II. — L'homme
L'homme explique la vie. Pauvre et fier, d'Alembert aime son indépendance « jusqu'au fanatisme » et il la garde avec tous, avec Frédéric II comme avec Voltaire. Ne devant rien « qu'à lui-même et à la nature », il ignore la bassesse, le manège et l'art de faire sa cour pour arriver à la fortune. Il désespère M'"° du DefFand, parce qu'il est « quaker et passe le chapeau sur la tête devant l'Académie et devant ceux qui en font être ». L'enfant abandonné de Destouches et de M""" de Tencin méprise les noms et les titres, les fainéants orgueilleux qui regardent l'ignorance oisive comme l'apanage et presque le titre
l'homme XI
de leur noblesse, qui s'étonnent, avec rimbécîUité la plus naïve, que la sottise humaine puisse attacher aux talents quelque prix et quelque avantage. Il se moque de celui pour qui la peste est une calamité abominable, pendant laquelle un gentilhomme n'est pas sûr de sa vie. Choiseul est pour luile protégé, plutôt que le protecteur de Voltaire, et Richelieu, avec qui Voltaire est en coquetterie depuis la Régence, mais qui n'en combat pas moins la pensée libre et ses représentants, est appelé par lui Childebrand, Rossinante- Childebrand, puis Mandrin-Childebrand et rapproché de Cartouche- Fréron. Aussi ne met- il pas, dans TEncyclopédie, la généalogie des grandes maisons, mais celle des sciences, plus précieuse pour qui sait penser. /
11 lui coûte peu de se passer de la richesse, parce qu'il est désintéressé et n*a ni besoins ni fantaisies; mais esclave de sa liberté, il a résolu de ne se mettre jamais au service de personne, de vivre «t de mourir libre.
Sa fierté n'est pas de Torgueil. L'injustice le révolte, il supposé qu'il en est de même pour tous les hommes et explique ainsi l'origine des notions morales (p. 20 sqq.). Aussi il s'abstient soigneusement de tout acte injuste, et il combat l'injustice partout où il la rencontre. Même s'il se jugeait capable.de succéder à Fontenelle, il s'y refuserait pour ne pas évincer quelqu'un qui a plus de droit. L'injustice d' autrui ne peut ni provoquer ni juslifier la nôtre. Pour rien au monde il n'accepte-