QS
physique ne peut 6tre Touvrage d’une matifere brute et sans intelligence. Quant aux objections, on les resout avec les dogmes, ou Ton fait voir qu’il y en a de plus fortes dans le systeme de I’^ternite et de la n^cessite de la matiere. Enfm on ne cherche I’exigtence de Dieu que dans les lois admirables de la nature. Pour I’inimortalite de I’ame, la vertu, souvent malheureuse en ce monde, e.xige de la justice de Dieu des recompenses apres la mort, et la revelation nous apprend pourquoi il ne nous les accorde pas en cette vie. (Gf. Introduction. Sur Dieu, cf. p. 67, 1. 14; sur Fame, p. 68, 1. 3 sqq.)
La morale est peut-etre la plus complete des sciences, pour les verites qui en sont les principes et quant a I’enchaincment de ces verites : une seule verite de fait, incontestable, le besoin mutuel que les hommes ont les uns des autres et les devoirs reciproques que ce besoin leur impose; toutes les regies de la morale en derivent par un'encliainement necessaire (I, 137).
A I’autre extremite, I’algfebre, la geometrie, la mecanique, sont seules marquees au sceau de I’evidence (p. 35), encore cela n’est-il vrai ri^oureusement que de I’algebre. D’Alembert oublie meme de mentionner I’arithmdtique, qu’il comprend sans doute dans I’algebre, I’arithmetique generale.
Entre les deux termes, metaphysique et morale d’un cote, algebre, geometrie et mecanique de I’autre, se trouve I’intervalle immense oil les sciences, appuyees sur des principes physiques, n’ont qu’une certitude d’experience ou meme de pure supposition, p. 35, 1. 23-24. Au premier rang viennent les sciences physico-mathematiques, qui tiennent de bien pres par leur certitude aux verites' geometriques, p. 32, 1. 10; puis vient la physique generale et experimcntale et I’histoire nalurelle.
Quant aux connaissances relatives a celles-la (p . 39-47), logique, grammaire, eloquence, histoire, chronologie et geographie, politique, elles ont une certitude proportionnee a leur eloignement des mathemati(iues pures. '
Note 26, p. 34-35. Necessity d’une religion revelee. — On rapprochera les dilTcrents passages oil d’Alembert a mentionne la religion. — p. 1, 2. En parlant des Reflexions sur I'ahus de la crifigue en matiere de religion, il condamne egalement le fanatisme de la superstition et celui de I’impidte et soutient qu’on n’a pu tirer une ‘seule proposition reprehensible de ses ouvi'ages.— p. 4, n. 11 ost question des calomniateurs imbeciles par (lui la religion serait deshonoree, si clle pouvait I’etre. — p.7. 11 repond a ses critiques, que la religion cliretienne est d’uii
NOTES
ordre sup^rieur au systfeme encyclop^dique des connaissances humaines. — p. 66, 1. 3. G’est la revelation qui nous apprend I’existence des esprits crees — . p. 67. La theologie revdlee, qui tienl a I’histoire et a la pliilosophie, ne saurait 6tre scparee de, cettc derni’^re. — p. 68. C’est de la Iheologie, naturelle ou revelee, que derive la connaissance speculative de I’amc. — p. 78, 1. 8. A propos du moyen age, il signalelcs ravages de la superstition. — p. 89-92. En parlant des thdologicns qui craignaient les coups d’une raison aveuglc, qui voulaient eriger en dogmcs leurs opinions particulitres ou qui croyaicnt la religion faite pour nous eclairer sur le systeme du monde, il inontre le christianisme ajoutant a la pliilosophie les lumiercs qui lui manqucjit, et la philosophic reduisant les incr^dules au silence. — p. 96, 1. 22 et p. 106, 1. 16. A propos de Descartes et de Pascal, il est question des niinistres qui peut-6tre ne croyaient pas I’cxistence de Dieu et de la religion. Sur la position prise par d’Alembert a I’egard du christianisme, voir notre Introduction.
Note 27, p. 35-36. « C'est d la simplicite de leur objet gu’elles sont principalement redevables~ de leur certitude... et parait vouloir leur e'chapper. » — Ces deux pages remarquables sur la certitude des mathematiques sont la reproduction litterale des deux premieres pages de I’Introduction au TraiU de Dynamigue, qui, public en 1743, plaga son auteur au iiombre des premiers geonietres de I’Europe. On y trouve en ^artie le principe sur lequel repose la classification d’A. Comte.
Note 27 bis, p. 37. « Les axiomes. >« — Sur le peii de recondite des axiomes, d’Alembert revient encore dans les Elements de phitosophie (I, ed. Belin, p. 131). La aussi il insiste sur les definitions auxquelles on ne saurait donner trop de soin. (I, p. 270.)
Note 28, p. 38. « L'enclmlnement de plusieui's vdrites geometrigues... des traductions plus ou moins differentes et plus ou moins compligiUes de la mJrne proposition. » — G’est en developpant cette faQon de voir que Condillac a ecrit la Langue des Culculs et Laromiguidre , les Paradoxes de Condillac. Ce que d’Alembert dit, avec les reserves convenables, des theoremes geometriques, Condillac et son disciple I’etcndent a toutes les sciences. Cf. notre Pliilosophie de Condillac en tete do la premiere partie du Traite des Sensations, p. xc a xciii, et nos Ide'o~ logues, p 532 a 536, p. 364-366.
Note 29, p. 39. « UUnivers, pour gui saurait Vembrasser d'un seul point de vue, ne serait.. gu'un fait unique et une grande v6riU. » Cette phrase nous montre, dans toute sa nettete,
NOTES
le talent de I’^crivain qui exprime avec une incomparable precision des idees grandes et neuves (n. 27, 25). Elle rappelle I’axiome eternel de Taine, les Philosophes classiques : « Au supreme sommct des choseS, au plus haut de Tether lumineux et inaccessible, se prononce Taxiome eternel et le retentissement pr^longe de cette formule creatrice compose, par ses ondulations inepuisables, Timmensite de TUnivers ».
Note 30, p. 4042. « La logique. » — Dans les tlleme.nts de phi- /osop/ne, d’Alembert rameneTart du raisonnement a la comparaison des idees. Apres avoir remarque qu’ii serait a souhaiter qu’on n’employat jamais que des demonstrations rigoureuses, il souhaite qu’on comprenne dans la logique un art de conjecturcr. On s’en servirait dans la plupart des sciences telles que la physique, la mddecine, la jurisprudence et TMstoire, lorsque sans etre ni eclaires, ni convaincus, nous sommes forces d’agir et de raisonner comme si nous Tetions. Ainsi on apprendrait a ne pas confondre avec le vrai rigoufOux ce qui est simplement probable, a saisir dans le vraisemblable meme les nuances qui separent ce qui Test davantage d’avec ce qui Test moins. C’est une des tentatives les plus originales pour remplaccr Tancienne logique par une logique adaptee aux‘ recherches exp6rimentales.
Note 31, p. 41. « II n'y a presque point de science on d’art dont on ne put a la rigueur et avec line bonne logique instruire I'esprit le plus borne. » — II est logique, quand on fait naitre toutes nos connaissances des sensations, d’accorder une grande part a T^ducation. La Mettrie termine ainsi son Uistoire naiiirelle de Vdme : « Point de sens, point d’idees, peu de sens, peu d’idees, peu d'education, peu d’idees ». Helv^tius soutient que Teducation seule fait Tindgalitc des esprits et qu’ii y a des methodes sOres pour former d^s hommes^e genie. D’Alembert se rapproclierait plutdt de Descartes qui, au debut du Disrours de la methodcy attribue h chacun la mOme quantity de bon sens ou de raison et voit, dans la m6thode seule, la cause de nos progrfes plus ou moins rapides.
Note 32, p. 41, 1. 29. « La lenteur... des operations de Vesprit. >. — Les recherches sur la duree des actes psychiques forment aujourd’hui une partie importante de la psycho-physique. Voir surtout la Psychologie allemande de M. Ribot, ch. viii.
Note 33, p. 42-44. « La formation des langues » (cf. p. 19 note 10). — D'Alembert semble resumCr trfes brifevem^jnt la seconde partie de VEssai sur Vorigine des connaissances humaines de Condillac. Les « prodiges des aveuglcs-n4s et des sourdsmuets de naissance • font aussi songer a Diderot, dont la Letlre
NOTES
sur les aveugles d V usage de ceux qui voient, et la Lettre sur les sourds-miiets d I’usage de ceux qui parlent et entendent venaient de paraitre. L’ouvrage si remarquable du president de Brosses sur la Formation mecanique des langues et les principes physiques de VHyniologie ne parut qu’en 1765. L’etude historique des langues, I’observation des enfants, ont de nos jours substitue aux conjectures et aux suppositions dont se contentait en general le xviii* siecle, des donnees positives, comparables en partie a cedes que fournissent les sciences natu relies. UOrigine du languge de M. Paul Begnaud, les Races et les Langues de M. Andre Lefevre, les travaux les plus recents en cette matiere, suffiraient a le montrer. Sur les recherches philologiques des successeurs des Encyclopedistes, Deslutt de Tracy, Degerando, Thurot, on pent consulter nos Ideologues.
Note 34, p. 41. « On doit les orateurs d Vart. » — D’Alembert jait allusion a la maxime celfebre : « nascuntur poetse, fiunl oratores», qu’on justifle d’ordinaire par I’exemple de Demosthene. II est evident que la nature et Part contribuent a former Porateur, comme le poete. On avait fait aux rfegles une trop large place : le xvii®, le xviii® et le xix®sifecle ont insiste sur Pimportance de P61ement trop sacrilie. D’Alembert parle comme Descartes, Pascal et Voltaire.
« J’estimais fort Peloquence, dit le premier (Discours de la Methode, 1), et j’etais amoureux de la pocsie; mais je pensais que Pune et Pautre etaient des dons de Pesprit plutdt que des fruits de Petude. Ceux qui ont le raisonnement le plus fort et qui digerent le mieux leurs pensees, aPin de les rendre claires et intelligibles, peuvent toujours le mieux persuader ce qu’ils proposent, encore qu’ils no parlassent que bas-breton et qu’ils n’eussent jamais appris de rhetorique; et ceux qui ont les inventions les plus agreables et qui les savent exprimer avsc le plus d’ornement et de douceur, ne laisseraient pas d’etre les meilleurs poetes encore que Part poetique leur fut inconnu. » Pascal dit de meme, en songeant a ceux qui ne juraient que par les regies : « La vraie eloquence se moque de Peloquence, la vraie morale se moque de la morale... Se moquer de la pliilosopliie, c’est vraiment philosopher » (art. VII, 34).
Voltaire (art. Eloquence, 'Dial, ph.) dit, en faisant la part de la nature et de Part : « L’eloquence est nee avant les rfegles de la rhetorique... La nature rend les hommes dloquents dans les grands interets et dans les grandes passions... La nature fait done Peloquence et si on a dit que les poetes naissent et que les orateurs se forment, on la dit quand Peloquence a et6
NOTES
forc^e d’6tudier les lois, le g6nie des juges et la m^thode du temps : la nature seule n’est eloquente que par elans. » Et Voltaire parle fort bien de la Rhetorique d’Aristote, dont tous les preceptes respirent la justesse 6clairde d’un philosophe et la politcsse d’un Athenian, et qui, en donnant les regies de I’eloquence, est Eloquent avec simplicite. Gf. Havet, la Uhetorique d’Aristote, et les Pensees de Pascal.
