seul aussi connaît les trésors de bon sens et de moralité que recèlent les masses ; brisez la couche épaisse qui les enfouit encore.

Ainsi profondément et pacifiquement remué, le pays, malgré le peu de temps qui lui a été laissé pour se reconnaître, pourra distinguer ceux qui méritent l'insigne honneur de le représenter. Dans toutes les occasions où vous serez appelé à te guider, pénétrez-vous de celte vérité, que nous marchons vers l'anarchie, si les portes de l'Assemblée sont ouvertes à des hommes d'une moralité et d'un républicanisme équivoques.

Ceux qui ont accepté l'ancienne dynastie et ses trahisons, ceux qui limitaient leurs espérances à d'insignifiantes réformes électorales, ceux qui prétendaient venger les mânes des héros de Février, en courbant le front glorieux de la France sous la main d'un enfant, ceux-là peuvent-ils être les élus du peuple victorieux et souverain, les instruments de la révolution ?

Votre conscience a répondu. Quelle confiance peuventils inspirer, ceux dont le cœur ne s'est point ouvert aux soufirances du peuple, et dont l'esprit a si .longtemps méconnu ses droits et ses besoins?

Me regarderaient-ils pas eux-mêmes comme un défi à la révolution que des hommes qui ont attaqué, calomnié la révolution, devinssent aujourd'hui les organisateurs de ta constitution républicaine ?

Eh bien I puisque le choc impétueux des événements leur a subitement dessillé les yeux, soit ! qu'ils entrent dans nos rangs, mais qu'ils n'aspirent ni à nous commander, ni à nous conduire. Qu'ils marchent à l'ombre du drapeau du peuple, mais qu'ils ne songent pas à le porter. A la moindre secousse, leur âme se troublerait, et, revenant

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malgré eux aux engagemenls-de leur vie entière, ils afTaiiiliraient la représenta lion nationale de toutes les incertitudes, de toutes les transactions familières aux opinions chancelantes etau)^ dévouements d'apparat.

Que le peuple s'en défie donc et les repousse. Mieux vaudraient des adversaires déclarés que ces amis douteux.

Citoyen commissaire, ce qui fait la grandeur du mandai de représentant, c'est qu'il investit celui qui eu est revêtu du pouvoir souverain d'interpréter et de traduire l'intérêt et la volonté de tous.

Or, celui-là seul en usera dignement, qui ne reculera devant aucune des conséquences du triple dogme de la liberté, de l'égalité, de la fraternité.

La liberté, c'est l'exercice de toutes les facultés que nous tenons de la nature, gouvernées par notre raison.

L'égalité, c'est la participation de tous les citoyens aux avantages sociaux, sans autre distinction que celles de la vertu et du talent.

La fraternité, c'est la loi d'amour unissant les hommes, et de tous faisant les membres d'une même famille.

De là découleut : l'abolition de tout privilège, la répartition de l'impôt en raison de la fortune, un droit proportionnel et progressif sur les successions, une magistrature librement élue et le plus complet développement de l'institution du jury, le service militaire pesant égaleiuect sur tous, une éducation gratuite et égale pour tous, l'instrument du travail assuré à tous, la reconstitution démocratique de l'industrie et du crédit, l'association volontaire partout substituée aux impulsions désordonnées de l'égoïsme.

Quiconque n'est pas décidé à sacriGer son repos, . son avenir, sa vie, au triomphe de ces idées, quiconque ne sent pas que la société ancienne a péri, et qu'il faut en édifier une nouvelle, ne serait qu'un député tiède et dangereux. Son inlluence compromettrait la paix de la France.

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J'ose croire, citoyen coramissaire, que ces pensées sont les Tdtres, et qu'elles trouveront en vous un interprète sîtr et dévoué. J>aissez-moi vous dire que vous ajouterez à l'autorité morale des résolutions qu'elles vous inspireront, en donnant l'exemple de l'abnégation personnelle et de la réserve dans la rcctierche des sun'rages. Ce serait bien mal comprendre, ce serait abaisser votre mission que de la consacrer à faire réussir votre candidature; voire dignité en souffrirait autant que le pouvoir de la République. Si vos concitoyens viennent à vous, acceptez leur mandat comme la plus noble récompense de vos travaux, mais gardez-vous de solliciter ce qui cesserait d'avoir du pris le jour où on pourrait sonpçonner que le commissaire a Tait le député. Le gouvernement vous tiendra compte du soin avec lequel vous vous conrormerez à cette partie de ses instructions. N'oubliez pas que nous nous devons tous au pays, qui attend de nous de grandes choses, et que l'heure est venue d'élever notre âme au-dessus de tontes Tes préoccupations de l'intérêt privé.

Le membre du gouvernement provisoire, Ministre de l'intérieur.

Ledbu-Roi.uk.

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DISCOURS PRONONCE K Li SÉANCE

DE L'A.SSBHBLËE NATIONALE

GOUn CIHMTS lERDU MS ACTIt DD HllUTillE DE L'lllT<Binn

(« oui ISU) GlTOTENS REPRÉSENTAKTS,

Appelé au gouvernement provisoire par le voeu du peuple, je vous dois compte de l'administration du département de l'intérieur, qui m'a ét^ conGé.

Vous n'attendez pas de moi de longs détails. Prêt à répondre à toutes Tos interpellations, je me bornerai à vous exposer rapidement mes actes et les motifs qui les ont inspirés.

Porté au pouvoir par le triomphe du principe républicain, pour lequel j'ai combattu toute ma vie, — carde mon début à ce jour je n'ai jamais varié, — j'ai dû défendre résolument son maintien. La foi profonde que je lui avais vouée, quand il était perséoité , ne pouvait que se fortifier par son éclatante et glorieuse victoire à Paris et son unanime acclamation dans toute la France. Convaincu que le salut du pays est dans le développement complet de toutes les conséquences de la révolution, j'ai dA veiller avec un soin jaloux à sa garde. J'ai voulu que sur tous les points du territoire elle fût respectée et comprise.

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En même temps , il fallait, par des mesures promptes et décisives, préveiiir toute atteinte portée à l'ordre, et renouer les Sis de l'administration violemment brisés.

Cette double pensée a provoqué l'envoi dans les départements de commissaires chaînés de pouvoirs illimités. Pouvoirs illimités ! on a abusé de ce mot oëcessaire pour dirîger contre moi les attaques les plus passionnées. Pour te juger, il faut se reporter à deux mois de distance, et, alors, OD le comprendra ; et on comprendra aussi que le lendemain de la Révolution, entouré des vainqueurs sortis des barricades, je ne pouvais, sous peine de trahison, cooGer à d'autres mains que les leurs le dépôt et la défense de la liberté. (ipfrobalù»i.]Pleins d'ardeur, dedévouement et de foi civique, ils devaient pénétrer le pays de l'idée qu'ils avaient fait triompher. Sans doute, quelques-uns d'entre eux n'étaient pas administrateurs. Qui le conteste ? La question n'est pas là. Il fallait des soldats pour continuer et propager la victoire, et surtout pour la rendre durable et pacifique. Que des fautes aient été commises, cela est possible. Quand je les ai connues, je n'ai pas hésité à prononcer des révocations. Mais qu'on me cite, au milieu de ce grand et rapide mouvement, une seule atteinte grave portée aux droits des citoyens par ces hommes courageux et fermes, qu'on n'a pas craint de qualifier de proconsuls ! les populations ont répondu en investissant de leurs suffrages la plupart d'entre eux qui siègent au milieu de vous.

Du reste, les instructions envoyées par moi, et qui ont servi de prétexte à tant de déclamations, étaient indispensables ; je ne les aurais point écrites, qu'elles seraient nées de la force même des choses.

Émanation d'un principe révolutionnaire, je ne pouvais transmettre une autorité régulière et limitée. Placé en face de l'imprévu, j'aurais été coupable d'affaiblir mes agents par des règles au-dessus desquelles le salut du pays nous

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avait élevés. D'ailleurs je savais, et je l'ai dit, que la responsabilité morale qui accompagne l'exercice momeutané d'un grand pouvoir en prévient el en corrige les abus ; qu'il fallait donner, à l'avance, les moyens de vaincre tous les obstacles, pour qne les obstacles n'eussent point à se présenter. {Àisentiment marqué.)

Mes instructions publiques, dont la fermeté avait surtout pour objet d'anéantir à jamais de coupables espérances, ont été chaque jour expliquées par ma correspondance.

Je suis prêt à soumettre à l'Assemblée les volumineux documents de ce travail, et je ne crains pas qu'elle rencontre une dépêche qui ne soit empreinte à la fois du désir ardent de faire triompher la révolution et d'une pensée constante de conciliation, d'ordre et de paix. {ApplaudissemerUs.)

C'est' à atteindre ce double but qu'ont été consacrés tous mes efforts. J'aurais manqué aux antécédents de ma vie, j'aurais démenti les doctrines que j'ai constamment professées, si je n'avais été en même temps l'homme de la révolution qui doit transformer la société et le pays, l'homme du gouvernement qui accomplit le progrès par la puissance des idées, et qui proscrit tout appel au désordre et à la violence.

C'est ainsi qu'en quelques jours j'ai fait armer et équiper la garde nationale de Paris, et essayé, en y parvenant moins que je l'aurais voulu, de faire armer celle des départements; persuadé qu'un fusil discipliné est un instrument d'ordre, parce qu'il est le symbole de la dignité du citoyen, {Trèt bieni trèi hienf)

J'ai pourvu à l'urganisaiion , à l'habillement, à l'entretien de la garde mobile ; à la création de corps sédentaires destinés à maintenir la paix dans la grande cité; à la formation d'une institution toute nouvelle, celle des gardiens de Paris, liant par un nœud indissoluble la police munici-

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pale à Ja police judiciaire, et plaçant la sécurité publique à l'abri d'une surveillance do tous les instants.

Dans les jours de trouble et d'inquiétude, jour et nuit, je veillais sans relâche. C'est par un dévouement absolu à mes devoirs que je répondais aux infâmes calomnies dont j'ai été l'objet. Je n'ai jamais vu, dans ce débordement sans exemple, qu'une raison de plus de défendre inti-épidemenl une cause que la fureur de quelques insensés voulait compromettre en ma personne. {Très bien ! très bien ! ) J'ai eu conBance dans le bon sens de la nation, dans la justice de l'Assemblée, et j'ai pensé que, soldat de la révolution, je devais tout souflrir pour elle, et ne pas perdre, à relever d'odieux mensonges, le temps précieux que son service réclamait tout entier. {Àppiavdisiements protongét.) Du reste, tous mes actes sont publics, leur libre discussion vous appartient ; et maintenant que votre souveraineté me décbarge du fardeau des affaires, toute calomnie privée me trouvera debout pour la confondre. {ApplwudisnemerUs.)

J'ai traversé les circonstances les plus difHciles en demeurant au-dessous des limites de mon bu4get. J'ai préparé et organisé en trois semaines l'application du suffrage universel; et cependant permettez-moi de vous dire que, si l'on s'est attaché à m'accuser de quelques erreurs de délail, on ne m'a pas assez tenu compte du travail infini, persévérant, à l'aide duquel j'ai pu, sur toute la surface de la république, faire fonctionner un mode d'élection qui, il y a trois mois encore, était déclaré impossible. Pour moi, je serai ûer d'avoir été l'instrument de ce premier acte de vîrilitédu peuple recouvrant sesdroits. (Bravol bravol)

Pi-océdant de ces principes généraux, j'aurais voulu introduire dans le mécanisme de l'administration des changements destinés à la rendre plus simple et plus démocratique. J'ai pensé que ces réformes ne devaient être ni isolées, ni partielles, et qu'elles seraient plus sagement accomplies

par celui qui tiendra de votre souTeraineté un pouvoir définitif. J'ai craint de jeter le trouble dans l'action administrative au moment où il était le plus essentiel de lui conserver sa régularité. (Vive approbation.)

D'ailleurs, pourquoi m'en cacherais-je ? Je me suis surtout inquiété de sauver la révolution et l'ordre. J'ai voulu conserver à la victoire populaire sa grandeur, sa pureté, sa portée sociale ; j'ai voulu aussi, en la défendant contre les pièges et les attaques de la réaction, la mettre à l'abri contre les violences d'ambitions ou d'impatiences dangereuses.

Ainsi, lorsque, répondant à une démarche imprudente, la population de Paris tout entière est venue, sans armes, presser le g:ouvemement provisoire de ses 0ots pacifiques, je me suis associé sans réserve à cette solennelle démonstration ; mais, le jour où quelques fous ont essayé de pervertir te sens et le résultat d'une manifestation pareille, je n'ai point hésité à les combattre de front. C'est par mon ordre que le rappel a été battu et que la garde nationale, qui maintenant est le pays, s'est levée pour se confondre avec les citoyens qui n'étaient point armés, et protester contre toute tentative violente. {Très bien! très bieni)

Cette résolution, loin d'être de ma part un effort, n'a été que la conséquence des principes qui m'ont toujours guidé, même dans l'opposition. A mes yeux, ce n'est point dans l'ombre, c'est au grand jour que s'élaborent les idées destinées à conquérir le monde. Aussi inflexible contre les ambitions qui provoquent des coups de main que contra les réactions qui enchaînent le mouvement révolutionnaire, j'ai toujours cru que l'homme d'Ëtat devait marcher d'un pas ferme entre les rêves des utopistes et des sectaires, el la ténacité rebelle des intérêts égoïstes. {Applaudissements.)

On ne fonde vraiment que ce qui est mûr dans les idées. La supériorité véritable consiste à distinguer celles qui,

raisoimablement, peuvent être mises en pratique. Aujourd'hui la main du peuple a déchiré le voile, le doute n'est plus possible pour personue, bieo imprudent et bien coupable celui qui voudrait arrêter la révolution à la stérile conquête de formes politiques. (Trèt bien! très bien I) Ces formes ne sont qu'un instrument de liberté mis aux mains de la nation appelée désormais à se régir ellemême. Mais pour elle la voie est tracée, le but indiqué. C'est à réaliser dans l'ordre social le dogme de l'égalité et de la fraternité que doivent tendre' tous nos efforts. Soutiens de celte sainte cause, nous serons dignes de notre mission eu l'acceptant dans toute sou étendue; et, par là, nous n'aurons pas seulement rendu l'homme h sa diguilé naturelle, nous aurons assuré la gloire et le bonheur de DOlre commune patrie, et contribué à émanciper le monde. (Apptaudisiements prolongés.)

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DISCOURS PRONONCE k L'ASSEMBLER NÀTIONMiR

ttun u Dncmuox dd moin de ntcutj DUimi x sbolib lu Riprtnn s

Avant que l'Assenibléâ prononce, je crois qu'il est indispensable qu'elle sache parfaitement quel est le sentiment de la Commission du pouvoir exécutif sur la modiûcatioD proposée an projet de décret.

On disait, tout à l'heure, qu'il y ava.it un grand changement entre le décret proposé par la Commission executive et la modification qui y a été apportée par la Commission de l'Assemblée. Je déclare, pour mon compte, que je n'y vois aucune modification fondamentale ; car, si j'en avais vu une avec le principe qui m'a animé en demandant que le décret fût proposé, si j'avais vu, je le répète, une modification sensible à ces conditions, je n'aurais pas pu rester au pouvoir.

J'explique en deux mots pourquoi :

Ce que nous avons réclamé, est-ce, par hasard, quelque chose de personnel ?

Ai-je vraiment besoin de répondre à ces insinuations qui auraient pour objet de fuire supposer que nous avons voulu nous placer dans une sphère autre quecelle de l'Assemblée? est-ce qu'il n'y a point une puissance prédominante absolue ?

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est-ce qu'il n'y a pas une foreo qui engendre toutes les forces, ou qui les retrempe toutes ? c'est la force de l'Assemblée. Or, nous n'avons pu avoir cette prétention ; elle ne serait que puérile: elle ne pourrait pas être autre chose pour les gens qui comprennent la puissance de l'Assemblée nationale créée par le peuple tout entier. {Très bien I très bien !)

Ce que nous avons voulu, le voici : un pouvoir fort et res* pecté, car il n'y a de pouvoir qu'à cette condition.

On nous dit : Vous êtes un pouvoir intérimaire. Eh ! qu'est-ce que cela fait ? est-ce que le pouvoir n'est pas un d^t sacré? est-ce qu'il s'agit de savoir qui le possède aujourd'hui? non; il s'agit de savoir si le dépdt qui a été confié sera conservé de telle façon, avec une telle force*, qu'il sera un instrument énergique de civilisation, d'initiative, de paix, et par conséquent de prospérité pour le pays. ( Trèt bien I trèt bien I) Voilà ce qu'il s'agit de savoir.

Ëstrce que vous croyez, par hasard, que, quand nous avons proposé ce décret, nos personnalité y soient entrées pour rien ? Ab I sachez-le bien, quoiqu'on ait répété souventque le pouvoir est un fardeau (non /non/), les hommes dévoués l'acceptent avec résolution, mais avec l'intention, tous tes jours, s'il était systématiquement affaibli, de s'en démettre et de le dédaigner. 11 y a quelque chose do préférable au pouvoir, c'est le respect de soi-même, et la satisfaction dé sa conscience. (Très bien!) Or, citoyens, je le dis, il faut qu'un pouvoir, tout intérimaire qu'il est, soit un pouvoir fort; l'amoindrir, c'est vous amoindrir vousmêmes, puisqu'il est votre délégation. Aujourd'hui c'est nous, demain ce sera vous. Est-ce que par hasard, dans l'opposition que nous avons faite pendant dix ou quinze ans, quand nous avons attaqué les actes, nous avons attaqué le pouvoir? non ; toujours, pour mon compte, jel'ai respecté; et Dieu sait si cependant j'ai fait aux hommes une guerre

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énergique ; je disais ceci : il est dans les mains d'hommes qui ne sont pas dignes de le conserva ; mais le pouvoir en lui-même est un instrument nécessaire à la puissance du pays; n'y toiichoos pas ! distinguons entre les hommes et le pouvoir ; j'ai attaqué les hommes, je n'ai pas attaqué le pouvoir. Eh bien, ce que j'ai voulu comme membre de l'opposition, je le veux aujourd'hui comme membre du pouvoir. Il y a des principes éternels en politique, car ils sont pris dans les racines de la conscience humaine, indépendants des circonstances, des hommes et des personnalités. Je le répète, ce qu'il faut, c'est un pouvoir Tort, pour qu'il donne l'impulsion au pays et impose à l'étranger; à l'étranger on vous regarde I vos ambassadeurs, comment seront-ils respectés, s'ils sont nommés par une Commission que vous placez vous-mêmes dans une situation dérisoire ? (Réclantationt.) Oui, dérisoire, si vous ne lui accordez qu'une puissance tiraillée, incertaine, divisée.

