‹ Discours préliminaire de l'EncyclopédieChapitre 9 sur 73 · LI I · texte numérisé non relu

LI I

Le Discours contient deux parties essentiellcs, une histoire philosophique de Torigine de nos idees, qui conduit k la formation d’un arbre genealogique ou encyclopedique, d’un systeme general ou entrent toutes les sciences et tons les arts ; une histoire des sciences et des arts, depuis la Renaissance jusqu’a 1750, destinee a montrer ce qu’on a fait et ce qui reste a faire. Dans la premiere partie, on n’accordera qu’une valeur bistorique aux pages, inspir6es de Locke ou de Condillac, sur Torigine de nos idees, ada plupart de relies qui traitent de I’imitation de la nature et des beaux-arts, de la conciliation de Fordre encyclopedique avec Fordre alphabetique. Sans doute encore on revendiquera pour Bacon, peut-etre meme pour Diderot, la classification generate des sciences, en histoire, philosophie et beaiix-arts, quoiqu’elle prenne avec d’Alembert une forme toute nouvelle (n. 21); on dira avec raison que la creation de la clilraie, les progres de la physiologie et des sciences naturelles, puis des sciences morales ont d’abord donnd naissance a la classification d’Auguste Comte, qu’ils ont elle-memo ensuite ebranlee, en ce qui concerne toutau moins les rapports de la biologie et de la socio logic entrelesquelles on intercalela psychologie. Cependant, pour la division genkrale de la philosophie, plus sp6cialement pour les mathematiques, les sciences })hysico-mathematiques ; pour les deux limites entre lesquelles se concentrent nos coll

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naissances et la rehabilitation des arts mecaniques; pour la morale, devenue positive et placec sur le meme rang que les inathemaliques ; pour la politique subordonnee a la morale; pour la religion, preparant I’individu a la vie future, mais laissant a la morale I’liomme qui vit dans la societe actuelle, non seulement d’Alembert dit plus d’une fois tres bien, scion le mot de Renan, ce qu’Auguste Comte repete en mauvais style, mais le plus souvent il est .pour nous un veritable contemporain. Car il a pose et essaye de resoudre bon nombre des difficultes soulevees dans une societe qui, renongant a vivre en ,chretienne parce que la foi lui fait defaut, demande aux sciences positives une direction supreme et constante. h' Encyclopedie est devenue vraiment « vivante » dans I’lnstitut, dans I’Ecole polytechnique et les Ecoles centrales, dans les sectes politiques ou sociales qu’a vues fleurir le xix® sifecle ; aujourd’bui encore elle n’est pas une oeuvre morte, , qui n’ait plus affaire qu’au passe. A plus forte raison en est-il ainsi pour cette premiere partie (lu Discours, ou la polemique n’etouffe ni meme ue cache les affirmations originates et positives.

Peut-on en dire autant de la seconde? C’etait a coup sur une idee neuve et feconde que de lier I’histoire des sciences et des arts a celle des hommes de genie, et d’exciter ainsi les hommes a des recbercbes nouvelles, -pour realiser des progres nouveaux; ainsi d’ailleurs on donnait k I’liistoire une

LIV INTRODUCTION

valeur scientifique qui lui avait d6ni6e depuis Descartes. Mais nous entrevoyons a peine ce que doit etre I’histoire de la^ civilisation, oil nous faisons une place aux religions, aussi bien qu’aux arts et aux lettres, aux swences et a la pliilosopliie; nous utilisons tous les jours encore des documents qui presentent, avec plus de relief et d’exactitude, rantiquite,le moyen dge, etles temps modernes. Nous sommes de plus en plus persuades qu’il faut regarder les Grecs et les Latins comme nos maitres. Mais personne ne parle du moyen age comme d’une epoque de barbarie et d’ignorance. On saitque Byzance n’a jamais cess6 de conserveretderepandre, parmi ses voisins barbares, la civilisation greco-latine. Des le vf siecle, elle a un art original, mi-grec et mi-oriental; elle a des peintres, des arcliitectes et des sculpteurs, des generaux et des politiques, des jurisconsultes et des theologiens, des litterateurs et des bistoriens, meme quelques botanistes, mathematiciens et astronomes; son influence s’exerce sur les Bulgares, les Slaves et les Arabes, sur rOccidenl latin avec lequel elle ne cesse d’etre en relation depuis I’epoque de Gliarlemagne *.

