IV PRÉFACE
M. Saint-Marc Girardin, un libéral de la vieille école, que le temps et les révolutions n'ont fait que confirmer dans les fortes convictions de sa jeunesse. Il y avait déjà des gens difficiles, qui refusaient de parler par permission et à la condition de ne pas faire de politique; ni M. Saint-Marc Girardin ni moi nous n'avons partagé ces scrupules. Le premier devoir d'un citoyen, c'est de ne jamais perdre l'occasion d'agir ou de parler. C'est dans les mêmes conditions que j'ai défendu la cause de l'éducation populaire à Versailles, dans la salle du Jeu-de- Paume, à Paris en pleine Sorbonne. Il est vrai qu'en récompense , on m'a interdit de faire des conférences à l'Athénée ; j'ai été proscrit en excellente compagnie. Ceux qui liront mes discours seront étonnés de mon innocence, et demanderont peutêtre quel était mon crime. On m'a assuré, dans le temps, que c'était pour sauver la liberté qu'on m'interdisait la parole. Cette raison ministérielle était-elle sérieuse, je l'ignore : je ne suis pas dans le secret des dieux.
Tandis qu'on me défendait de parler à mes concitoyens de ce qui les touche, on me permettait de m'intéresser aux nègres des États-Unis, et môme de m'unir à une société anglaise pour demander l'abolition de l'esclavage. J'ai profité de la permission.