‹ Discours préliminaire de l'encyclopédie (volume 2)Chapitre 62 sur 87 · Encyclopédie : « dans ce dictionnaire · texte numérisé non relu

Encyclopédie : « dans ce dictionnaire

fait le sujet de Tarticle, le nom de la science dont cet article fait partie; il ne faut plus que voir dans le système figuré quel rang cette science y occupe, pour connaître la place que l'article doit avoir dans TEncyclopédie. S'il arrive que le nom de la science soit omis dans l'article, la lecture suffira pour connaître à quelle science il se rapporte ; et quand nous aurions, par exemple, oublié d'avertir que le mot Bombe appa^ tient à l'art militaire, et le nom d'une ville ou d'un pays à la géographie, nous comptons assez sur l'intelligence de nos lecteurs pour espérer qu'ils ne seraient pas choqués d'une pareille omission. D'ailleurs par la disposition des matières dans chaque article, surtout lorsqu'il est un peu étendu, on ne pourra manquer de voir que cet article tient à un autre qui dépend d'une science différente, celui-là à un troisième, et ainsi de suite. On a tâché que Texactitude et la fréquence des renvois ne laissât là-dessus rien à désirer; car les renvois dans ce Dictionnaire ont cela de particulier, qu'ils servent principalement à indiquer la liaison des matières ; au lieu que dans les autres ouvrages de cette espèce, ils ne sont destinés qu'à expliquer un article par un autre. Souvent même nous avons omis le renvoi, parce que les termes d'art ou de science sur lesquels il aurait pu tomber, se trouvent expliqués à leur article, que le lecteur ira chercher de lui-même. C'est surtout dans les articles généraux des sciences qu'on a tâché d'expliquer les secours mutuels qu'elles se prêtent. Ainsi trois choses forment l'ordre encyclopédique : le nom de la science à laquelle l'article appartient; le rang de cette science dans l'arbre; la liaison de Farticle

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îc d'autres dans la même science ou dans une ence différente; liaison indiquée par les renvois, facile k sentir au moyen des termes techniques pliqués suivant leur ordre alphabétique. Il ne s'agit )iiit ici des raisons qui nous ont fait préférer dans t ouvrage Tordre alphabétique à tout autre ; nous s exposerons plus bas, lorsque nous envisagerons îlle collection comme Dictionnaire des sciences et îs arts.

Au reste, sur la partie de notre travail, qui consiste ins Tordre encyclopédique, et qui est plus destinée IX gens éclairés qu'à la multitude, nous observerons îux choses : la première, c'est qu'il serait souvent isurde de vouloir trouver une liaison immédiate lire un article de ce Dictionnaire et un autre article is à volonté ; c'est ainsi qu'on chercherait en vain LT quels liens secrets section conique peut être rap- •ochée d'accusatif. L'ordre encyclopédique ne sup- ►se point que toutes les sciences tiennent directeent les unes aux autres. Ce sont des branches qui irlent d'un même tronc, savoir de l'entendement imain. Ces branches n'ont souvent entre elles aucune lison immédiate, et plusieurs ne sont réunies que irle tronc ipéme. Ainsi section conique appartient à la iométrie, la géométrie conduit à la physique partiilière, celle-ci à la physique générale, la physique înérale à la métaphysique, et la métaphysique est en près de la grammaire à laquelle le mot accusatif ?partient. Mais quand on est arrivé à ce dernier irine par la route que nous venons d'indiquer, on se •ouve si loin de celui d'où Ton est parti, qu'on Ta tout feil perdu de vue.

