‹ Discours préliminaire de l'EncyclopédieChapitre 6 sur 73 · Kdilion de · texte numérisé non relu

Kdilion de

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sieurs idees. A la demonstration, par laquelle nous voyons avec Evidence la liaison on i’opposition des deux idees, est joint Tartde conjeciurer, qui, fournissant les diverses nuances du vraisemblable dans les sciences oil laveritd nous echappe, est iraite en 58 pages des Eclaircissements. La grammaire, reunie a la logique, occupe 55 pages de ce dernier ouvrage. Quant h la metaphysiqiie, il faudrait, selon d’Alembert, la borner ^ la question de savoir comment nos sensations produisent nos idees. La spiritualite, I’immortalite de I’^me, I’existence de Dieu sont des verites qu’il faut affirmer, sans trop considerer les difticultes qu’elles presentent. Aussi, des 36 pages iV Eclaircissements qui portent sur la metaphysique, une moitid tfaite de I’analyse des sens et I’autre expose les difficultes presque insolubles qu’elle souleve. Pour faire une place aux mathematiques, qui occupent en outre 105 pages des Eclaircissements^ k la physique, a la morale qui prend une importance capitale, — puisque le philosophe demande ^ la raison et non a la revelation de diriger sa vie^ — ^I’art de conjeciurer et a la grammaire, d’Alembert supprime I’ancienne logique. II laisse egalement de cotd toutes les questions ontologiques ou metaphysiques sur lesquelles on ne pent arriver a une clarte suffisante, et affirme simplement la spiritualite, I’inimortalite de I’^me, I’existence de Dieu. Ainsi la metaphysique est ramen6e a peu prbs h I’ideologie ou

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introduction

a. la psychologio. Et d’Alembert ne tient encore compte ni de I’histoire, ni des sciences de la vie, qui prennent dans la seconde moitie du sibcle un developpement si considerable!

Comme la chaine des verites est fort souvent rompue, il faut faire entrer, dans des Elements, celles qui sont a la tete de chaque partie et celles qui se trouvent au point de reunion de plusieurs branches, e’est-a-dire, d’un c6te, les fails simples et reconnus qui n’en supposent point d’autres et qu’on ne pent ni expliquer, ni contester. Telles sont, en geometric, les p'roprietes sensibles de I’etendue; en mecanique, Timpenetrabilite d’ou sorliront des definitions qui expliquent, non la nature de la chose, mais la maniere dont nous la concevons. De Tautre, il faudra prendre des verites qui resultent des verites primitives, mais qui ont au-dessous d’elles un grand nombre de verites secondaires.

Ap res la logique et la metaphysique, vient la morale, qui comprend 4 divisions ; la morale de riiomme, membre de la soci6t6 generale, celle des legislateurs, celle des Etats, celle du ciloyen, aiixquelles on pent joindre celle du philosophe. La logique, la metapliysique, la morale sont etroilement unies. De meme, la grammaire ne doit etre separee ni de la logique, ni de la metaphysique.

L’etude de la nature commencera par la science des proprietes, de la grandeur en general; par

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ralg-^bre, k propos de laquelle on developpera la metapliysique simple et lumineuse qui a guide les inventeurs. Puis on passera k la geometrie. Avec les principes de ces deux sciences, le philosophe arrivera a la mecanique, tentera d’en reculer les limiles, d’en aplanir I’abord, c'est-^.-dire d’en deduire les principes des notions les plus claires et de les etendre en les reduisant. L’astronomie, la plus certaine de toutes les parties de la physique, suit la mecanique. D’apres la metliode des inventeurs, on montrera comment on est parti des hypotheses les plus simples pour rendre raison des phenomenes, comment on les a rectifiees par la connaissance plus exacte de ces derniers, et porte ainsi Tastronomie a un haut degre de perfection. On montrera les progres de I’astronomie physique dans TexplicatioEr des phenomenes celestes. Puis on abordera Toptique, oil la theorie de la lumiere forme un objetpresque entierement mathematique, tandis que la theorie des lois de la vision est encore presque toute a faire ; Tacoustique, ou theorie des sons, qui a I’experience pour base; Thydrostatique et I’hydraulique , la physique generale et la physique exp6rimentale.