Note 35, p. 44, 1. 27. « Les puerilities pedantesques qu'on a honordes du nom de rhetorique... et qui sent d Part oratoire ce que la scolastique est d ' la vraie philusophie. » — Cf. p. 5 ou il inclique qu’on lui a reproche d’avoir ainsi parle. Dans I’article College, d’Alembert a critique vivement le genre d’eclucation qui lui a fait perdre tant de temps dans son enfance, en particulier les amplifications qui ont pour objet d’etendre une pensee, de circonduire et allonger des periodes, les discours en forme, presque toujours en latin, auxquels il voudrait substituer une rhetorique beaucoup plus en exemples qu'eri preceptes, ou Ton critiquerait les auteurs anciens en les comparant aux modernes, et que peut-etre on devrait faire prec6der par la philosophie. On lira, sur cette q^uestion de futility de la rhetorique, Quintilien, Instil, oratoire, II, chap. XVI.
Note 36, p. 45. « VUistoire. » — D’Alembert a ecrit des Reflexions sur Vhistoire et sur les di/ferentes manidres de I’ecrire, dans lesquelles il faut signaler quelques idees neuves, meme quand on les compare au chapitre de Fenelon dans la Lettre sur les occupations de I'Academie frangaise ; « 1“ Il faut chercher dans I’histoire le progriis des counaissances humaines, les degres par lesquels les sciences et les arts se sont perfectionnes... C’est la seulemeht ce qui est int^ressant; 2° il faut enseigner I’histoire a rebours, en commen^ant par les temps les plus proches de nous et en linissant par les plus recules..., en ne surchargeant point d’abord la m^moire des enfants par des faits et des noms barbares, en ne leur faisant point apprendre les noms de Chilp6ric et de Dagobert avant ceux de Henri IV et de Louis XIV; 3® il faut en faire le meilleur catdehisme de morale en reunissant, pour chaque etat utile a la societe, magistrats, guerriers, artisans, des actions et des paroles mcrmorables... qu’on ferait lire de bonne heure aux enfants destines a chacun de ces etals. » Ajoutoris que d’Alembert croit que I’histoire des sciences el des arts excite le genie a s’ouvrir des routes nouvelles (n. 53). Avec Turgot, Voltaire et Condorcet, d'Alembert travaille h rehabiliter I’histoire, condamnee par les cartesiens, en montrant qu’elle
NOTES ■ ' 213
est necessaire pour atteindre le but poursuivi par Descartes lui-meme.
Note 37, p. 46. « La politique. » — Remarquer que la politique est pour d’Alembert subordonn6e a la morale. Aussi fait-il enlrer (Inns celle-ci les devoirs des l(igislateurs, des etats et du citoyen {Elements de philosophie). La morale d’ailleurs est pour d’Alembert a peu pres une sociologie (Gf. Introduction et notes 17 et 25).
Note 38. p. 47. « L' imitation de la nature. » — A la page suivante, il s’agit de I’imitation « de la belle nature ». 11 faut se rappeler le role que joue la nature au xvin* siecle. Le xvii” si&clc, a dit Villemain, s’occupe surtout de I’homme, le xviii* fait etudier la nature par ses savants; ses philosophes la celebrent, ses poetes et ses prosateurs la chantent et la decrivent. Tout ce que dit d’Alembert des beaux-arts ne repose ni sur leur histoire ni sur leur psychologie. Diderot, en cette matifere, est plus original. Toutefois sur la musique, d’Alembert exprime des idees ingeni»euses : il ne faut pas oublier qu’il a fait un eloge enthousiaste de Rameau, p. 122, un des pred^cesseurs de Wagner. Son ouvrage sur la Liberie de la musique est fort interessant : il denote tout a la fois un bon juge et un historien capable d’apprecier les eflorts tenths alors pour faire entrer la musique dans uhe voie nouvelle.
Note 39, p. 51, 1. 17 sqq. — Comme d’Alembert, Auguste Comte remarquc que tous les travaux humains {Philosophie positive, 2® leQon) sont on de speculation on d’action; mais it considere uniquement les connaissances theoriques. M6me, dans cellesci, il laisse de cote les sciences particuli^res et ne s’attache qu’aux gdnerales. Ainsi it lui est possible, en limitant son objet, d’arriver a une classification plus exacte. 11 commence d’ailleurs, comme son pr^decesseur, par les phenomenes les plus gen^raux ou les plus simples; mais s’il va ensuito jusqu’aux phenomenes les plus particuliers, il tient compte de leur complexite de plus en plus grande. Cf. n. 27.
Note 40, p. 51 ci 55. Definition de Vart, distinction des arts en liberaux et en micaniques, mepris injuste pour ces demders; — p. 143 a 149, la manUre dont on a traits des arts mecaniques (Diderot) — p. 157, le succh de Part. Aht et les critiques de ceux qui Pont trouve trop raisonut et trop mitaphysique. — En comparant ce quo dit d’Alembert, dans le Discours preliminaire, a ce, que dit Diderot dans I’article Art, on verm quelle difference il ya entre I’un et I’autre! D’Alembert invoque des raisons scientifiques ou philosophiques pour expliquer la sup(jriorite accordtie aux arts liberaux et pour montrer que t’utilite
NOTES
bien sup^rieure des derniers conipense suffisamment le travail que les premiers exigent de I’esprit et la dafliculte d’y , exccller. Diderot {oj'igine des sciences et des arts, speculation el pratique d’un art, distribution qles arts en lib&raux el en mecaniques, but des arts en genjiral, projet d’un traite general des arts mecaniques, ordre qu'il [riudrait suivre dans un pareil traite, de la geometrie des arts, de la langue des arts, de la superiority d’une manufacture sur une autre), qui expose taut d’idees justes et profondes, est volontiers violent et agressif.
« La superiorite accordee aux arts liberaux est un prejuge qui > tend a remplir les villes d’orgueilleux raisonneurs et de comtemplateurs inutiles, et les campagnes de petits tyrans ignorants, oisifs et dedaigneux... Qu’il sorte du sein des academies (juelque homine qui desccnde dans les ateliers, qui y recueille les phenomenes des arts, et'qui les expose dans un ouvrage qui determine les artistes a lire, les philosophes a penser uti- Icment et les grands a faiz'e enfm un usage utile de leur autorite et de leurs recompenses, etc. » L’eloge des arts mecaniques, la necessile pour I’enfant de savoir un metier « qui I’cleve a I’dtat d’homme » {fimile, livrc 111), rappellent Diderot, et aussi I’abbe de Saint-Pierre, qui faisait apprendre a des enfants sans parents « un metier utile etsolide... d’une necessile indispensable, devant subsistcr toujours » {d’Alembert, liloge de Saint-Pierre). On a soutenu que Rousseau devait a Diderot I’idee developpee par lui avec lant d’eloquencc dans son premier Discours. En realile, Rousseau est peu original, si Ton ne tient comptc que de I’invention des id^es; il I’est, comme tons les orateurs de genie (cf., p. 124-125, lejugemenl qu’en porte d’Alembert), par la forme passionnde qu’il leur donne. Parmi ceux chez lesquels il puise, il faut jzlacer au premier rang Butfon, Voltaire et Uiderot.
On sail combien, depuis Diderot et d’Alembert, la faQon ordinaire de juger est devenue ditlerente. On a mis fort souvent los arts mecaniqzics au premier rang et il a ete plus d’une fois necossairc de justilier le travail inlellectuel {Pierre Laloi et l'\ Picavet, Philosophie pratiziue, p. 258-260). Sur I’explication donnec au prejuge p. 52, 1. 14 sqq., cf. note 17.
Noth 41, p. 54-55. — La fusye est un petit c6ne, cannele en spiralc, autour duquel s’enroule la chaine d’une montre qu’on monte; Yechappemeyit le m6canisme par lequel la derniere rouedc la machine Iransmetau baluncierou au pendule Paction du poids oil du ressorl; e’est lui qui arrfite le mouvement du rouage pendant que le balaneier aclieve une oscillation, qui modere el riigularise le mouvement. En invenlant I’echappe-
NOTES
merit, on cr6a les horloges a roues dcntees. On appelle pendule ou montre a r^pitition, celle qui repete I’heure quand on lire un cordon ou qu’on pousse un petit ressort.
Note 42, p.. 56-57. — h't^vidence ct la certitude correspondent a ce que Descartes appelle I’intuition des natures simples (cf., p. 35, simplicite de I’objet des mathematiques), et a la deduction, quisaisitles rapports des choses composeesaux natures simples. Pour les deux esp6ces de sentiment, conscience, evidence du ccEur (cf., p. 7, ou d’Alenrbert rappelle Pascal), et gofit, on pourrait songer a un rapprochement fait souvent de nos jours, entre la morale et I’esthetique. — La conscience est invoquee d’une faQon trfes difT^rente par d’Alembert et par Rousseau. Chez Rousseau, qui sans cesse fait appel h la conscience et lui demande la solution de lous les problemes, la morale rentre dans les systemes dits de sentiment, comme chez Hutcheson, Hume, Adam Smith et Jacobi. D’Alembert, au contraire, fonde la morale (note 25) sur le besoin mutuel que les hommes ont les uns des autres : c’est un ulilitaire. Rousseau et d’Alembert, en invoquanl la conscience, rappellent Voltaire; mais le premier en est plus pr6s. Voltaire et Rousseau ont I’un et I’autre inspire Kant.
Note 43, -p. 58. « Vhistoire philoSophique... de I’ongine de nos iddes. » — On reconnait, a cette expression, un successeur de Descartes. D’Alembert, comme Condillac, comme Helvetius, comme Mably el Rousseau, construit avec quelques donndes necessairement fausses parce qu’elles sont incomplfetes, I’histoire des origines. La raison doit nous faire savoir comment les choses ont pu se produire; par cela m6me, elle nous apprend comment elles ont dA se produire. Ainsi Hegel et ses disciples, plus prfes de nos philosophes du xvm* sifecle qu’ils ne le croyaient eux-m6mes, voulaient d priori constituer les sciences de la nature. Nous sommes aujourd’hui moins conliants, et nous essayons, en reunissant les documents, de quelque nature qu’ils soient, de savoir d’une faQon precise ce qu’ils nous apprennent et ce qu’ils nous laissent ignorer.
Note 44, p. 59, 1. 11. « Notre dtude primitive a dd dtre celle des individus. » — Nos connaissances directes nous viennent par les sens (note 8); elles ne sauraient nous 6tre donnees que par les individus. Car il n’y a que les 6tres particuliers (lisez individus) qui existent (p. 74, 1. 28, p. 94, 1. 18).
Note 45, p. 61, 1. 14. « Les premiers hommes se plagaient au centre du monde. » — En plagant la terre au centre du monde, on s’etait habitue a soutenir que Dieu a fait toutes choses pour I’homrae. On allait meme jusqu’a dire que I’etude de
NOTES
celui-ci nous donne la connaissance de I’universy^ le microcosme s’opposait ainsi au macrocosrne. Quand Gopernic fit tournor la terre autour du soleil, on crut quo e’en ef-ait fait de la primaute de fhomme, et on le combattit comme un heretiqiic qui niait le soin particulier que Dieu a pris de sa creature privilegiee. ' \
Note 46, p. 62-63. « Cette foule de naturalistes qu’un | philosophe moderne a eu tant de raison de censurer. » — BulTon I a condamne les classitications, les nomenclatures et critique I vivement Tournefort et Linne : « 11 n’existe, dit-il, reellement dans la nature que des individus (cf. note 44), et les genreslesordres, et les classes n’existent que dans notre imagination.
