‹ Discours politiques et écrits divers (volume 2)Chapitre 5 sur 27 · DE U FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

DE U FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE

(Si Mptembre 18i8)

CiTOTERS,

A l'aDuiversaire du 22 septembre 1793 ! A cette mémorable journée où la Convention proclama la République, dans le palais même où, la veille, elle avait aboli la rojauté !

Oui, à la République que nos pères ont décrétée et que nous avons pour mission de rendre A jamais durable eu lui donnant dans les institutions sociales une base indestructible! (Àppltmdissemmtt.)

A la République, génie protecteur des peuplesqui, comme nous, poussent un cri de délivrance I (Bravoi.) A ta République, vengeresse des déshérita de la grande famille humaine, qui, à notre exemple, arborent le drapeau démocratique et sont traqués par les derniers représentants des vieilles aristocraties ! (Bravos.)

Qtoyens, je dis à la République consolidée par des insUtuti^ns sociales i car, nous qui sommes ici, nous sentons que, si le législateur ne la fait pas pénétrer profondément dans les lois, dans les mœurs, nous n'aurons encore que le mbt sans la chose. (Bravot.)

Aussi, infortunés que nos pères qui n'en furent que les

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prophètes et ne virent jamais la Terre Promise qu'ils ne purent que nous montrer du doigt {bra/oot) ; oh I sans doQle, on nous dira : Vos folles espérances, c'est le socialisme. Vieille querelle faite aussi à nos devanciers, et à laquelle iU répondirent par les bienfaits dont nous jouissons aujourd'hui.

Le socialisme!... Quand, pour reodreàl'hommele noble exercice de toutes ses facultés, ils ont eu la pensée d'abolir les vœux monastiques, était'-ce du socialisme ou de la politique? Quand, mettant la loi d'accord avec la nature, ils ont uniformisé la situation de tous les enfants, en faisant passer le niveau de la loi sur l'inégalité des successions, était-ce du socialisme ou de la politique? {Braws.)

Quand, malgré le déchaînement du clergé et de la noblesse, ils établissaient l'égalité de l'impôt, et Dieu sait au milieu de quels obstacles! faisaient-ils du socialisme ou de la politique? Quand ils ont fait cesser l'asservissement do l'industrie, en brisant les liens des vieilles maîtrises, étaitce du socialisme ou de la politique? (Bravos.) Quand ils ont divisé à l'inSni la propriété cléricale, communale, nobiliaire, pour faire de toutes ces parcelles, sous les pieds de l'homme, autant d'instruments de liberté, était-ce du socialisme? C'était de la République! (Bravos.) Quel est donc te législateur assez insensé pour poser un principe politique auquel il ne donne ps une assise profonde dans les institutions sociales?

Est-ce donc du socialisme quand nous disons ; Pas de république sans droit au travail ; cav il n'y a pas de peuple souverain là où il n'y a pour la société qu'un devoir d'assistance ! {ApplaudissemenU.) Oh, non ! ce n'est pas là du socialisme, c'est de la République. Quand nousdisons encore : Il faut des institutions de crédit, sans cela lecapital dévore, en quelque sorte, par l'usure, les bras de l'ouvrier, ce n'est pasdusocialisme,c'esldelaRépnb1ique.(i4p/)/au(fMj«)nente.)

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Oui! c'est de la République; el ne serait-ce point parue que les adversaires delà République vraie seulent qu'ainsi enracinée dans les mœurs du pays, on ne pourrait plus la renverser, qu'ils voudraient donner le change, exploiter des peurs en confondant deux choses parfaitement distinctes, le socialisme et la République appliquée? [Bravog.)

Nous connaissons ces vieilles pratiques : les jésuites démasqués d'une autre époque ne criaient-ils point à l'athéisme^ les monarchiens de 1790, à la loi agraire?(^pplaudissemerUs.)

Et ce n'est pas sans un certain plaisir que je m'arrête à constater cette confusion systématiquement faite entre le sociahsme et la République par les ennemis de la République. Ce perpétuel abns de mots démontre leur impuissance et la nécessité à laquelle ils sont réduits d'incliner le front devant la grande volonté du peuple, et de respecter le mot lui-même dont il a salué sa victoire le 34 février. {Bravos.)

Cette République appliquée qui doit pénétrer dans nos lois, dans nos mœurs, qui doit amener pour chacun un juste équilibre de dignité et de bien-être, cette République, que faut-il poor la conquérir? Oh I ce qu'il faut, c'est de l'union, c'est de la hardiesse, une volonté indomptable. (Bravos.) Ce qu'il faut encore, c'est un dévouement à la hauteur des sacrifices qui nous seront demandés. {Bravos.)