Je le répète, l'étranj^er vous regarde, el si, indépendamment des hommes, le pouvoir que vous faites n'est qu'un pouvoir à demi respecté, sous le prétexte qu'il n'est que transitoire, à l'étranger vous affaiblissez la République ellemême, soyez-en convaincus.

A quoi se réduit-on ? on demande qu'un des membres de la Commission executive siège sur ces bancs ; mais c'est demander que le pouvoir interpellé isolément puisse se contredire ; le placer là, pour le discuter tous les jours, c'e^ le discréditer.

Eh bien, citoyens, c'est parce que vous avez senti que le pouvoir ne pouvait être fort qu'à la condition qu'il était un, qu'on ne pouvait pas le prendre isolément, que c'était un faisceau; c'est parce que vous l'avez senti, parce que Votre Commission, tout en changeant quelques mots à la rédaction, a compris le principe comme nous, que nous déclarons adopter oelte rédaction , Il n'y a pas en cela d'échee

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pour nous, puisque, sauf le chaDgenteal de rédaction, en priucipe le pouvoir est conservé fort.

Je termine par une considération.

Ce que nous demandons aujourd'hui a été consacré par (optes vos constitutions, et permettez-moi de le dire, c'a été la situation de tous les pouvoirs intérimaires eux-mêmes. Ainsi, il y a eu un temps qui s'est écoulé avant d'arriver au Directoire, où vous avez eu un pouvoir intérimaire : eh bien, ce pouvoir ne paraissait pas partiellement à lA'ssemblée, il ne pouvait pas être isolément attaqué.

On a fait allusion à la Convention. Oh ! je le sais, c'est parce que les Commissions de la Convention ont été représentées par quelques-uns de leurs membres seulement dans l'Assemblée, parce que ces hommes ont été discutés un à un, isolément, parce qu'ils n'ont pas pu toujours rendre compte d'une façon absolue, commune , de l'exercice du pouvoir, que le pouvoir a été affaibli, et que, prenant tour à tour le pouvoir pour les hommes et les hommes pour le pouvoir, on a fmi, en minant séparément les hommes, par faire tomber le pouvoir lui-même dans le discrédit.

Eh bien, messieurs, ce qui a été une exception au milieu d'événements extraordinaires qui n'existent pas aujourd'hui, vous ne voudrez pas le reproduire. Vous avez compris le principe : le pouvoir doit être un, quels que soient ceux à qui il appartient; et c'est parce que vous comprenez qu'il doit être uo, que vous ne voudrez pas qu'il puisse se discuter; et c'est parce que vous ne voulez pas qu'il puisse se discuter, que vous déciderez que, dans cette enceinte, il ne comparaîtra que sur un mandat spécial, pour s'expliquer après avoir délibéré, el sans jamais pouvoir éti'e surpris à l'improviste, et sans s'être concerté, s'être entendu ; parce que, encore un coup, le pouvoir, à d'autres conditions, ce serait un pouvoir avili, impuissant, que nous ne pourrions

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accepter et que, pour ma part, je n'accepterais pas. Une âme élevée ne saurait s'y attacfacr qu'à la condition qu'il soit fort et, par là même, utile et fécond. {Mouvement prolongé.)

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DISCOURS PRONONCÉ A L'ASSEHRLÉE NATlOmE

. Ktoros PB LÀ liairicAirOM de L'ÉLECtion dd ciiotin lodis mhimktb

Citoyens,

Cette question a trop d'importance pour que la discussion se ferme sans que le gouvernement ail dit son opinion.

Hier, en présence de faits graves qui ont suscité une inslruction dont je vous parlerai tout à l'heure, le gouvernement vous a dit : Une loi existe ; vous m'avez nommé pour faire exécuter les lois; jusqu'à ceque l'Assemblée nationale ait prononcé, la loi sera exécutée avec vigueur. Aujourd'hui, on vient prétendre que la loi n'existe pas ; je demande si tous les arguments peuvent aller à l'encontre d'un fait matériel que vous connaissez tous.

Gomment ! la loi n'existe pas ; et pourquoi donc ce projet présenté pour décider si celte loi serait ou non abrogée ? - Je le répète, il n'y a pas d'argument, si développé qu'il soit, qui puisse prévaloir contre un fait. La loi existe par cela même que tous avez mis en question de savoir si elle serait suspendue, abrogée, ou au contraire exécutée. {Trèi bien Urèt bien!)E\. on vient dire : Vous violez la souveraineté du peuple. J'avoue qu'il parait singulier à des hommes

qui ont contribué à cotislÎLuer, le 24 février, la souveraineté du peuple, d'entendre soutenir atijourd'hui qu'ils veulent la violer. Entendons-nous bien : si le principe était en question, il devrait prévaloir, cela ne fait pas de dirûculté; mais, comment I vous reconnaîtriez que un, deux, trois départements consliluent la souveraineté du peuple 1 {Très bien t très bien I réclamations .)

CitoycDS, pennetle2-moi de vous lu dire, vous Vous méprenez sur les principes; apparemment vous n'êles pas meilleurs révolutionnaires que les auteurs de la déclaration des droits de 1795 ; vous n'avez pas la prétention de déTen- Are plus qu'eux la souveraineté du peuple : ch bien, \h déclarent dans celle côaslitution de 1795 que la souveraineté du peuple existe dans l'ensemble et ne peut exister dans un indi^idu seulement. Ils le déclarent si bien qu'ils vous disent que quand cette souveraineté, dans son ensemble, est violée, il faut recourir à l'insurrection. El, à côté de ces principes qui planent sur toutes nos constitutions, permettez-moi de dire à ceux qui souriaient tout à l'heure qu'ils avaient mal compris, que la règle ne peut être posée qu'en ces termes; autrement c'est du protestantisme, ce n'esl pas la foi dansIasouviTaineté du peuple; la souverainelé du peuple existe dans l'universalité, dans l'absolu. Autrement, citoyens, remarquez-le bien, il peut convenir à un département surpiis de nommer un prétendant qu'on vous indir|uait tout à l'heure et que vous avez proscrit par une loi récente.

Il peut convenir àun aulre département, que je neveux pas indiquer, de nommer, par exem[ile, le comte de Paiîs, ou Henry V. Quel est celui d'entre vous qui viendrait soutenir qu'un déjtartement, ainsi égaré cl prolcstaiit, pùsc lui seul dans la balance autiut que l'ensemble de la nation ? {3Iouvement prolongé.) Je le répèle, en droit et en fait, quand la souveraineté du peuple* qui est l'universalité,

quand la souvcrainclc du [>eiiple, que tous représentez, puisque vous éles constituants, a déclaré que la loi du 1852 existe encore, vous ne pouvez pas dire qu'on attente à la souveraineté d'un députe du peuple, si la majorité de la nation, qui constitue dans son essence la souveraineté entière, absolue, indivisible, du peuple, si cette souveraineté décide que le département s'est mépris, que lu départe' ment s'est trompé, qu'il a cru à des conditions légales que le candidat n'avait pas; ce qu'il faut rcspretei', c'est l'ensemble de la nntioa et non pas le vœu isolé d'un département. Voilà les principes. {Très itéra/ très bien ! mve adhésion.)

Citoyens, je ne veux pas prolonger cette discussion; j'arrive h quelques faits.

On a dit : la Commission a pu laisser supposer que la loi de 1832 était abrogée. Ainsi, par exemple, vile a laissé entrer dans cette enceinte des membres de la fiimille Napoléon, sans protester; veut-on nous en faire un reproche ?

Pour mon compte, je le déclare, je considère cela, au contraire, comme tin acte de magnanimité, un acte que vous ne pouvez btàmer. Inconteslalilement, la proscription n'est pas dans le cœur ni dans l'esprit d'aucun de nous; incontestablement, nous avons voulu respecter, autant qu'il était en nous, le suffrage des citoyens; mais ces membres de la famille de Napoléon n'avaient pas dans luurs précédents <les conspirations ; mais ils n'avaient pas élé condamnés; mais, quand ils venaient affirmer qu'ils se dévouaient à la République, nous devions les croire parce que Tun des plus nobles attributs de la République, c'est la foi, c'est la confiance.

Eh bien, quand, inspirés par ces sentiments, nous trouvons cependant des pnjcédents contraires cliez un autre membre de cette famille, quand nous trouvons une conspi-

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ration flagrante contre la République dans ^on entourage, dans les faits qui le pressent, dans les partis qui se servent de son nom, qu'ils soient avec lui ou sans lui, peu m'imporle, puisqu'ils se couvrent de son pavillon, — et selon nous ils appartiennent a difTércnles couleurs, — alors une autre ligne de couduile nous est tracée. Vous me demandcE quels sont ces faits : je vous les dirai avec toute la réserve que me commande noire situation ofQcielle ; les voici :

L'instruction est commencée; des arrestations ont eu lieu ; le fait apparemment ne peut pas être dénié ; à Paris des embauchages ont été organisés pour former une nouvelle garde impériale ; ce que je dis, beaucoup d'entre vous le savent, car beaucoup d'entre vous m'en ont parlé ; il y a eu de l'argent distribué ; on a arrêté les fauteurs de ces désordres ; il y a eu sur la place publique dn vin versé à profusion pour ceux qui voulaient boire, versé à tout ]i: monde, au nom de l'Empereur Napoléon; un attentat a été commis auprès de nous aux cris de : « vive Napoléon empereur ! » hier, vous avez tous entendu comme moi, entre la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin, des cris de « vive Napoléon ! » vive l'empereiu" ! il y a plus ; trois journaux ont été fondés en quatre jours, «'appelant : l'un le Napoléonien , l'autre la République napoléonienne, déclarant, par exemple, qu'il faut élire un pFésidcnl à l'inslanl même et nommer Loum Bonaparte; déclarant qn'bier vous, Assemblée nationale, vous aviez décrété son eniréc danslaCbambre, que la Commission avait été obligée de donner sa démission ; annonçant qu'une grande partie de la banlieue allait se rendre au-devant de lui pour lui former un immense cortège, une entrée triomphale t n'est-ce rien que cela ?

Et vous croyez qu'en présenr^ de ces faits votre Commission executive, à peine de mourir sous une accusation d'incapacilé ou d'imprudence, ne devait pas vous dire ceci :

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Une loi cxisle, la loi de 185'2 ; nous, Commission executive, nous l'appliquerons; si vous. Assemblée nationale, vous pensez que ces faits ne sont pas assez graves, vous en déciderez autrement. Nous avons fait notre devoir, faites le vôtre. {MouvemetU probngé.)

Je ne mets pas d'exagération dans les accusations contre Louis Bonaparte : je ne viens pas vous dire d'une façon hyperbolique : La République est perdue ! non, non ! nous savons comment elle a été conquise sur les barricades ; nous savons comment nous la défendrions. {Àpplaudisiements.) Non, non, la République n'est pas perdue; mais je demande à ceux qui nous combattent s'ils veulent se rendre responsables d'une seule goutte de sang versé au nom de l'empereur. Prévenir, pour conjurer des malheurs probables, telle est notre pensée. (Très bien! très bien!)

Non, la République n'est pas perdue. Vous-mêmes qui nous blâmez, je vous adjure, mes amis, car parmi nous il ya de mes amis, je vous adjured'y bien réfléchir; vous nous parlez au nom de la souveraineté du peuple; ah ! vous nous avez touché te cœur! vous nous dites de repousser les lois de proscription ; oui, vous nous avez touché le cœur !

Mais, avant tout, nous sommes des hommes d'Etat : nous ne pouvons pas nous laisser guider seulement par des sttnliments; nous avons à maintenir l'ordre et la sécurité de la France ; nous voulons faire notre devoir, et nous disons, en présence de ces principes que vous invoquez et qui sont les nôtres, nous disons : < L'émeute sévit ; on s'est battu hier; on peut se battre ce soir, celte nuit; une loi existe, pourquoi ne l'exécuterions-nous pas? »

Et nous ajoutons: La loi de 1832 prononçait contre la famille de Napoléon une éternelle proscription ; que venonsnous vous demander? ou plulôt, que vient demander le citoyen Degousée? qiic cette loi soit exécutée provisoirement. Et ce n'est point une amélioration? comment ! on

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avait proscrit à jamais, et nous venons demnnder, en présence de dangers, l'exécution provisoire seulumeot, c'est-àdire, pour un temps limite!

. El vous dites, citoyens, on dit du moins à côté de vous : < Leciioyen Louis Napoléon est étranger à toutes ces manœuvres.» Il y est étranger : tout le monde l'a dit, excepté lui... (C'est vrai ! r'at vrai!)

Deux fuis il a élé prélendant; deux fois il a parlé au nom des droits hércdiiairus de l'empire. Eh bien, depuis qu'il est nommé, esl-il venu dire : « Je m'incline devant la République, je conserve comme tradilions les souvenirs de gloire de mon oncle, mais il y a quulnue chose de plus grand que lui, c'est le pays qui l'avait élu » ! (Bravo ! bravo I)

a Je m'incline devant celui qui a couronné mon oncle, devant le peuple souverain, et je mourrai simple citoyen de la République que ce peuple a glorieusement fondée. » A-til dit cela? (Applaudissements.)

Qu'il le dise, s'il le juge convenable ; et alors voire loi, qui n'est qu'une exécution provisoire, pourra être modiQce. (Très bieni très bien!) Car vous êtes lout-puissants, car vous êtes souverains, car vous pourrez dire demain que le danger est passé, que l'orage s'est évanoui, et que la proscription doit cesser ; vous pourrez le dire demain.

Citoyens, je n'ajoute qu'un mot : que ceux qui, au dehors, se servent de ce moyen pour troubler la rue, s'ils sont de vérilables et de sincères républicains, croient bien que la loi (le proscription, ce n'est pas par l'émeule, par le saag, qu'ils In feront rapporter ; vous ne céderez p<is à la crainte, {ïion/ iVow/) C'est, au contraire, par la tranquillité, parle respect, par't'observatittn d'une loi qui existe, qu'ils pourront (iiire rapporter la loi.Ou'ilsenlendent ma voix, et peutêtre demain celle loi que je délesie comme toute loi de proscription ne sera plus.

Quant à ceux, au contraire, qui, fauteurs de discordes,

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mauvaises queues de tous les partis vaincus, viennent se placer sous ce drapeau qui réveille de vieux souvenirs de gloire, pour faire la guerre à la Képubliquc, ali ! pour ceuxlà, point de pitié I car ils sont les véritables ennemis du peuple, et nous les combattrons aux cris de: Vive la République l

{De toiUet parts: vive la Bépubliquel Semation pro- , longée.)

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DISCOURS PRONONCE A L'ASSEMBLËE NATIONALE

■M rImmSI âDI IHrUTATIOftS GOKTIIIIIEI DAM DM ■APFOM «m UNB BRQOtTE rOUTIQOI.

ClTOTENS,

Je demande qu'un jour bien prochain soil Bxé pour la discussion de ce rapport. Si je le demande, c'est pour me conformer aux précédents de l'Assemblée -, car pour moi j'aurais h&te de m'expliquer dès à présent, bien que je ne susse pas, en entrant dans cette enceinte, la plupart des faits qui sont articulés dans le rapport. Si vous croyez qu'il est permis à un homme de ne pas rester sous une accusation, quand il peut la repousseren quelques mots, je vous demanderai de m'acconler le droit de parler de suite. {Margiies nombreuses tCadhéiion.)

Citoyens, j'ai demandé pour mon compte, sans attendre

les pièces justificatives, à m'expliquer (IrUerruptiott —

Non I non!) Mais personne ne peut être meilleur juge que moi de ce qui regarde mon honneur ! {Interruption.)

J'entends quelques-uns de mes honorables amis qui me disent: Attendez les pièces imprimées. Hais vous n'avez pas réfléchi, vous qui parlez ainsi, à la nature de l'œuvre qu'on vient de vous lire.

Comment, les pièces imprimées ! mais qu'en ai-je besoin

pour défendre un principe ? car ce n'esl pas pour me défendre que je suis ici, c'esl pour faire respecter un principe sacré (|ui peut être violé pour moi aujourd'hui, qui peut l'être pour vous plus tard. {Très bien I très bien /)

Qu'esl-ce donc que cette enquête? J'ai été entendu une fois, et il n'est pas un seul des faits au bout desquels mon nom est accolé, il n'en est pas un seul qui ait été articulé devant moi. {0kl oht)

Je l'anirme sur l'honneur! qu'on me démenle, si cela n'est pas vrai ; produisez votre procès-verbal. (MouEement prolongé.)

Vn membre à F extrême gauche : Alors c'est une infamie, {À l'ordre ! à l'ordre I)

L'orateur te tournant vers OdUon Barrât: Comment ! vous qui me fardez dans ce moment, vous riez ! Au lieu de rire, consultez votre mémoire .Je fais appel à votre souvenir, à votre honneur. Direz-vous par qui j'ai été entendu une seule fois? Un des faits qui m'ont été reprochés, un des actes qui ont été énoncée, tout cela m'a-l-il été dit? Non, TOUS ne pouvez pas répondre que cela m'ait été dit. (Mouvement.)

Et vous croyez que pour vous confondre j'ai besoin de vos pièces imprimées? Eh bien, voilà ce que je veux constater; et ici. Messieurs, je fais appel àtoutes les consciences, je fais appel à toutes les nuances d'opinion, je dis que l'Assemblée doit être consternée de l'œuvre qu'elle a entendue. {Oui! oui!) Oui, consternée; car je mets en fait qu'aux plus mauvais jours des Assemblées législatives pareil précédent n'a jamais existé. Voulez-vous ouvrir l'bistoiredela révolution.?

Un membre : CommetU ?

