PREFACE
On m'a demandé de recueillir en un volume les discours que j'ai prononcés dans des réunions publiques, à Paris et à Versailles ; j'y ai consenti volontiers. Ce n'est point par amour-propre d'auteur ; il n'y a rien de moins littéraire que des improvisa tions, et je ne suis pas un grand orateur; mais si la forme de ces discours laisse beaucoup à désirer, je crois que le fond en est excellent. Les principes que je défends ne sont pas de mon invention, ce sont les principes de Channing, d'Horace Mann, et d'autres vrais amis du peuple. Dans ces causeries familières, on trouvera deux idées dominante, qui reparaissent perpétuellement : la première, c'est que l'éducation, qui n'est autre chose que le plein développement des facultés humaines, esta la fois le plus grand devoir de l'individu et la première coijdition de son bonheur ; la seconde, c'est que la so-
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ciété, instituée pour le bonheur général, doit Tinstruciion à tous ses membres. Il n'y a que Téducation qui, en éclairant et en moralisant tous les citoyens, puisse établir le règne de la véritable démocratie. C'est là qu'il faut chercher la solution des problèmes qui nous agitent ; la régénération de la société, c'est la régénération de l'individu par l'éducation.
Ces deux idées, qui sont populaires aux États-Unis, font peu à peu leur chemin en France et ailleurs. J'en ai la preuve dans le bon accueil qu'ont reçu quelques-unes de ces causeries. Le discours que j'ai prononcé dans la salle du Jeu-de-Paume , à Versailles, traduit en espagnol, à Buenos-Ayres, et lu dans une réunion à San Juan, au pied des Andes, y a fait ouvrir une bibliothèque, à côté de l'école fondée par M. Sarmiento , aujourd'hui président de la république Argentine. Ce même discours, joint à celui que j'ai improvisé à la Sorbonne, a été publié en arménien par le capitaine Michel Miansariantz, imprimé à Saint-Pétersbourg, et dédié au patriarche des Arméniens. Quand on sème la vérité, on ne sait jamais où elle lèvera , mais il me semble difficile qu'en la répandant en France, elle ne profite qu'aux Espagnols du nouveau monde, ou aux Arméniens de Russie.
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n est encore une raison qui m'a décidé à publier ce petit volume. Le malheur de la France, c'est que tous les gouvernements qui se sont succédé depuis soixante-dix ans ont tout fait pour renfermer l'individu dans le cercle étroit de sa famille et de ses intérêts. C'est là ce qui explique, jusqu'à un certain point, l'ardeur de nos passions politiques. La presse et les Chambres sont les deux seules soupapes par où s'échappe et souvent déborde la vie nationale. L'effet le plus fâcheux de cet isolement, c'est que le pays se divise en classes, qui ont des préjugés particuliers, et qui se jalousent et se craignent mutuellement. Pour fonder une démocratie durable, pour achever l'œuvre de 4789, pour établir l'égalité universelle, il faut créer une vie sociale ; il faut que toutes les conditions se mêlent, il faut que les plus instruits et les plus sages éclairent et conseillent ceux que l'ignorance ou la misère expose à toutes les séductions.
Convaincu de cette vérité , je n'ai jamais perdu l'occasion de parler à mes concitoyens, afin de mettre à leur service l'expérience de peuples plus avancés que nous dans la carrière de la liberté. En 1864, quand, pour la prejnière fois, on a permis des conférences publiques au profit des réfugiés polonais, j'étais là, auprès de mon maître et ami,