Et rien au monde ne saurait nous empêcher d'obtenir la chose, je le répète, à nous qui, malgré les duplicités, les corruptions, les forces accumulées de la monarchie, avons conquis ce nom. Bien insensés ceux qui voudraient y mettre obstacle, ils n'auraient pas vu, ceux-là, l'admirable drame du 24 février, où le gouvernement provisoire ne fut que le traducteur de l'immense voix du peuple armé ; à quiconque paraissait hésiter, il disait: Nous voulons la proclamation de la Réfmblique démocratiqtie une et indiviiible. Rien en

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deçà, rien au delà ; tout autre mol pourrait fendre à l'entourer d'ioslitutions monarchiques; nous ne voulons plus de duperies! {Applaudissements.)

Ainsi donc, souvenir de la volonté du peuple au 24 février, union, hardiesse, dévouement, voilà ce qu'il faut. Avec cela, le pays sera grand et ta République invincible. (Bravot.)

Qui, frères, de l'union! Hélas! nos pères en ont manqué parfois, prenons garde d'échouer sur le mâmeécueil. Il est, je le sais, des retardataires dans la voie du progrès, des hommes qui ont confiance (jttand même, qui s'eftraient moins des écarts, des déviations du pouvoir, qu'ils ne redoutent de l'ébranler: leur conviction est respectable, parce qu'on ne peut douter de leur patriotisme ; leurs yeux s'ouvriront; poumons, plus résolus, ne relardous pas notre marche, bientôt ils doubleront la leur pour se retrouver avec nous. Oui, patience, car, s'ils hésitent, c'est qu'on les effraie en montrant autour de nous des périls, des dangers.

Des dangers! lesquels? Les prétendants? Les royalistes! Ah I oui, dangereux peut-être tant qu'on ne voudra pas faire sincèrement de la République. Mais du moment qu'on le vaudra, ils disparaîtront au soufQedu vent populaire. {Bravos.)

Ces prétendants, qne peuvent-ils dire en effet? Qu'ils veulent la monarchie? Quoi I Us diraient cela à un peuple qui en dix-huit ans a renversé deux fois la monarchie I qui en i$30 a chassé deux générations de prétendantset deux générations en 1848 ? Ce peuple n'a-t-il plus le même cœur, les mêmes bras, les mêmes armesl {Àppl(mdis$&' ments.)

Non, non, ce n'est pas cela qu'ils peuvent dire, mais ils parleront au peuple de ses intérêts sacrifiés, de ses droits méconnus. Et si, après tout, ses droits ont été sanctionnés, ' sises intérêts sont sauvegardés par une République sincère.

véritablement démocratique, au nom de quelle idée pourra parler le prétendant? Où sera son levier, son point d'appui? Il ne pourra plus être qu'un simple citoyen, obligé de se perdre obscurément dans la foule commune, comptant moins qu'un autre, parce que moins qu'un autre il aura rendu des services. {ÀpploMdmementi.)

Ainsi donc, pasdc danger possible, pourvu qu'on veuille creuser d'une main sûre et robuste le sillon de la République. Mais, si on ne veut que l'elUeurer, incontestablement il y a du danger, parce qu'elle ne peut pousser des racines profondes. Eh bien ! citoyens, vient alors naturellement cettequestion : Qu'a-t-on fait pour ]epeupledepuisle24 février 1 (Nombre de voix : Rien l rien I)

Ce qu'on a fait? On avait d'abord pensé que l'abolition de l'impAt du sel était une satisfaction due à l'opinion prèle à l'obtenir même de la monarcbie. Courte iltusioot il s'agit aujourd'hui de le rétablir.

On avait essayé de rendre à la santé publique un service immense en faisant disparaître l'impôt de l'octroi sur la viande, l'impôt sur les boissons, deux charges qui pèsent si lourdement sur le pauvre. Aujourd'hui on les exerce de nouveau. {C'eitvrail)

Et le laboureur, cet homme dont la vie se meut entre les dures exigences de la terre et les exigences plus dures encore du capital, lui qui n'a guère de rapports avec l'État et la politique que par l'entremise du percepteur, que penserat-il de la République qui vient, au sein de la paix, lui demander une aggravation d'impôt? {C'ett celai Ouil ouH très bien I)

Voilà ce qu'on a fait pour le peuple depuis le 24 février. Obi je sais bien que parfois l'on estvenu à son secours, qoe parfois Ton a jeté & sa misère quelques millions, à titre d'assistance, mais qu'est-ce que cela, en comparaison des grandes institutions de crédit, d'association, de secours

matuels, d'instruments de travail qu'on aurait dû fonderî {Bravos.}

Non, non, rien de lai^e, rien de fécond, rien de Téritablement républicain ; toujours et toujours la vieille ornière dupasse! {(Tettvrail c'cjï vrai!