Signalons encore, dans les Elements, un certain nombre d’idees d’une importance considerable. D’Alembert souhaite qu’on fasse un tableau exnct, ii chaque epoque, des revolutions de I’esprit humain; qu’on compose uncatechisme de morale a I’usage et a la portee des enfants. Gherchant

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a saisir comment nous passons de nos sensations aux objets exterieurs , fet refusant de prendre, comme Condillac, Thomme tel qu i aurait pu etre et non tel qu’il est, il croit que le toucher donne a I’enfant la notion d’impenetrabilite, par suite I’idee des corps et de 1 etendue, tout en inclinant a penser cependant que la vue, a elle seule, nous permettrait de distinguer - I’etendue qui est n6tre de celle qui est hors de nous. A Malebranche et surtout a Berkeley, il se borne a repondre que, puisque les memes effets naissent des mfemes causes, puisqu’en i admettant, pour un moment, Texistence des corps, les sensations ne sauraient etre ni plus vives, ni plus uniformes, il fant necessairement supposer que les corps existent (note 13).

La morale ne doit ni etre mise a la fin de la pliilosophie, ni trait6e en quelques lignes. Elle ne suppose pas necessairement la connaissance de Dieu, puisque, s’il en 6tait ainsi, il n y aurait aucune vertu chez les paiens. Elle part de la liberty ou du sentiment que nous avons de pouvoir faire une chose contraire a celle que nous faisons actuellement. La liberte nous conduit, grace a la connaissance acquise par les sens, de nos rapports avec nos semblables et de nos besoins reciproques, k definir le mal moral ou I’injuste, ce qui nuit k la society en troublant le'^ bien-Mre physique de ses membres, et a affirmcr la justice des lois qui, sans elle, ne subsistoraient

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que comme im moyen efficace de conduire les liommes par la crainte (ii. 17). Les lois naturelles et ecrites sont n^cessaires au maiiitien de la societe, celles qui ne sont pas 4crites la rendeiil douce et florissante. La vertu est d’aulant plus pure que Tamour de rhumanit6 est plus grand. Le desint4ressement nait de Famour eclaire de nous-memes et forme la premiere vertu morale. Renoncer, en tout ou en partie, a ce qui ne nous est pas absolument necessaire, est un devoir pour nous, quand il y a des citoyens qui manquent du necessaire absolu, et le luxe est un crime , centre Fhumanite, toutes les fois qu’un seul membre de la societe souffre et qu’on ne Fignore pas. Le legislateur doit, par des lois qui protegent et lient egalement tous les citoyens, etablir, non une egalite metapliysique qui est une cbimere, mais une egalite morale. Les lois criminelles peuvent permettre d’attaquer la vie de son ennemi pour defendre la sienne, mais jamais d’attaquer la fortune de qui que ce soit. Les lois civiles doivent indiquer quand il faut sacrifier le bien particulier au bien public, etablir les impels d’apres des principes justes, dislinguer la dependance civile et la dependance domestique, modifier cette derniere pour resserrer la premiere. Elies doivent aussi rendre les conditions du manage moins onereuses au sexe le plus faible, attribuer des recompenses personnelles a ceux qui enrichissent FEtat ou lui font bonneur, etablir la tolerance a Fugard

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(le toutes les maniferes d’adorer I’Etre supreme. Les Stats ont les memes devoirs que les membres d’une societe. Les citoyens doivent observer les lois et consacrer leur vie, leurs talents et les connaissances quails ont acquises, au service de I’Etat; le philosoplie, 6Lre detacbe des honneurs et (les richesses.