La nature ne peutpas se preter totalement a ces divisions, puisqu’elle passe d’une espfece a une autre espece et souvent d’un genre a un autre par des nuances imperceptibles, de sorte ' qu’ilse trouve un grand nombre d’espfeces moyennes et d’objets mi-partis, qu’on ne sait oil placer et qui derangent necessairement le projet du syst6me general. » On sait que BulTon refusa | de laisser entrer au Jardin du Roi la methode et la nomenclature de Linne, que les noms donnes par cc dernier aux plantes ne parent etre inscrits que sous la tablette destinee a les l etiqueter. Diderot, en 1734, dans les Pensees sur Vinlerpritation de la nature, s’attaque de meme a Linnd et aux methodistes,
II ne faut pas cependant croire qu’il n’y a quo de « I’arbitraice » dans une pareille division; sans doule les classifications sent . cssentiellement provisoires et perfectibles ; mais celles de Cuvier et de Jussieu sont appuyees sur des caractferes tout autres que ceux auxquels Linne faisaitappel. A coup sur, on ne sauraft y voir, apr6s les travaux de Darwin et de ses continua. tears, des nomenclature's naturelles, au sens oil I’entendaient Cuvier et ses contemporains, mais on ne peut considerer comme purement artificielle une classification qui-coordonne les caracteres dilTcrents et les subordonne tons a la constitution du systemc nerveux, en s’assurant par I’experience, aussi bien que par I’observation, qu’ellc a saisi leur importance respective.
Note 47, p. 63. — On remarquera la distinction classique des deux imaginations ; Tune, imagination reproductrice ou mdmoire imaginative, qui n’est autre chose que la m6moire m6me des objets sensibles; I’autre, Vimaginalion creatrice, qui est le talent de order en imitant. Rien n’est plus difficile a definir que cette faculte creatrice : on en a fait quelquefois le produit du milieu, d’une ndvrose. La Philosophic de Part de Taine ofTre une des explications les plus interessantes qui aient ete tentees.
NOTES
Si d’Alembert n’a pas defini le genie d’une fa^on exacle, il a bien mis en lumi^re son pouvoir createur et rapproche fort ingenieusement la m^taphysique et la geomelrie de la poesie (p. 65); mais ce qii’il dit (p. 77) de la manifere dont se produisent les dficouvertes est tout a fait insuffisant.
Note 48, p. 62. « L'Univers n’est qu'un vaste Oc^aii. » — On rapprochera celte belle comparaison de ce que dit Diderot (p. 130) de I’empire des sciences et des arts..., monde eloigne du vulgaire, on Ton fait tons les jours des decouvertes, mais dont on a bien des relations fabuleuses. Kant et Littre ont use d’images analogues : « Le "pays de I’entendement pur, dit le premier, est une ile que la nature elle-meme a renfermee dans des bornes immuables. G’est le pays de la verite environnc d’un vaste el orageux ocean, empire de I’illusion, oil, an milieu du brouillard, maint banc de glace, qui disparaitra bientot, presente I’image trompeuse d’un pays nouveau et attire par de vaines apparences lenavigateur vagabond qui cherche de nouvelles terres et s’engage en des expeditions p6rilleuses auxquelles il ne pent renoncer, mais dont il n’atteindra jamais le but. » — « Ce qui estau dela du savoir positif, ditle second, est inaccessible a I’esprit humain... Mais inaccessible ne veut pas dire nul ou non existant... C’est un Ocean qui vient battre notre rive et pour lequel nous n’avons ni barque, ni voile, mais dont la Claire vision est aussi salutaire que formidable. » Ne pourraiton pas de ces comparaisons faire sortir le scepticisme de d’Alembert, la confiance en la raison victorieuse de tons les obstacles qui caracterise Diderot, le criticisme de Kant et le positivisme de Littre?
D’Alembert a trouve bon nombre de comparaisons heu- . reuses el expressives (cf. notes 25, 27, 29, etc.), pour marqucr les limitesde nos connaissances. Celle de I’Ocean se trouve deja chez Locke {Essai, Avant-prOpos, ed. de 1786, 1, p. 105 a 109) : « 11 en est de nous comme d’un pilote qui voyage sur mcr... quoiqu’il ne puisse pas toujours reconnaitre... toutes les dilTerentes profondeurs de I’Ocean. Lorsque les hommcs viennenl a pousser leurs recherches plus loin que leur capacite ne leur ■permet de faire, s’abandonnant sur ce vaste Ocean ou ils ne trouvent ni fond ni rive... ils s’engagent enfin dans un parfait pyrrhonisme. »
Note 49, p. 69. « Le Prospectus. » — D’Alembert dit, p. 5 et 126, que Diderot est I’auteur du Prospectus qui fait unepartie essentielle du Discours, de la Table ou Systfeme figure des connaissances humaines et de I’explication de cette table. 11 les a joints au Discours, parce qu’elles ne forment propremenl avec lui
NOTES
qu’un meme corps... Ce qu’il dil ici el, p. 126 dcs changements et additions qui ont paru convenables a I’un et a I’autre, comme les rapprochements que nous avons faits (note 21) entre le Discours et le Prospectus, expliqueront a nos lecteurs pourquoi c’eut ete mutiler et deformer I’oeuvre de d’Alembert que d’en donncr seulement les reflexions et les vues generales, qui se terminent avec I’histoire des sciences (p. 126).
Note 50, p. 70. — On remarquera que d’Alembert, comme tous les hommes du xviii® siecle, fait une part trop grande a la reflexion. Gela vient de ce qu’il tire toutes nos idees des sensations, avec Locke, mais aussi de ce qu’il juge, avec Descartes, que nous avons conscience de tout ce que nous pensons. Nous croyons aujourd’hui que la reflexion est une addition a la spontaneite, qui ne sc trouve pas tonjours avec elle. Les languessont formees spontanement par les peuples,et il fautune reflexion tr^s savante pour degager les regies qui ont preside il leur formation. De mOme les oeuvres poetiques on artistiques sont dcs produits de la spontaneite, et le po6te n’arrive pas a la conscience claire des idecs qui ont guidd son travail. Les theories psychologiques et physiologiques sur I’heredite, I’association, I’inconscient, comme I’etude plus approfondie des a'uvres d’art, sont venues modifier profondement les conceptions esthetiques. Ce que dit d’Alembert est vrai en partie de Theocrite, d’Andre Chenier et en general des pofetes savants.
Note 51, p. 70-71. — D’Alembert distingue les erudits, les philosophes et les beaux esprits, et aprds avoir rappele qu’ils font assez peu de cas les uns des autres, il leur conseille a tous de reconnaitre le besoin reciproque qu’ils ont de leurs travaux et les secours qu’ils en tirent. — C’est une idee sur laquelle d’Alembert revienj, sans cesse dans ses £/oges et a laquelle il a consacr6 VEssai sur la sociele des gens delettres et des grands, sur la reputation, sur les Mie'enes et sur les recompenses Ulleraires. 11 faut remarquer quo d’Alembert rehabilite les erudits. Ailleurs(p. 70), il constate que le xvm® siecle ne pense pas fort avail tageusement de ces hommes autrefois si cclfebres : il trouve que c’est une injustice et qu’il faut plut6t jouir avec reconnaissance du travail de ces hommes laborieux. Puis (p. H2) il indiquequele mdpris que nosperes avaienteu pour la philosophic est retombe sur I’erudition. « G’est, dit-il, 6tre ignorantou presomptueux decroire que nous n’ayonsplusaucun avantage a tirer de I’ctudc et de la lecture des anciens. ■> Et dans les pages ijui suivent, il reclame I’usage du latin dans les ouvrages de philosophie, dont la clartd et la precision doivent faille tout le merite et qui n’ont besoin que d’une langue uni-
NOTES
verselle el. de convention. Dans VApologie de Velude, d’Alembert qualUie de meme ce mepris injuste pour I’erudition « qui nourrit et fait vivre toutes les autres parties de la litterature, depuis le bel esprit jusqu’au philosophe » ; il y compare les erudits aux cultivateurs d’un Etat police. Dans VHarmonie des lan- (jucsy il insiste encore pour qu’on derive en latin les ouvrages de science, geometric, physique, medecine, erudition m6me.
Note 52, p. 73, 1. 6. « Les raisons qui ont fait pr4f^rer Vordre alphabet iq ice. » — Ellee sont indiquees dons le Prospectus, p. 133 sqc[.
Note 53, p. 75, 1. 26. « Uhistoire des sciences est naturcllement liee d celle du petit nombre de grands genies dnnt les ouvrages ont conlribue a repandre la lumUre parmi les hommes. » — Le Prospectus explique cette liaison naturelle : rtiistoirc des sciences et des arts excite le gdnie a s’ouvrir des routes ignorees (p. 139-140). On voit pourquoi I’histoire condamnee par les Gartesiens rentre dans le domaine scientifique, cf. note 36. ,
Note 54, p. 76, 1. 7. « La renaissance des lettres »; — 1. 20 et 27, « Vinteroalle de' douze siecles d’ignorance ». — D’Alembert semble considerer comme incontestable que les anciens ont cree des chefs-d’oeuvre dans les arts et travaille utilement a I’avancement des sciences; puis que, pendant douze sifecles, il ya eu une ignorance presque complete; enfin que le moyen age a ete suivi d’une renaissance par laquelle la lumi^re a reparu. Sur les anciens, d’Alembert juge assez exactement; sur le moyen age, il se trompe du tout au tout et partant aussi sur la Renaissance (cf. notes 55, 56, 57, 58, 71).
Note 55, p. 77, 1. 17. « Gerbert. » — Dans les fU(?ments de philosophie, d’Alembert fait mention de « quelques genies sup^rieurs qui, aliandonnant cette methode vague et obscure de philosopher, laissaient les mots pour les choses, et cherchaient dans leur sagacite et dans I’etude de la nature des connaissances plus reelles. Le moine Bacon, trop peu connu et trop peu lu aujourd’hui, doit etre mis au nombre de ces esprits du premier ordre; dans le sein de la plus profonde ignorance, il sut par la force de son genie, s’elever 'au-dessus de son siecle et le laisser bien loin derriere lui; aussi fut-il persecute par ses confreres et regard^ par le peuple comme un magicien, h peu pres comme Gerbert I’avait 6te prfes de trois sifecles auparavant pour ses inventions m6caniques, avec cette ditTerence que Gerbert devint pape et que Bacon resta moine et malheureux. » D’Alembert ne connait gufere, on le voit, que les noms de Roger Bacon et de Gerbert; sur le premier, on peut
notes
consulter ic trava'»f ^ -vr. ti'mile Chailes; sur le second, Olleris, OEuvres de Gerbert; Julien Havet, Leltres de Gerbert et Revue inter nalionale de I' Enseignernent superieur, 15 avril 1893. Sur les hommes de genie, cf. note 47.
Note 56, p. 78, 1. 24. — Sur Ics questions soulevees pendant la premiere periode de la scola«tique, cf. Revue inte'rnalionale de V enseignernent, 15 avril 1893. On verra que toutes ne portaient pas sur des 6tres abstrails et metaphysiques, mais qu’elles touchaient aux conditions d’existence des hommes de cette epoque.
Note 57, p. 78, 1. 16. « Une de ces Revolutions qui font prendre d la terre une face nouvelle. » — Sur les assertions incomplfetes et parfois inexactes de d’Alembert, cf. notre Introduction. 11 faut rcmarquer que d’Alembert mentionne la prise de Constantinople, I’invention de I’imprimerie, les Medicis et Frangois I®'. Au debut des Elements de philosophie, il donne comme cause de cette revolution, la prise de Constantinople et la Reforme. Dans I’Eloge de Louis Cousin, le traducteur des historiens byzantins, d’Alembert ne semble voir dansl’empire grec que superstitions, crimes, atrocite, ineptie. -Mais I'Essai sur les gens de leltres donne quelques indications nouvelles : « Charles V... fit quelques elTorts pour ranimer dans ses Etats le gout des sciences... Le mouvement imprime subsista, quoique faiblementjusqu’a Frangois I®'', qui donna aux esprits engourdis et languissants une nouvelle impulsion... Le penchant nature! des courtisans pour I’ignorance se trouva plus a I’aise sous les rois qui suivirent... Enfin Louis XIV parut et I’estime qu’il temoigna pour les gens de lettres donna bientot+e ton a une nation accoutumee a le recevoir de ses maitres. » Sur cette question, comme pour I’histoire littcraire, d’Alembert semble avoir acquis, par ses etudes ultdrieures, des idees moins inexactes et plus comprehensives (cf. notes 68, 84).