La seconde remarque que nous avons à faire, c est qu'il ne faut pas attribuer à notre arbre encyclopédique plus d'avantage que nous ne prétendons lui en donner. L'usage des divisions générales est de rassembler un fort grand nombre d'objets : mais il ne faut pas croire qu'il puisse suppléer à l'étude de ces objets mêmes. C'est une espèce de dénombrement des connaissances qu'on peut acquérir; dénombrement frivole pour qui voudrait s'en contenter, utile pour qui désire d'aller plus loin. Un seul article raisonné sur un objet particulier de science ou d'art, renferme plus de substance que toutes les divisions et subdivisions qu'on peut faire des termes généraux ; et pour ne point sortir de la comparaison que nous avons tirée plus haut des cartes géographiques, celui qui s'en tiendrait à l'arbre encyclopédique pour toute connaissance, n'en saurait guère plus que celui qui pour avoir acquis par les mappemondes une idée générale du globe et de ses parties principales, se flatterait de connaître les différents peuples qui l'tobitént, et les États particuliers qui le composent. Ce qu'il ne faut point oublier surtout, en considérant notre système figuré, c'est que l'ordre encyclopédique qu'il présente est très différent de l'ordre généalogique des opérations de l'esprit; que les sciences qui s'occupent des êtres généraux, ne sont utiles qu'autant qu'elles mènent à celles dont les êtres particuliers soat l'objet; qu'il n'y a véritablement que ces êtres parti-culiers qui existent, et que si notre esprit a créé le^ êtres généraux, c'a été pour pouvoir étudier plu facilement l'une après l'autre les propriétés qui pa leur nature existent à la fois dans une même substance

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qu'il avait données dans le premier ouvrage; il les porte plus loin, et fait connaître la nécessité de la ' physique expérimentale, à laquelle on ne pensait! point encore. Ennemi des systèmes, il n'envisage la philosophie que comme cette partie de nos connaissances, qui doit contribuer à nous rendre meilleurs ou plus heureux : il semble la borner à la science des choses utiles, et recommande partout Tétude de la nature. Ses autres écrits sont formés sur le même plan; tout, jusqu'à leurs titres, y annonce Thomme de génie, Tesprit qui voit en grand. Il y recueille des faits, il y compare des expériences, il en indique un grand nombre à faire; il invite les savants à étudier €t à perfectionner les arts, qu'il regarde comme la partie la plus relevée et la plus essentielle de la science humaine : il expose avec une simplicité noble *M conjectures et ses pensées sur les différents objets dignes d'intéresser les hommes; et il eût pu dire, comme ce vieillard de Térence, que rien de ce qui touche l'humanité ne lui était étranger. Science de la oature, morale, politique, économique, tout semble *Toir été du ressort de cet esprit lumineux et profond; et l'on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou des richesses qu'il répand sur tous les sujets qu'il Wle, ou de la dignité avec laquelle il en parle. Ses «cnls ne peuvent être mieux comparés qu'à ceux d'Hippocrate sur la médecine; et ils ne seraient ni 'ûoins admirés, ni moins lus, si la culture de l'esprit *Wl aussi chère aux hommes * que la conservation

t« Encyclopédie : « au genre humain ». Môme texte dans ^'édition de 1759.

de grands génies, dont les ouvrages ont contribué à répandre la lumière parmi les hommes, et ces ouvrages ayant fourni pour le nôtre les secours généraux, nous devons commencer à en parler avant que de rendre * compte des secours particuliers que nous avons obtenus. Pour ne point remonter trop haut, fixons-nous à la renaissance des lettres.

Quand on considère les progrès de Tesprit depuis cette époque mémorable, on trouve que ces progrès se sont faits dans l'ordre qu'ils devaient naturellement suivre. On a commencé par l'érudition, continué par les belles-lettres, et fini par la philosophie. Cet ordre diffère à la vérité de celui que doit ot)server l'homme abandonné à ses propres lumières, ou borné au commerce de ses contemporains, tel que nous Tavons principalement considéré dans la première partie de ce Discours : en effet, nous avons fait voir que Tesprit isolé doit rencontrer dans sa route la philosophie avant les belles-lettres. Mais en sortant d'un long intervalle d'ignorance que des siècles de lumière avaient précédé, la régénération des idées, si on peut parler ainsi, a dû nécessairement être différente de leur génération primitive. Nous allons tâcher de le faire sentir.

Les chefs-d'œuvre que les anciens nous avaient laissés dans presque tous les genres avaient été oubliés pendant douze siècles. Les principes des sciences et des arts étaient perdus, parce que 1© beau et le vrai qui semblent se montrer de toutes parts aux hommes, ne les frappent guère à moins

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