‹ Discours préliminaire de l'encyclopédie (volume 2)Chapitre 9 sur 87 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

que d'Alembert proposait à Frédéric II? Mais elle n'a pu faire une expérience concluante, puisque la raison n'a pas eu les quelques années dont elle avait besoin pour gagner sa cause*.

D'Alembert, en restreignant de plus en plus le rôle de la religion révélée, a de moins en moins confiance en la métaphysique. C'est ce qu'on voit par les Éléments de philosophie (n. 26). Mais c'est ce dont on s'aperçoit mieux encore par la Correspondance : « A foi et à serment, écrit-il à Voltaire le 29 août 1769, je ne trouve dans toutes les ténèbres métaphysiques, de parti raisonnable que le scepticisme ». Même langage avec Frédéric II, qui le force un peu malgré lui à rentrer dans « la lice » métaphysique : « La. devise de Montaigne, que sais-Je? (2 août 1770) me paraît la réponse qu'on doit faire à presque toutes les questions de ce genre ». Aussi n'accepte-t-il pas plus les négations que les affirmations : « Ceux qui nient l'existence d'une intelligence suprême, dit-il du Système de la nature de d'Holbach, avancent bien plus qu'ils ne peuvent prouver... l'auteur me paraît trop ferme et trop dogmatique, et je ne vois en cette matière que le scepticisme de raisonnable. »

S'il incline, en s'appuyant sur l'expérience, vers la matérialité de l'âme, vers la croyance à un Dieu matériel, borné et dépendant, il ne se

1. Cf. Aulard, Le culte de la Raison et le culte de VÈtre suprême, Paris, Alcan, 1892.

l'homme XVII

croit assez assuré, ni dans un cas, ni dans un autre, pour renoncer au scepticisme.

Mais il faut vivre et pour cela une règle.

D'Alembert conservera-t-il, comme Locke, la morale chrétienne? Il faudrait la séparer des dogmes et Ton ne sait si la séparation est possible. Acceplera-t-il avec Voltaire, que suivra Kant, une morale liée à Texistence de Dieu et à Timmortalité de l'âme? Mais la métaphysique ne lui dit rien de clair sur ces questions. Enfin se fera-t-il^ comme Descartes, une morale provisoire? Il n'a plus, comme lui, Tespoir de rencontrer « le roc inébranlable » sur lequel il élèvera Tédifice des-^ tiné à abriter les hommes : il lui faut donc une morale positive et il la lui faut d'autant plus qu'il veut élever, petit à petit, « une maison plus habitable et plus commode, où tout le monde viendra insensiblement habiter » (30 avril 1770). Le spéculatif qui n'est ni théologien, ni métaphysicien, sera donc un moraliste, et même il mettra parfois la morale avant les mathématiques.

Pour les mathématiques et les sciences physico-mathématiques, d'Alembert conserve toujours la même tendresse. Le mot n'est pas trop fort, puisque la géométrie est pour lui une maîtresse, une femme avec laquelle il se remet en ménage, qu'il place sur le même rang que la poésie et qu'il défend contre les beaux esprits, contre Bossuet et contre Frédéric IL De leur certitude, il ne doute pas un instant. Mais la phy-

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