Note 58, p. 79, 1. 15. « Cette foide d'erudits. » — Petrarque et Boccace ont fait naitre I’humanisme a Florence. L’Academie etablie en ccttc ville compte, parmi ses membres, Marsile Ficin ct les platoniciens qui entrent en lutte avec les disciples d’Aristote, Poggio et Valla, se distinguent parmi les latinistes (cf. Burckhart, Die Cultur der Renaissance in Italien, traduclio'j frangaise par Schmitl; Gebhart, Esquisse d’une histoire de la Renaissance en Italic; de I’ltalie, Essais de critique de I’histoire; la Renaissance italienne et la philosophie de I’histoire ; Perrens, Histoire de Florence depuis la domination des Medicis jusqu’h la chute de la Republique). Sur la fagon dont d’Alembert juge les erudits, cf. note 51.
NOTES
Note 59, p. 79, 1. 29. « Le pays de la raison et des decoiwertes est d'une assez petite etendue. « — Les limites en sont indiquees, p. 25 sqq., note 25. A la fin des Elements de philosophie, d’Alembert ecrit : <■ 11 n’y a proprement que trois groupes de connaissances ou les decouvertes n’aient pas lieu : I’erudition, parce que les fails ne se devinent et ne s’invefntent pas; la metaphysique, parce que les fails se trouvent au dedans de nous-meines; la theologie, parce que le depot de la foi est inalterable et qu’il ne saurait y avoir de revelation nouvelle. »
Note 60, p. 81-82. « L’usage semile de la langue des anciens. • — On a reproch^ a d’Alembert d’avoir mal parle des ecrivains latins modernes (p. 5). Tout en souhailant que le latin resle la langue universelle des savants et en ne I’employant d’ailleurs pas lui-meme, il condamne les compositions latines (art. College), et maltraite fort la latinit^ des modernes dans son opuscule, Sur I’hamnonie des langues et en particulier sur cede qidon croit sentir dans les langues monies eta cette occasion sur la latinite des modernes.
Note 61, p. 83. Roissard. — D’Alembert juge Ronsard comme Boileau, moins exactement que La Bruyfere (n. 63). Pour reformer ce jugement, qui n’est a peu prfes exact que pour une partie de son oeuvre et qui neglige le continuateur de Marot, I’orateur en vers et le renovateur de la poesie frangaise; pour apprecier le xvi® siecle, meconnu, si Ton en excepte Montaigne, jusqu’a notre epoque, on consultera surtout A. Darmesteter et A. Hatzfeld, Le xvi® siecle en France, Tableau de la lilterature el de la langue, suivi de morceaux en prose et en vers, choisis dans les principaux ecrivains de cette epoque, Paris, Delagrave. Le Precis historique et critique de la lilterature frangaise de E. Lintilhac, des origines au xvii® siecle (Paris, Andre-Guedon, 1890), contient une excellente bibliographie, a laquelle nous nous contentons de renvoyer ceux qui desireraient des indications plus nombreuses et plus precises. On sail que la rehabilitation de Ronsard remonte au romantisme et specialement a Sainte-Beuve, dont le beau sonnet est une appreciation aussi poetique qu’exacte du chef de la Pleiade.
Note 62, p. 83. Malherbe. — D’Alembert suit Boileau. Voltaire dit: « yers de Malherbe faisaient sentir seulement
que la langue fran^,aise etaitcapable de grandeur et de force... On savait par coeur le peu de belles stances que laissa Malherbe. •> Dans I’Eloge de Jean Segrais, d’Alembert ecrit : « Le vrai merite de Malherbe est d’avoir mis le premier dans les vers frangais, de I’harmonie et de P^legance, comme I’a dit le iegislateur Boileau.... Malherbe meritait bien une statue (au
NOTES
lieu d’un medaillon), comme createur de notre po^sie lyrique. » — Pour Malherbe commc pour .T.-B. Rousseau (n. 92), il faut se rappeler, si Ton veut coniprendre les jugements des critifjues anterieurs auxix“ siecle, qu’ils n’ont pas vu lamagniGque eclosion de poesie lyrique, a laquelle out assiste nos conlemporains, et qu’ils n’avaient pas, des lyriques grecs, la connaissance precise ou la comprehension plus vive que nous en avons acquise.
Sur Malherbe, on a institue reccmment des discussions et public quelques documents qu’il faut consulter avant d’accepter ou de reformer le jugement traditionnel. Cf. F. Bruneliere, I'tivolulion des genres dans V histoire de la litlevature, I, 2® logon, Hachette, 1890; A. Gaste, la Jeunesse de Malhei'be, Caen, 1890; G. Allais, Malherbe-, Brunot, la Doctrine de Malherbe-, Louis Arnould, Anecdotes ine'dites sur Malherbe-, M. Souriau, la Versification de Malherbe, Poitiers, 1892 ; G. Allais (Rev. do I’Enseignement secondaire et sup6rieur, 1892, n° 24; 1893, n" 16); Ch. Dejob (Revue int. de I’Enseignement, 15 mai 1892).
Note 63, p. 84. Balzac. — Selon La Bruyere, Ronsard et Balzac ont eu , chacun dans leur genre, assez de bon et de mauvais pour former apres eux de tres grands homines en vers et en prose. G’est a peu pres ce que dit Voltaire, dans le Siecle de Louis XIV : « Balzac en ce temps-la donnait du nombre et de Tharmonie a la prose. II est vrai que ses lettres etaient des harangues ampoulees... Avec tous ces’defauts, il charmait I’oreille. L’eloquence a tant de pouvoir sur les hommes, qu’on admira Balzac pour avoir trouve cette petite partie de I’art, ignoree et necessaire, qui consiste dans le choix harmonieux des paroles ct ni6me pour I’avoir employee sou vent hors de sa place. •> — M. Gazier {Petite histoire de la iitlerature frangaise, Colin) rappelle que Bossuet lui reprochait d’avoir peu de pensees et le compare a Malherbe : « Tons deux, dit-il, aspiraient a la perfection, mais le g6nie leur a fait defaut ». 11 convient pourtant de mentionner une lettre do Balzac (VI et CX), oil il temoigne pour la « campagne » une admiration assez rare an xvii® siecle, qui permet de le rapprocher de La Fontaine et de M”® de Sevigne, et les belles pages oil il parle des conquerants en termes qui font songer a Bossuet.
Note 64, p. 84-106. Poht-Royal, Pascal. — D’Alembert eleve par des jansenistes, a des premiers fait I’eloge litteraire du Port-Boyal, dont Voltaire ne parlait pas a ce point de vue dans le Siecle de Louis XIV. Dans la Destruction des j6suil.es, oil il est pourtant fort occupc de frapper sur les jansenistes, il ecrit, en regrettant que les solitaires aient perdu tant d’esprit et de temps « a des controverses ridicules sur le libre arbitre ct la
NOTES
grftce, sur les cinq propositions », que la Grammaire g(^n^rale et raisonnee, I’excellente Logique, les Racines grecques, de savantes Grammaires pour les langues grecque, latine, italienne et espagnole... par le style male etcorrect dans lequel ils etaient ecrits, ont le plus contribue, aprfes les Provinciales, a la perfection de la langue. Port-Royal a et6 jug6 de meme par Destutt de Tracy, dans la remarquable Introduction a sa Logique. Sur Port-Royal, il faut surtout consulter Sainte-Beuve.
D’Alembert est grand admirateur des Provinciales : « Pascal, dit-il, a devine la langue et la plaisanterie... Ge livre, ccrit il y a plus de cent ans, semble avoir 6te ecrit d’hier... Elies seront eternellement regardees comme un modele de gout et de style. » — 11 estime moins les Pens^es : « Bien inferieures aux Provinciales, elles vivront peut-6tre plus longtemps, parce qu’il y a tout lieu de croire, quoi qu’en dise I’humble societe, que le christianisme durera plus longtemps qu’elle. » (Destruction des jesuites, II, i, p. 3o.) — On sait que, depuis, le Gdnie du Christianisme, les Pensees ont ete mises au premier plan dans I’oeuvre litteraire de Pascal. On remplirait une bibliotheque avec les travaux qui ont ete consacres en notre sifecleaPapologiste du christianisme. Voyez Havet , Pensees de Pascal, et Droz, le Scepticisme de Pascal. D'Alembert juge, comme Voltaire, des Provinciales et des Pensees. L’un et I’autre d’ailleurs fircnt plus grand cas des redexions ou des refutations que CondoVcet joignit aux Pensees, que des Pensees elles-memes. Occupes a lutter centre le catholicisme, ils n’etaient gufere disposes a paiier impartialement de son apologiste. Ajoutons qu’avant Cousin, Feugere et Havet, on ne pouvait apprecicr toute la hardiesse et la valeur litteraire des Pensees. Pour le savant, d’Alembert est peut-etre trop liberal : il faudrait reporter a Descartes, en ce qui concerne la pesanteur, uTie partie des eloges donnes a Pascal.
Note 65, p. 84. Corneilee et Racine. — Sur Corneille et Racine, d’Alembert adoptc a pen pres I’opinion de Voltaire, qui falsait de son Commentaire, une critique presque continue de Corneille etse refusait a commenter Racine, parce qu’il faudrait, disait-il, mettre au bas de toutes les pages : « beau, admirable, sublime ». D'Alembert ne tarit pas sur I’eloge de Racine : « Racine, Despreaux, mais aussj Voltaire, sont nos trois grands maitres en pocsie » {Eloge de Despreaux). Ailleurs il I’appelle « le dieu de Part des vers >>. Mais quelquefois il prefere Voltaire a Racine iui-mome ; « Vos pieces seules ont du mouvement et de I’interet, et ce qui vaut bien cela, de la pbilosophie, non pas de la philosophic froide et parlierc, mais de la philosophic en action... Corneille disserte, Racine converse et vous nous remuerez »
NOTES
(31 octobrs 1761). Ailleurs il juge a la fa^on d’un de nos contemporains : « II n’y a presque personne aux pieces de Gorneille et m^diocrenient a celles de Racine » (10 octobre 1761). |
« Voltaire, dit-il encore dans VEloge de Crebillon, est plus I
souvent represente et I’est avec plus de succfes >*. La vue de la -v ■< salle de spectacle » suffit pour se prononcer sur la valeur des pieces. On ainie mieux I’entcndre dire, dans VApologiede I’etude :
« Tant pis pour vous si Corneille et Bossuet ne vous ont pas eleve I’ame, si Racine ne vous a pas arrachd des larmes, si Moli^.re ne vous a pas paru le plus grand peintre du coeur bumain,si vous ne savez pas Quinaultet La Fontaine par coeur. »
Note 66, p. 84. Despreaux. — D’Alenabert a ecrit un Eloge de Boileau, pour lequel il a utilise des anecdotes que lui avait contees Falconet. G’est un homme de g^nie, le fondateur et Ic chef de I’ecole poetique franQaise, a qui un disciple tel que Racine eut suffl pour 6tre immortel; notre grand maitre en poesie avec Racine et Voltaire. Toutefois il lui inanquait la « sensibilite >>, ct c’est ce qui fait qu’il meconnut La Fontaine et Quinault. Voltaire, dans le Sifecle de Louis XIV, voit surtout aussi dans Boileau I’auteur des EpUres et de VA7'l poetique.