Il ne s'agit pas de dire : « Comment ; » il s'agit de savoir l'histoire de la révolution ; l'histoire de son pa^s. Ofi il y a eu des tribunaux, où il y a eu des rapports généraux dans

les assemblées législalives, îl n'y a pas eu des accusés nomméincnt, des Oélrîssnres portées contre ti'l ou tel nom; rien... Rien de semblable. Une rois,nnc seule fois, dans le rapport de Lecointe après le 9 lliermidor; il n'y a 'pas eu d'autre exemple. Et vous savez si ce rapport, qui a^aitessaye de ternir la grande incorruptibililé de la révolution, a été flétri par l'hisloire. Voulez-vous de cetle renommée ?(Jf ouvement.)

Parlerai-je même du tribunal révolutionnaire? Ob t là certainement on comparaissait, on déclinait son nom, on était condamné.

Mais dans quelle situation ? En présence de l'étranger et des factions fourmillant à l'intérieur. Bi.sait-on, à cette époque, d'une façon hypocrite,' qu'on respectaitle droit? on avait ce grand courage de déplorer qu'on fût dan^ la révolution, dans le sang, et d'être obligé dans ces conditions, pour défendre le pays, de se mettre au-dessus du droit, de violer le droit pour sauver la patrie.

Aujourd'hui, sommes-nous dans les mêmes circonstances? Et cependant qu'avez vous fait? Vous avez accusé les uns, vous avez frappé les autres, et vous ne les avez pas confrontés avec un seul témoin, pas un seul ! vous n'avez pas tenu de procès-verbaux et vous dites : Mais cela n'est rien, car enfin la justice plus lard pourra intervenir. La justice! oui, oui, quand l'opinion du pays nous aura frappés de réprobation, interviendra votre justice tardivement réparatrice. Et que me fait à moi votre justice ! Une peine matérielle, la privation de ma liberté 1 Eh I qu'est-ce que cela peut me faiit;? est-ce que le 24 février je n'ai pas sacrilié tout cela ? est-œ que je n'ai pas pensé qu'un jour il me faudrait compter avec les ennemis vaincus de la République? j'ai pensé à tout cela !

À gauche : Très bien l très bien I {Applaudissements,}

Oui, j*ai pensé à tout cela; oui, j'en ai volontairement

fait le sacrifice, et en montant à l'ilôtel de ville, je disais à l'ami que le peuple venait de me donner, je disais à Limarlioe : « nous moatons au Calvaire ■». (Mouvement.)

Voilà ce que je disais ; ce n'est pas aujourd'hui que je le dis. Je n'ai doue pas peur de vos peines matérielles ; je ne crains pas pour la privation de ma liberté ! mais ce qui me touche, c'est l'opinion du pajs, c'est la calomnie; ce qui me touche, ce sont les quatre ou cinq jours qui vont séparer mes explications de votre rapport; ce sont les calomnies dirigées contre la révolution de Février.

On a essayé depuis trois mois de me tuer moralement. Mais, par respect pour cette révolution en péril, je me suis tu, je me suis condamné au silence ; et il faudrait encore attendre quatre mortels jours !

Je dis que vous devez me permettre de m'expliquer, sans attendre que votre rapport et vos pièces soient imprimés. {Très bien!)

Eh bien, je le ferai rapidement, sans haine, sans colère -, je vais ti^cher de me rappeler moi-même les expressions qui finissent le rapport, qui font un appel h la concorde, sentiment qui aurait dû présider au rapport tout entier.

Vous avez parlé de moi à propos de trois faits seulement. Ma réponse sera bien courte. Je serais coupable de la publication du fameux bulletin. Ainsi donc j'ni lancé un bulletin incendiaire, Avei-vous dit au milieu de quelle situation je me trouvais? Je suis obligé du la rappeler moi-même, car enfin je me défends.

J'organisais la garde nationale sédentaire, c'est-à-dire un million d'hommes, la garde nationale mobile; j'organisais le suffrage de la garde nationale, 1,500,000 voix; j'organisais les gardiens do Paris; j'organisais le suffrage universel que vous aviez déclaré impraticnble; je veillais, quoi que vous en disiez, à la sécurité de Paris; car Paris, pendant tout ce temps, n'a pas été profondément troublé.

El quand je faisais tout cela, quand ma journée el ma nuit suffisaient à peine, on vient me dire que je lançais je ne sais quel bulletin qui était contraire au droit. Le droit, je l'ai professé toute ma vie; c'est pour lui que je veiu mourir.

Ce bulletin n'est pas de moi ; en le déclarant, j'ai dit la vérité. Mab que l'on mette en regard du bulletin les occupations dont j'étais assiégé, et on comprendra qu'il ail pu échapper à ma sollicitude, à mes soins. [Lon^ approbation.)

On parle du 16 avril et on dit : Vous vous êtes fait conspirateur. Conspirateur, moi ! mais ce serait la première fois de ma vie. Consultez tous mes amis, tous ceux qui ont combattu avec moi, derrière moi; jamais sous l'ancien gouvernement je n'ai voulu être d'une société secrète, d'une conspiration. A ceux qui m'en conviaient, je disais: Non, je ne veux pas de conspiration; la conspiration, c'est l'émeute; le débat au grand jour, c'est la révolution. J'aime mieux attendre, je veux semer, éclairer mon pays; le troubler inutilement, non!

Et après avoir dit cela pendant vingt ans, on viendrait conspirer quand on est au pouvoir ! mais ce serait de la folie !

Oui, delà folie, après tout, si j'avais voulu, au 16 avril, conspirer contre une partie de mes collègues ; je ne l'ai pas fait ; permettez-moi l'hypothèse, j'aurais pu le faire, j'aurais été dans mon droi t en le faisant, et vous ne pourriez pas m'accuser aujourd'hui.

Qu'était-ce que le 24 février? Un fait ; el si j'avais pensé, en me trompant, mais en jouant ma vie, que je pouvais sauver le pays avec d'autres hommes qui n'étaient pas tels ou tels, en faisant un appel au peuple, le peuple ne pouvaitil pas défaire le 17 avril ce qu'il avait fait le 34 février? {Vmx exrfamatiom.)

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(Maisil n'y avait poi encore d'Assenil/lée! — Agitation.) Je vois que vous ne me comprenez pas ; non, vous ne me comprenez pas. Je vous dis que le fait a élé au 2i février; je vous dis que le fait pouvait être au i 7 avril ; le droit n'a étë qu'au 5 mai. En conséquence, pour tout ce qui est antérieur au 5 mai, vous pouvez faire de l'Iiistoii-e, à titre de curiosité ; mais quant à rechercher ces faits, qui seuls peuvent être l'affaire de mes collègues cl de moi, si vous voulez raisonner sans passion, vous êtes obligés de convenir que vous ne pouvez pas y jeter un regard rétrospectif. {AgittUioa.) Vous pouvez vous récrier, les passions politiques ne raisonnent pas, et ce que je vous dis, c'est du raisonnement et de la logique.

Je viens de raisonner dans une hypothèse; je n'ai pas donné à cette hypothèse la valeur d'un fait; carau 17 avril quelqu'un a dit, a osé dire qu'il avait fait battre le rappel. Si quelqu'un a dit cela, il a dît un fait contraire à la vérité.

(Une voix : C'est le général Ckangarnier.) Oui, contraire à la vérité, et voici pourquoi : Le 16 avril, la police m'annonçait qu'il pourrait y avoir une manifestation. Le soir j'en ai prévenu deux de mes collègues dans le sein du Conseil ; la nuit, je l'ai passi-c à faire scruter Paris, à parcourir la ville. Jusqu'à onze heures du matin, j'avais échelonné, de quart d'heure en quart d'heure, des rapports de police; alors j'ai commencé à craindre. Ai-je consulté quelqu'un? Ai-je cherché à savoir si mes collègues voulaient qu'on appelât la garde nationale, qui, à celte époque, n'était encore qu'une ombre, qu'un cadre, sans hommes organisés? Non, je n'ai pas demandé à M. de Lamartine : Faut-il faire battre le rappel? mais j'ai fait battre le rappel. Je suis passé à l'État-Major, je n'ai pas trouvé ie commandant; il faisait reconnaître les officiers; e( là, comme ministre de l'inlérieur, j'ai intimé l'ordir

qu'on battit le rappel. Quand il a battu, un tremblait un peu, on craignait que la garde nationale ne vint pas. Eh bien ! moi, si honni aujourd'hui par la garde nationale, je déclarai que j'avais conûauce qu'elle viendrait, et, en effet, elle est venue; car j'ai toujours voulu de la discussion, mais non du désordre.

{Mourement pro/ongé.)

Voilà ce que j'ai fait le 17 avril. Maintenant, citoyens, je vous le demande, croyez-vous que dans une enquête judiciaire, que dans un rapport impartial, que dans une œuvre qui aurait un nom dans un pays civilise, on eût omis de dire cela ? On l'aurait dit, on aurait fait la part des reproches adressés à je ne sais qui, on aurait aussi dit les faits matériels devant lesquels toutes les calomnies impuissantes viendraient se briser.

Je vous demande alors ce que c*est que votre rapport, et si, pour le confondre, j'ai besoin de vos pièces imprimées I

Maintenant, pour le 15 mai, vous dites' encore que mon nom a figuré ; comment ?

On a rencontré dans l'Assemblée un homme s'appelanl Longepied qui portait un laisscz-passcr, signé Ledru- Rollin.

Oui; je l'avoue, et j'ai bien fait; car cet homme était venu à la Commission executive. Le premier membre à qui il ait parlé est M. Arago; il lui a dit : Une grande manifestation va se faire ; je crains qu'elle ne devienne dangcreui^e ; et je viens vous demander de me permettre de me jeter audevant d'elle pourempècherqu'on ai lie assaillir l'Assemblée. M. Arago lui dit alors qu'il ferait bien ; et mol, qui le connaissais pour l'avoir vu souvent, pour avoir été en rapport avec lui, et pour l'avoir vu empêcher, dans maintes circonstances, qu'une explosion se lit à Paris ; moi qui connaissais sa puissance, je lui dis qu'il ferait bien ; je lui donnai un

laissez-passcr. Il est venu ici, et dans cette Assemblée il a fait tout au monde pour empèi;hcr des forcenés de se porter à (les actes de violence, à des acv.i. Voilà ce que j'ai fait. Voilà comment on clierciie à rattacher mon nom ru 15 mai.

. On a donc perdu la mémoire ! si là il y a eu un homme qui ait été obsédé, obligé de résister de toutes ses forces physiques aux assaillants, 'c'est moi. (Oui! otti !)

Il y a eu deux membres, siégeant ici, me disant un instant, plus ou moins éperdus : Après tout, prenez la présidence, si c'est pour nous sauver de l'anarchie. {C'est vrai !)

J'ai répondu : Mourir {)our le droit et mon devoir, me faire écharper sur place plutôt que de porter un seul instant atteinte auxdroits de l'Âssemliléc nalionalel Et qui donc est allé le premier à l'Hâte) de ville ? Il faut bien que je parle de moi.... Qui donc est allé te premier à l'Hôtel du ville, si ce n^est moi? M. Lamartine était séparé de moi par un groupe el, en ce moment, la garde nationale criait à tuetôte : « On va tirer de? fonâtres I » Je me suis avancé et j'ai dit : « Tant mieux I je mourrai pour le droit et pour la République! »

Voilà ce que j'ai fait. Et qu'ai-jc donc besoin d'attendre toutes vos pièces imprimées?

Que me font vos attaques? J'ai pour moi ma conscience. Frappez, si vous le voulez; mais d'ici à demain le peuple sera éclairé, et à côté de votre rapport on verra ma réponse. Voilà à quoi je tenais; le reste m'est indifférent; ce qui me touche, c'eslTopinion du peuple, du pays. Je ne veux pas qu'on le trompe pendant quatre jours.

Un dernier mot. On a parle du 24 juin. Le 2 i juin, j'ai la confiance que nous avons fait complètement, profondément notre devoir; j'ai ta confiance que, s'il y a eu des responsabilités, elles ne peuvent, elles ne doivent pas peser

5urnous. Il y a un mois que j'ai soif de parlera cel égard; il y a un mois que mon sang bouillonne et que je me contrains; car moi, j'ai failli éti>e fusillé par la garde nationale ce jour-là. I>a garde nationale disait : Nous avons été trahis! Non, elle n'a pas été trahie; et pour ne pas, dans l'emportement d'une discussion, raconter des faits qui effa- . ceront toute espèce de calomnies contre nous, celle-là, je l'ajoui'ne à la discussion prochaine. Je rapporterai desdates, des ordres, des preuves ; et la garde nationale par laquelle je me suis laissé calomnier, parce que peu m'importait,.... roen pays avait été troublé par la guerre civile; cette cite avait vu des flots de sang; je devais me taire. J'avais écrit pour le cas où une balle m'atteindrait; je ne voulais pas que des accusations odieuses pussent peser sur ma mémoire; mais j'ai dû me taire et me laisser, pendant un mois, étouffer sous la calomnie; car un plus grand intérêt que celui d'un homme, l'intérêt même de la République, était en question.

A bientôt donc, au jour où vous ordonnerez la discussion à fond ; ces preuves sont accumulées, elles ne sont pas dans le rapport; vous les avez oubliées. (Mouvement.) J'en ai déposé, vous n'en avez pas dit un mot. {Exclamatinni sur (juelq-ues bamt.)

Tenez, permettez-moi de le dire, et ne m'en voulez pas, après tout, dans la chaleur de l'improvisation; la pensée est au fond de mon cœur, il faut qu'elle vienne sur mes lèvres.

Vous tous qui avez assisté à In Commission, vous n'étiez pas de nos amis politiques.

(À gauche : Non ! non I)

Vous ne pensiez pas comme nous. Permettez ; je respecte vos consciences. J'ai cru, le seul à l'ancienne Chambre, qu'on pouvait passer sans ti'ansition de la monarchie à la république; n'est-ce [wint là mon crime?

Eh bien, descendez dans le fond de vos cœurs ; êtes-vous bien sûrs d'avoir oublié, comme moi, loute espèce d'amertume? êtes-vous bien sûrs, comme moi, d'avoir oublié toule espèce de colère? êles-vous bien sûrs que, malgré vous, dans voire rapport, n'a pas passé celte rancune que vous auriez dû élouffur? Vous ne pouvez en êlre bien sûrs, car vous èlcs des hommes; et j'ai cette conviction que les commissions politiques, sous quelque forme qu'elles se produisent, ne sont pas des tribunaux de justice : on tue avec elles, mais on ne juge pas. ()ï/'(lÂsc/t(im«n< mr pluxieurg banc$.)

Vous parlez de concorde, grand Dieu ! et votre rapport est gros de division et de haine; et cependant, si, cédant à d'anciens souvenirs, nous laissions se faire des ouvertures dans nos rangs,^ nos ennemis en profiteraient pour s*y précipiter et se faire des armes de nos divisions. {Approbation.)

Ainsi donc suspendez votre jugement pendant quatre jours, ne jugez pas légèrement. Ce rapport, fait sans confrontation, n'est pas une œuvre de justice, c'est une œuvre de parti. (Oui ! oui ! — Non ! non !)

Des partis ! lu République ne doit en avoir qu'un seul : la grandeur de la France et le bonheur du peuple. Nous disputons, et il a faim. Une seule conduite peut nous sauver: l'union, la conçoive; oui, nous sauver des périls du dedans et des coalitions du dehors. {Mouvemeni prolongé,)

UDIV-HOLUM. — Il

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DISCOURS PRONONCÉ A L'iSSEIBLËE NATIONALE

pikm LA eiMDSSiON M u LDI fva LU ciDTiOHmiiriT des joumiiui. . (S août 1U8)

Citoyens représentants,

Au point où est arrivée la discussion, je ae serais pat' monté i la tribune, si je ne croyais avoir à vous dire, en très pou de mots, des choses qui jusqu'à présent n'ont pas été dites et qui sont utiles. En le faisant, je résumerai succinctement la discussion que vous venez d'entendre; d'abord, déûnissons bien ce que nous voulons :

La liberté de la pensée, tout le monde est d'accord; le respect de l'autorité, sans lequel il n'y a pas de société possible ; c'est la solution de ce problème qui se présente aujourd'hui en politique, et qui depuis des siècles s'est présentéen philosophie.: Concilier la liberté humaine et l'autorité.

Que vient-on dire dans le projet de loi ? Ceu\ qui ne veulent pas du cautionnement veulent de l'anarchie; et on met sur le compte des défenses de la liberté toutes les exagérations et tous les crimes que le principe du mal a jelés en ce monde ; ce n'est point une objection sérieuse ; je la repousse. {Approbation.}

J'arrive à ta loi même; je dis qu'à votre insu elle uVstpas

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sincère ; si c'est une peine que vuus voulez frapper, 24 000 francs, ce n'est pas assez. Vous comprenez, en effet, que les riches pourront facilement les trouver: c'est donc une pi-éventioD, pour que les pauvres qui auraient une pensée dans l'âme ne puissent pas librement la faire prévaloir ; ce n'es! pas une garantie, c'est une prévention contre la liberté.

On ajoute, il est vrai : Nous voulons une loi transitoire, c'est quelque chose qui n'est pas défmitif.

Citoyens, croyez-vous que je doive répondre à cet arj;uraent ? il a été celui de toutes les mauvaises causes.

Je ne sache pas une violation de principe qui n'ait eu pour excuse la transition, le passager ; on l'a dit avant moi : £n France, il n'y a de déGnitif que le provisoire ; je le répète, ce n'est pas là un argument; si votre principe n'est pas vrai, s'il est contraire à ce qui est juste, ne fût-ce que pour un mois, que pour deux mois, vous ne pouvez vous en servir ; c'est quelque chose d'odieux au point de vue des principes. {Très-bien\)

Venons donc au fond de la question ; j'ai dit qu'il fallait deux choses : le 'respect de la liberté, le respectde l'autorité.

Or, nous venons vous proposer ceci : do trouver, au lieu (l'un naage qui s'échappe, au Heu d'une fiction qui disparaît aux yeux, de trouver la réalité même.

Nous vous disons : L'auteur signera ; vous répondez : Cela n'est pas possible. Si vous avez travaillé dans les journaux, TOUS reconnaîtrez que cela est possible; car, au bas d'un article de grande discussion, quand on veut l'honorer, quand on croit qu'il y a une grande responsabilité morale, que fait-on?onmet sonnomaubasde l'article. Et le fait Paris ? on peut y apposer des initiales.

Citoyens, pour vous mettre à même de juger en conscience, permettez-moi de vous placer dans la situation où est un homme qui écrit.

