‹ Discours populaires: 2:e édChapitre 12 sur 18 · LES TREMBLEMENTS DE TERRE · texte numérisé non relu

LES TREMBLEMENTS DE TERRE

parler, — et même nous ne parlons déjà pas mal ; — il faut que nous réapprenions à donner.

Vous savez quel est le but de cette réunion. Nous voulons appeler voire attention sur les malheurs qui ont frappé les Américains du Sud, et particulièrement les habitants de TÉquateur, au mois d'août dernier. M. Th. Mannequin vous racontera les faits dans toute leur vérité, — la vérité ici a des accents plus éloquents et plus terribles que tous les discours. — M* Mangin, qui remplace M. Elisée Reclus, absent pour une cause des plus tristes» frappé par une perte cruelle, vou» expliquera avec sa science les lois naturelles qui régissent le terrible phénomène des tremblements de terre; enfîn M. Jules Simon, que Ton est sûr de rencontrer là où il y a une bonne œuvre à accompHr, ou une grande cause à défendre, terminera la soirée en faisant appel à votre générosité. Pour moi, avant de céder la parole à ces messieurs, je vous demamde la permission de vous présenter quelques réflexions qui me sont inspirées surtout par la lecture des documents originaux qui nous ont fait connaître ces désastres de FAmérique.

L'homme s'intitule quelquefois avec orgueil le rival et le maître de la nature. En un sens il a raison. Depuis le dernier siècle la science a fait de grands progrés. Aujourd'hui nous avons surpris les secrets de la nature; nous savons à quelles conditions elle nous obéit. Respectons les lois qui la régissent, elle est notre esclave ; oublions-les, elle nous tue. C'est le plusterrible des maîtres, ouïe plus docile des serviteurs. La vapeur, par exemple, n'a-t-elle pas conquis les mers que nous traversons sur ces immenses vaisseaux auprès desquels le Léviathan n'est qu'un petit poisson? Des chars de feu n'ont-ils pas rapproché tous les peuples en sillonnant l'Europe? N'at-on pas fait de l'électricité le messager le plus rapide et

le moins coûteux, un messager qui ne dort, ne boit ni ne mange, et qui marche toujours? Mais il vient un moment où Ton se trouve en face de ce qu'on peut appeler les forces indomptées de la nature ; alors elles s* élèvent terribles et nous écrasent. C'est ce que ressentent, ce qu'éprouvent les hommes qui naviguent en temps d'orage. Emportés par les flots furieux, séparés de la mort par une planche, ils comprennent la vérité d'un proverbe espagnol qui m'a toujours frappé par sa profondeur : « Si tu veux apprendre à prier, va faire un voyage en mer! »

Vous parlerai-je ici des inondations que nous avons vu se produire quelquefois avec tant de violence : le fleuve d'abord s'élevant lentement, emportant tout sur son passage ; quelque chose de silencieux, d'inexorable, de fatal; on voit disparaître moissons, récoltes, maisons, animaux, et le fleuve monte toujours! mais qu'est-ce que cela à côté de cet effroyable bouleversement qu'on appelle un tremblement de terre? Peut-on se figurer qu'en un moment, en un clin d'oeil une ville va s'effondrer, une population disparaître? Nous sommes placés dans un climat si doux, tellement épargné par ces effroyables convulsions, que l'imagination même ne peut se peindre ces réalités. Et cependant cela s'est vu même en Europe. Il y a eu, au dernier siècle, un tremblement de terre en Portugal ; il avait tellement ému nos pères qu'il me souvient que dans mon enfance — nous étions cependant à trois quarts de siècle de l'événement, — les livres étaient encore pleins des détails du tremblement de terre de Lisbonne. On voyait partout des gravures qui représentaient la ruine de cette ville florissante. J'ai toujours devant les yeux les colonnes, les corniches écrasant les malheureux habitants. Je pourrais aujourd'hui vous raconter, comme je l'ai lu il y a quarante ans, le récit de

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