Les Arabes modilient avec originality Tarcliitecture de I’Orient. Dbs le viii® sibcle; Geber obtient en chimie, par I’alliance du raisonnement et de Tobservation. des resultals fort importants;

1. Pour les travaux sur Uyzance, cf. liambatid, Revue bleue, 14 mars 18‘Jl. •

LE DISCOURS PRELIMINAIRE

il est suivi par Rhasfes et Avicenne. Si I’alcliimie occiipe de plus en plus leurs successeurs, Achid- Bechir reussit a prdparer le phosphore. Les Arabes traduisent les ouvrages grecs de mathematiques, font en aritlimetique des rechercbes imporlantes, contribuent puissamment a la creation de la trigonorndtrie et au ddveloppement de Talgebre (n.- 75); ils se livrent avec ardeur d, I’etude de Fastronomie et y montrent parfois un esprit veritablement scientifique; leurs tables astronomiques en font les predecesseurs de Copernic, de Tycbo-Bralid et de Kepler. En physique, ils ne font gudre quo rdpeter les Anciens, et la boLanique n'est etudiee par eux que dans ses relations avec la medecine. La pliilosophie arabe reproduit, coinmente et ddveloppe les theories d’Aristote et des neo-platoniciens.

L’Occident, des le temps de Gharleniagne et d’Alcuin, se reprend k la vie intellectuelle. La pliilosophie y trouve, sans interruption jusqu’au xiiF siecle, d’illustres reprdsentants I’art, sous toutes ses formes, grandit de jour en jour et donne des oeuvres remarquables. La littdrature latine n’est pas sans valeur; mais surtout des lilteratures nationales se produisent en France, en Italie, en Allemagne, que meprisent et qu’ignorent le xvii® et le xviii® sidcle. En botanique et en zoologie, cette premiere periode sait et cherclie

1. La scolastique (Revue internationale de I’Enseignement, 15 avril 1803).

INTRODUCTION

peu; il en est de meme pour les math^matiques et Fastronomie, si Ton excepteun petit nombre d’hommes, dont le plus marquant est GerbertF Mais vienne le xiii® siecle : on possede les travaux des Arabes et, par eux, ceux des Grecs. Les litteratures Rationales continuent leur marche ascendante ; I’arcbitecture, la peinture, la sculpture et la musique, les arts industriels eux-m6mes atteignent une splendeur incomparable; la philosophie reussit a concilier, dans une oeuvre qui n’est pas sans grandeur, la speculation ancienne et le cbristianisme. Les alchimistes travaillent plus d’une fois pour les cbimistes futurs ; on connait les Histoires naturelles d’Aristote et de Pline ; mais on observe peu encore les animaux et les vegetaux. Toutefois lesvoyageurs signalent des plan tes et des-animaux inconnus; les mathematiques 'et I’astronomie, avec Roger Bacon et Leonard de Pise, entrent dans une voie nouvelle *.

Des lors on ne saurait voir dans la Renaissance, comrne d’Alembert et ses contemporains, une renovation complete des lettres, des sciences et des arts. Les artistes de tout genre continuent leurs predecesseurs, comme Pa bien montre M. Coarajod^, et les oeuvres antiques ne font tout au plus qu’aider au mouvement qu’elles n’ont pas

1. Gcrbevt, Un pape philosophe, d^apris I’histoire eL d'apres la legefide, tome IX de la Bil)liothcque de I’KcoIe pratique des Ilautcs Kludes, section des sciences rcligieuses. Paris, Leroux,

2. Of. Revue philosophique, N^o-thomisme et scolastique, mars 1892 et nvril 1803.

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