Le journaliste, c'est ordinairement un homme passionné,

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c'est un homme qui prend sa plume fréroissaute, et qui la fait courir sur le papier. Eh hicn, cet homme a-t-il un compas pour mesurer son expression? ah! non! non! il est exagéré, il parle de loin, il a besoin de peindre laidement et fort, pour qu'on voie bien, qu'on saisisse bien. Le journaliste qui dit : Ce n'est pas seulement la feuille de papier, ce n'est pas seulement l'être collectif, mais c'est mon nom qui va être au bout de cet article, c'est ma responsabilité morale que j'engage, ah ! soyez-en convaincus, cela est dans la nature humaine : on est plus exigeant pour soi, quand on signe ; on l'est beaucoup moins, quand on ne signe pas. On est plus exigeant, quand on se présente en face de snn adversaire, quand on le voit det'œil, et quand ou dit : Voilà un homme qui va me demander raison, non pas raison par les armes, mais raison à ma conscience, à ma loyauté. Je disque, dans ce cas, citoyens, la responsabilité est plus sérieuse, plus vraie, et que, pour en nier l'existence, il faut nier la conscience humaine et les habitudes de la vie. [Vite approbation.)

Maintenant, que me répoiidrez-vous ? C'est nouveau ! mais tout est nouveau ici ; vous qui m'écoulez, et le gouvernement sous lequel nous avons le bonheur de vivre, tout est nouveau. Est-ce quec'est un argument de dire que c'est nouveau 7 et parce que la monarchie existait, est-ce qu'il faut suivre les traces de la monarchie, quand on est en république? [Approbation.)

C'est nouveau ! oui, pour vous qui n'avez rien consulté sur cette grave question ; pour tous qui avez changé, les uns et les autres, permettez-moi de vous le dire, un peu vite, d'opinion.

C'est nouveau ! El la Suisse? est-ce que dans ce pays républicain on connaît le cautionnement? la calomnie y est cependant plus rare, plus difGcilequ'ailleurs, parce que les lois répressives sont plus sévères.

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Vous dites que cela n'existe pas ! vous n'avez donc jamais lu l'hisloire de l'Amérique ? Vous me parlez de l'ADgleterre I

que me fait à moi l'Angleterre! elle est aristocratique

en Angleterre, vous vous trompez, vous avez dit qu'il n'y avait pas de cautionnement, il y en a un ; les lois de 1819, de 1852, exigent un cautionnement de 200 livres sterling, (le miniitre fait un tigne de dénégation.)

Je disqu'il ya un cautionnement.

Âa surplus, l'Angleterre est aristocratique. Je vous parte de l'Amérique ; elle a bien sa grandeur apparemment, ei je crois que nous pouvons la consulter.

En Amérique, on ne connaît pas le cautionnement ; là, la liberté est absolue, et l'autorité est grande aussi ; cependant, on a trouvé le moyen de concilier les deux principes, et on n'a pas eu recours au cautionnement, et, dès le commencement, on ne s'est pas payé de mots comme ici ; on n'a pas dit : Faisons une loi transitoire, à l'imitation de l'Angleterre avec laquelle nous Tenons de rompre; commençons la République en manquant au principe sacré de la liberté. Non, non, on n'a pas dit cela en Amérique, le lendemain de la rupture avec l'Angleterre, et quand une loi du cautionnement et du timbre s'est agitéi;, on a déclaré que, pour rompre avec la métropole, il n'y aurait, ni cautionnement, ni timbre, et que ce n'était pas avec du vieux, au grand soleil de l'Amérique, qu'on pourrait fonder une jeune, vigoureuse et invincible république. (Mouvement prolongé.)

En .\ménque, donc, dans ce grand pays qui a bien sa valeurcomme exemple, pas de timbre, pas de cautionnement, liberté absolue ; et à vous qui, en passant, avcz-voulu nous donner une legon, permettez-nous de vous répondre. Ce que je viens vous dire ici n'est pas un langage de circonstance ; je l'ai dit quand j'étais dans l'opposition, je l'ai dit le li février, je l'ai dit le '22 juin quand j'élais au pouvoir, car je ne sache pas que les idées chevaleresques que j'y ai

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portées aient été répudiées par moi quand j'y étais assis. {Mouvement d'approbation à gaiiche.)

Le 22 juin, j'ai présenté à la Commission executive un projet de loi qui repoussait le cautionnement, et qui établissait la responsabilité morale par la signature : il était accepté par tous les membres, par tous, entendez-vous bien ! (Mouvement.) Il avait été remis au minisire de la justice ; et, sans les lamentables événements du 24 juin, il vous aurait été pi-ésenté. Ob I Dieu merci I ma politique peut être contestée, mais elle est homogène, elle est une, elle est logique. Ce que j'ai voulu avant, je l'ai voulu pendant, et je combats encore après pour l'obtenir. Si d'autres ont changé pour demeurer au pouvoir, ce n'est pas moi. {Marqvet ^approbation surpluiieuri bancs.)

Oui, oui, vous avez voulu nous donner une leçon; nous ne voulons pas du cautionnement, donc nous sommes des hommes de désordre et d'anarchie ; eh bien, laissez-moi, à mon tour, vous exposer les préceptes des grands hommes d'État de l'Amérique, qui se connaissent en république. SaveZ'Vous ce qu'ils veulent pour la presse? traire le contraire de ce qu'on vous demande, et j'adresse ceci à ceux d'entre-vous qui, comme moi , trouvent que la presse est une trop grande puissance quand la République existe. Sav^vous ce qu'ils font? ils multiplient les journaux ; et le secret de leurs hommes d'État, d'un président, de la bouche duquel j'ai eu l'honneur de l'entendre, c'est de décentraliser la presse, au lieu de la centraliser, de la fortiâer ; c'est que ta presse ne soit pas une puissance collective, une citadelle des créneaux de laquelle on puisse tirer mystérieusement , mais qu'elle soit, au contraire, une protestation individuelle. (Très bien! trit bien!)

Ce sont là les maximes d'un véritable homme d'Étal; celui-là n'était pas un agitateur ; car, il faut le dire, il avait gouverné avec gloire son pays, et tous ceux qui, dans ce

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pays, arrivent aux adaires, ont la même pensée. Laissez publier, laissez multiplier les journaux, pour qu'ils puissent se neutraliser les uns les autres, etqu'an milieu de cetocéan lie la polémique indécis, tumultueux, mais Qottaot, il surnage quelque chose de stable, d'immuable ; l'amour de l'ordre, l'amour de la liberté, l'amour de la patrie. (Approbation prolongée.)

Eh bien, en agissant ainsi, les hommes d'Etat de la Suisse, les hommes d'État de l'Amérique, sont conséquents aux principes de la liberté, et en même temps ils sont habiles ; habileté, logique, c'est presque toujours une même chose, ils concilient ainsi les grands principes : respect à la liberté, sauv^arde pour l'autorité.

Nous comprenons très bien que dans un gouveniement monarchique, où l'Ëtat est tout, la presse qui remplace le suffrage universel soit puissante, concentrée, parce qu'elle contre-balance une force considérable aussi : la royauté ; mais quand la république existe, quand le suffrage universel vient, par ses affluents infinis, purifier tou» les jours ce qu'il peut y avoir dans le pays de mauvais à rejeter, alors la presse n'a plus le même rôle ; elle ne doit plusétre une collection, il faut qu'elle devienne une individualité pour céder devant la volonté de tous ; et |>our devenir une individualité, il faut que les écrivains signent. C'est en cela que vous ne me paraissez pas comprendre la question au point de vue des hommes d'Etat. La presse cesse d'être collective, c'est votre force; elle cesse d'être puissante, c'est votre force. En disant cela, je ne blasphème pas contre ta presse, à Dieu ne plaise 1 la presse, sous la république, ne doit plus être qu'un censeur austère, et la messagère des vérités nouvelles ; mais il ne faut pas que la liberté soit sacrifiée pour cela, et il faut qu'elle puisse exister dans le journal à l'état individuel; alors, vous avez concilié les deux principes; l'autorité et la liberté. La liberté doit toujours se faire jour.

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car il y a un moment où un seul homme a raison contre tous; et cet homme ne doit pas être soumis à des conditions d'argent, car l'histoire de l'humanité nous ajjprend que c'est presque toujours de la pauvreté qu'est sorti l'enseignement, la lumière. [Apjirohalion.)

Voilà les principes vrais, ce ne sont pas ceux d'un désorganisateur, ils peuvent ne pas élre les vôtres, mais ce ne sont pas ceux d'un anarchiste ; j'y ai longtemps réfléchi.

0 presse ! j'ai bonheur à te défendre, toi qui m'as si outrageusement, si odieusement attaqué! Ledru-Rollin, qui vous parle, c'est, selon elle, rjcdru-Rollin le voleur, le libertin. C'est ainsi qu'elle a payé mon dévouement à la République. {Profond momemeiU.)

Oui, oui, je m'en glorille: le libertin, avec des courtisanes qu'il n'avait jamais vues ; le voleur, qui avait sacrifié sa fortune pour Iiâler l'avénemcnt de la république dont beaucoup d'entre vous ne voulaient pas, et à qui il ne reste guère de patrimoine que son inextinguible amour de la liberté ! je ne pouvais pas répondre à ces attaques , mais avec Franklin, leur maître à tous, je me disais : Si ce sont des vices qu'ils me reprochent, leur censure me corrigera-, si ce sont des calomnies, peut-être un jour l'histoire, hson tour, les corrigera. (Trèt bien I très bien I Applaudissement*.)

Citoyens ! amis ! permette2-moi ce mol {oui I oui !) , je ne dirai plus qu'une chose : je crois que ce qu'on vous propose, dans une bonne intention, est mauvais. Un gouvernement ne peut vivre qu'en marchant en ligne droite avec le principe qui est son fondement, son origine, sa source. {C'est vrai!) Or, vouloir, dès le principe, enchaîner, frapper la liberté, n'importe sous quel prétexte, croyez-le-bien, c'est tuer, à un jour donné, le gouvernement que vous voulez fonder. Je le répète, vos intentions sont bonnes, elles sont pures, je ne le conteste pas ; mais enfin, si les raisons que je vous ai données vous touchent, si elles touchent cette Assem-

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blée qui veut l'ordreavec moi, qui veut l'aulorilé avec moi, mais qui veut la liberté avccmoi, — car, encore un coup, ii y a un jour, dans te monde, où un seul homme a raison contre tous, et il n'y a pas une seule des vérités qui ont fécondé la terre, qui d'abord n'ait été châiiée, n'ait été punie dans un pauvre, dans un hamh\e(Trè$bien! très bien l), — si les raisons que j'ai données vous touchent, renvoyez, puisqu'il est temps, renvoyez à une commission l'examen de celte proposition, et je crois que vous aurez fait une bonne chose quand vous aurez trouvé la conciliation des grands principes, l'autorité et la liberté, par lesquels les sociétés doivent être fondées et sans lesquels elles ne peuvent vivre. {Mouvement prolongé.)

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DlSCOmS PRONONCÉ A L'ASSEMBLÉE NATlONiLÉ

riAQUE PiaSOUNEI-LK M.- CITOÏE FDMÙS SECRETS DU HIIIISTiRe D

Citoyens,

J(> suis heureux de l'occasion qui m'est enGn ofTerte de m'oxpliquer sur la question des finances du ministère de l'intérieur. J'avais cru qu'où nous résen'ait tout cela pour In discussion de l'enquéle; ceci en est un avant-goût ; les paroles d'amertume que vous venez d'entendre en font le prologue. Oa n miïme clierché, il faut le dire, comme si les éléments de discorde manquaient déjà, à jeter de l'irri- Intîon dans une question très simple. Pour moi, je le âéelate, je répondrai d'une façon calme, précise et claire, comme on le fait à une question d'honneur, à une question d'ai^nt.

On a dit : 11 y a dans les moments de révolution dos fonds qui peuvent Otre puisés au trésor sans qu'on en rende , parfaitement compt»^ Je dis. moi, que cela est impossible, et je fais un appel, sur ce point, à tous les hommes honnête* qui ont passé par les affaires.

Je ne sais pas où le préopinant a pu recueillir une semblable insinuation; je demanderais même où il a pu,

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pour peu qu'il ail connaissance du mécanisme financier, où il a puseûgurerqu'uDtelfaitpouvaits'accomplir.On ne peut toucher, vous le savez, vous qui avez manié les finances, que d'une façon, non pas sur la signature d'un ministre, mais quand, par suite .d'un budget ordonné, le ministre, dans les limites de ce budget, vient demander la somme qui lui est nécessaire. On le peut encore, sous un goirvemement révolutionnaire, quand lêgouvernementlouLentieroi-doiine qu'une somme sera prélevée au trésor, et qu'alors le ministre des finances, en présence de cette délibération, paye sur l'ordonnancement qui en est fait. Entendez-vous bien, sur ordredu gouvernement tout entier? Il faudrait donc que ses onze membres eussent été mes complices ; et alors l'absurde le dispute à l'odieux.

Voilà, il faut que le public le sacbc bien, que l'opinion le sache bien, voilà les deux seuls modes sans lesquels, en temps de révolution comme en temps normal, il est impossible de toucher au trésor. En dehors de cela, je le répète, il ne peut y avoir qu'ignorance complète, ou il ne peut y avoir que calomnie. {À gauche: Trèt bien!) Oui, il y a eu calomnie, elle s'insinue au dehors; elle s'est enfin fait jour dans l'enquôte; après tant de bruits misérables répandus, j'ai pu saisir des noms, enfin.

Qu'en ai-je fait ? je les ai conduits là seulement où le mépris pouvait les conduire, devant les tribunaux : la cour d'assises en jugera. [Très bien l)

Maintenant, j'arrive à la question et je la traite rapidement.

Qu'y avait-il au ministère de l'intérieur? deux choses :

Ce qui était ordonnancé pour les services généraux. Quant à cela, vous le savez, le ministre ne fait que signer ; le chef de la comptabilité fait distribuer aux employés les sommes qui sont allouées par le budget; pas de doutes même possibles.

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Il y a, de plus, les fonds secrets.

Voyons donc cette question que l'animosilé, que la haine n tant eherclié à grossir et à dénaturer dans le pays; voyons l.t question des fonds secrets !

Est ce que, par hasard, ils ont été grossis d'une manière démesurée, qui ne s'est jamais vue en temps de révolution? quand il fallait maintenir l'ordre pendant deux mois et demi, ordre dont vous nous tenez si peu de compte aujourd'hui, vous tous qui en profitez. (Slouvement. — Vive approbation à gauche.)

Eh bien, ces fonds secrets ne sont pas seulement restés de beaucoup au-dessous du chiffre qu'il ont eu en 1855 et en 1854, quand l'cmeutc sévissait dans Paris ; ils sont restés au-dessous du chiffre anormal existant sous la monarchie déchue. Voilà le vrai. {Mouvement.)

Maintenant voyons-en l'emploi.

Les fonds secrets! est-ce que, par hasard, ils ont été employés à faire de la police? eh ! mon Dieu, vous allez parfaitement comprendre leur emploi par un rapprochement. 1847 et 1848, pour quelques personnes, c'est la mêrae chose; cependant, il y a une révolution dans l'inlervalle. Le budget de 1847 ne pouvait pas prévoir, par exemple, l'établissement de la garde mobile, des gardiens de Paris, des commissaires envoyés dans les déparlements, de la garde républicaine, de l'organisation du suffrage universel, des hommes qui venaient s'abriter au ministère de l'intérieur, dans les monuments publics, partout, pour demander dupain, parce qu'ilsavaient fait la révolution, ceshommes.ei

que leursentrailles criaient Il a bien fallu donner à ces

hommes un abri, du pain et des vêtements; tout cela a été payé sur les fonds secrets. Voilà ce que c'est que les fonds secrets, cette fois-cil {A gauche: Très bien! 1res bieni)

Et maintenant vous venez dire: Sur les fonds secrets, il y a eu des empiétements de crédits. , . . Certainement, il y a

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eu des empiétements de cmiits; il oaL cviduiilqu'à puiiie de laisser mourir de faimdes familles indigenles, de laisser des senices manquer, de laisser cette garde mobile nue, qui l'a été si longtemps, qui vous a si puissamment servis, il fallait prendre sur les fonds secrets. Pouvais-je pi'endre sur autre chose? Prenais-je des fonds secrets sur ma simple signature? On ne peut le faire eo semblable circonstance qu'en vertu d'une autorisation du gouvernement.

Mais combien j'ai tort de discuter! cette question a été déjà tranchée pai' une commission de cette Assemblée, qui était loin d'être composée de mes amis politiques. Voici comment elle parle de l'emploi des fonds secrets \ cette citation vaudra mieux que toutes les phrases :

a Nous n'hésitons pas à le dire, la majeure partie des « allocations de cet article se ressent de l'état de désordre « et de crise dans lequel le pays se trouvait à cette époque. « On y remai'que à chaque instant l'absence ou l'oubli des € règles de comptabilité; la spécialité des dépenses n'y est c aucunementrespcctée ; malt, noutdevons le déclarer parce « que notre devoir iiùus y oblige et que notre loyauté nous « en fait la loi, la totalité de la somme ordonnancée a été ■ justifiée par des mandats réguliers contenant l'indication n des emplois dioers auxquels ils étaient destinés, et par des « récépissés correspondants revêtus de la signature de ceux « awiquels les mandats avaient été délivrés. »

Eh bien ! je vous demande ce que devient voire argu' mentation ! qu'avez<vous voulu prétendre, voyons, en cherctiant à soulever dos souvenirs de rancune? voyons le vrai : que pouves-vous nous reprocher? d'avoir empiété d'un crédit sur l'autre; d'avoir, par nécessilé, changé la destination. MaiSj d'avoir détourné un denier, c'est impossible, car la commission a dit : « Nous devons à l'honneur de déclarer « que, quant aux sommes, elles ont été bien et fidèlement * employées. ■ Maintenant, vous vous disiez de bonne foi,

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vous vous disiez sans colère, je le crois ; r^retlez donc l'expression qui tous est échappée à cette tribune quand vous prétendiez que ces sommes n'avaient pas été loyalement employées.

Ce mot de loyauté, le comprenez-vous, monsieur? {Vite tigUaiion. — Très bien !) Savez-vous bien ce [que ce mol veut dire?

Vous avra confondu loyalement avec légalement.

