‹ Discours populairesChapitre 13 sur 18 · LRS TREMBLEMENTS DE TERRE · texte numérisé non relu

LRS TREMBLEMENTS DE TERRE

ce cruel événement, tant mon esprit en est resté frappé. Je me rappelle ce phénomène qui se rencontre partout, en tous pays. Après le premier moment on devient fou; les femmes abandonnent leurs enfants ; on fuit au hasard, on court à l’aventure ; puis tout à coup on est pris de stupeur. Accablé, on reste dans un silence morne ; on n’a même pas la force de se dire : Heureux les morts, car ils reposent; on ne pense plus, on ne croit plus à rien, l’espérance est sortie du cœur. Au milieu de toutes ces horreurs, des hommes s’abattent sur les morts et les mourants, comme des oiseaux de proie, comme des animaux de rapine; on achève les blessés, on dépouille les cadavres. Kt que dirai-je de l’incendie qui éclate de toutes parts; et de la fièvre, et de la peste; toutes les misères à la fois!... Spectacle épouvantable, mais qui est encore au-dessous de la vérité! {Sensation.)

Aujourd’hui, cependant, au milieu môme de ces désastres, l’homme a repris un peu plus de confiance en lui-même. Au dernier siècle on voyait partout la vengeance céleste ; C’était Dieu qui avait frappé les malheureux Portugais. Aujourd’hui la science nous donne des idées plus saines et plus justes, elle nous permet de voir dans ces cruels événements le jeu de lois naturelles, et non pas la vengeance divine. La science justifie la Providence et l’absout. Les jugements de Dieu, nous ne les connaissons pas, nous ne pouvons les apprécier; mais ce que nous savons, c’est que dans les tremblements de terre il y a l’effet de lois générales, ce que nous savons, c’est que riiommc qui tombe est une victime accidentelle et non pas une victime désignée ! {Applaudissements.) En mourant, il garde encore l’espoir et ne se croit pas à la fois perdu et maudit ! {Applaudissements.)

Toutefois n’y a-t-il pour l’homme que cette consolation de connaître un peu mieux sa misère! N’y a-t-il pour lui

d’autre avantage que de dire avec Pascal : « Quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien? » Ce serait là une consolation par trop stoïque. N’y en a-t-il pas une autre plus glorieuse pour l’humanité? Si au milieu de ces événements on est attristé par les crimes de quelques misérables, on est consolé par de grands exemples de vertu et de générosité. Tant que nous n’avons pas vu le malheur d’autrui, nous ne savons pas de quels sacrifices notre cœur est capable ; mais, quand nous voyons souffrir de près, quand la douleur est sous nos yeux, alors toutes les sources vives de notre âme s’ouvrent et coulent en même temps. A la nouvelle du désastre de l’Équateur, un pays voisin, le Pérou, ravagé lui-même et désolé par les tremblements de terre, se sent animé d’une généreuse pitié. Pour réparer ses propres désastres, le Pérou avait voté 500,000 francs de premières dépenses. Pour secourir ses amis de l’Équateur, le Pérou s’impose d’une somme égale, et non-seulement il envoie 500,000 francs, mais il offre sa garantie pour un emprunt de 5 millions. Les négociants se réunissent, ils rassemblent une somme de 100,000 francs. Enfin un navire français, — nos braves marins sont toujours prêts quand il y a une bonne action à faire, — un navire qui s’appelle la Méyère et qui ne fut jamais plus mal nommé, se hâte de porter cet argent, des vivres, et, ce qui vaut mieux encore, va rendre l’espérance aux victimes de l’Équateur. Certes, dans les annales du Pérou, il y a de belles pages, mais je n’en connais pas de plus glorieuse que celle-là ; je ne crois pas que l’histoire nous offre un plus noble exemple de fraternité ; le Pérou a acquis par sa générosité une place d’honneur parmi les nations. (Applaudissements.)

LES TlltMBLEMENTS DE TERRE.

Je crois que nous autres, Français, nous sommes faits pour comprendre toute la grandeur, d’une pareille conduite, et je suis heureux de dire à mon illustre voisin, ’ le général Torrijo, ancien président du Pérou, que la France honore, respecte et félicite le Pérou ! {Applaudissetnents.)

Mais nous, messieurs, n'avons-nous rien à faire? fautil nous renfermer dans une stérile pitié? ne pouvonsnous témoigner de notre sympathie? H y a là pour nous un devoir à remplir, et, j’oserai le dire, un devoir tout particulier pour des Français. Aujourd’hui, plus que jamais, les divisions nationales disparaissent ; en se rapprochant, les peuples sentent mieux le lien qui les unit, et je ne doute pas que dans cinquante ans, quand nos enfants feront le tour du monde par partie de plaisir, ils ne sentent plus vivement encore que tous les hommes sont de la même famille et qu’ils sont faits pour se secourir et pour s’aimer les uns les autres. {Bravos.)

Mais enfin parmi les peuples, je dirai que si tous sont nos frères, il en est quelques-uns qui s;^nt, pour nous autres Français, des frères plus proches, des fils de la même mère ; ce sont ceux qu'on appelle peuples de race latine. — A dire vrai, je n’aime pas trop ce mot do race, il ressemble beaucoup à celui de noblesse; ce sont des mois qui divisent. Aujourd’hui trop souvent on parle de sa race, comme autrefois on parlait de sa noblesse, la main sur la garde de son épée et toujours prêt à se battre. {Applaudissements.)

D’ailleurs ce mot de race est une erreur; il suffit d’étudier l’iiistoire pour voir que, nous autres. Espagnols et Français, nous ne sommes pas des peuples de race latine, mais, ce qui est fort différent, des peuples de langue latine. La langue que nous parlons est celle que nous avons reçue des Domains, et à vrai dire, aujourd’hui,

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