‹ Discours préliminaire de l'encyclopédie (volume 2)Chapitre 4 sur 87 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

de FEncyclopédie révèle un écrivain que Ton place à côté de Voltaire et de Montesquieu, de Fonfenelle et de Condillac, de Diderot, de Rousseau et de Buffon. Tandis qu'en France le gouvernement « l'oublie » et même « le persécute » à cause de l'Encyclopédie, Frédéric II lui offre, avec des avantages considérables, la présidence de son Académie. D'Alembert refuse, mais il accepte ensuite une modeste pension de 1200 livres.

En 1762, il se rend à Berlin : plus heureux que Voltaire,' parce qu'il a su se faire respecter, il remplit, en fait, toute sa vie le rôle de président de l'Académie, et trouve chez Frédéric l'amitié la plus vive, la plus franche et la plus délicate. L'année où il est pensionné par le roi de Prusse, il entre à l'Académie française, dont il est en 1772 le secrétaire perpétuel. Pendant de longues années, il se fait applaudir d'un public d'élite et il exerce, dans les élections, surtout après la mort de Duclos, une influence très grande, dont il se sert pour faire de l'Académie « l'asile de la philosophie ». En 17S6, la reine de Suède lui offre une place d'associé à son Académie, et Louis XV, sur la proposition de d'Argenson, lui donne une pension de 1500 francs sur le trésor royal. Un an auparavant, à la recommandation du pape Benoît XIV, il avait été reçu à l'Institut de Bologne. En 17S9, un arrêt du Conseil supprime le privilège accordé pour l'impression de l'Encyclopédie et, par ordre supérieur, les jour-

LA VIE DE D'aLEMBEBT IX

naux en présentent les auteurs, comme une secte « qui a juré la ruine de toute société, de tout gouvernement et de toute morale ». D'Alembert cesse d'être l'éditeur de TEncyclopédie : les mutilations que le Breton se permet dans Tœuvre préparée par Diderot, montrent bien qu'il était impossible d'en continuer la publication « en conservant le ton qu'on y avait pris ». C'est au moment ' où les Encyclopédistes sont le plus mal vus à la cour de France, que Catherine II offre cent mille livres de rente à d'Alembert pour faire l'éducation de son fils. 11 refuse de « contribuer au bonheur et même à l'instruction d'un peuple » comme il continue de se refuser à devenir, pour ainsi dire, ministre de Tinstruction publique à Berlin. En relations constantes avec Voltaire, dont il prépare l'apothéose, en lutte avec Rousseau dont il réfute, avec beaucoup de bon sens, les paradoxes sur le rôle corrupteur des sciences et des lettres comme sur les spectacles, plus tard même avec Buffon sur lequel il remporte, en faisant élire Condorcet contre Bailly, une victoire dont il est aussi fier que s'il eût trouvé la quadrature du cercle, d'Alembert dirige le parti philosophique, jusqu'à ce que la querelle des gluckistes et des piccinistes en amène la dislocation. Après avoir vu mourir Voltaire et W^^ de Lespinasse, après avoir longtemps souffert lui-même, il meurt en 1183, laissant Condorcet pour son exécuteur testamentaire. La correspondance de cet homme,

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