Citoyens, que répond-on? « L'Étatest pauvre , laRépublique ne saurait faire de telles fondations, car l'argent manque! > J'avoue que je n'ai jamais compris cette objection dans un pays aussi fertile, aussi puissant que la France! Je dis, moi, que les sources sont innombrables, et qu'il ne faut que savoir leur tracer des canaux pour les conduire vers le Trésor, et de là les faire refluer jusqu'au pauvre. Mais le pays n'était donc pas ruiné par les folies de Louis XIV, les dilapidations des cours de Louis XV et de Louis XVI ? Et cependant, la première révolution , pour accomplir sa grande œuvre, a-t-elle été arrêtée par des questions d'ai^nt?

Comment I après les énormes sacrifices de nos guerres révolutionnaires, nous avons eu l'Empire qui, par ses réquisitions forcées, par ses impAts extraordinaires pour défendre le territoire, avait en quelque sorte tari toutes les ressources du pays. Nous le croyions, du moins ; et pourtant laRestaurationarrive, et pour payer la rançon de l'étranger la France trouve 1500 millions [C'est vrai!), et à peu de temps de là, pour reconstituer l'aristocratie, la monarchie arracbe encore à la France un milliard. (Bravos.)

Et quand cette France, aux larges et fécondes mamelles, a pu pour payer sa défaite, a pu pour payer l'émigré, trouver des sommes presque fabuleuses, .elle dc pourrait pas btiuver de quoi alimenter le travail? {Applaudissements )

Non, cela n'est pas possible, l'argent se retire et se cache, l'agent ne manque pas {C'est cela!), il ne peut pas manquer. Réfléchissez-y bien, nous avons en trente ans de paix, et malgré la perte de travail depuis le 34 février, l'argent est quelque part (Oui/ oui!) : il doit donc y avoir dans des

moyens (înaDciers la possibilité de le trouver là où il se «iche, là où il se fait égoïste. {Ouil mii!)

Quoi! citoyenslla France n'aurait pas les ressources qu'a trouvéesl'ÂngleterreTPour combatlrole blocus continental et soutenir son commerce, l'Angleterre a pu solder contre nous six coalitions renaissantes ; elle a pu faire sortir de terre des millions d'hommes et des armées, elle a pu dompter le génie de Napoléon, elle a pu épuiser jusqu'à la dernière goutte le sang dtinosveinesen 1815, et la France foncièrement plus riche ne pourrait pas trouver de l'argent pour son peuple de travailleurs ! non, cela n'est pas pos> sible, et ceux qui tiennent un pareil langage sont les calomniateurs du pays. (Salve d'applaudiisements.)

Croyei-moi, citoyens, le véritable danger, c'est la misère, le défaut de travail, l'atonie du commerce, c'est l'absence de quelque chose de bardi, de nouveau, c'est la vieilleroutine en matière de Unances, la question est là et point autre part. (Oui / oui /) Ah 1 sans doute elle peut se modiûer, s'envenimer, si Ik France, sincèrement républicaine, ne s'ingénie point à sortir de ce gouffre fatal par quelque grande mesure : la banque hypothécaire, les billets anticipés de l'impôt! que sais-je, dix moyens sont proposés pour un; mais il faut trouver le secret que la République fasse le peuple heureux , la nation grande, que non seulement elle subvienne au malaise intérieur, mais qu'elle ail des rcssources pour défendre au dehors ses principes de fraternité et d'émancipation ; autrement toute ombre de danger peut grandir et mettre la République en péril. Mais vainement disent-ils que l'argent manque, soyez persuadés que c'est bien plutôt un bomme entreprenant, résolu, qui manque au moyen de trouver l'argent. {Ouil ovi! c'est vrail] Nos pères, il est vrai, vivaient d'expédients, mais c'est ainsi que vivent les révolulions, et, après tout, pourvu qu'elles vivent, qu' elles sauvent rhuraanité,qu'imporle?(i;jp/awdK8em«»*l.J

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De Necker à Cambon.que de financiers honnêtes, maïs se traînant dans les vieux sentiers du passé, ont essayé vainement de faire face aux besoins de la révolution! Cambon eat arrivé, financier de grand renom sans doute ?nOQ, mais grand citoyen, ne voyant que le but, ayant i'audace de la situation, et Cambon est arrivé à sauver la Hépublique: ne trouverons-nous pas un autre Cambon? [Bravoi.)