Note 67, p. 84. Mouere. — Voltaire parlait de Moli^re « legislateur des biens6anccs du monde ■>. D’Alembert en vint a admirer plus et mieux Molifere comme La Fontaine (note 68). C’est le plus grand peintre du caiur humain (note 65). Par sa connaissance des homines et du coeur humain, comme Corneille, par la force du raisonnement, il eta'it grand philosophe ou fait pour I’etre {Dialogue entre la poesie et la philosophie). 11 hesite entre Misanthrope, ce chef-d’oeuvre de notre th64tre comique, et le Tartufe qui lui est peut-6tre superieur par la vivacite de Taction, par les situations thedtrales, par la varietc et la verite des caracteres (Lettre a .Tean-Jacques Rousseau). Mfime il se met en desaccord avcc la Bruyere et Fenelon; il Testime « beaucoup plus correct qu’on ne le pense communement» {Sur l’har7nonie des langves). 11 T^tudie de pres et trouve « sa prose'lonte pleine de vers d’une plus petite mesurc, entremel6s et sans rime » {Riflexions sur I’elocution oratoire).
Note 68, p. 84. La Fontaine. — On s’6tonne du « presque ».
11 semble que d’Alembert suit Voltaire : « La Fontaine, bien moins ch&tie dans son style, bien moins correct dans son langage, mais unique dans sa naivetd et dans les graces qui lui sent propres, se mit, par les choses les plus simples, pi'esque h c6td de ces homines sublimes. » Par la suite, d’Alembert juge tout autrement. « Les Fables de La Fontaine, dit-il dans les Observations sur I’art de traduire (IV, 32), sont Touvrage pent-
el re le plus original que la langue frangaise a produit. » — « Racine et La Fontaine, ecrit-il dans les Reflexions sur la poesie, plairont toujours dans tous les temps et dans tous les ages. L’un est le pofete du coeur, I’autre est celui de I’espril et do la raison. » — « La Fontaine {Dialogue entre la poesie et La philosophie) a donne a la langue un tour naif et original. » — « G’est parce que Boileau manquait de sensibilite [filoge de Despreaux) qu’il meconnut Quinault... et La Fontaine, sinon le plus grand, au moins le plus singulierement original..., celui que la nature aura le plus de peine a refaire. » D’Alembert, on le voit, admire la Fontaine comme les critiques du xix® siecle, plutot qu’a la fagon de ses conlemporains (cf. note 67).
Notk 69, p. 84. Bossoet. — D’Alembert a ecrit VEloge de Bossuet. 11 apprecie avec bonheur les sermons : « Ce sont plutot les esquisses d’un grand maitre que des tableaux termines; ils n’en sont que plus precieux pour ceux qui aiment a voir, dans ces dessins heurtes et rapides, les traits hardis d’une touche libre et here et la premiere seve de I’enthousiasme createur ». Le Discours sur I'histoire universelle est la « grande esquisse d’un genie aussi vaste que profound >>. Mais quoiqu’il I’appelle « un prelat citoyen », il aflirme que les ouvrages de Fenelon, remplis et comme penetres a chaque page de ces principes de biehfaisance, de tolerance et de charite qui interessent tous les hommes, toutes les nations et tous les ages, resteront plus longtemps que ceux de Bossuet {fdoge de Fenelon, Discours du 25 aout 1771 a I’Academie frangaise). Toutefois Bossuet est assure de I’immortalite : « C’est Homere, dit d’Alembert dans VEloge de Jean Terrasson, qu’il faut comparer a Milton, Demosthene a Bossuet, Tacite a Guichardin oil peut-etre a personne, Seneque a Montaigne, Archimfede a Newton, Aristote a Descartes, Platon et Lucrece au chancelier Bacon, et pour lors le proces des anciens et-des modernes ne sera plus si fa.cile a juger ». — Sur Bossuet et Fenelon, que le xviji® siecle considerait volon tiers comme un allie (cf. VEloge du dernier par la Harpe), on trouvera d’utiles indications dans le Fenelon de M. Paul Janer(les Grands Ecrivains de la France, Paris, Hachette).
Note 70, p. 84-85. Poussin, Puget, Le. Sueur, Le Buun, Qui- NALur, Lulu, Raphael, Michel-Ange. — Voltaire cite, dans le Siecle de Louis XIV, Lulli, le Poussin, Le Sueur, qui n’eutd’autre maitre que lui-mome, Le Brun, qui egala les Italiens dans le dessin et dans la composition, Santerre, Lemoine; il parle des cloves qui vont a Rome « dessiner les antiques et etudier Raphael et Michel-Angd ». G’est, dit-il, principalement dans la
NOTES
sculpture qiie nous avons excell6; mais on n’a pas moins r^ussi dans les medailles et I’art de graver les pierres precieuses. On remarquera que d’Alembert ne cite ni Claude Lorrain, ni les Champaigne, ni Simon Vouet, ni Mansart, ni Girardon, ni Claude Perrault. II semble ignorer I’art flamand de Rubens et de Teniers, espagnol de Velasquez et de Murillo, hollandais de Rembrandt, de Gerard Dow, de Hobbema. On ne considere encore guere au xviiie sifecle, en dehors de Diderot, que les artistes dont la maniere classique Concorde avec les tendances litteraires. (Cf. Introduction.) — Quant a Quinault, on sait que c’est par Voltaire qu’on est revenu a I’admirer, malgre les critiques qu’en avait faites Boileau.
Note 71, p. 87, 1. 2. « Ce que nous devonsd Vllalie. » — II faiidrait distinguer a ce point de vue les lettres, les arts et les sciences, et ne pas dire de I’ensemble ce qui est vrai surtout de I’humanisme (cf. notes 57, 58, 75).
Note 72, p. 88. « La scolastique nuisait encore auxproqr^s de la vraie philosophie. » — Surla scolastique, d’Alembert, qui d’ail- Icnrs ignore Ic moyen age ou plutot n’y voit que la superstii:on, I’ignarance et l^sclavage, ne varie pas(cf., p. 14, I’axiomo de scolastiqucs, les formes substantielles, notes 8 etlO; p. 7G-77, les douze siecles d’ignorance, note 54; p. 94, Bacon I’a trop menagee; p. 99, Descartes a montre aux bons esprits a sccouer le joug de la scolastique, etc.). Dans la Destruction des jesuites en France, il la considere comme la lie et Ic rebut ile ia vraie philosophie; il parle de « I’atrocite scolastique » et de tons « les theologiens de parti qui ne orient a la persecution que quand elle s’exerce sur eux >■.
Dans les lilements de philosophie, il sc montre aussi severe et aussi injuste : toutefois il fait exception, nonplus sculement pour Gerbcrt (n. 55), mais pour Roger Bacon et un « petit nombre de grands genies ».qiii laissaient les mots pour les choses. D’Alembert a toutefois raison dedire qu’on uc connaissait pas dans toute sa puret6 la philosophie d’Aristote. La premiere periode de la scolastique avait fait entrer, dans les cadres d’line logique peripatcticienne, une metaphysique neo-platoni- ■ cienne; la scconde modilia Aristote pour I’adapter au christianisme, le completa souvent encore par ses commentateurs neoplatoniciens et lui attribua des ouvrages de I’ecole d’Alexandric, comme la Theologie, le Livre des Causes, etc. Pomponace put faire echec a la scolastique en pr^sentant dans toute son exactitude les theories peripatcticiennes.
Note 73, p.91. « Uniribunal deysnwpMmawC » — Voltaire ecrit:
« i.’inquisition d’ltalie, d’Espagne, de Portugal, avait lie les
NOTES
erreurs philosophiques aux dogmes de la religion ». Sur I’lnquisilion cf. Llorente, Histoire critique de I’lnquisition d’Espagne depuis son etablissemenljusqu’au rfegne deFerdinand Vll, traduct. Pellier, 4 vol., Paris, 1817-1818 ; Lea, A history of the inquisition of the middle ages, New-York, 1888, in-8; voyez en outre les travaux recents de Douais, de Molinier, de Tanon. — D’Alembert rapproche de la condamnation de Galilee (cf. Th.-II. Martin, Galilee) celle de Viroii.e par le pape Zacharie (cf. p. 6, 1. 1-3). On peut voir, dans la Hevue des questions scientifiques (octobre 1882, p. 478), un article de Gilbert, le pape Zacharie et les antipodes. Virgile etait yn moine benedictin et irlandais qui plus tard devint ev6que de Salzbourg. Saint Augustin (de Civit. Dei, lib. XVI, cap. ix) avail ecrit que, quand m6me la lerre serait ronde, il ne suit pas qu’il y ait des hommes de I’autre cote. On trouvera dans Migne {Patrologie latine, t. 89, col. 946- 947) line lettre de Zacharie a Boniface : Virgile, en raison de la doctrine « perverse et inique » par laquelle il affirme qu’il y a sous terre « un autre monde et d’autres homines >>, a et6 interdit {sacerdotii honore privatum). Il n’^tait pas encore eveque : de la I’objection rapportee (p. 6).
Note 74, p. 92-96. Bacon. — Quand on lit I’^loge que d’Alembert fait de Bacon, on est dispose a croire qu’il n’a pas du s’ecarter d’un maitre par lui si haul plac6. Selon I’Avertissement (p. 7), on avail insinue que le plan de son ouvrage lui avail ete fourni par ceux de Bacon (cf. n. 2). Gonlre cette assertion du P. Berthier, d’Alembert proteste avec energie (p.7et8) apres Diderot. Partout il reconnait qu’il doit quelque chose a Bacon, p. 62, p. 94-96; mais partout aussi il maintient son originalite, p. 62, 95. Diderot (p. 130, 170 sqq.) parle comme d’Alembert. C’est au lecteur, disen t-ils, a comparer les deux classitications. Les grands progrfes realises dans les sciences sont une des raisons qui leiir semblent surtout provoquer les changements. Ce que dit en outre d’Alembert de Bacon : « 11 recommande V etude de la nature,., il expose ses conjectures et ses pensics... il fait un emploi fr^uent des termes... des principes scolastiques... retenu encore par quelques chaines... » montre qu’il a modifi6 Bacon, pour marquer les progr^s des sciences et s’eloigner de la scolaslique. D’abord d’Alembert justifie, a la faQon de Locke et de Condillac, la classification en histoire, nhilosophie, beau.x-arts (p. 63-64). Puis il place la raison avant rimagination, en homme qui appartient au siecle des lumidres (p. 64, 95). En outre, la philosophic', en un sifecle ou elle domine tout (p. 112), reraplace la science que Bacon plagait la premifere et divisait en philosophic et en theologie inspir^e; elle comprend,
NOTES
avec Vontologie, la science de Dieu, celle de I’homme et celle de la nature (p. 67) : « S6parer la th6ologie de la philosophie, ce serait arracher du tronc un rejeton qui de lui-m6me y est uni ». Ge seul passage expliquerait pourquoi les th6ologiens furent hostiles a I’Encyclop^die et quelle distance il y a entre d’Alembert et Bacon.
D’Alembert place ensuite Thistoire civile avant I’histoire naturelle (p. 66); il passe I’apidement sur I’histoire sacr^e et I’histoire civile, pour faire une part plus large a I’histoire de la nature, surtout a celle des metiers : I’enum^ration de ceuxci, comme la fagon dont il en est parle (n. 40), prouve que I’etude de la nature prend pour les savants comme pour les litterateurs une importance de plus en plus grande (n. 38). En parcourant ce qui concerne I’imagination, placee a la suite de la philosophie, on songe qu’une science nouvelle est en train de naitre, I’esthetique, a laquelle Diderot donnera, par ses Salons, une impulsion puissante. Mais c’est surtout pour les mathematiques et la physique particuliere que d’Alembert a pousse plus loin les divisions (p. 171). La science de la nature, plac6e sur le meme plan que celle de Dieu et celle de I’homme, est divisee en mathematiques, physique generate et physique particuliere. Les mathematiques sont pures, mixtes ou physico-mathematiques. Ges trois series coruiprennent a leur tour: 1° geometric elementairc et transcendante ; arithmetique niimerique et algfebre, elementaire ou inlinitesimale, dilTerenlielle et integrale; 2° mecanique, statique etdynamique, astronomie geometrique, cosmographie, etc. (cf. le Systeme figure). Quant a la physique particuliere, elle renferme la zoologie (anatomie simple ou comparee, physiologic, medecine avec les divisions de Boerhaave, n. 82 et p. 177, etc.), I’astronomie physique, la meteorologie, la cosmologie, la botanique, la mineralogie, la chimie, etc., etc. Ne suffit-il pas de citer ou de rappeler ces passages pour montrer que d’Alembert est bien plus notre contemporain que celui de Bacon?
