XVIII INTRODUCTION
sique expérimentale rejoint presque la théologie •et la métaphysique : « Que sais-je? écrit-il à^ Voltaire le 14 septembre 1768, à propos des expé^ riences de Needham, reproduites par Buffon, est:: ^n physique ma devise générale et continuelle ». "Quant à la médecine, il la met — et vraisemblablement avec elle les sciences naturelles — sur le même plan que la métaphysique, et fort peu- au-dessus de la théologie. Des sciences morales, d'Alembert ne croit guère à la psychologie, telle que nous Tentendons aujourd'hui : même il la mutile singulièrement et accumule contre elle toutes les objections qui de nos jours lui ont été adressées. Il conçoit, en logique, un art de conjecturer qui s'appliquerait aux matières dans lesquelles la -démonstration n'est pas possible; mais il laisse à d'autres le soin de s'en servir. Il entrevoit ce que doit être Thistoire, il la réhabilite et fait une rapide esquisse de l'histoire des sciences ; mais là encore, il laisse à d'autres le soin de développer ce . qu'il a indiqué.
Aux belles-lettres comme à la mathématique, il reste toujours attaché : l'histoire littéraire prend une place de plus en plus grande dans sa Tie. Mais que deviendra- t-elle avec un homme qui ne cherche en tout que la vérité, et ne la voit ^ue dans les mathématiques, qui même ne trouve de véritable certitude que dans l'algèbre?
En résumé d'Alembert, qui aime par-dessus tout la vérité et la justice, mais qui est capable
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aussi d'affection et d'amour, règle toute sa \ie de manière à conserver sa dignité d'homme, de manière aussi à ne pas amoindrir celle d'autrui. Pour cela il renonce à la richesse, il risque plus d'une fois de mécontenter ceux qui Taiment et auxquels il est lui-même vivement attaché; il refuse d'être le président de l'Académie de Berlin et le précepteur du futur empereur de Russie. Je ne connais rien de plus beau, dans leur sincérité éloquente et leur noble simplicité, que les deux admirables lettres écrites par lui à d'Argens el à Odar pour décliner les offres de Frédéric et de Catherine : à côté d'un philosophe et d'un écrivain éminents, elles montrent un homme, chose assez rare au xvin® siècle pour qu'on en fasse une mention spéciale. Quant au penseur, son activité se porta principalement vers les mathématiques, la morale et les belles-lettres, embrassant ainsi celles des connaissances qui, en raison de leur simplicité, ont une certitude absolue et celles que leur complexité rend susceptibles seulement d'une probabilité plus ou moins grande. Pour les relier, il eût fallu l'intermédiaire des sciences naturelles; mais d'Alembert s'en était occupé fort peu et ne les estimait guère. C'est par une curieuse théorie, esthétique bien plus que scientifique ou métaphysique, qu'il a fait disparaître la solution de continuité entre les objets si différents sur lesquels il spécule.
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