LIV INTRODUCTION
valeur scientifique qui lui avait été déniée depuis Descartes. Mais nous entrevoyons à peine ce que doit être Thistoire de la civilisation, où nous faisons une place aux religions, aussi bien qu'aux arts et aux lettres, aux sciences et à la philosophie; nous utilisons tous les jours encore des documents qui présentent, avec plus de relief et d'exactitude, l'antiquité, le moyen âge, et les temps modernes. Nous sommes de plus en plus persuadés qu'il faut regarder les Grecs et les Latins comme nos maîtres. Mais personne ne parle du moyen âge comme d'une époque de barbarie et d'ignorance. On sait que Byzance n'a jamais cessé de conserver et de répandre, parmi ses voisins ba^ bares, la civilisation gréco-latine. Dès le vi® siècle, elle a un art original, mi-grec et mi-oriental; elle a des peintres, des architectes et des sculpteurs, des généraux et des politiques, des jurisconsultes et des théologiens, des littérateurs et des historiens, même quelques botanistes, mathématiciens et astronomes; son influence s'exerce sur les Bulgares, les Slaves et les Arabes, sur TOccident latin avec lequel elle ne cesse d'être en relation depuis l'époque de Charlemagne *.
Les Arabes modifient avec originalité l'architecture de l'Orient. Dès le vin® siècle, Geber obtient en chimie, par l'alliance du raisonnement et de l'observation, des résultats fort importants;
1. Pour les travaux sur Byzance, cf. Rambaud, Revue bleue, 14 mars 1891.
il est suivi par Rhasès et Avicenne. Si Talchimie occupe de plus en plus leurs successeurs, Achid- Bechir réussit à préparer le phosphore. Les Arabes traduisent les ouvrages grecs de mathématiques, font en arithmétique des recherches importantes, contribuent puissamment à la création de la trigonométrie et au développement de l'algèbre (n. 75); ils se livrent avec ardeur à l'étude de l'astronomie et y montrent parfois un esprit véritablement scientifique; leurs tables astronomiques en font les prédécesseurs de Copernic, de Tycho-Brahé et de Kepler. En physique, ils ne font guère que répéter les Anciens, et la botanique n'est étudiée par eux que dans ses relations avec la médecine. La philosophie arabe reproduit, commente et développe les théories d'Aristote et des néo-platoniciens.
L'Occident, dès le temps de Charlemagne et d'Alcuin, se reprend à la vie intellectuelle. La philosophie y trouve, sans interruption jusqu'au xm' siècle, d'illustres représentants *; l'art, sous toutes ses formes, grandit de jour en jour et donne des œuvres remarquables. La littérature latine n'est pas sans valeur; mais surtout des littératures nationales se produisent en France, en Italie, en Allemagne, que méprisent et qu'ignorent le XVII® et le xvin® siècle. En botanique et en zoologie, cette première période sait et cherche
1. La scolastique (Revue internationale de l'Enseignement, *5 avril 1893).