Si Ton consulte les autres ouvrages de d’Alembert, on voit qu’avant 1751, il ne connaissait pas Bacon. Diderot (p. 176), qui avait fait de Bacon un grand eloge dans le Prospectus et qui I’a lou6 si souvent dans ses articles, semble I’avoir fait admirer a d’Alembert. G’est ce qu’indiquent les e.xpressions « plus estimes qu'ils ne sont connus », fort inexactes si Ton songf> que Bacon a tUe cit6 par Descartes, Gassendi, Spinoza, Bayle, Malebranche, Voltaire, Gondillac, etc., et qu’il a ete Iraduit au xvii® sifecle. Voltaire dit plus exactcment : « Bacon avait montri de loin la route qu'cn pouvait tenir «. Gondorcet fait remarquer
NOTES
avec raison que Bacon « neposs^dait point le g4nie des sciences...-, qu’il ne donne point d’exemple d’emploi de la methode... ; et que ces melhodes ne changferent point la marche des sciences ». On sait quelles discussions ont ete soulevees a propos de Bacon : Joseph de Maistre I’a rendu responsable de la Revolution; Liebig I’a juge severement au noni de la science. II a ete etudie plus recemment par MM. Leveque (Revue ph., 1877), Pierre Janet (tli6se latine. Bacon et les Alchimistes), Adam, Barthelemy Saint-Hilaire, Fowler, Ellis, Brochard (Revue ph., avril 1891), etc.
Note 75, p. 97. Viete., — Francois Viete, ne en 1540 a Fontenay en Poitou, mort a Paris en 1603, fut conseiller au parlement de Rennes, maitre des requetes a Paris. II suivit a Tours le Parlement (1589) et partagea son temps entre sa charge et I’etude des mathematiques. Nous nous bornerons a rappeler qu’il dechitfra, pour Henri IV, des depeches espagnoles dont la lecture supposait, selon Philippe II et ses conseillprs, I’emploi de la sorcellerie; qu’il resolut en quelques instant's une equation proposee par Adrien Romain a tons les mathematiciens du monde; qu’ii refuta avec raison la pretendue quadrature du cercle de Scaliger, mais qu’il fut moins heureux en attaquant le calendrier prepare pour Gregoire XIll par Glavius et Lilius. C’est surtout comme fondateur de I’algebre que Viete appartient a I’histoire des sciences : comme Copernic et comme Galilee, il s’appuya sur les anciens pour aller plus loin qu’ils n’avaient ete eux-m6mes. Jusque-la I’inconnue etait seule representee par des signes ®, @, ® (F®, 2® ou 3® puissance), R (de res, chose). Viete representa toutes les quantites par des lettres et les soumit, sous cette forme, a toutes les operations qu’on execute sur les nombres : c’est ce dont traitent I’lntroduction a I’analyse (Isagoge in arlem analyticam) et les Notes (Ad /ogisticen speciosam notse prior es), qui firent clonnera I’algebre le nom de logistique specieuse. Puis dans deux traites sur les equations (de Aiqualionum recognitione et emendatione), il montre comment on pent les transformer et faire sur leurs racines les quatre operations. Enfin il essaya de donner (de Nuynerosa potestatum ad exegesim resolutione) une methode generalc pour resoudre les equations de tons les degres : en extrayant la racine des equations, considerees comme des puissances incomplfetes, on a une valeur approximative de I’inconnue. D’apres Montucla, Vifete aurait ddcouvert la loi selon laquelle croissent ou decroissent les sinus ou les cordes des arcs multiples ou sous-muLtiples. Ainsi il a remarque que la suite des termes d’un bindme, a dc b, eleve Ji une puissance
NOTES
qiielconque, est celle de toutes les proportionnelle's continues clepuis la puissance semblable de a, jusqu’a celle de il n’y avail qu’un pas a I'aire pour arriver au celebre binbme de Newton. Selon Montucla encore, il aurait le premier exprime I’aire d’une courbe par une suite inflnie de lermes. En resume, la geometrie analytique se trouve en germe cliez Vi6te, qui a contribue ainsi a fournir a Descartes les el(^ments de sa me- Ihode.
L’algfebre a-t-elle ete creee en quelque maniere par les Ita- >> liens (p. 97, 1. 1)? On doit chercber les premiers lineaments de
I’algebre chez Diophante (Arilhmetique). Les Arabes ont devcloppc et continue les recherches do Diophante; Alkhowarezmi, au IX' siecle, ecrit des Elements d’algebre; Thebit ben Korrah, a peu pres a la m6me epoque, et d’autres auteurs comme Alkhayyami, ont peut-fitre, selon Montucla et Chasles, Sedillot et Woepke, eu I’idce d’appliquer TalgSbre a la geometrie. G’est Leonard de Pise qui introduisit, au debut du xiii' siecle, I’aritlimelique et I’algebre des Arabes en Occident. Puis Luca di Borgo, I’ami de Leonard de Vinci, traite de Palg^bre comme de la geometrie et de I’arithmetique. Toutefois les Allemands Purbach et Regiomontanus ont precede les llaliens Cartaglia, Cardan el Maurolycus. Avant Viete, on pent encore citcr, en France, Jean Bullion, Oronce Fine, Jacques Pelelier el le celebre Pierre Ramus. L’assertion de d’Alembert est done inexacte en parlie (cf. sur I’ltalie, n. 58).
Note 76, p. 96. La Piulosophie. — Sur le sens du mot cf. p. ii2 a 117, p. 47, p. 67. On remarquera que la delinition de d’Alembert, « la science de Dieu, de I’liomme et do la nature », reproduite dans Ic Dictionnaire philosophique de Franck, a ete critiquee par M. Ribot (Preface de la Psycholoqie anqlaise) qui, a bien d’autres egards, est un continuatcur de d’Alembert et des philof^phes du xviu" sRicle.
Note 77, p. 96-100. Descartes. — D’Alembert fait un tres grand cas de Descartes. Ge qui I’attire suVtout, e’est le geometre incomparable qui a rendu possibles, par ses decouvertes, les « plus profondes recherches » dans les sciences physicomalhcniatiques, comme dans la geometrie sublime. G’est que d’Alembert est, comme Descartes, partisan de la deduction et du calctd dans les sciences de la nature : il n’a recours a I’experience qu’autant qu’il le faut pour alimenter la deduction. Sans doute il la recommande ct sail gre a Bacon d’avoir monlre la necessile de la physique exp^rimentale. Mais il a soin de placer, avant la physique experimentale (p. 32), les sciences physico-mathematiques, qui « deduisent quelquefois
NOTES
d’une seule et unique observation, un grand nombre de consequences qui tiennent de bien pr^s, par leur certitude, aux verites geometriques ». Et plus loin il monlre que si I’csprit de systeme, eclaire par I’observation de la nature, pent entrevoir les causes des phenomenes, c’est au calcul a assurer pour ainsi dire I’existence de ces causes (p. 117).
11 faut remarquer encore que d’Alembert estime beaucoup l3 philosophe, c’est-a-dire le physicien, peut-etre aussi grand, sinon aussi heureux que le geometre; qu’il trouve I’hypothese dcs tourbillons, « une des plus belles et des plus ingenieuses » que Ton ait jamais imaginees. II ne faut pas s’en etonner : d’Alembert est un continuateur de Descartes, mais du Descartes qui reduit au mecanisme le monde de la matiere. Et plus loin il ne verra dans Newton lui-meme (p. 105) qu’un continuateur de Descartes, plus heureux, mais non plus grand. Rappelons cnfin qu’en metaphysique, d’Alembert suit encore Descartes, sans se montrer aussi assure des resultats qu’il obtient (note. 18). Aussi d’Alembert n’a-l-il pas eu besoin qu’on lui rcvelat le merite de Descartes. Dans les Recherches sur la precession des equinoxes (1749), il 6crivait : « Le systeme de Descartes.... est un feu qui a brille dans la nuit la plus profonde, et a cot egard il doit etre regarde comme un monument du genie de son inventeur. Les sciences et I’esprit humain ont les plus grandes obligations a ce i)hilosophe; ses erreurs mdmes etaient au-dessus de son sifecle et n’ont etc que trop longtemps audessus du ndtre. » Do m6me on lit dans le Discours prt^.liminoire ou Analyse des recherches sur differenls points importanls du syst&me du monde : « Descartes est propremcnt le premier qui ait traits du systeme du monde avec quelque soin et quelque ctendue. Ce grand philosophe, tlans un temps ou les observations astronomiques, la mecanique et la geom^tiie etaient encore tres imparfaites, imagina, pour expliquer les mouvements dcs planetes, I’ingenieuse et cclebre hypothese des tourbillons. >« Enlln dans les Elements de philosophic, d’Alembert repete ce qu’il a dit dans ses oeuvres ant^rieurcs : « Descartes, ce philosophe a qui les sciences et I’esprit humain ont taut d’obligation, dont les erreurs memes etaient au-dessus de son siecle et n’ont ete que trop longtemps au-dessus du notre, cht propremcnt le premier qui ait traite du systeme du monde avec quelque soin et quelque ctendue. Dans un temps on les observations astronomiques, la mecanique et la geometric etaient encore trfes imparfaites, il imagina pour expliquer les mouvements des planetes, I’ingenieux et celebre systeme des tourbillons... La philosophie ancienne et moderne n’a pent-
NOTES
6tre rien imaging de plus simple en apparence et de plus nature! que cette hypothfese. »
Dans la philosophie de Descartes, il y a deux parties : Tune qui reproduit sur I’ame et Dieu des theories qui rappellent saint Anselme. G’est la partie caduque du systeme, ou si Ton vent, celle qui n’est pas reellement originale. L’autre est sa llieorie du mecanisme, qui, debarrassee des tourbillons, developpee par Newton, d’Alembert, Laplace, semble prendre line place de plus en plus grande dans la science moderne. Mais il ne faut pas oublier, comme M. Fouillee {Descartes, Collect. des Grands Ecrivains de la France, Pans, Hachette), qu’il y a dans Descartes des doctrines qui n’ont rien a voir avec la science moderne : ce sont celles-la que combat d’Alembert.
Sur I’application de I’algebre a la geometrie, qui est tout aussi bien une application de la geometrie a I’algebre ou plutdt meme une mathematique universelle, on peut consulter : A. Comte, Gours de philosophie positive, 12® legon; Mouchot, la Reforme cartesienne; Liai'd, Descartes, etc.
