Encyclopédie : « avant de rendre
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Discours. Nous en avions fait Taveu en plusieurs ry endroits du Pro8pectus\ nous y revenons encore, et nous ne manquerons aucune occasion de le répéter. Cependant nous n'avons pas cru devoir suivre de point en point le grand homme que nous reconnaissons ici pour notre maître. Si nous n'avons pas placé, comme lui, la raison après l'imagination, c'est que nous avons suivi dans le système encyclopédique l'ordre métaphysique des opérations de l'esprit^ plutôt que l'ordre historique de ses progrès depuis la renaissance des lettres, ordre que l'illustre chancelier d'Angleterre avait peut-être en vue jusqu'à un certain point, lorsqu'il faisait, comme il le dit, le cens et le dénombrement des connaissances humaines. D'ailleurs le plan de Bacon étant différent du nôtre, et les sciences ayant fait depuis de grands progrès^ on ne doit pas être surpris que nous ayons pris quelquefois une route différente.
Ainsi, outre les changements que nous avons faits^ dans l'ordre de la distribution générale, et dont nous avons déjà exposé les raisons, nous avons à certains égards poussé les divisions plus loin, surtout dans la partie de mathématique et de physique particulière; d'un autre côté, nous nous sommes abstenus d'étendre an même point que lui, la division de certaines^ sciences dont il suit jusqu'aux derniers rameaux. Ces rameaux qui doivent proprement entrer dans le corps de notre Encyclopédie, n'auraient fait, à ce que nous croyons, que charger assez inutilement le sys- ^e général. On trouvera immédiatement après notre arbre encyclopédique celui du philosophe anglais; c'est le moyen le plus court et le plus facile de faire
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puéril : l'examen approfondi de la nature, et la grande étude de Thomme, étaient remplacés par mille questions frivoles sur des êtres abstraits et métaphysiques; questions dont la solution, bonne ou mauvaise, demandait souvent beaucoup de subtilité, et par conséquent un grand abus de Tesprit. Qu'on joigne à ce désordre l'état d'esclavage où presque toute l'Europe était plongée, les ravages de la superstition qui naît de l'ignorance, et qui la reproduit à son tour : et l'on verra que rien ne manquait aux obstacles qui éloi- . gnaient le retour de la raison et du goût; car il nya que la liberté d'agir et de penser qui soit capable de produire de grandes choses, et elle n'a besoin que de lumières pour se préserver des excès.
Aussi fallut-il au genre humain, pour sortir de la barbarie, une de ces révolutions qui font prendre à la terre une face nouvelle : l'Empire grec est détruit, sa ruine fait refluer en Europe le peu de connaissances qui restaient encore au monde : l'invention de l'imprimerie, la protection des Médicis et de François 1" raniment les esprits, et la lumière renaît de toutes parts.
L'étude des langues et de l'histoire abandonnée par nécessité durant les siècles d'ignorance, fut la première à laquelle on se livra. L'esprit humain se trouvait, au sortir de la barbarie, dans une espèce d'enfance, avide d'accumuler des idées, et incapable pourtant d'en acquérir d'abord d'un certain ordr^ par l'espèce d'engourdissement où les facultés d© Tâme avaient été si longtemps. De toutes ces facultéSi la mémoire fut celle que l'on cultiva d'abord, parp® qu'elle est la plus facile à satisfaire, et que les co^"
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naissances qu'on obtient par son secours, sont celles qui peuvent le plus aisément être entassées. On ne commença donc point par étudier la Nature, ainsi que les premiers hommes avaient dû faire; on jouissait d'un secours dont ils étaient dépourvus, celui des ouvrages des anciens, que la générosité des grands et l'impression commençaient à rendre communs : on croyait n'avoir qu'à lire pour devenir savant; et il est bien plus aisé de lire que de voir. Ainsi, on dévora sans distinction tout ce que les anciens nous avaient laissé dans chaque genre : on les traduisit, on les commenta; et, par une espèce de reconnaissance on se mit à les adorer, sans connaître à beaucoup près ce qu'ils valaient.
De là cette foule d'érudits, profonds dans les langues savantes, jusqu'à dédaigner la leur, qui, comme Ta <lit un auteur célèbre, connaissaient tout dans les ^ciens, hors la grâce et la finesse, et qu'un vain étalage d'érudition rendait si orgueilleux ; parce que désavantages qui coûtent le moins sont pour l'ordinaire * ceux dont on aime le plus à se parer. C'était une espèce de grands seigneurs, qui sans ressembler par le mérite réel à ceux dont ils tenaient la vie, liraient beaucoup de vanité de croire leur appartenir. I^'aiileurs, cette vanité n'était point sans quelque îspèce de prétexte. Le pays de l'érudition et des faits -st inépuisable ; on croit, pour ainsi dire, voir tous ^es jours augmenter sa substance par les acquisitions pe Ton y fait sans peine. Au contraire le pays de la 's^ison et des découvertes est d'une assez petite
'• Encyclopédie : « sont assez souvent >».
étendue; et souvent au lieu d'y apprendre ce que l'on ignorait, on ne parvient à force d*étude qu'à désapprendre ce qu'on croyait savoir. C'est pourquoi, à mérite fort inégal, un érudit doit être beaucoup plus vain qu'un philosophe, et peut-être qu'un poète : car l'esprit qui invente est toujours mécontent de ses progrès, parce qu'il voit au delà; et les plus grands génies trouvent souvent dans leur amour-propre même un juge secret, mais sévère, que l'approbatioB des autres fait taire pour quelques instants, mais qu'elle ne parvient jamais à corrompre. On ne doit donc pas s'étonner que les savants dont nous parlons missent tant de gloire à jouir d'une science hérissée, souvent ridicule, et quelquefois barbare.
Il est vrai que notre siècle qui se croit destiné à changer les lois en tout genre, et à faire justice, ne pense pas fort avantageusement de ces hommes autrefois si célèbres. C'est une espèce de mérite aujourd'hui que d'en faire peu de cas; et c'est même un mérite que bien des gens se contentent d'avoir. B semble que par le mépris qu'on a * pour ces savants, on cherche à les punir de l'estime outrée qu'ils faisaient d'eux-mêmes, ou du suffrage peu éclairé de leurs contemporains, et qu'en foulant aux pieds ces idoles, on veuille en faire oublier jusqu'aux noms. Mais tout excès est injuste. Jouissons plutôt av^e reconnaissance du travail de ces hommes laborieux* Pour nous mettre à portée d'extraire des ouvrages des anciens tout ce qui pouvait nous être utile, il * fallu qu'ils en tirassent aussi ce qui ne l'était pas; on