J'ai dit, citoyens, qu'il fallait à la France des ressources pour soutenir dans ses alliés ses principes de liberté et d'émancipation au dehors. Est-ce qu'un effet le cœur ne vous sai^epas comme à moi en comtemplant l'Italie livrée sous la main des oppresseurs à sa seule impuissance? 0ht que ia marche de l'humanité est leute, et combien nous pouvions en hSter le cours ! Plus de trois siècles déjà se sont écoulés depuis que Machiavel, gémissant sur les malheurs de sa chère patrie, nous la peignait séchant dans l'attente d'un libérateur qui mît On aux dévastations de la Lombardie, de la Toscane et du royaume de Naples. Il demandait au ciel de susciter un bras vengeur qui l'affrancUît du joug humiliant et odieux de l'étranger. Ce bras pouvait être celui de la France, l'Italie avaitle droitd'ycompter, et le bras de la France est demeuré immobile I (Applaudissements.)

Oui, l'Italie, avait le droit d'y compter, car. Milan pris, nos troupes devaient franchir tes Alpes; Milan est pris depuis longtemps et leurs fusils sont encore en faisceaux, et tes vaisseaux de la France assistent impassibles au sac de Messine. Citoyens, est-ce là de la politique républicaine, et ne pourrions-nous pas nous tromper de date? (Applaudissements,)

Et -vis-à-vis de l'Allemagne, la ligne de conduite du gouvernement est à mes yeux aussi inexplicable.

Évidemment, ou il ne comprend pas le mouvenu^nt qui s'opère au delà du Rhin, ou il comprend mal les intérêts de la France.

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L'avenirde i' Allemagne est représenté par une démocratie jeune, ardente, courageuse, qui voit dans l'unité du paysia liberté, l'unilé de rAUemagne ; c'est la démocratie de l'Allemagne, et qui dit démocratie dit sympathie acquise à la France. Demandez à tous ceux qui sont bien informés si cette appréciation n'est pas vraie. Ah I je sais bien qu'on prêle à cette démocratie des projets d'envahissement contre nous : c'est une ruse des vieilles aristocraties pour la perdre dans notre esprit ; l'Angleterre ne manque pas d'en rire tout en y jouant sa part. Eh bien 1 tes choses se passent de telle fa<;on, en Allemagne, que nous ne ferons désormais plus rien, comme en Italie, que sous l'inQuence de l'Angleterre. (Cett virail]Je le démontrerai plus amplement ailleurs. Ah I je l'avoue, mon âme est profondément émue des plaies de l'intérieur. Les misères qui nous assiègent de toutes parts trouvent en moi de bien douloureux échos ; mais encore cela est-il chez nous sous le voile domestique *, nous souffrons, pour ainsi dire, en famille; mais au dehors notre gloire livrée à TAngleterre, mais au dehors l'alliance avec cette aristocratie hostile à noire fortune; mais au dehors l'alliance avec ce gouvernement qui, pendant dix-huit ans, a pesé sur nos intérêts d'une façon si fatale. C'en est trop I Je le déclare, quanta moi. {Bravos.)

C'est à tout cela qu'il faut remédier; nous sommes, pour la plupart, de vieux champions de la liberté ; pour la plupart, nous avons fait nos preuves; eh bien, redoublons d'efforts. Confondons les nuances républicaines plus ou moins avancées, ne voyons qu'une chose, la gloire, l'intérêt du pays; n'ayons qu'un sentiment: plus de repos, plus de tranquillité, jusqu'à ce que la République, un instant dérayée, soit rentrée dans sa véritable route. {Brawt.)

Non, plus de repos, car, si nouspouvons dire justement en invoquant la mémoire de nos pères : Salut à vous, qui avei intronisé la République 1 ah 1 prenons-y bien garde, si nous

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ne suivons pas leur exemple, si comme eux nous nu sommes pas ardents au dévouement, indomptables dans la volonté, craignons que nos neveux ne maudissent noire mémoire, et ne disent point à leur tour : Salut atix hommes du 24 Février ! {Celte improvisation e$t mtvie de longt applaudissements. Le cri unanime de Vive la République est plusieurs fois répété.)

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