Note 78. Newton, p. 100 a 103; le Newtonianisme, p. 108 a 111.— D’Alembertatoujours manifeste pour Newton Tadmiration la plus vive. Dans \' Introduction au Traite de dynamique Cl’l'iS), utilisee pour une autre partie du Discours (note 27), on voit deja un lecteur assidu de Newton. VExposition du Traite de Tequilibre et du mouvement des fluides (1744), reproduite aussi en partie dans le Discours, le donne comme ayant cte incontestablement le plus grand physicien de son siecle et comme le modele qu’il faut se proposer pour faire des progrfes dans cette science. Aussi d’Alembert y expose la methode de Newton pour ne rien omettre de ce qui peut rend re sa theorie plus interessante et plus generale. De mfime il y e.vamine le systeme des tourbillons cartesiens, qui n’a « presque plus de sectateurs parmiles physiciens ». V Introduction et Analyse des trois parties composant les reflexions sur la cause g&iKfrcle des vents (1746) contient encore I’^loge de Newton, qui a decouvert la nature de la force que le soleil et la lune exercent tant sur la rner que sur I’atmosphfere. VIntroduction aux Hecherches sur la precession des equinoxes (1749), dont la premiiire page est entree mot pour mot dims le Discours (n. 88), prdsente quelques objections aux rdsullats obtenus par Newton, mais avec combien de precaution! J’oserais... si je ne savais avec quelle retenue et pour ainsi dire avec quelle superstition on doit juger les grands homines (cf. p. 94, 1. Est-il surpi'enant qu'un
philosophe, d qui nous devons tant de dicouvertes, ait laisse quelques pas d faire dans la carriere immense ou il a tant
NOTES
avanci, etc. Par centre, Descartes y est lou4 Si peu prfes conime il le sera dans le Discours (n. 77). Enfin le Systeme du mondn met en regard Descartes (n, 77) et Newton « entre les mains de qui la gravitation universelle a cesse d’etre une hypothese, par son accord admirable avec les observations astronomi(|ues les plus delicates et les plus singuli^res ». II explique la genese du syslferne de I’attraction r « Newton ne s’est eleve si haul que par I’usage heureux qu’il a su faire de quelques principes trouves avant lui... II n’y avait qu’un pas de la methode de Barrow pour les tangentes, au calcul des fluxions; la theorie des forces centrifuges dans le cercle, trouvee par Huyghens et I’approchee de la theorie des developpees du meme auteur, qui reduit toutes les courbes a des portions d’arc de cercle, conduit immediatement et comme necessairement a la theorie generate des forces centrales sur lesquelles le systeme du monde est appuye... Newton a fait le premier ces deux pas importants. " Dans son Discours de reception a I’Academie frangaise, -Descartes et Newton sont associes comme « les deux legislateurs de I’art de penser, ^loquents lorsqu’ils parlent de Dieu, du temps, de I’espace. « Les Elements de philosophie pr^sentent Newton comme montrant le premier ce que ses predecesseurs ' n’avaient fait qu’entrevoir, I’arl cTintroduire la geom6trie dans la physique, et de former, en reunissant I’experience au calcul, une science exacte, profonde, lumineuse et nouvelle,... aussi grand par ses experiences d’optique que par son systfeme du monde..., ouvrant de tous cdtes une carriere immense et sure. •>
On sait qu’on doit a Newton : 1“ le calcul des fluxions, devenu plus tard le calcul difTerentiel, que Leibnitz trouva aussi par une methode dilTerente; 2° la gravitation universelle; 3" la decomposition du spectre solaire en ses couleurs 61ementaires et fondamentales.
Sur le premier point, Newton continue Descartes et I’applica-
tion de I’algebre a la geometric, Fermat, le veritable precurseur de la decouverte du calcul difTerentiel et integral, par sa
NOTES
methode de maximis et minimis, m6me 'Pascal, Wallis et son Arithmelique des infinis (1656), enfin Barrow (p. 105, 1. 23). Celui-ci (1630-1677) fut le maitre de Newton. II simplifia la methode de Fermat en considerant un petit triangle forme par la difference de deux ordonnees infiniment proches, par leur distance et le c6te infiniment petit de la courbe (B ba).
Pour la gravitation universelle, Newton s’est inspird des travaux de Descartes, de Copernic et de Kepler, de Galilde et de lluyghens; enfin il n’est arrive a I’etablir par le calcul, qu’avec la mesure, par Picard, de la distance comprise entre les paralleles d’Amiens et de Malvoisine. Pour Descartes et Huyghens, d’Alembert s’est montre assez juste. Pour Kepler (p. 100, 1. 24) et pour Galilee (p. 106, 1.4), d’Alembert n’a pas fait suffisamment apprecier leurs decouvertes : c’est^que le premier etait un mystique et un observateur; le second etait plus observateur que mathematicien.
Kkpler (1571-1630), professeur de mathematiques et aide de Tycho-Brahe, puis astronome de I’empereur et oblige pour vivre de faire des almanachs et de tirer des horoscopes, tient au passe par ses conceptions theologiques et metaphysiques. Avant la creation du monde, il n’y avait d’autre nombre que la Trinite ou Dieu lui-mOme. Le monde est double, mobile et immobile. Dans le monde immobile, il y a trois elements, les etoiles fixes et I’dther intermediaire, qui cori'espondent au Pere, au Fils et au Saint-Esprit. Le monde mobile comprend six planetes, parce qu’il n’y a, comme I’a montre Platon dans le Timee, que six solides reguliers; elles tournent autour du Soleil qui distribue le mouvement comme le Pere repand I’Esprit. Par leurs intervalles, elles rappellent les dimensions des cinq polyedrcs reguliers, c’est-a-dire composes de figures egales formant entre elles des angles dgaux. Ces hypotheses, qui n’ont rien de scientifique. Font conduit a des affirmations que la science s’est appropriecs. Ainsi ce qu’il dit de la pesanteur est presque identique a ce que Newton dira de la gravitation : Si deux pierres dtaient voisines I’une de I’autre et en dehors de la sphere d’attraction d’un troisieme corps de meroe nature, elles s’attireraient I’une et I’autre on raison direclc de leurs masses. Si la lune et la terre n’etaient pas retenues dans leurs orbites respectives par une force vitale ou par quelque autre force equipollente, la terre monterail vers la lune, la lune descendrait vers la terre et elles se reuniraient, en supposant que leur matifere soil homogene. Si la terre cessait d’atlirer les eaux, tout I’Oc^an s’^lfeverait vers la lune pour faire corps avec elle. La- sphere d’attraction de la lune s’etend jusqu’a la
terre et entraine les eaux vers la zone torride. La puissant, e action cle la maree, qui produit les dunes et les syrtes, les Erosions des continents, d’oii nai-ssent d’innombrables lies comme celles du golfe du Mexique, et d’une faQon generate la configuration de la surface terrestre, fait mieux ressortir la force d’attraction de la lune, a plus forte raison celle de la terre a laquelle n’echappe rien de ce qui est substance materielle. II y a parents entre les phenomEnes cElestes et les phenomcnes terrestres : les variations de distance des planEtes au Soleil, I’acceleration de leur mouvement revolutif a mesure qu’eltes approchent de I’astre central et leur ralentissement a mesure qu’elles s’en eloignent, sont des consequences de la force d’attraction. Les vitesses, dont on observe les plus grands ecarts au perigEe et a I’apogEe, sont a peu prEs en raison inverse du carre des distances.
La gloire vEritable de KEpler, c’est d’avoir dEcouvert par I’observation de Mars les lois cElebres qui portent son nom : 1° toutes les planEtes dEcrivent des ellipses dont le soleil occupe un des foyers; 2» les rayons vecteurs dEcrivent dans le meme temps des aires Egales; 3° les carrEs des temps des revolutions des planetes sont proportionnels aux cubes des grands axes de leurs orbites.
Quant a Galilee, Gondorcet le plagait dEja a c6tE de Bacon et de Descartes, en montrant qu’il avail enseignE, par son exemple, a connaitre la nature avec une mEthode sure et fEconde. On ne saurait liii faire une place trop grande dans I’histoire des sciences et de la philosophie scientifique. Descartes avait mElE les hypotheses injustifiEes aux rEsultats les plus incontestables, en donnant une Egale adhEsion aux nns et aux autres. Bacon avait recommandE I’expErience sans la pratiquer. GalilEe fit, en observant, des dEcouvertes d’une importance capitale et apprit a ses contemporains que c’Etait a I’observation de dEcider sans appel entre les systemes. En 1609 il applique la lunette astronomique a I’observation des corps cElestes. Successivcment il dEcouvre les montagnes de la lune; il trouve des Etoiles nouvelles et voit dans la voie lactEe « une poussiere d’Etoiles «; puis il apergoit 4 satellites de Jupiter (1610) et entrevoit confusEment I’anneau de Saturne; ensuite il constate que VEnus a des phases comme la lune (1610) et enfin il dEcouvre les laches du soleil (1611). Ainsi se trouvait confirmEe riiypothese de Gopernic ou Etaient ruinEs les systemes qui faisaient de la terre le centre de I’univers et considEraient les cicux comme incorruptibles; ainsi reculaienta I’infini les limites de I’univers oil la terre n’apparai.ssait plus que comme un point.
NOTES
En math^matiques, il imagine le calcul des indivisibles et s’oc* cupe du calcul des probabilit6s. En mecanique, il decouvre les lois de la chute des corps, qui sont le fondemenl de la dynamiqueet cellesdu mouvement pendulaire : il ouvre ainsi, com me le dit Lagrange, une carriere immense a ses successeurs. PeuLetre enfln a-t-il le premier song6 a remplacer, par la pesanteur atmospherique, I’liorreur du vide pour expliquer I’ascension des liquides dans les tubes.
Sur la gravitation des planhtes (p. 101, 1. 20) attribute aux anciens (cf. EUmenlsde philosophic,!, p. 320), d’Alembert parle d’Emp6docle et renvoie aux Memoires de I' Academic des belleslettres, t. 18, p. 97. 11 a grand’raison de distinguer une hypothese gratuite d’une demonstration.
En optique, Newton a etc precede par Gilbert, Maurolycus, J.-B. Porta, Descartes, Grimaldi et Vossius, par Hooke qui avait developp6 la theorie des ondulations de la lumihre, en germe chez Descartes, de maniere a entrevoir la theprie des interferences, par Huyghens qui avait surtout etudie la 'double refraction. « L’optique de Newton, dit Fonlenelle, fournit un excellent modele de Part de se conduire dans la philosophie experimentale. » On salt qu’il se refusait a faire une place aux hypotheses — comprises comme celles que condamne d’Alembert — dans la philosophie experimentale et qu’il recommandait encore, en ce sens, a la physique, de le preserver de la metaphysique.
Newton, president de la Societe royale pendant vingt-trois ans, garde, puis maitre de la Monnaie, avec un traitement considerable, siegea au Parlement comme representant de l’universil6 de Cambridge etfut fait chevalier par la rcine;il fut enterre a Westminster (p. 109, 1. 1 sqq.). Trfes attache a I’eglise anglic'ane, il lisait assidument la Bible, comme Locke d’ail- Icurs (voyez Marion, Locke, sa vie et ses oeuvres) meme il commenta I’Apocalypse et n’eut pas besoin de demander a la metaphysique des solutions que la religion lui fournissait (p.'103, 1. 1 a 23). Son disciple Clarke a soutenu, contre Leibnitz, I’argument cel6bre par lequel il concluait Dieu des id6es de temps et d’espace.
Pour I’introduction du newtonianisme en France, d’Alembert cite Maupertuis (p. 103). C’est en 1732 que parut le Discours sur la figure des astres. En 1736, Maupertuis partait pour la Sufede et vdrifiait, dans son expedition scientifique, la conjecture de Newton. Pendant quelques semaines, les salons ne s’occupferent que de Maupertuis; mais on y parla bientdt d’autre chose et Maupertuis, qui se crut mdconnn, se rendit a Cirey; puis il accepta en 1740 la pr^sidence de I’Academie de Berlin. ReQu a
NOTES
I’Academie frangaise, il se fixa a Berlin, oil il retrouva des admirateurs enlhousiastes : on le comparait a Leibnitz pour I’invention, a Fontenelle pour le style. En 1749, il publia son Essai de philosophie morale, oil il affirme, avant Schopenhauer et meme avant Voltaire et Candide, que la somme des maux surpasse celle des biens. Son Systems de la Nalure (1751) fut combattu par Diderot : les elements ont ete doues par Dieu, selon Maupertuis, d’une propriety analogue a ce que nous appelons en nous desir, aversion, memoire, en un mo' intelligence, et s’unissent, s’arrangent pour remplir les vues du Createur. L' Essai de cosmoloyie (1752) brouilla Maupertuis avec Voltaire : le principe de la moindre action, que Koenig revendiquait pour Leibnitz, resume, selon Maupertuis, la fa^on dont se produiseni les changements dans la nature. Les Letlres parurent peu de temps avant la Diatribe du docteur Akakia, qui fit rire toute I’Europe aux depens de Maupertuis; une doctrine idealiste y etait exposee, qui n’etait pas sans originalite. Maupertuis a en outre laisse un Eloge de Montesquieu, un Discours sur la mani&re d^ecrire el de lire la vie des grands hommes, etc. ; il a seme dans son oeuvre des vues ingenieuses et profondes, qui ont inspire Voltaire, Robinet, BulTon et Helvetius, Kant et Bentham, Biran et Schopenhauer.
