‹ Discours préliminaire de l'encyclopédie (volume 2)Chapitre 53 sur 87 · Encyclopédie : « /e^ auteurs · texte numérisé non relu

Encyclopédie : « /e^ auteurs

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des montres, Téchappement et la répétition, ne sontils pas aussi estimés que ceux qui ont travaillé suc- . cessivement à perfectionner Talgèbre? D'ailleurs, si ' j'en crois quelques philosophes que le mépris de la multitude pour les arts n'a point empêchés de les étudier, il est certaines machines si compliquées, et dont toutes les parties dépendent tellement Tune de l'autre, qu'il est difficile que l'invention en soit due à plus d'un seul homme. Ce génie rare dont le nom est enseveli dans l'oubli, n'eût-il pas été bien digne d'être placé à côté du petit nombre d'esprits créateurs, qui nous ont ouvert dans les sciences des routes nouvelles?

Parmi les arts libéraux qu'on a réduits à des principes, ceux qui se proposent l'imitation de la Nature, ont été appelés Beaux-Arts, parce qu'ils ont principalement l'agrément pour objet. Mais ce n'est pas la seule chose qui les distingue des arts libéraux plus nécessaires ou plus utiles, comme la Grammaire, la Logique et la Morale. Ces derniers ont des règles fixes et arrêtées, que tout homme peut transmettre à un autre ; au lieu que la pratique des Beaux-Arts consiste principalement dans une invention qui ne prend guère ses lois que du génie; les règles qu'on a écrites sur ces arts n'en sont proprement que la partie mécanique; elles produisent à peu près l'effet du téles- <îope, elles n'aident que ceux qui voient.

Il résulte de tout ce que nous avons dit jusqu'ici que les différentes manières dont notre esprit opère sur les objets, et les différents usages qu'il tire de ces objets mêmes, sont le premier moyen qui se présente à nous pour discerner en général nos connais-

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servent. La découverte de la bou ssole n'est pasmoins avantageuse au genre humain, que ne le serait àli physique l'explication des propriétés de cette aiguille. Enfin, à considérer en lui-même le principe de la ^ -distinction dont nous parlons, combien de savants j prétendus dont la science n'est proprement qu'un art i mécanique? et quelle différence réelle y a-t-il entre une tête remplie de faits sans ordre, sans usage et •sans liaison, et l'instinct d'un artisan réduit à l'exécution machinale?

Le mépris qu'on a pour les arts mécaniques semble avoir influé jusqu'à un certain point sur leurs * inventeurs mêmes. Les noms de ces bienfaiteurs du genre humain sont presque tous inconnus, tandis que l'histoire de ses destructeurs, c'est-à-dire des conquérants, n'est ignorée de personne. Cependant c'est peut-être chez les artisans qu'il faut aller chercher les preuves les plus admirables de la sagacité de l'esprit, de sa patience et de ses ressources. J'avoue que la plupart des arts n'ont été inventés que peu à peu, et qu'il a fallu une assez longue suite de siècles pour porter les montres, par exemple, au point de perfection où nous les voyons. Mais n'en est-il pas de même des sciences? Combien de découvertes qui ont immortalisé leurs ^ auteurs, avaient été préparées par les travaux des siècles précédents, souvent même amenées à leur maturité, au point de ne demander plus qu'un pas à faire? Et pour ne point sortir de Thorlogerie, pourquoi ceux à qui nous devons la fusée

1. Encyclopédie : « sur les inventeurs mêmes ». Même texte dans l'édition de 1759.

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