Composer un catdcliisme de morale, ce fut I’ambition dernibre et supreme de d’Alembert. II uurait voulu prendre pour modble VAbrege du catechisnie historique de Fleury, exposer d’abord, dansim article court, net et precis, les principes et les veritds k etablir, puis les developper dans une espece de dialogue, par des demandes trbs courtes ettres simples, de maniere qu’on put s’assurer si les enfants les ont comprises ou les leur rend re propres, quand ils les ont saisies. Ainsi I’enfant deviendrait ce qii’il est nbcessaire qu’il soit pour les autres hommes, juste, liumain, compatissant,

» charitable. Mbme d’Alembert eiit voulu utiliser I’liistoire et former avec « A.me et g’oiit », pour chacune des conditions sociales, un recueil des actions et des paroles memorables. Nous savons, par sa Correspondance avec Frbderic II, pourquoi il n’a pas mis ce projet a execution ; « La source de la morale et du bonheur, ecrit-il le 21 janvier 1770, est la liaison intime de notre veritable interet avec I’accomplissement de nos devoirs; I’amour (iclairci de nous-mbmes est le principe do tout sacrifice moral. Un jjoint m’a toujours embar-

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rass6 : ceux qui n’ont rien, qui donnent tout a la sociele et a qui la societe refuse tout, qui peuvent a peine nourrir de leur travail une famille nombreuse ou meme qui ii’ont pas de quoi la nourrir, peuvent-ils avoir d’autre principe de morale que la loi, et comment pourrait-on leur persuader que leur veritable interet est d’etre vertueux, dans le cas on ils pourraient impun6ment ne I’etre pas? Si favais trouve a cette question une solution satisfaisante^ il y a longtemps que faurais donne mon catechisme de morale. » Le 7 mars 1770, d’Alembert expose, avec plus de precision encore, la difficulte qui I’arrete : Je conviens que, d’une

part, la crainte des lois et des supplices, et, de I’autre, I’esperance d’etre soulage par les araes vertueuses, peuvent etre un frein capable de retenir ceux qjii sont dans I’indigence... Mais que I’indigent soit sans esperance d’etre secouru et assure de pouvoir en cachette derober an riche une partie de son superflu pour subvenir k sa propre subsistance..., je demande ce qu’il doit faire en ce cas et s’il peut, ou meme s’il doit se laisser mourir de faim, lui et sa famille... Dans ce cas de necessite absolue (30 avril 1770), le vol est permis et meme est une action juste... Cette doctrine, toute raisonnable qu'elle est, n’est pas • bonne a mettre dans un catiecliisme de morale, par Tabus que la cupidite ou la paresse pourrait en faire. C’est ce quiempeche de faire un catechisme de morale a Tusage de tons les homines de la

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sociele... Le mot de I’enigme est que Ja distribution des fortunes est d une ineg'alite monstrueuse, qu’il est aussi atroce qu’absurde de voir les uns regorger de superflu et les autres manquer du | necessaire. Sans doute Frederic II a raison remarquer que d’Alembert suppose « un caspuiement melapliysique », et Ton peut douter que la morale positive doive avoir pour lin le bonheur ' de I’individu; mais d’Alembert a bien vu qu il fallait la constituer ppur une soci6t6 ou la religion n’est plus acceptee de tous'^ il a bien indique les difficultes dont la solution s’impose a nous bien plus encore qu’a ses contemporains.

Yenons maintenant k I’oeuvre litteraire de d’Alembert ; elle comprend le Discours prelimir naive, des traductions, differenls opuscules et les Eloges hisloriques. Que d’iVlembert ait cullive les lettres, il n’y arien d’etonnant, puisqu’il les a toujours aimees. Mais pourquoi a-t-il consenti a devenirle secretaire perp6luel del’Academie frangaise et le chef des gens de lettres? Comment a-t-il concilie des travaux litleraires, oil Ton ne sait par oil saisir la v6rite, avec les speculations mathematiques, qui toujours la donnent au chercheur obstine? Une page curieuse de VEssai sur - les gens de lellres a pour objet de monlrer ce qui a mis les geometres si fortii la mode: « On regardait, dit-il, comme une chose decidee, qu’uii geometre, transporle hors de sa sphere, ne devait pas avoir le sens commun ; il 6tait pourtant facile de se

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