Maintenant, dois-je descendre dans lej détails? doîs-jo vous répondre, quand vons me demandez comment on soldait les hommes qu'on envoyait dans les départements? Comment on tes soldait? je n'ai qu'un mot à vous dire; ce n'est pas mon procès, à moi, que vous faites, ce serait le procès du gouvernement tout entier.

Les hommes qui ont été envoyés dans les déparlemenls y ont été envoyés jusqu'à concurrence d'une somme délermirce par l'ordre môme du gouvernement. Ohl à cette époque vous vous reposiez dans vos loisira des départements, vous. (Mouvements divers. — Rires et approbations sur quelques bancs.) Mais, à Paris, bouillonnait la force exubérante de la révolution, mais, à Paris, les hommes qui avaient été rois sur ■ les barricades voulaient imposer des conditions qui purfois pouvaient n'être pas raisonnables. Cette force exubérante, Paris seul ne pouvait pas la contenir comme une immense fournaise; il fallait une issue et des moyens de départ aux nombreux citoyens qui voulaient regagner leurs foyers. [Interruption hruyanteet prolongée.)

Il y a autre chose. Oui, oui, il y avait des départements où les ouvriers, méconnaissant l'esprit de la révolution, voulaient se porter, après cette révolution même, à une révolte. Oui, il y avait de grands centres comme Lyon, Lille, où il fallait envoyer des ouvriers pour leur parler te langage fraternel qui n'aurait pas élé entendu dans notre bouche, à nous qui n'étions que des bourgeois. Voilà pour-

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quoi il fallait leur envoyer des ouvciei-s. {Ptitsieiirt membres : C^eilvrait)

•Vous demandez qui a soldé le départ des hommes qui sont allés sur la froatière de la Belgique. Qui les a soldés? ce sont les fonds du trésor. [Murmum».)

Citoyens, eslrce du raisonnement, ou de la colère? si c'est du raisonnement, écoutez sans tous récrier; si c'est de la colère, j'ai dit que je voulais être calme; alors je mu tairai. (Parlez ! parlez I)

Vousaviezà Paris d'innombrables ouvriers sans ouvrage, sans travaux; vous aviez des Allemands, des Belges, des Piémontais, des .Savoisiens. Eh bien, pour ne pas laisser faire une concurrence ruineuse et mortelle à ceux qui déjà étaient sans pain, le gouvernement a ordonné que la plupart d'entre eux retourneraient dans leur pays avec frais de route et des secours.

Quanta la question de Belgique,je ne veux pas anticiper; j'y reviendrai dans l'enquête, et on verra que dans celte question comme dans les autres le gouvernement a fait complètement son devoir, et n'est pas sorti, quoi qu'on en dise, des termes du manifeste de M. de Lamartine.

Ainsi donc, je me résume en deux mots :

Puiser directement dans la caisse du trésor, c'est une impossibilité morale et physique, dont l'implacable haine des royalistesa seule pu accréditer la fable odieuse. Prendre sur les fonds des services spéciaux, c'est mille fois aussi impossible-, et sur les fonds secrets, la question est jugée par une devosprécédentescommissions. Il faulétre frappéd'un certain vertige pour ne pas tenir compte des moyens qu'il a fallu employer pour maintenir ici l'ordre et la paix. Ainsi, encore un coup, en ce qui concerne les fonds secrets, la question est jugée par votre commission spéciale. Et ne croyez pas que j'invoque cela comme un bill d'indemnité 1 pas le moins du monde; ma vie publique est à tous.

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Vous voulez voir ce que la commission a déjà vu : rendezvous au ministère de l'intérieur. Est-ceque par moi jamais un document a été refusé, quand la commission des fonds secrets m'a appelé pour avoir des explications sur la situation que j'ai laissée et sur celle de mon successeur? je suis allé au-devant de toutes les explications, et je n'ai pas seulement présenté un résumé général, j'ai demandé que la commission examinât tout, j'ai demandé qu'une sous-comraissiou (ùl instituée, qu'elle se transportât à la comptabilité du ministère de l'intérieur, et qu'elle examinât pièce par pièce ; et c'est ce qu'elle a fait, et elle n'a jugé qu'après.

On l'a fait une première fois. C'est assez, non pas pour ma conscience, qui n'en a pas besoin, mais c'est assez pour les hommes honnêtes qui n'ont pas de préventions. Quant à ceux qui en ont encore, eh bien! qu'ils recommencent. Ha vie appartient à tous; je le répète, on peut y voir, y scruter tout. Mais je ne puis accepter ce mot de déloyauté jeté dans les débats. Le mot de déloyauté restera contre vous. Delà déloyauté! non, il n'y en a i)as eu. Il y a eu une révolution. Avant elle, vous étiez du parti des aveugles, et vous n'avez point encore ouvert les yeux. Vous êtes un de ses incurables ennemis. ( Vive (igilation ! — Approbation nir plutimrt baiicê. — Rédamationt mr d'autres bancs.)

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DISCOURS PB0\0NC6 A L'iSSEMBLÉE NlTIONiLE

■a utnw» ira rim Âiiiicinjs lui» li mrFoni sm iKwtit BEun*B

un ÀTTEKT*Ts aa le avril, is mu Bt 14 ivm fStS.

(iS MXlt 1848).

Cl I OTENS REPRÉSENTANTS ,

Le débat qui va s'ouvrir est ua de ceux qui laissent trace dans l'histoire. Le sentiment public ne s'y trompe pas, on le reconnaît à l'agitation qu'il a jetée dans beaucoup d'esprits. Aussi, pour ma part, je ne veux rien ajouter à celte agitation..

Mon intention est d'être aussi calme, aussi modéré que possible. Et si, par hasard, dans l'ardeur de l'improvisation, quelques-unes de mes paroles avaient un autre caractère, tenez-les pour non avenues, mon bœur et ma raison les désavouent à l'avance. {Tr,ès bien! très bieni)

Cette situation qui nous est faite n'est pas sans précédent dans nos annales. Après les journées des 5 et G octobre 1 789, celles qui, vous le savez, avaient fait incliner la royautc rebelle, une enquête fut ordonnée sur la situation du pays. Cette enquête fut large; elle comprenait les intérêts, les besoins; elle descendait dans les détails; elle remontait, par des courants innombrables, jusqu'aux causes généi'ales. Pour tout ce qui touchait aux individus,

UMD-KOLLIH. — U i

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elle ne fut pas faite légèrement : instruction judiciaire, témoins confrontés, accusés mis en présence, une année presque entière s'écoula, et quand le rapport arriva, ta voix puissante du génie le plus émouvant de la révolution, la voix de Mirabeau mit tout cela en poussière en quelques paroles.

Cette enquête, elle portait un grave caractère. On fit, dans l'Assemblée nationale, un appel à la concorde, comme je Pai entendu faire depuis ce matin. On dit : Les hommes ne sont rien, les principes sont tout ; le peuple souffre, occupons-nous de lui ; et l'Âssembtée nationale intelligente passa purement et simplement à l'ordre du jour; l'Assemblée nationale scella le pacte d'union ; elle eut raison, car pendant dix-buit mois, sans secousse, sans colère, elle put suivre sa course libérale et magnanime à la fois. {Semation.)

Après le 10 août, après cette journée qui avait tué la royauté, le parti qui avait encore des souvenirs de ta monarchie déchue poussa à une accusation, à une enquête ; on accusa, on ne demanda plus au pays ce qui était recelé dans son sein; non, messieurs, non ! on accusa. La première fois, la Convention passa à l'ordre du jour ; mais cet ordre du jour avait été tel, les débats avaient été si virulcnls, que ce fut la grande guerre de la Montagne et de la Gironde ; vous savez le reste. {Mouvement.)

Après le 9 thermidor, le- parti vainqueur voulut aussi des accusations. Il poursuivit les hommes, comme ici, par une enquête politique, par ces enquêtes où l'on n'entend que les ennemis et pas les défenseurs. (À gauche : Trè$ bien!) i

' Eh bien, que fit, à ce moment-là, la Convention? Ellemil une première, une deuxième, une troisième fois obstacle à cette violence, puis le parti qui triomphait finit par vouloir traduire devant le tribunal révolutionnaire les hommes qui

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avaient plus ou moins pris part à la révolution, qui avaient des fautes h se reprocher, mais aussi qui avaient fait Ac grandes choses, car ils avaient émancipé le pays ; je me trompe, émancipé lemondel {Sematton marqtiée.)

On voulut donc les accuser. Il en résulta que les irritations du dedans, que les colères intestines se répandirent au dehors; puis, la journée de germinal pour délivrer les accusés, puis, la journée de prairial, puis la mort du courageux Féraud; salut à luill puis au bout de tout cela, pendant cinquante ans, la république couchée dans la tombe. Voilà le produit des enquêtes politiques. (Noucelle sensation.)

Je m'arrête ici, et je vous dis : a Vous, Assemblée, oubliez qui nous sommes et qui vous êtes ; élevez-vous dans une sphère assez haute pour ne voir que les grands, les immortels principes des sociétés ; dans celte sphère calme et sans agitation, voyez la route que vous avez à prendre ; deux chemins s'ouvrent devant vous : la grande enquête, je le disais, l'enquête de 89 ; le grand, le généreux exemple de l'Assemblée nationale; puis l'autre route, l'enquête politique, la haine de l'homme à l'homme, s'acharaant à l'ennemi, voulant le frapper, et cet ennemi mort en faisant renaître cent mille, la guerre civile, l'anarchie. De laquelle Toulez-vous? {Profonde sensation.) Dans laquelle des deux votre commission va-t-elle essayer de vons entraîner î Est-ce dans la première? Est-ce dans la seconde?

Votre commission, quel était son mandat? Quelles étaient les limites de ses pouvoirs? Son mandat était l'attentat du 24juin étendu jusqu'aux événements du 15 mai. En dehors de cela, rien. Car après ces violentes émotions, après ce sang répandu, ce que vous vouliez, c'était que les causes ne se représentassent plus; nous avions été trop profonde- ' Inent émus, nous avions le cœur trop fortement labouré pour penser à des hommes; nous ne pensions qu'au pays.

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} Le mandat était donc seulement de faire une enquête sur l'attentatdu 34 juin, en remontant, au besoin, jusqu'au 15 mai. Est-ce cela par hasard que la commission a fait?

Est-ce qu'on avait parlé des événements antérieurs? Et cependant, que fait la commission? Elle se demande s'il est possible de perdre un des plus ardents acteurs de la révolution de février. Oh ! voyons de près tout ce qui se passe, sa vie privée, ses moindres actes ; recueillons toutes les calomnies, ne les contrôlons pas, surtout ne lui en parlons pas. Voilà ce qu'elle a fait; puis, quand elle a agi ainsi, remontant d'événements en événemenLs, elle vient nous jeter dans son rapport cette phrase : « Les événements s'enchaînent; les événements sont tels que, du 34 juin, du i5 mai, il a fallu remonter fatalement, pour quelques hommes, jusqu'aux époques antérieui'es. »

Gela ne peut tromper personne, citoyens, pour quîcoD' que a lu les procès-verbaux de la commission d'enquête. ' Le premier de vos procès-verbaux, que contient-il? Vous venez d'être nommés, vous vous asseyez au bureau pour la première fois, et, avant qu'aucune discussion se soit élevée sur les événements, avant de pouvoir savoir s'ils s'enchaînent, vous demandez qu'on dépose entre vos mains toutes les pièces antérieures au 15 mai et qui ont préparé d'autres événements. Ne dites donc pas : Je suis impartial, je suis juge; ne dites pas cela, car, en vous asseyant, la baioe, la rancune, s'asseyent avec vous, avant d'avoir pu être poussés par l'enchaînement des événemenls. [Vjioe approbation sur les bancs supérieurs de la gauche.)

El quand je vous dis ces choses si simples, est-ce que par hasard vous croyez que je me défends? Non, non, ne vous y trompez pas.

Car enfin, au 34 juin, vous ne me trouvez nulle part; je me trompe, vous me trouvez à mon poste d'honneur, au siège de la commission executive.

Au i5 mai ! oh ! des insinuations ; mais vons savez parfaitement bien, it y a ici des témoins qui en déposent, que j'ai fait mon devoir ici comme à }'IIàtel de ville. Donc maintenant comment remontez- vous jusqu'à moi ? comment venez-vous me demander compte indirectement de ma politique? Ma politique, si elle est mauvaise, l'histoire la jugera. Vous l'avez rejetëe en me faisant tomber du pouvoir ; mais, est-ce que par hasard dans votre enquête vous aviez le droitde m'en accuser? Est-ce que je n'étais pas couvert par cette déclaration que j'avais bien mérité de la patrie? Est-ce que dans votre enquête, si je n'avais figuré ni au 24 juin, ni au iS mai, vous pouviez me démander compte de ma politique à l'égard de la Belgique? Est-ce que vous pouviez me demander comptes de mes circulaires? Ést-cequevouspouviezmedemandercomptede mes commissaires? Vous ne le pouviez pas, je me trompe, vousne pouviez -le faire qu'en attaquant dans ma personne le gouvernement provisoire et la révolution de février. {Très bien I Bravos à gauche.)

Et necroyezpasquej'invoque ces principes pour m'abriter sous eux ; ne croyez pas que j'aie besoin d'un voile : ma politique, je puis la défendre en deux mots.

J'ai écrit des circulaires, vous avez pu les lire, dans lesquelles il y a ceci : Qu'il fallait respecter les situations et montrer de la fraternité, mais qu'il fallait envoyer à l'Assemblée des républicains, des hommes de la veille. Voilà ce que j'ai dit. Eh bien ! je l'ai dit, et devant vous je ie soutiens, parce que je le crois juste. Savez- vous pourquoi je le crois juste? par honneur pour vous et pour votre délicatesse. Car eniîn, ne vous rappelez-vous pas toutes les luttes auxquelles nous assistions depuis huit ans?car enfin ne savez-vous plus qu'à la dernière séance, celle oii l'on intronisait la régence, le chef de ce parti déclarait qu'en dehors de la régence tout était anarchie et factions, qu'il

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ne pouvait rien exister? Eh bien, moi, qui ai ëtë invariablement fidèleàmesprincipes, moiquiaib^cé mon cercle, celui dans lequel s'agitera ma vie, le jour où j'ai été poursuivi pour mon allocution aux électeurs, j'ai voulu réaliser ce qui était dans ma conscience. Je croyaisqu'une conviction profonde vous animait aussi, et je disais ; Ces hommes qui, au 24 féviier, voulaient la régence, les précipiter dans une constitution à faire pour la République, c'est les faire mentir à leurs précédents. En vous estimant fidèles à votre concience, vous ai-je calomniés ? J'avais tenu compte de l'âme humaine, et j'avais respecté les convictions comme sacrées. (Très bien!)

On m'a reproché les commissaires par moi nommés, et même dans l'enquête on trouve à cet égard je ne sais quelle accusation. J'ai dit, et je le répète, j'aurais voulu vous voir le lendemain de la révolution aux prises avec les obsessions ; vous auriez vu qu'il fallait plus de courage pour résister àbeaucoup d'entre elles que vous ne pouvez le supposer. J'avais en trois jours, chose inouïe ! toute une admiDistration à refaire.

Vous avez dit : Ces commissaires, ils avaient des ponvoir!> illimités. Allons! allons! nous sommes tous des hommes sérieux, n'abusons pas des mots. Oui, des pouvoirs illimités, en leur disant que la limite était dans les mœurs du pays. Vous ne vous attaquez pas aux mots, n'est-ce pas ? Dites-moi donc, à part les rancunes électorales qui peuvent ne pas avoir été oubliées, dites-moi s'il est un seul de ces commissaires qui se soit rendu coupable d'un méfait quelconque ? {Oh! oh! — Longues rumeurs.)

Oh ! vous ne m'avez pas surpris, j'attendais cette interruption Les commissaires vous ont combattus {OA/ oht

— Nouvelles rumeurs), vous en conservez rancune. Mon

Dieu! c'était leur droit {Humeurs et bruit divers.) A

l'occasion de cela on a fait injure, par l'assimilation, à tous

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les hommes honorables, anciens commissaires, qui sont ici ; un de ces commissaires est un homme qui avait pcssë une partie de sa vie aux bagnes. (Mouvement.) Vous auriez dû dire une chose, Messieurs de l'enquête, c'est que cet homme qui avait été aux bagnes n'avait pas été nommé par moi. Ûoi je nommais les commissaires des déparlements, qui nommaient les sous-commissaires.

À Rouen, j'avais choisi un des citoyens les plus dignes, le bâtonnier de l'ordre des avocats de cette ville. L'homme que vous prétendez être un forçat libéré, et que le commissaire de Rouen avait nommé, n'était pas un commissaire de la République; vous avez joué sur les mots, c'était un commissaire de police ; vous le saviez et vous ne l'avez pas dit. {Mouvement.) Ce commissaire de police... (Riret et chuchotementt à droùe.)

Ne souriez pas, écoutez-moi, je suis sérieux. Ce commissaire de police, par qui a-t-il été recommandé? Par un des hommes en qui vous avez eu le plus de confiance, par un de ceux qui ont présidé votre Assemblée, par le citoyen Bûchez. {MmtBement.)

Pourquoi l'a-t-il recommandé? Parce que cet homme, un instant électrisé par la grande commotion de février, avait été accessible à de meilleurs sentiments, s'était conduit généreusement à Paris et s'était battu sur les barricades.

Voilà cette situation du commissaire tant reproché I

Parlerai-je de l'afTaire belge?

Pour m'accuser, connaissez vous les circonstances dans lesquelles elle s'est passée ? Vous n'en relatez qu'une portion, vous ne l'avez pas dite tout entière.

En Belgique se trouvait la réunion de la plupart des ministres du gouvernement déchu, et ils conspiraient sans empêchement du gouvernement. {Marques d'étonnement. — Dénégattom.)

Dans les eaux de l'Escaut se trouvaient des naTÎres anglais qui menaçaient de prendre Anvers au premier mouvement qui se ferait dans le pys. Eli bien, une légion belge que vous avez tous vue, que vous avez acclamée quand elle traversait le boulevard, quand elle s'y promenait avec son étendard, une légion belge est partie. J'ai fait pour elle œ que j'ai fait pour les Allemands, ce que j'ai fait pour les Savoisiens. Pour qu'il ne pût y avoir de désordre, je l'ai fait accompagner par des élèves de l'Ëcote polytechnique et par tes élèves de l'Ecole centrale.

