XII INTRODUCTION
rait, du vivant de Maupertuis, sa survivance quand même il aurait, malgré sa recommanda tion, cherché à nuire àTabbé de Prades. Bien loii d'accepter, à FAcadémie de Nancy, la place qu'oi veut ôter à Palissot, après la comédie des Philosophes^ il souhaite qu'il la conserve. Rousseau Te maltraité et déclarera même qu'il fera « un arlequin » du fils de Catherine II : « Je n'approuve pas, écrit le 9 avril 1761 d'Alembert à Voltaire, que vous vous déclariez publiquement contre J.-J. Rousseau comme vous faites. C'est un malade de beaucoup d'esprit et qui n'a d'esprit que quand il a la fièvre. Il ne faut ni le guérir ni l'outrager. » Aussi s'oppose-t-il énergiquement à ce qu'on refuse son offrande pour l'érection de la statue de Voltaire, parce qu'il ne serait ^a^^ juste de le mettre avec des hommes décriés et déshonorés comme Fréron et Palissot. « Qu'est-ce, écrit-il encore à Voltaire le 8 septembre 1762, qu'un éloge de Crébillon ou plutôt une satire sous le nom d'éloge qu'on vous attribue? Quoique je pense absolument comme l'auteur de cette brochure sur le mérite de Crébillon, je suis très fâché qu'on ait choisi le moment de sa mort pour jeter des pierres sur son cadavre ; il fallait le laisser pourrir de lui-même et cela n'eût pas été long. » Toute sa correspondance avec Frédéric, avec Voltaire serait à citer. Il a les plus grands égards pour le roi victorieux et pour l'écrivain que toute l'Europe admire; mais il se réserve le droit de penser par lui-même, de com-
l'homme XIII
battre les jugements qui lui paraissent faux, de défendre ceux qui sont injustement attaqués, de rabaisser ceux qu'ils exaltent sans raison légitime.
D'Alembert ne consulte pas seulement son intelligence pour le règlement de sa vie : le bonheur ou le malheur de ses amis l'intéresse au point qu'il en perd le sommeil et le repos, et qu'il n'y a point de sacrifice qu'il ne leur fasse. Deux lettres de sa jeunesse, émues et pleines d'espérance joyeuse, témoignent qu'il pouvait éprouver « la plus vive, la plus tendre et la plus douce des passions ». Ses relations avec M"® de Lespinasse nous prouvent que, pour son malheur, les connaissances humaines ne suffisaient pas à remplir son cœur et qu'il « croyait perdu tout le temps qu'il avait passé sans aimer ».
On pourrait dire de d'Alembert, comme de Condorcet, qu'un volcan couve en lui sous la lave : ce qu'il croit vrai et juste, ce qu'il aime, — les deux choses concordent souvent, — il cherche à le faire triompher. Non pas qu'il veuille proclamer pour tous et en toute circonstance la vérité tout entière, car il pense, avec raison, que pour des esprits mal préparés elle est fort nuisible. "C Mais dès qu'il estime le moment opportun et le succès possible, il se lance dans la lutte : sa réserve hautaine, son amour de la justice ne réussissent pas toujours à le retenir dans les limites qu'il s'était imposées à lui-même; la passion pour la