Voir surtout Les v^ritables origines de la Renaissance
LE Discouns PRELIMINAIRE LVII
fait eclore. 11 en est de momc des chimistes et des mathematiciens. La decouverte du Noiiveau- Monde donne une impulsion noiivelle a la botaiiique et a la zoologie. La prise de CoiislanLinople fait naitre Thumanisme, et a sa suite une litterature d’imitation, qui prend le pas sur les litteratures nationales, en attendant qii’il les inspire et leur pr(^pare un nouvel essor. Du meme coup on connait les pliilosophes anciens et on s’en sert pour combatlre la scolastique. La theolog'ie, maitresse et directrice des recbercbes, perd de son empire : la litterature et les sciences tendent de plus en plus ^ se rendre independantes. Le xn® et le xvii® siecle, avec des instruments puissants, creeront la physique experimentale, transformeront Fastronomie et les sciences naturelles.
Ce que dit d’Alembert du moyen &ge est done completement inexact. Ce qu’il dit de la Renaissance lie vautguere que pq,ur Fbumanisme. D’aiL leurs il ne s’interesse que mediocrement aux sciences naturelles et k la physique experimenlale. De ce fait, son bistoire des sciences au xvii® et au XVIII® siecle est incomplete. L’histoire des arts et des lettres a des lacunes considerables que nous avons signal6es e Foccasion. Peu de pages peuvent done etre etudiees et admirecs sans reserve; telles sont cependant celles qui concernent Descartes et Newton, ou qui traitent des ouvrages scienliliques au xviii® siecle.
LVriI INTRODUCTION - j
Mais le Dhcours preliminaire est une 03uvre j lilteraire. Partout 'la langue est iiette, precise, | d’une belle venue dans sa simplicite sobre ei sevbre; la pensde scientifique a rarement revetu line forme qui en fit plus heureusement ressortir !a grandeur et la beaute. Parfois on songe a Pascal et aussi a Taine. D’Alembert a compare le geometre au poete, et Newton a Corneille : les , images poetiques et exactes, les formules lieu- , reuses dans leur nouveaute et leur concision, les expressions pittoresques dans leur abstraction, denotent une inspiration continue, uh entliousiasme qui justifie cette comparaison, souvent reproduite depuis le xviii® siecle. Qu’il suflise de rappeler, dans la premiere partie, les pages sur rorigine des mathematiques 'et les limites de nos connaissances, sur la musique et les arts mecaniques, sur la geometric et les belles-lettres, le poete, I’erudit et le philosophe ; puis, dans la seconde, celles qui portent sur Bacon, Descartes, Newton, Locke et Leibnitz, sur Fusagedcs langues % vulgaires en matibre scientifique, sur Diderot et les conditions dans lesquelles FEncyclopedie se presente au public.
Pour toutes ces raisons, le Dhcours jJreliminaire merite de figurer a c6te du Discours sur la- Melhode de Descartes, de VEssai sur les progres de I' esprit humain de Gondorcet et du Cours de philosophie positive d’Auguste Comte. II a continue le premier et prepare les deux aulres; il les vaut comme
LE Discouns PnfeLIMINArRE
oeuvre sciontifique, et leur est sup^rieur comrne oeuvre lilteraire.
F. PiCAVET.
Un mot sur notre edition. Nous avons re.produk le lexle des Melanges de lilUrature, d'histoire et de philosophic^ nonvelle t^dition, Amsterdam, Chdtelain, 1763. II est identique, sauf quelqiies legers changements, a celui de 1759, mais on y a fait disparaitre plusieurs fautes d’impression. Cedes qn’il presen tait encore ont ete corrigees d’apres les editions de 1751 et meme de 1759. Nous avons consulte ces textes primitifs, parce que I’edition Belin et Bossange, 1821, est quelquefois inintelligible a cause des fautes qu’on y trouve (note 99). Par la comparaison des ditlerents textes, nous avons ete amene a signaler des variantes, corrections ou additions. La plupart portent sur la forme, et montrent que d’Alembert a cherche a rendre sa pensee plus precise et plus exacte (p. 14, n. 1; p. 18, n. 1; p. 20, n. 1 et 2; p. 32, n. 1 ; p. 45, n. 1 ; p. 46, 48; p. 85, n. 1). D’autres la completent ou lui donnent plus de force, comme cellos qui ont pour objet Leibnitz et Montesquieu (p. 89, 91). Quelques-iines enfin sont provoquees par les persecutions auxquelles I’Encyclopedic fut en butte (p. 89, 91).
Pour la punctuation , nous avons donne cello du xviii® siecle, toutes les fois qu’il n’en resultait aucune obscurite.
Le Discours est precede des Avertissements de 1759 et de 1763, de la Dedicace de^l751 ; en quelques pages, d’Alembert nous apprend quel en a ete le succes, quelles critiques lui ont ete faites, comment 1 Encyclopedie a ete preparee et revue, en tant que cela importe a I’intelligence du texte. Comme d’Alembert et les editeurs de 1821, nous y avons fait entrer le Prospectus, sans lequel on ne compren-
INTRODUCTION
drait pas plusicurs passages du Discours (n. 49), le Systeme des connaissances humaines et son Explication detaillee, les (3bservations sur la division des sciences du chancelier Bacon et son Systeme general de la connaissance humaine, necessaires pour montrer Toriginalite de I’auteur.
L’introduction, I’analyse, les notes historiques, scientifjques, litteraires et philosophiques, ontpour objet de laciliter r intelligence du texte aux diverses categories d’etudiants auxquels il est destine. Nous avons place les notes a la tin pour deux raisons : il nous a ete possible de les rendre ainsi plus utiles, en faisaut une seule note pour diffe- rents passages, et notre explication ne vient pas en aide aux candidats, au moment ou les examinateurs leur mettent le texte entre les mains. Nous avons surtout consulte les oeuvres de d’Alembert, mais nous avons tenu grand compte des travaux historiques ou scientifiques qui lui ont ete consacres {Condorcet, Eloge de d’Alembert, La Harpe, Gours de litterature et Philosophie du xviiF siecle, Cournot, Diet. ph. de Franck; Lucien Brunei, Les philosoplies et I’Academie frangaise; Joseph Bertrand, d’Alembert, etc.).
AVERTISSEMENT
Cette edition ‘ ne differe de celle de 1759 que par un petit nombre de changements legers que I’auteur y a faits; inais on y a corrige plusieurs fautes d’impression considerables, et dont quelques-unes meme alteraient le sens.