Ils sont arrivés ; qu'ai-je fait ? J'ai demandé des armes pour les gardes nationales qui, sur la frontière, craig^iaient le désordre de ces colonnes épars^. Ces armes ont été prises, d'autres disent qu'elles ont élé distribuées. Dans l'enquête, il n'y a pas une déposition qui démontre qu'elles aient été distribuées ; dans l'enquête, il y a autre chose, il y a une dépêcbe télégraphique que vous n'avez pas cilée et que vous auriez dû rapporter.

Le commissaire du département du Nord me disait : Ces hommes veulent entrer armés à la frontière : faut-il les laisser entrer? Répondez-moi par le télégraphe. Je répondis : Non. Le ministre de la guerre disait de sou c4lé : Qu'on rappelle les élèves ; ils étaient rappelés. Ua dépêche télégraphique n'était pas remise à temps, je destituai le directeur. On arrêta Blervacq, qui s'était mis à la tête de ces colonnes, et qui avait voulu entrer en Belgique les armesàlamain.

Je demande si cette affaire de Belgique, qui paraissait si

- inexplicable, nes'explique pas suffisamment, et je demande

si le gouvernement belge, parfaitement informé des faits, a

jamais adressé au gouvernement français une réclamation

quelconque. Jamais.

Que maintenant il plaise à je ne sais quel procureur du roi de ce pays d'accuser des hommes absents, vous com-

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prenez que j'en ai peu de souci. Ce qui me tooche, c'est que le gouvernement belge, parfaitement éclairé sur les faits, n'ait- pas fait une réclamation au gouvernement français. It savait doncquelafwlitiquedela France n'avait pas démenti le manifeste de H. de Lamartine.

J'ai dit tout cela ; je pouvais ne pas le dire. Je vous l'ai dit pour ma conscience; je tous lai dit parce que j'ai représenté, comme membre de la commission executive, la majorité, je me trompe, l'Assemblée tout entière. Je voulais pour mon honneur, pour le sien, lui dire ces faits, lui donner des explications. Je le répète, je pouvais ne pas le faire ; certainement, ce n'est qu'en manquant i votre mandat, qu'en l'excédant, que vous avez pu, en dehors des événements des 24 juin et 15 mai, venir me chercher dans ma vie antérieure. Vous aurez beau faire, l'histoire qui jugera les faits dira que c'était un souvenir de rancune contre ta démocratie que nous avons fondée, une lutte entre la monarchie déchue et la République. (Agitation.)

Citoyens, j'ai dit que je serais modéré, je veux l'être, mais je dois h ma conscience aussi de dire la vérité.

Celte république, elle trouve des bostililés parmi vous, et cependant c'est vous qui l'avez faite, chose étrange ! presque autant que nous. Oui, oui, il faut qu'une certaine portion du pays qui fait tomber sur nous la responsabilité tout entière vous ta fasse partager.

£n eflet, est-ce que vous croyez, par hasard, que quelques hommes à Paris, suivis par de généreux citoyens, auraient pu révolutionner le pays? Est-ceque vous croyez, par hasard, que, si pendant dix-huit ans ceux qui ont été au pouvoir n'avaient pas profondément blessé le sentiment national au dehors, n'avaient point au dedans livré le pays à tant d'hommes d'argent qui, eux, exploitaient le travail, est-ce que vous croyez que la révolution de février se serait faite en quelques secondes? Vous vous dites attachés à la Répu-

blique, je veui le'croirc; mais vous n'avez pas l'exacte mesure de vos sentiments pour elle, vousl'aimez moins peutêtre que vous ne le voulez.

Oui, oui, TOUS faites ici ce que vous avez fait pendant diihuit ans. Pendant dix-huit ans, vous aimiez la djnastie d'Orléans; le gotivernement que tous aviez établi, tous vouliez le conserver; et chaque jour vous le miniez sans avoir une idée à mettre à la place. Tous le combattiez sans cesse, vous l'ëbréchiez, et vous disiez ; Nous voulions le conserver ; et tous n'aviez pas, je le répète, un gouvernement quelconque, une idée quelconque à substituer à ce gouvernement.

Ah ! vous avez été, permettez moi de vous le dire, impuissants au pouvoir. Eh bien, ce que vous avez été pour la révolution de juillet que vous aviez fondée, pour cette révolution que vous aimiez tant, je crains bien qu'à votre insu vous n'essayiez de l'être pour la République que vous n'avez pas fondée. {Mouvemmt prolongé.)

Je vous crois sincèrement attachés à votre pays ; j'en suis convaincu ; mais tous les iours on se trompe dans le culte de ses afTections, et je crois que vous avez des amours malheureux (rires); oui, oui, vous avez eu des amours malheureux ; car, quand vous avez jeté cette agitation de ta réforme; quand, à un jour donné, vous avez assigné un rendezvous à une population tout entière ; quand 200,000 hommes se promenaient majestueusement sur les boulevards, vous avez manqué au rendez-vous que votre honneur leur avait assigné. {Cest vrail) En voulant donner une leçon au gouvernement de votre choix, vous les avez jetés entre les bras de la République. {Mouvement.)

Il faut donc aujourd'hui fortifier cette république qne vous avez indirectement amenée par votre imprudence; il faut la fortifier ; mais il ne faut pas que les discussions d'hommes viennent de nouveau s'agiter ici comme pendant

dix-huit ans elles se sont agitées au grand scandale, au grand malheur du pays; il ne laut pas que vous substituiez à des questions de principes des questions de personnes. Autrement, votre grand amoui' pour la République tournerait à »on grand dommage.

Il ne faut pas que vous recommenciez l'opposition tracassière qui ne peut pas aboutir, parce que, encore un coup, TOUS n'aviez pas d'idées sous le gouvemement de Juillet, cl qu'aujourd'hui vous n'en apportez pas de nouvelles pour remédier aux maux qui nous assiègent. Il s'agit de fonder, et TOUS n'avez su que détruire : que le piiys soit doni; en déûancel (Agitation.)

Ainsi, si vous êtes bons citoyens, votre rôle est tracé, c'est de suivre, mais de ne pas vouloir diriger le mouvement, (i gauciie : Très bien! trè» bienl)

Il faut une grande franchise dans les actes. L'industrie est aux abois, le capital se retire, le pauvre souffre ; il ne faut pas dire ; C'est la République! parce qu'alors, faisant confondre au peuple l'instrument de sa délivrance avec le mal dont il souffre, 11 briserait l'instrument. Il faut avoir le courage de dire : La situation a été amenée par nos fautes ; nous avons, sous le gouvernement de Juillet, laissé plus ou moins ejigager les ûnances dans mille et mille canaux, de façon à ce que le pays, ainsi entravé, ne pût pas soutenir sa grandeur au dehors. Il faut dire : A la révolution de Février le commerce était déjà anéanti.

11 faut dire que les ouvriers étaient en grève ; il faut dire que les capitaux se retiraient et qu'on pouvait h peine en IrouTer; il faut dire que la plupart des maisons qui ont liquidé sous le gouvernement de Février étaient presque en &illite avant la révolution. Voilà ce qu'il faut avoir le courage de déclarer. {Ceit vrai !)

En le rappelant, je n'ai voulu qu'une chose : faire appel an peuple, faire appel à la bourgeoisie, leur faire bien

comprendre que ces maux, qui sont la fatalité de la monar» chie passée, ne sont pas le tortde la République ; qu'aujourd'hui, entre les faclions d'une part et la réiiction de l'autre, il ne peut y avoir qu'une ancre de salut, la République: qu'il ne faut pas la calomnier-, qu'il faut la servir; qu'il faut que tout te monde s'attële à son char avec une ardeur égale. {Acclamatiom prolongéet.)

Je comprends jusqu'à un certain point vos légitimes scrupules. Oui, en enrayant sans cesse vous croyez sauver le pays de ce que vous appelez la république rouge.

La république i;ouge I Mais le moyen, si elle existait, le moyen de la faire triompher, c'est de faire perjiétuellemeDt de la réaction, c'est de ne rien accorder aux justes exigences ; c'est de faire ce que faisait ce malheureux gouvernement qui est tombé, qui, à mesure qu'une chose juste était réclamée, s'y opposait par cela même qu'elle était juste. Voilà te moyen d'amener cette république rouge. Mais la république rouge, croyez-moi, n'est qu'un vain fantôme. {Humeurs prolongées.)

J'ai dit que la république rouge était un fantôme. J'espère Tous-le démontrer, si vous voulez m'écouterquelques instants. {Écoutez ! écotUez I)

Sous cette dénomination vous proscrivez surtout le socialisme : il ne m'effraie pas. Permettez-moi de vous dire pourquoi. (Sourires sur quelques bancs de droUe.) Il ne m'effraie pas, el voici pourquoi : c'est qu'il constate un fait auquel mon cœur et mes yeux se sont depuis longtemps ouverts, les douleurs profondes de ta société. Maintenant, qu'il se trompe sur les remèdes, je le pense.

Hais le moyen de lui démontrer qu'il se trompe, c'est de faire quelque chose qui enfin vivifie le pays. Ce n'est pas une constitution, croyez moi, le remède n'est pas là ; des constitutions ! nous en avons dans nos lois à en défrayer tous les peuples du monde. {Rires et bruit.) Ce sont des

institutions sociales qu'il nous faut. (Interruption). Eb bien I je tous dis ceci : il n'y a pas de république rou^, il y a des hommes qui s'illusionnent^ qui, abusés par les besoins, peuvent être entraînés ; mais soyez bien convaincus que l'immense majorité, que l'unanimité du pa,ys se rattache k la république vraie ; il oe s'agit que de s'entendre. (Mouvement.)

Voulez-vous maintenant que je vous dise ce que je comprends et ce que le pays selon moi comprend par la république vraie? Le voici : ce n'est pas le mot, ce n'est même pas le suffrage universel seulement : c'est le respect pour la famille, le respect pour la propriété. Ëslrce que vous croyez, par hasard, que les républicains qu'on a qualifiés de républicains rouges ne veulent pas le respect pour la famille? Est-ce que vous croyez que les hommêè qui souffrent tous les jours ne veulent pas de cette douce jouissance, eux qui n'en ont pas d'autres que le foyer domestique? La famille I il faut bien s*enteadre sur ce mot, nous ne la voulons pas pour quelques hommes, nous la voulons pour tous, (rr^ bieni) Or, pour vouloir la famille pour tous, il faut qu'il y ait le travail pour tous: car est-ce quec'esl la famille, par hasard, que l'enfant élevé aux Enfants-Trouvés? Est-ce que c'est la famille, que la ftlle qui ne peut gagner sa vie par le travail et qui se prostitue? Est-ce que c'est la famille, que l'ouvrier presque forcé de vivre dans le concubinage? Est-ce que c'est la fumille, lu vieux travailleur réduit à mourir sur un grabat d'hôpital ? Est-ce que c'est là la famille? Nous voulons que la famille soit universelle. Ne dites donc pas que la famille n'est pas respectée par nous; car nous, DOus ne voulons pas la restreindre, nous voulons l'étendre et la multiplier. [Applaudissements prolongés.)

Vous parlez de respect à la propriété : permettez-moi de le dire, ils sont insensés, ceux-là qui ne comprennent pas que la propriété est la première base de la liberté. La pro-

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priété ! nons ]a voulons aussi ; car nous, nous demandons qu'on donne à l'ouvrier ou le crédit ou un instrument de travail. Nous ne la voulons pas pour quelques-uns ; nous la voulons pour tous, honnête, laborieuse el probe, et, au point de départ, pouvant se constituer. Yoilà comme nous la voulons. La propriété, nous la voulons peut-être plus que vous; savez-vous pourquoi? C'est que nous disons, nous, qu'il y a moyen de reodre propriétaires un grand nombre d'ouvriers; que dans cette France il y a place pour tout le monde au soleil ; que vous avez des communaux à distribuer; que vous avez des biens de l'Ëtat qui ne rapportent rien et que vous pourriez faire féconder par le travail individuel ; qu'il y a en France d'énormes défrichements à faire, des lieues de landes stériles à fertiliser. La propriété, à

notre gré, vous nesaurlez assez la multiplier {BuTMur».)

Oui, je dis que nous l'aimons peut-être plus que vous. Voulez-vous que je vous en donne un exemple? le voici :

Â. l'heure qu'il est, en France, elle est dans la plus absolue souffrance. Pour peu que vous jetiez les yeux sur les bordereaux hypothécaires, vous verrez que la propriété que vous défendez tant n'est guère qu'un nom ; que le propriétaire n'est qu'apparent, et que te capitaliste, le prêteur, est derrière. Eh bien, quand je suis venu, moi, dès te mois de mars, demander qu'à cette propriélé ruinée par l'usure, qu'à cette propriété qui ne peut emprunter qu'à 7 p. 100 on Ht une banque hypothécaire, qu'on lui permit de se mobiliser sous la garantie de l'Etat, pour jeter ainsi trois milliards de plus dans la culture, te commerce, le travail* on m'a inexorablement repoussé... On a prétendu que c'était du papier-monnaie.

Je ne veux pas Imiter la question ici... Qu'il me suffise de dire que ce n'osl pas plus du papier^monnaie que les

, billets de la Banque, à qui vous avez engagé pour 75 mil-

. lions de forêts de l'État.

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[nconleslablemênl nous aimons mieux que tous la pro' priélé, si, à l'aide de cette puissante et facile inslitutiori, on pouvait vivifier le commerce, on pouvait cultiver dans Tabondance, faire travailler les ouvriers.

Voilà une instîlution : eh bien, elle est à l'étude depuis je ne sais combien de mois, dans celte Assemblée, et elle ne s'est pas encore fait jour. (Interruption.)

[Leprùident: Le rapport a été dépoté.)

Soit, elle a été, si vous le savez, trois mois à se faire jour, tandis que, étudiée comme elle l'était, elle aurait pu être réalisée en quelques jours seulement.

Nous respectons donc la propriété, mais à la condition que, comime la famille, elle se multipliera à l'infini ; et, en disant cela, nous sommes les traducteurs de la grande pensée de la Convention.

Tous savez parfaitement bien qu'elle voulaitla disséminationde la propriété; elle avait raison, car toutes les républiques — et je réponds ici à certaines idées de socialisme — soit dans l'antiquité, soit au moyen âge, ont péri par la concentration de la propriété; car, à l'beure qu'il est, ce magnifique, ce gigantesque pays, l'Amérique, est vivement alarmé par la concentration de la propriété. (BéJiégatiom.)

Il me serait difficile, vous le comprenez, de répondre à des interruptions que je ne saisis pas. J'ai dit et je répète, et je ne puis pas être démenti par ceux qui savent bien qu'à l'heure qu'il est, dans le nord de l'Amérique, la propriété souffre de sa concentration même, et qu'on demande non pas la loi agraire, mais la distribution des terres ' appartenant à l'État ; on crie d'un pdie à l'autre de œ pays : La propriété, c'est la liberté; Lundis libertyl

Ouit la propriété, nous la voulons comme la famille; nous la voulons pour tous, sinon foncière, au moins comme instrument de travail.

• Maintenant, citoyens, perniclteï*moi de vous le dira^

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voilà les principes que vous crojez proscrire en les qualiiiant de république rouge; ces priocipes-là, bi je pouvais soader tous les cœurs de l'Assemblée, je suis convaincu qu'ils sont ceux de la majorité; je suis convaincu qu'ils sont ceux de la presque unanimité du pays. Eh bien! c'est pour la repousser, celle république, que vous entravez sans cesse les proftositions populaires qui vous sont faites. El cependant les gouvernemenls ne périssent pas par les concessions qu'ils font; ils périssent toujours, et vous en avez de nombreux exemptes, par les concessions qu'ils ne savent pas faire k temps.

Les parlis ne s*acbameront-ils donc toujours que contre eux-mêmes, sans transiger jamais? Le pays soufTre, sa misère est au comble, et vous n'en dites pas un mot. D'une question sociale vous êtes, dans votre rapport, lombes h une question de personnes, et le ^uple attend. {ifour«<

Eh bien, je vous ai signalé au début l'abîme où peut tomber cette Assemblée. Je vous ai dit : < En 1789, à la suite d'une enquête générale, on a demandé l'union, et l'Assemblée nationale, bien conseillée, a fait jeter un voile sur les discussions particulières. » Depuis, au contraire, je vous ai montré la Convention faisanl dégénérer en questions de personnes toutes ces questions sociales, et alors les difTérenls partis s'entr'égorgeant les uns les autres. Je vous ai dit que vous aviez deux voies à suivre. Suivrez-vous la première, suivrcz-vous la seconde ? Si vous suivez la première, celle de la concorde, la République peut être sauvée dans une espèce d'élan unanime, si nousnous unissons tous pour arriver au même but, le bien, la grandeur, la prospérité de la patrie. {Acclamationt.)

Oh I puisse donc le génie de la liberté inspirer vos consciences dans ce moment iolennell Ne dites pas ; Ce sont des hommes qu'on envoie pour êtes jugés. Non non, c'est

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plus que cela. C'est la représentation nationale qu'il s'agit de sauver; car', une fois la fissure ouverte, on uesaitquelles mains violentes peuvent l'entr'ouvrir, la déchirer pour y jeter l'Assemblée tout entière. (Vive agitation.)

Vous avez devant vous un exemple de la révolution, et si, comme vous la dites, vous aimez sincèrement la République, eh bien, cet exemple, il faut en profiter. Il ne s'agit pas de parler sans cesse de concorde et d'union, il faut en avoir les sentimeals et les avoir profondément gravés au fond du cœur. Dites-vous surtout qu'en commençant les proscriptions, tous les partis, entendez-le bien, peuvent y passer les uns après les autres, et alors ce n'est pas seulement la perte de la liberté en France et en Europe, c'est la perte de la liberté dans le monde. Voyez tous les peuples qui, dans ce moment, les regards fixés sur vous, espèrent leur délivrancel Âhl puissiez-vous, je vous en conjure, y bien réfléchir, et ne pas faillir à une cause aussi sacrée ! {ApplaudmemenU à gauche.)

(Ce dùcoïtr» est suivi d'vm longue agitation.)

UDKc-uiiiB. — n

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DISCOURS PRONONCÉ A l'ASSEHBLÉR NiTIONAlE

SUU U DtSCOSSION DE L* PHOrailTIOH VAIte Dl LEVE! l'tia

Dl SliOE &TUIT LB VOTK DE U CMniTOTlOII.

