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Ledru-Rollin fut maintenu au gouvernement, mais il n'était arrive que cinquième et dernier sur la liste de vote. Cette commission dura peu et ses pouvoirs prirent fin le 24 juin, par la nomination du général Cavaignac au titre de chef du pouvoir exécutif.
Quelques mois plus tard, le 10 décembre, l'élection par le pays portait à la présidence de la République Louis Bonaparte, dont la candidature, appuyée sur la légende napoléonnienne, avait été préparée et soutenue par toutes les factions monarchiques.
Dégagé de la responsabilité à laquelle il avait dû se soumettre dtQii ton dévouement à la République, Ledru-RolIin est rendu Unà entier le 24 juin, à son initiative, à sa personnalité. Se retrempant dans sa liberté d'action, sentant les dangers qui entourent de toutes parts cette République qu'il a contribué à fonder, il se ^oue plus que jamais à sa défense ; aussi on le voit grandir encore comme orateur dans les luttes qu'il ne cesse de soutenir pour elle à la tribune.
C'est ainsi que lorsque Louis Bonaparte, au mépris de la Constitution que la République vient de se donner, veut employer nos soldats à replacer sous le joug les Italiens qui s'en étaient affranchis, il cherche par des efforts incessants à ramener l'assemblée à la défense de cette Constitution; mais vains efforts! Ledru-Rollin ira jusqu'au bout. Le 12 juin il dépose sur le bureau de la chambre un acte d'accusation contre le président et ses ministres. Cette accusation est appuyée le lendemain par une manifestation toute pacifique des républicains; mais Changarnier la disperse avec ses soldats. Ledru-Rollin vaincu s'ache-' mine alors vers l'exil.
Réfagtô à Londres, il fui d'abord oblig/* de IraTailler de sn plume pour vivre, car le gouverneraenl de Bonaparte avait séquestré les biens de sa femme, quoique sans aucun droit. Quelques années plus tard, cependant, l'administration lui en fut rendue ; ce qui lui permit d'écouter alors les élans de son cœur et de venir en aide avec une sympathique générosité aux malheureux compatriotes que les événements avaient fait ses compagnons d^exil.
C'est alors que Ledru-Rollin écrivit son livre « De la décadence de l'Angleterre », étude sérieuse, réfléchie, appuyée de tous points sur les enquêtes du gouvernement et aussi sur ses propres observations.
Il contribua à la fondation de » La voix du proscrit » ; il signa avec Kossuth et Mazzini les manifestes du « Comité Européen »; il prononça dans les réunions anniversaires du 24 février des discours qui rendirent l'espcrance aux exilés comme lui ; il ne cessa de correspondre avec Télrinent démocratique que la proscription n'avait pas allcint.
Deux fois son extradition fut demandée par Bonaparte au gouvernement anglais, mais sans succès.
Quand vint, après dix années de cet exil, l'amnistie générale de 1859, Ledru-Rollin ne fut pas admis à en profiter, — il i*estait une menace pour le gouvernement de Bonaparte — et il dut se résigner à subir l'exil encore pendant de longues années. En 1870 seulement il put rentrer pour partager les angoisses du siège de Paris.
En février 1871 une Assemblée nationale fut convoquée avec
mandat de conclure la paix. Ledru-Bollin, quoiqu*ayant déclaré
iquement qu'il n'accepterait aucune candidature, n'en fut
pas luuiiis élu dans trois déparleiuciils, Paris, les Bouches-du- Rhôuc cl le Yar; il persista dans sa résolution et expliqua ses motifs dans la lettre suivante par lui adressée au président de l'Assemblée :
J»arîs, le 18 février 187i.
Monsieur le Président,
« Sous la main de l'ennemi, au milieu des nécessités désas- « Ireuses, inéluctables, où nous a jetés une série de perfidies et « de trahisons, le vote des dernières élections ne pouvait et n'a « pu présenter les conditions d'indépendance et de spontanéité « qui sont l'essence même du suffrage universel.
(c Puisqu'il m'a été donné de présider à son organisation « primitive, il m'était imposé de faire en son nom cette réserve « qui, isolée aujourd'hui, sera contre tout ce qui va s'accomplir tt de déchirant et de funeste, la protestation unanime de l'avenir.
« Cette réserve, c'est pour la mieux caractériser, pour la « rendre plus saisissable et plus tangible ; c'est pour dégager « plus irrémissiblement la grande et tutélaire institution du « suffrage universel, que je n'ai pas hésité à immoler, une fois « de plus, l'homme aux principes.
« Il ne me reste donc, après avoir préalablement refusé toute « candidature, qu'à donner ma démission de député des dépar- « tements des Bouches-du-Rhône, de la Seine et du Yar.
a C'est ce que je fais, monsieur.
a J'ai l'honneur d'être, monsieur le Président, votre très
« humble serviteur.
Leoru-Rollin.
Quand, en 1874, vinrent de nouvelles élections, Ledru-Rollin refusa encore toute candidature, il finit cependant pur céder aux sollicitations des comités républicains du Yur, et parce que, voyant Tintégrité du suffrage universel de nouveau menacée, il crut pouvoir, par son concours, rendre encore quelques services à la cause de la démocratie. L'occasion se présenta le 3 juin dans la discussion d'un projet de loi électorale destinée à restreindre le suffrage universel.
Malgré la maladie de cœur dont il était atteint depuis longtemps, malgré les attaques réitérées et les interruptions systématiques de ses adversaires, il trouva moyen de faire vibrer encore cette éloquence qui avait provoqué jadis de si chaleureux applaudissements, et ses dernières paroles furent encore pour la défense du suffrage universel ; Ledru-Rollin sortit de cette séance exténué.
Sa Gn était proche ; à partir de ce moment le mal fit de rapides progrès, et le 51 décembre au matin, pris d'un malaise subit, il expira.
En dépit des haines et des calomnies dont Ledru-Rolin a été constamment abreuvé, les sympathies de la démocratie ne lui ont jamais fait défaut ; elles sont demeurées vivaces après sa mort, et cela, parce qu'il a toujours été l'homme des principes, l'homme du dévouement et de l'abnégation ; parce que dans cette vie politique si UNE, se préoccupant peu de sa propre personne, il a été, avant tout, Thomme du devoir; le rêve comme l'effort de toute son existence n'ayant été que la justice.
A l'occasion de l'enterrement de Ledru-Rollin, qui fut purement civil, on put se rendre compte de son immense popularité. Le peuple assista en foule ù ses funérailles, dans un profond