(2 leplâiabre ISU)

Citoyens beprésentants,

Les circonstances dans lesquelles se présente cette question sont graves. C'est après y avoir mûrement réOéchi qae je crois, pour mon compte, devoir apporter à cette tribune une protestation. Je ne pense pas, car je connais à l'avance le sentiment de l'Assemblée, je ne pense pas qae l'état de siège soit levé. Cependant, permettez à ma conscience de vous le dire, j'eslime que la voie dans laquelle vous allez vons engager est Tuneste, et que tous ne devriez discuter la constitution, pour lui donner ta force immuable que nous lui désirons tous, qu'après avoir rendu à la presse sa liberté.

Je n'abuserai pas de la tribune ; je vous demahde de la bienveillance pour une opinion qui, vous le sentez, est une opinion de minorité, mais qui, je le répète, est le résultat d'une sincère méditation.

On vous dit : L'état de siège est nécessaire pour mainte* nir la forme du gouvernement, sa sécurité, en présence des factions qui, aujourd'hui, relèvent la tête.

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Je compreods cet argument ; il a sa port^, et une grande portée ; mais on Vous disait tout à l'heure, également : Prenez bien garde, une constitution n'est forte, n'est indesr tructible qu'à une condition, c'est qu'elle a l'asseatiment, sinon unanime, du moins l'assentiment de la grande majorité du pays.

Et ce n'est pas par la force qu'une conslitution se maintient, c'est par le voeu des citoyens, par cette force morale cent fois plus forte que la force des baïonnettes, que la force matérielle qui ne peut-être que passagère, que fugitive, qui ne peut pas être un état normal et permanent.

Or, qu'objecte-t-on ? la presse est dangereuse, elle n'est pas toujours l'organe d'un sentiment vrai et désintéressé; parfois elle obéit à des factions qui ne veulent pas être éclairées, et qui ne veulent qu'une chose, de propos délibéré, le renversement de ce qui est.

Je demande ceci : Croyez-vous que le maintien de l'état de siège soit une limite à ce débordement de la presse? incontestablement non.

N'en aves-TOus pas la preuve? un journal est supprimé, n'est-ce pas? le lendemain il reparait sous un antro nom.

Ainsi, vous avez deux journaux, aux deux exlrémitésde l'opinion, que vous considérez comme dangereux ; vous les avez frappés : ils renaissent et s'appellent autrement, voilà tout.

Vous voyez donc que cette compression violente, matérielle, n'est pas le moyen efficace.

Est-ce que, par hasard, poor frapper ces journaux, vous

n'avez pas le jury, qui, aujourd'hui, est composé du pays

tout entier, qui n'est point un jury trié, qui n'est point un

jury fait à l'avance?

' Est-ce que, si le sentiment du pays frappe de réproba-

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tion des doctrines subversives, est-ce que vous ne pouvez pas, pour les combattre et les punir, avoir confiance dans le pays, dans le jury ? Est-ce que vos lois répressives ne vous suffisent pas ? voyez donc un peu, en vous mettant en présence de l'Europe, ce qu'on va penser d'une constitution qui serait faite pour ainsi dire comme celles qui, tant de fois, ont été essayées en ïlspagne. Vous rappelei-vous de quel mépris nous couvrions ces constitutions discutées sous l'empire du sabre? Vous rappelez vous, quand nous voyions les cortès délibérer sous la protection, à l'ombre du sabre de tel ou te! général que je ne veux pas nommer — son nom est présent à l'esprit de tous — quel respect nous inspirait celte constitution?

Pour être durable, il faut que la constitution ne porte pas de germes de mort étrangers à son essence même. Ne TOUS rappelez- vous pas que, quand la constitution de 1814 a été attaquée, elle recelait dans ses flancs un trait qui a servi plus tard à la déchirer ? que vous disait-on ? c'est la constitution de l'étranger.

Eu 1830, pour attaquer la Charte, que vous disaient les partis ? c'est une charte bâclée en quelques instants. (Mouvement.)

Ce que je voudrais éviter, c'est qu'une blessure semblable se trouvât au cœur même de notre constitution. Personne ici ne peut en douter , j'ai le désir de la voir invulnérable, parce que je veux qu'elle règne sur mon pays autant d'ann^ que le temps, ce grand redresseur de torts, ne commandera pas de l'améliorer. {Très bien! très bien I) Eh bien, réûéchissez-y, ce n'est pas ici de la passion politique.

Je fais appel à toutes les nuances de Topinioa, à tous ceux qui, sans exception — et, dans cette enceinte, il n'y en a pas d'autres — à tous ceux qui veulent le maintien sérieux de la constitution ; je leur dis : prenez garde de

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la faire Dsttre sous une atmosphère qui devra fatalement l'étoufiier.

En erfel, supposez-ta pour un instant publiée, cette constitution : est-ce que par hasard vous avez l'idée, le projet de continuer le système violent auquel nous sommes obligés de nous soumelire? La constitution faite, il faudra bien rétablir la presse : la presse vous dira que la constitution n'a pas été délibérée librement, et alors c'est là te moment funeste, et nous ne sommes que sur le seuil. Une fois la presse frappée, il faudra la frapper continûment. Ce qui n'est qu'une exception, aujourd'hui, devra devenir une situation normale. Alors, vous aurez fait de la République non un gouvernement libéral à lai^e base, mais un gouvernement qui sera dictatorial et exceptionnel. (ÀpprobO' tion à gauche.)

On dit : L'état de siège est indispensable ; le gouvernement le croit ainsi, qu'il me permette de laire appel à des faits qu'il connaît mieux que nous.

L'état de siège est indispensable! Voyons donc! car, comme tout autre, je m'inclinerais devant l'absolue, l'impérieuse nécessité. Est-ce que, par hasard, si on levait l'état de siège, vous auriez autour de Paris un soldat de moins? Est-ce que nous vous disons que, pour maintenir la sécurité, il faut éloigner des bataillons ? vous n'en avez pas la pensée. Avez-vous 60000, 80000 hommes? vous en faut-il cent mille ? appelez-les, s'ils sont nécessaires ; l'état de siège n'est pas indispensable pour cela. Voulezvous dire que, si vous n'avez pas l'état de siège, il y aura une répression moins active, moins immédiate, moins prompte? Voulez-vous dire que les ti'ibunaax militaires ne seront plus saisis? mieux que moi, voua savez qu'aujourd'hui ils ne peuvent pas être désinvestis. Les crimes, les attentats ont été définis, et ils sont renvoyés, les auteurs de ces attentats, devant la juridiction militaire. Levassiez-Tous l'état

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de siège, qu'ils seraient jugés par les tribunaux militaires.

Yotre décret ayant décidé que la juridiction militaire était la seule compétente pour juger les auteurs de ces atr tentats, la levée de Tétat de siège ne saurait changer cette juridiction. [C'estvrai! c'estvrail)

Qui vous retient alors? la presse qui parait vous effrayer. Mais, encore une fois, vous ne pourrez pas la comprimer le lendemain de la constitution faite, cette presse. Si par hasard, aujourd'hui, vous craipiest qu'elle n'allume un commencemeut d'incendie, vous pouvez la frapper; mais, pour Dieu! révoquez la suspension des journaux. Au moins vous aurez fait une grande chose, vous aurez commencé par prouver que vous voulez la liberté, que votre constitution était discutée sous un régime de droit; et si, alors, les journaux recommencent, eh bien, vous pourrez venir demander à TAssembléâ nationale des lois d'exception, tous pourrez venir demander que cette presse soit frappée de nouveau. Mais, quant à vous, vous aurez été dans le vrai, dans le droit commun, dans le droit de la liberté qui seule peut inaugurer la constitution républicaine. {Mowxrmnt p'olongé.)

J'ai entendu dire tout à l'heure : Non , on ne peut pas lever l'état de siège, car il y a des dangers imminents qui pourraient fondre sur nous. Ces dangers sont moins grands, peut-être, qu'on ne le redoute ; mais je les suppose aussi grands qu'on voudra ; est-ce que par hasard, dans l'histoire, on ne s'est jamais trouvé en présence de périls semblables f est-ce que, quand nos constitutions successives ont été discutées, on n'avait pas souvent, au dehors l'étranger, au dedans les factions bien autrement terribles, permettez-moi de vous le dire, qu'elles ne le sont aujourd'hui? {Réclamations.) Oui ! bien autrement terribles 1

J'entends murmurer qu'on n'a jamais rien vu de pareil. Elh , mon Dieu I je ne veux pas rappeler les douleurs da pays ;

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mais, quand la GonTention a décrété la première constitution, elle était battue sur nos froDlières, la Vendée était déchirée par la guerre civile, les factions intérieures, les privilégiés, cent fois plus étroitement coalisés qu'aujourd'hui ; et cependant ce n'est pas, je le répète, sous l'empire de l'état de si^, qu'a été votée la première constitution démocratique. {MouvemefU. — Intenuptiom divenei : Et le$tribunawi; révoluHonnairet ! et la giMlotine m permanence !) y oas vous trompez : la constitution de 1795 est du mois de juin, le gouvernement révolutionnaire du mois d'octobre. £t si on l'a brisée, cette constitution, comme entachée de terreur, que deviendra la vôtre discutée sous le régime de l'état de siège? Citoyens, il est une considération qui devrait vous toucher : Depuis 1791 jusqu'en 1804, toutes les constitutions votées ont été soumises, après leur vote, à la sanction du peuple {Très-bienl très-bien i ) , tontes, sans exception ; la vôtre ne contient pas une pareille condition. Vous vous considérez comme omnipotents; vous volez ta constitution; une fois votée, elleestdéfînitive, et vous ne comprenez pas que, dans une situation pareille, vous devez environner cette constitution de cent fois plus de précautions que toutes celles qui ont précédé I Vous ne comprenez pas que, pinsqu'elte n'aura pas la sanotion du peuple, vousdeveziui éviter touleespècede reproche I Qu'est-ce qu'une constitution ? C'est une transaction entre les idées passées et les idées nouvelles ; c'est une transaction entre des intérêts qui se combattent. Vous aurez donc, aux deux pAles de l'opinion, ceux qui n'auront pas voulu accorder assez, pour ceux qui voudront davantage. Vous aurez donc des ennemis à cette constitution. £n présence de ces ennemis, il faut que votre œuvre soit si peu entachée de vices qu'elle ait su résister, pendant sa discussion, aux libres attaques de tous les partis. '

Je le déclare, vous me paraissez placés dans un ordre ,

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d'idées qui n*est pas le vrai ; tous me paraissez, en mamt&nant l'état de siège, céder à un sentiment que les assemblées précédentes n'ont pas connu : la peur l vous me paraissez supposer que la majesté de l'Assemblée, que la force . même des idées républicaines, ne sont pas assez grandes pour défier toutes les déclamations des partis. Est-ce bien de la fîertéet l'indomptable courage qui doivent distinguer des législateurs révolutionnaires I

Croyez-m'en, cela est d'un manrais augure; et, au nom de l'amour que je voue d'avance à la constitution qui sera volée, je voudrais qu'aucun reproche sérieux ne pût lui être adressé ; je voudrais qu'on ne pût pas dire : Cette constitii'» tion n'a pas été librement discutée.

Vous dites que nous sommes libres ; mais vous savez bien que le monde qui nous contemple dira le contraire. {Mouvement. — A gaticke : Oui! oui!)

Nous sommes libres, mais la presse ne l'est pas ; et le lendemain du jour où la constitution arrivera dans le pays, elle y arrivera accompagnée des protestations de la presse. {Non! non!) Or, je ne saurais trop vous répéter : à pùne de vous condamner à persévérer dans ce système d'oppression de la presse, mieux vaut mille Fois, aujourd'hui, h rendre libre ; car, plus tard, quand la constitution sera votée, vous lui laisseriez ce redoutable prétexte, qu'elle ne reconnaît point une constitution dont elle n'a pas mûri, débattu tes principes, et qui n'est que l'organe d'un parti.

Je le dis : le moment est solennel ; soustrayez-vous à l'empire des circonstances, faites une chose qui, an jour, soyez-en convaincus, donnera à votre constitution nne force irrésistible; détachez-vous de ces craintes qu'on cherche à jeter dans votre esprit; et, si demain il arrivait que les factions vûulussentsemontrer violen tes encore, eh bien, rétablissez l'état de siège. Hais, provisoirement, vous aurez fait

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acte de respect pour le droit de tous; mais, provisoirement, TOUS aurez inauguré votre constitulioa pai- ce qu'il y a de plus vénérable, de plus fécoud, de plus indestructible au monde, le pnucipe immortel de la liberté, {Vive approbfUionsur les bancs de la gauche.)

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DISCOURS PRONONCE A USSEIBL^R NATIONAIK

(12 Kptembre 1848]

ClTOTENS,

L'oraleur qui descend de cette tribune a évoqué les grands principes de notre glorieuse révolution française. Il a prétendu qu'il voulait, poui' la république actuelle, tout ce que contenait de noble, d'élevé, de fraternel, le grand mouvement que nos pères, en 1789 et 1793, ont impiimé au monde. C'est ce que je veux aussi. Â. cette époque, comme il Ta dit, la guerre extérieure, les troubles intestins, n'ont pas permis de pousser les principes jusqu'aux conséquences, et de les faire entrer dans la réalité des faits ; tel doit être aujourd'hui notre but.

Après avoir ainsi posé la thèse, il a ajouté que la déclaration du droit au travail est une invention socialiste. Le socialisme, s'est-il écrié, c'est ce qu'il y a de pire au monde, car c'est la communauté ; en d'autres termes, c'est l'État se substituant k la liberté individuelle et devenant le plus affreux de tous les tyrans ; je n'en veux pas plus que lui ; et j'ajoute que, quand il prétend que c'est au nom du socialisme seulement qu'on peut demander dans la

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constitution l'iDtroduction du droit au travail, il commet la plus capitale de toutes les erreurs.

Le droit au travail I mais, comme vous l'avez dit, il ëtail la pensée favorite, le mobile constant des hommes d'État de la Convention. Le droit au travail ! ils l'ont inscrit dans le rapport d'un de leurs membres tes plus émineots, dans le rapport de Robespierre. En doutez-vous? En voici les termes :

■ Les secours' publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état do travailler. » {Ëxclamationi divenes.)

Dans cet article, que trouvez^vous? Deux choses : le droit au travail... {Exclamations diverse$.)

Dans cet article, que trouvez-vous ? Deux choses parfaitement distinctes : le droit au travail pour les valides et le droit à l'assistance pour les infirmes, pour ceux qui ne peuvent pas travailler.

Or, ce double droit n'est pas consacré dans le projet actuel de votre constitution modifiée. Vous déclarez que vous ne donnez par le droit au travail. Vous dites simplement que vous donnez le droit à l'assistance, et ce sont deux choses entièrement diflerentes.

Quand un homme travaille, que vous le considérez dans vos domaines, vous vous sentez le cœur content ; il travaille pour vous, il travaille pour lui, il s'anoblit; vous sentez que, malgré le salaire que vous lui donnez, et malgré son infériorité dans l'échelle de l'éducation, vous sentez qu'il est homme comme vous. Hais quant à celui qui tend la main pour recevoir l'aumâne.... Oh I j'en suis convaincu, vous la lui donnez, mais vous ne pensez pas, au fond de l'âme, qu'il est votre égal l (SU ti! — Agitation.)

Non, vous ne pouvez pas le penser. Obi oui, sans doute

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chrétiennement , philosophiquement, vous reconnaissez qu'il est votre frère; mais comme homme, comme citoyen, pouvez-Tous dire que, quand il s'en va au coin d'une rue, furtivement, pour échapper à la loi qui le frappe, quand il attend le soir, quand il baisse la tête, quand il cache ses yeux, quand il ne veut pas que ses traits soient reconnus pour fuir la peine, comment, c'est là un membre du peuple souverain! {OuilOuU) Oh, non! cène peut pas être. (Mouvement prolongé, réclamations.)

Les réclamations que vous faites honorent votre cœar ; mais permettez-moi de vous répéter que ce ne peut pas être un membre du peuple souverain, je vais vous le prouver.

Cet homme qui mendie, parce qu'il ne peut pas trouver de travail... (Bruit. — Agitation.)

Cet hommequi mendie, un garde peut l'arrêter ; on le conduit devant la justice, et là, bien qu'il soit innocent, qu'il constate qu'il a vainement cherché à occuper ses bras, il est condamné à la prison et conduit au dépôt de mendicité.

Est-ce là un membre du peuple souverain?.... (Bruit. — Jnlerrupion.)

Si la Chambre est à ce point irritable qu'elle ne veuille pas écouter la discussion... (Parlez ! parlez !) Permettez, je n'entends pas qu'on me dise : Parlez I parlez ! quand je suis dans la question, dans les entrailles mêmes de la question, et qu'on m'interrompe à chaque instant. Je demande qu'on m'écoute, ou, si on ne veut pas m'écouter, qu'il soit bien constant pour le peuple que telle est votre résolution, et je me retire... {Agitation dans rAnemblée. — Parlez! parlez !)

Je dis que dans cette situation humiliée, quoi que vous en disiez, quand un homme ne peut manger que sous peine de condamnation, cet homme peut èti'e encore votre frère, mars ii n'est pas voire égal, à vous qui pouvez manger sans

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être abaissés dans votre jusle fierté et sans être condamnés ; non! il n'est pas un membre, évidemment, du peuple souverain ; et la preuve, c'est que la distinction a été posée dans la constitution dont je parle; elle a dit ceci : a L'Ëlat - devra du travail à ceux qui seroni valides; il devra l'assistance à ceux qui seront infirmes ou qui ne pourront travailler, »

La Convention sentait donc parfaitement qu'il y ava-t une distinction profonde et que, si le travail honorait, l'assistance, pour l'homme qui était valide, ne l'honorait pas; et voici pourquoi la Convention proclamait le droit au travail 1

Maintenant je reviens à ta thèse, et je dis : Vous avez invoqué les principes de la grande révolution, je les invoque. Vous avez déclaré que demander dans la constitution l'intro- ,duciion du droit au travail, c'était se laisser entraîner à je ne sais quelle utopie socialiste; je vous ai répondu : Non; en demandant Tintroduction de ce droit, nous avons la prétention d'être les continuateurs des grands principes de la révolution. [Bravos à gauche.)

Oui, notre prétention est de n'être relégués à aucune extrémité, d'être dans le vrai, dans le cœur même de la révolution. Quand nous demandons l'introduclion du droit au travail, nous ne faisons que réglementer les déclarations qui avaient été faites par nos pères et qui ont élé emportées par le vent des réactions. {A gauche : Très bien!)

Maintenant, citoyens, qu'il est bien entendu que les socialistes, quels qu'ils soient, qui cherchent le remède au mal de la société, qui peuvent se tromper, mais que les socialistes ne demandent pas seuls l'introduction du droit au travail ; qu'en combattant pour la consécration de ce droit, on n'est purement et simplement qu'un révolutionnaire démocrate ; permettez-moi de définir ce que vous comprenez pat' sodalistcs.

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Je ae comprends pas, je dois le dire, cette espèce d'insulte qu'on jette à la face en disant : Vous êtes socialistes. Qù'enlendez-vous par là î Entendez-vous dire : La révolution est faite, le principe seul étant proclamé? Mais il y aura interception entre le foyer et la circonférence, la lumière n'ira pas jusqu'au bout, le principe ne sera pas poussé aux conséquences ; le principe seul sera' prcclamé ; mais dans les institutions sociales, on ne fera rien de démocratique. Si, entin, par socialistes vous entendez Lout démocrate qui veut la République avec ses conséquences sociales, vous confondez les mots; avoir une telle résolution, c'est être bomme politique sincère , voilà tout. {Très bient trèt bien!)

Nous ne demandons qu'une seule chose, qu'on pousse jusqu'aux dernières limites le principe de liberté, d'égalité et de fraternité.

Quant à ceux qui peuvent demander plus, ou par d'autres moyens, peu importe ! La question n'est pas là. Ce que je tenais à constater, c'est que nous ne sommes pas un parti extrême; que nous sommes les continuateurs vrais, sérieux, fidèles, delà grande révolution. {A gauche: Très bien! très bien!)

Maintenant, citoyens, j'aborde la question en elle-même... Celle question, je l'apprécie de deux façons ; par mon cœur et par ma raison : par mon cœur, quand je rencontre tous les jours dans la rue des gens en lambeaux, des familles entières de bohémiens, c'est l'expression, et quand, au milieu de nos campagnes, je vois des processions d'hommes baves, de femmes fiévreuses, qui viennent tendre la main; quand, à les voir, mon cœur se contracte, quand ma journée en est longtemps troublée, je m'écrie : La société est impie, l'homme tient de la nature le droit de vivre ; que la société le lui reconnaisse dans le droit au travail, ou malheur à elle I (Longue agitation.)

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Ces impressions que m'inspire l'indigence, j'en suis sûr, sont les vôtres. Sur quoi différons-noua ? Sur une seule chose. Nous prétendons, nous, que le remède est possible ; vous prétendez, vous, que la misère est le résultat de je ne sais quoi de fatal, et que l'humanité est enchaînée au mal. [Non ! non !) Oui, vous le prétendez, car souvent cela a été dit.

On a dit : Que voulez-vous? ce n'est pas en ce moment qu'il faut trouver des adoucissements à ces sortes de maux. Et le catholicisme, qui place dans le sacrifice, dans la douleur, la vertu même, et qui dit : ce n'est pas dans ce monde qu'est la récompense, c'est autre part; le catholidsme croyait donc qu'il y avait impossibilité sur cette (erre d'apporter un remède à des maux aussi poignants? [Moucement m teni divers.)

A la suite de ce christianisme mal interprété, une école ^oïste s'est produite, qui a professé ceci : il faut souffrir, s'incliner et attendre autre chose. Eh bien [ je déclare que cette doctrine ne peut pas être ta mienne. Ce n'est pas la doctrine chrétienne 1

L'homme, incontestablement, est intelligence et matière i la fois. Or, j'entendais dire tout à l'heure: Hais les doctrines que vous voulez réhabiliter, en essayant d'apaiser la laim et la misère, ce sont les doctrines de la matière, ce ce sont les doctrines sensualistes. Vous prétendez qu'il est possible d'apporter des adoucissements aux douleurs du prolétariat ; tous prétendez qu'il est possible, quand même, de cicatriser toutes ces plaies profonde ; mais ce n'est pas avec cela qu'on fait les grandes choses; c'est avec des idées, et non des intérêts, que des masses sont entraînées i la suite d'un drapeau et qu'on conquiert le monde à la liberté- Ce n'est donc rien de spiritualiste et d'idéal que de pratiquer la fratemilé à l'égard de son semblable ? ce sentiment. n'est donc plus celui qui fait vibrer dans le cœur humain

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les cordes incontestablement les plus nobles, les plus pures, les plus sympathiques 7

Quand, en effet, vous voyez souffrir quelqu'un des vôtres; quand vous voyez, comme je l'ai vu le 24 juin, à l'époque où j'étais membre du pouvoir excculif, un homme venant me dire : « Je ne veux pas me battre, cependant ma femme m'y pousse depuis trois jours, car j'ai sept enfants qui depuis trois jours meurent de faim », vous croyez que cet homme parlait à mes sensations matérielles quand, en le voyant, les larmes me venaient aux yeux ; quand il s'adressait à ce qu'il y avait en moi de plus idéal, de plus élevé ? Citoyens, lorsqu'on donne satisfaction aux besoins matériels de l'homme, on donne aussi satisfaclion à son âme; car l'homme se compose d'intelligence et de matière. Vous dites que vous voulez, avant tout, satisfaire à l'intelligence. Eh bien, voilà un homme qui pendant douze heures est courbé sur son métier, ou qui, sous l'ardeur du soleil, est obligé de chercher dans le sein de la terre la nourriture de ses enfants. Où est la place pour son intetligeuce 7 Comment voulez-vous que cet homme se dise qu'il y a quelque chose de supérieur à lui? comment voulez-vous que cette génà-ation, qui marche pour ainsi dire dans la poussière de sa devancière, dans une ornière étroitement tracée, ait le temps de rêver au ciel dont les splendeurs brillent vainement au-dessus de sa tête? (Mouvement.) Je dis que, pour que l'intelligence soit maîtresse, libre, qu'elle brise la captivité des sens, il faut aussi que les sens soient rassasiés.

Ainsi donc je nedistingue pas comme vous entre l'idéalité et la matérialité.

L'hommeesl à la fois matière et intelligence: eh bien, je veux que dans la constitution il y ait la satisfaclion pour l'intelligence et pour la matière, par l'éducation et par le .droit au travail. {Approbation à gauche.)

Voyons maintenant ce que nous dit la raison.

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a Tous ces mnux, nous y sympathisons; tous ces maux, nous voudrions y remédier ; mais le travail est limité. Prenez bien garde que vous voulez faire de l'Ëlal le directeur général, et pour ainsi dire le fabricant commun. *

Cela n'est pas exact, ce n'est pas ce que nous demandoDS, ce n'est pas ce que demandait la Convention.

En efTet, la Convention disait : II faut multiplier la propriété. Et cette doctrine était basée sur la nature même des choses ; elle disait : La France est, avant tout, un pays agricole ; c'est là qu'est sa principale force ; c'est la qu'a été la pensée de tous ses grands hommes d'État. L'industrie est secondaire, l'industrie pour la France ne doit être, permettez-moi de TOUS le dire, que ce que serait la marine à Totre force militaire, un auxiliaire, mais non pas le pivot fondamental. La Convention voulait donc que l'agriculture fût sans cesse protégée par l'État ; que l'agriculture fût exonérée. Voilà ce que demandait la Convention, voilà ce que nous demandons. Et à cet égard, il est une réflexion qui TOUS frappera tous.

Lorsque Turgot, ce grand homme d'Élat, cet homme de cœur, venait demander qu'on rendît le travail libre, qu'on brisât tousses liens, le premier avocat général Séguier, s'opposant, dans la séance du lit de justice, à cette demande de Turgot, disait : Mais songez-y, en rompant les jurandes, vous allez appeler à l'instant même tous les ouvriers des campagnes dans les grandes villes; les grands centres vont décupler, les campagnes manqueront de brafi. Voilà ce que disait l'avocat général Séguier.

Vous comprenez bien que je ne demande pas qu'on rétablisse les jurandes ; mais ce que je demande, c'est qu'on renvoie à l'agriculture, par la protection, par l'anoblissement de cet art, la grande quantitéd'ouvriers qui pullulent elsecorrompentdansnos villes. {Très bien Itiès bieninotà tommes d'accord I)

LBDRU'IIOLUN. — U î

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Voutez-voiis un autre fait saillant? Il est un homme obscur qoi depuis 20 ans travaille conscieDuieusemenf, n*ayaiit qu'une seule idée, à faire une statistique exacte de la richesse de la France répartie dans les dinërents dëparlemenfs. Tous comprenez qu'il est impossible, dans la rapidité de l'improvisation, de vous démontrer par quelles bases il est arrivé à ce résultat; je dois dire simplement ceci : je les ai profondément étudiées, toutes ces bases sont authentiques; elles sont toutes prises dans des documents de gouvemement. (Ce ne sont pas les meilleurg I)

Eh bien ! il prouve que dans tous les départements qui autrefois étaient simplement agricoles, et qui, emportés par le courant des idées depuis trente ans, ont voulu surtout se faire manufacturiers, industriels, dans ces départements la propriété foncière y est grevée jusqu'à 92 pour cent de sa valeur. {Mouvement prolongé.)

La situation s'est tellement iransformée, on a tant sacrifié à l'industrie, à la cupidité ou au désir exagéré de faire fortune, que le sol de la France se trouve dans cette situation de succomber sous la charge, sous l'usure, et de ne plus être la première force, la force la plus vitale du pays. Eh bien ! nous venons vous demander que vous fassiez pour la France ce que vous venez de commencer de fiiire pour l'Algérie, et ce dont je vous remercie en passant ; que vous instituiez des banques de crédit, que l'usure cesse, enGn,que la terre soit ramenée à sa véritable destination ; que la culture soit affranchie, et alors, quand vous pourrez ainsi faire, quand vous pourrez défricher, cultiver vos landes, vos communaux, les domaines de l'État ; quand vous pourrez occuper autant de bras, pendant tant d'années encore, ne dites pas que le travail est limité; car alors le travail comme la consommation seront plus que doublés.

' Si le travail n'est pas lîmilé, il est donc certain que dans

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la constitution vous devez inscrire le droit au travail, car il y a à la Tois équité et prudence.

Mainteoant, que répond-on? on me dit : Il faut laisser la liberté de l'industrie s'organiser elle-même. £t qui donc veut y apporter une limite, est-ce moi? Est-ce que par hasard j'ai la prétentioD que l'Etat se fasse manufacturier et producteur? je serais fou. Ma prétentiou, la voici : c'est que l'Ëtat soit un directeur intelligent, entendez-le bien, c'est que r£tat, par exemple, fasse pour cette grande masse de prolétaires cequ'ilfaitpour ses travaux publics; c'est qu'il sache où les adresser, sur quel terrain les asseoir ; c'est qu'il sache ouvrir une banque là où le crédit est nécessaire, en UQ mot, que lui qui connaît la statistique par excellence, lui qui connaît ses ressources, ses forces, indique le lieu où il faut les employer; qu'il les associe ou leur facilite l'association, qu'il conlie à leur moralité l'instrument du travail.

Est-ce que vous ne faites pas cela pour vos grands travaux publics? Est-ce que vous ne le faites pas pour l'armée, pour tous les grands instruments que vous avez dans les mains 1 Il est donc certain que je ne veux faire de l'Ëtat ni un producteur, ni un manufacturier; je veux en faire un protecteur intelligent. {Vive approbation à gauche.)

Remarquez que tous les arguments qu'on nous oppose ici sur tes impossibilités, on nous les a opposés pendant dixhuit ans; pendant dix-huit ans du règne dernier, toutes tes fois que nous réclamions une amélioration, od nous répendait: C'est impossible! Quand, en 1775, on demandait de briser la chaîne des jurandes et des maîtrises, on répondait : C'estimpossiblel Quand on demandait que l'impôt fût également réparti, le clergé et la noblesse ont répondu : C'est impossible '. Je ne mécontente pas de ce mot. Ce mot peut <'tre d'un homme, il n'est pas d'une nation qui a d'immen- . ses ressources. {Approbation.)

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NoD, il n'est pas possible qu'on nous repousse sans cesse parce qu'il peut y avoir du nouveau dans tes choses que nous demandons; car nous venons de voir une grande chose et bien nouvelle cependant.

Le 33 février, la plupart deceux qui m'écoulent pensaient que le suffrage universel était un monstre qui ne pourrait pas se dompter {C^est vrai!) ; que c'était une chose qu'un ne pouvait pas oi^niser; que c'était une utopie. Et cependant, en deux mois, vous l'avez vu organisé, vous l'aves vu Fonctionner.

Je vous le dis donc, ne vous payez pas de mots ; réOéchissez bien, citoyens, à notre grave et redoutable situation. Le peuple, à coup sûr, en février, n'a pas fait une révolution par pur intérêt, non 1 on a eu raison de le dire, quand il a fait entendre ce mot sublime : Je donne trois mois de crédit à l'Étal, évidemment il ne pensait pas à ses entrailles qui criaient. Quand le peuple, pendant deux mois, venait pour ainsi dire chanter d'amour autour de son Hôtel de ville, l'idée seule le soutenait; le peuple en ce momentlà ne pensait pas à ses besoins; mais,silepeuple n'y pensait pas, notre devoir, à nous, c'est d'y penser.

On nous objecte encore que cette déclaration du droit au travail pourra gêner momentanément certaines industries ; on nous répond par des détails tellement minutieux que je ne devrais même pas en entretenir la tribune, s'ils n'avaient sans cesse rebattu nos oreilles.

On a dit : Comment donner h un orfèvre, à un bijoutier, le droit d'ouvrir de ses mains délicates les entrailles de la terre? mais c'est folie !

Réfléchissez à ceci : quand vous parlez ainsi, vous parlez pour un jour. Il est certain que, si ces industries avaient besoin d'être employées, je ne demande pas qu'on leur ouvre des chantiers, où de rudes labeurs les attendent ; ils } seraient impuissants. Pour ceux-là transitoirement l'assis-

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lance ; pour ceux-là faites encore peudant quelque temps ce que vous faites aujouiil'hui ; mais remarquez bien que cela ne combat pas contre le principe que je soutiens ; car ceux-là ne sont pas la masse, et la masse deviendrait volontiers concessionnaire de teri'es partagées pour les rendre fécondes. Quand je demande le droit au travail, que Foulaîs-je? que TOUS l'inscriviez dans une constitution qui, apparemment, sera durable. Le peuple ne se soulève pas tous les jours pour faire des chartes. Or, quand vous inscrirez le droit du travail, vous ne serez pas forcés de l'avoir organisé dès le lendemain. {Un membre : C'est évident.)

ïkssieurs, je ne serai plus long, je ne veux point abuser de la patience de l'Assemblée; mats permettez-moi de vous dire que je ne comprends pas qu'on se récrie sur des choses aussi naturelles et aussi simples. Ainsi, par exemple, vous allez décréter le droit à l'instruction : mais quel est donc le fou qui pense qu'en vingt-quatre heures vous allez le réaliser? Vous allez inscrire le droit à l'assistance ; mais quel est l'insensé qui s'imagine qu'en vinglnjuatre heures vous aurez créé le personnel et les établissements?

Comprenez-moi donc, je vous en conjure; quand je demande que le droit au travail soit inscrit dans la constitution, c'est parce que les constitulions sont faites pour l'avenir, parce qu'elles doivent être durables, parce qu'elles sont des jalons dans la marche de l'humanité.

J'ajoute, en prenant en considération la faiblesse et l'inûrmité humaines, que je ne demande pas que cette organisation soit créée en quelques jours ; je comprends qu'il y a, qu'il doit y avoir des transitions, des tempéraments ; mais de ce que je comprends qn'il y a des transitions nécessaires, est-ce une raison pour que ce droit au travail soit rejeté? Posez votre but, pour que toutes vos lois y convergent incessamment. (Approbation.)

Je mo résume.

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On a dit : Le droit au travail, c'est le socialisme. Je réponds : non ; le droit au travail, c'est la République appliquée. {Trè$ bien! très bieni)

Vous prétendez qu'il ne faut pas donner trop à de pareilles pensées, parce que, alors, les révolutions peuvent Stre entraînées hors de leur orbite. Je vous réponds, moi, que c'est en ne donnant pas aux révolutions leurs conséquences que les gouvememenls s'abîment et disparaissent. {Vifs atsentimenls à gauche.)

Pendant combien de temps avez-vous dit, avons-nous dit à la révolution de Juillet : a Voici le principe, eh bien, marchez aux faits? > La révolution a résisté, et c'est pour cela que le trâne de Juillet a été brisé.

Soyons plus prudents pour ce qui touche aa droit au travail. Inscrivez-le de nouveau, parce qu'il est équitable, parce qu'il est politique de le faire. Inscrivez-le de nouveau, pour que dans les fastes de l'humanilé nous n'ayons pas l'air de reculer à cinquante-cinq ans de dislance, pour que nous ne soyons pas moins avancés que la révolution de nos pères. Inscrivez-le, parce que le peuple doit obtenir ce qu'il demande de juste, et que, dès Î851, il inscrivit, à Lyon, sur ses bannières : a Vivre en travaillant ou mourir en combattanll » En 1S31, Casimir Périer avait promis aussi des institutions qui ressemblaient non pas à l'organisation du travail, mais qui ressemblaient à la protection dn travail. Il n'a rien réalisé, mais l'idée jetée à Lyon, la formule tlotiant sur les bannières des insurgés a fait son chemin, et, depuis ce temps, le peuple de Paris a répété, comme le peuple de Lyon : « Vivre en travaillaïU ou mourir m combattant! ■

Cii sinistre et redoutable au milieu du combat : gage de sécurité, s'il est inscrit dans votre constitution ; car ce penple français est assez dévoué, quand cette satisfaction lui aura été donnée, pour attendre; car il est trop pratique aussi

pour se pas comprendre que l'organisation n'est possible que successivement ; mais il le faut, inscrivez le principe ; car, si vous fermez la porte à tonte espérance, j'appréhende pour la République de lamentables déchirements, (ifouuemertt prolongé.)

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