Voltaire a public en 1741 des Elements de la philosophie de Newton : « C’est le premier, dit-il dans le SUcle de Louis XIV, qui ait demontre la grande loi de la nature par laquelle tous les elements de la matiere s’attirent reciproquement... c’est le premier qui aitvulalumiere;avantluion nelaconnaissaitpas. >•
Note 79, Locke, p. 103, 104, 112. — On voit que d’Alembert ne connait guere Locke. L’eloge qu’il en fait est toutefois moins hyperbolique que celui de Voltaire : « Depuis Platon jusqu’a lui, il n’y a rien... 11 a seul developpe I’entendement humain dans un livre on il n’y a que des verites et, ce qui rend I’ouvrage parfait, toutes ces verites sont claires. >> L’influence de Locke s’est exercee par I’Essai sur I’entendement (origine et generation de nos idees, p. 13, Voltaire, Condillac, apres Buflicr, Dumarsais, etc.), par les Essais sur le gouvernement civil (Voltaire, Montesquieu, Rousseau), par les idees sur la tolerance (Voltaire, Turgot, etc.), par les Pensees sur I’education (Rousseau), etc. On lira avec profit le Locke de M. Marion. Quant a ce que dit d’Alembert w il reduisit la metaphysique a n’etre que la physique experimentale de I’ame » (104, 1. 11), que Locke fut oublie longtemps pour Rohault'et Regis (112, 1. 2), on voit qu’il ne I’avait pas lu comme il avail lu Descartes et Newton.
NOTES
Note 80, p. 105, 1. 8. « Le vrai qui est toiijours simple. » — On reconnail un admiraleur de Descartes et un matliematicicn. La verite est rarement simple dans les sciences qui ont pour objet la connaissance de la nature. Auguste Comte a fait reposer sa classification des sciences, sur la complexity croissante des phenomfenes etudies.
Note 81, p. 105, 1. 16,17. « L'Angleterre nous doit la naissa?ice de cetlephilosophie. ■> — D’Alembert ne I’a montre que pour Newton, par rapport a Descartes. It eut pu rendre sa demonstration plus convaincante, en insistant sur ce que Bacon doit a Montaigne et a Rabelais, sur ce que Locke doit a Montaigne, a Gassendi, a Bayle, voire a Descartes. D’Alembert s’oppose a Voltaire : « C’est surtout en philosophie que les Anglais ont etc les maitres des autres nations ». II repete ce que Voltaire disait lui-m6me apres LaBruyfere : « Les Anglais se sont enrichis plus d’une fois a nos depens ». En realite la science n’Qst le patrimoine d’aucun pays : la France, I’ltalie, I’Allemagne, I’Angleterre, la Su6de, le Danemark, ont tour a tour contribue a ses progres.
Note 82, p. 106. Galilee (n. 78), Harvey, Huyghens, Pascal (n. 64), Malebranche, Boyle, Vesale, Sydenham, Boeruaave, Leibnitz. '
Harvey (1578-1657) etudia cinq ans a Padoue sous Fabrice d’Afpiapendente, qui avait decouvert les valvules des veines. Ses experiences commencerent en 1610; le resultat en fut public en 1628, dans un livre qui traitait du mouvement du coeur et du sang chez les animaux. Descartes exposa les decouvertes de Harvey dans le Discours de la methods en 1637. Le Malade imaginaire et I'Acrdt burlesque prouvent que la circulation du sang eut longtemps des adversaires. Harvey dctruisit les anciens syst^mes sur la generation en affirmant, apres de nombreuscs experiences, que toutvivant vient d’un ocuf.
Huygiiens, ne a la Haye en 1629, eut parrni ses maitres Schooten, qui lui fit 6tudier avec soin la Giomelrie de Descartes, dont il avait donne, en 1649, une (Edition avec un commentaire etendu. Le nom do H. appartient a I’histoire des mathematiques, de I’astronomic, de la physique. Dfes 1655, avec un teles cope de sa fabrication, il decouvre que Saturne est entoun; d’unc bande lumineuse St aflirmc que c’est un anneau mince plan, n’adherant nulle part et incline sur Pcclipticiuc. Galilee avait cru d’abord (|ue Saturne etait forme de deux satellites et avait renonce a s’en occuper des 1612. Hdvelius, Roberval, Cassini et bicn d’autres avaient chcrche 5, fixer le Protye cdlesle. Du premier coup, H. se pla^ait au rang des maitres. La meme
annee, il aper(;oit un satellite de Saturne (Titan). S’il laissc a Cassini la gloire de decouvrir les autres, ce n’est pas pour avoir era que le nombre des planetes secondaires ne saurait 6tre inferieur a celuides plan6tes principales, e’est qu’avecses instruments, il ne lui etait pas possible de les apercevoir.
En 16b6 il publie un memoire sur le calcul des probabilites, qui continue les rechcrches de Pascal et de Feripat. La meme annee il invente les liorloges a pendule et demande aux Etats generaux de Hollande un brevet pour son invention (1657). Appele par Colbert a I’Academie des sciences (1666), it dedie a Louis XIV son Horologium oscil/atorium (1673), qui n’a que dix pages et m^rite d’etre place entre la Mellwde de Descartes et les Principes de Newton : « Il est, dit M. Chasles, I’introduction indispensable (de ce dernier ouvrage), que Newton eut du creer si le genie de Huyghens ne I’avait prevenu ». Dans un premier cliapitre, il decrit les horloges a pendule qui, pour la premiere fois, donnaient une mesure exacte du temps. Apres que Galilee eut demontre I’isochronisme des oscillations du pendule, les astronomes renoncerent aux clepsydres et aux sabliers : un aide comptait les oscillations d’une chainette portant un poids et mise en mouvement par la main. Huyghens prit une tige de fer au bas de laquelle un poids etait suspendu et qui, par le haut, communiquait un mouvement a un regulateur, e’est-a-dire a un essieu portant deux palettes qui laissent passer, a chaque oscillation, une dent de la roue avec laquelle elles s’engrenent. Les roues se meuvent comme le pendule, et les dents de la premiere, pressant les palettes, rendent au pen* dule a peu pres autant de mouvement qu’il en perd a cause du frottement et de la resistance de I’air. Il n’y a plus besoin d’aide, ni pour compter les vibrations, ni pour mettre le pendule en mouvement. Ainsi H. donnait aux physiciens et aux chimistes, comme aux astronomes, un instrument d’une importance capitale.
Dans le second chapitre, De la descente des graves, II. complete la decouverte de Galilee sur I’acceleration des corps par la pesanteur, et montre que la cycloide, etudieo par Pascal, est la courbe tautochrone dans le vide. Le troisieme contient la Iheorie des d^veloppees, ou il etablit que I’ellipse, la cycloide, la parabole et une infinite d’autres courbes sont rcctifiablcs. Le quatrifeme donne la sobV|.ion complete du probleme des centres d’oscillalion (jiii, propose pnr le P. Mersenne, avait occupe les geometres les plus habiles. Enfln dans le cinquieme, II. presente une th^orie generale de la force centrifuge dans le mouvement circulaire : c’esl en appliquant cette theorie au
NOTES
mouvement de la terre et a celui de la lane, que Newton decouvrit la gravitation de Tune et de I’autre. De meme, en la rapprochant de celle des developpees, il aurait pu avant Newton demontrer & priori les lois de Kepler (cf. n. 78).
Malebranche n’est guere, pour d’Alembert, qu’un brillant ecrivain qui a donn6 I’exemple de la manifere dont on doit traiter des matieres philosophiques. II faut voir en lui le nietaphysicien qui a reproduit bon nombre de theories neo-platoniciennes, en se reclamant bien souvent de Descartes; le savant dont, comme geometre et physicien, Fontenelle ecrivit I’Eloge; le physiologiste dont on a souvent signale I’originalite {Henry et Lechalas, Revue ph.). Gf. Rech. de la verite, I, ch. 6; VI, ch. 4; Entretiens sur la melaphysique^ X, 2, 3, 4, 6; XI, 6 et 9.
Boyle (n. 97). — « Boyle, dit Voltaire, passa sa vie a faire des experiences. » — « Tout le monde, dit Locke (Essai, I, 65), ne peut pas esperer d’etre un'Boyle ou un Sydenham. » — G’est lui qui fonda la reunion d’ou sortit la Socieie royale de Londres : il faut, disait-il, mettre tous ses soins a faire des experiences, a recueillir des observations, sans chercher a etablir aucune theorie. Ses recherches ont porte sur I’elastidte de I’air et le vide. Le premier il trouve le moyen d’engendrer et de recueillir un gaz; en distillant le bois, il recueille du vinaigre et de I’esprit de bois; il prepare des abides mineraux; en etudiant le froid et la chaleur, il decouvre les melanges frigorifiques. 11 examine les phenomenes de la vie animale et etablit que I’air est necessaire pour la respiration :
« Il faudrait un volume, a-t-on dit avec raison, pour resumer tout ce qu’il y a de nouveau et d’interessant dans ses nombreux Memoires, oii parait constamment I’industrie la plus ingenieuse et la plus heureuse. »
Vesale fut le createur de I’anatomie humaine. Son livre, De corporis humani fabrica, parut en m6me temps que I’ouvrage cel^bre de Gopernic {De revolutionibus orbium coelestium) en 1343, quelques annees aprfes le Pantagruel et le Gargantua de Rabelais.
Sydenham fut I’ami de Locke, qui Ecrivit la preface d’un de ses ouvrages. Il recommande I’emploi de I’experience en medecine et tient grand compte des rapports des maladies* avec les etats de I’atmosphere et les saisons : le tableau fidele de la succession des symptdmes des constitutions epidemiques, aux diverses epoques, et des traitements qui ont reussi est la meilleure ecole du medecin, une ecole bien preferable aux doctrines (jui pretendenl connaitre les causes des maladies elles-m^iocs. « La pratique de Sydenham, dit Gabanis, fit une
NOTES
2il
veritable revolution dans la meclecine. Ce fut le triomphe... d’un observatcur qui penfetre avcc sagacite, fouille avec sagessc
Is’appuie toujours sur line methode sure... Aucun medecin ne m6rita mieux, a cet egard, le litre de regenerateur. » (Ci. Marion, Locke.)
Boeriiaave (cf. n. 24). — G’est la classification de Boerhaavc qui a et6 suivie pour la medecine (p. 177). .Fontenelle a fait son Eloge : Les Institutions de medecine et les Aphorismes de Boerhaave, dit-il, ont ete traduUs {neme cn arabe.
Leibnitz (cf. p. 128). — Les premieres lignes que d’Alembert consacre a Leibnitz montrent que le malhematicien ne saurait « pas^ser sous silence » celui qui aiuvente le calcul differentiel (n. 78). Ce qu’il dit de sa metaphysique rappelle le scepticisme dont il a etd question (n. 2o). Leibnitz s’est occupe de droit, de maUiematiques et de theologie, de philosophic et de politique, d’histoire et de philologie, meitie de chimie. Le jugement de d’Alembert eut 6te inexact s’il n’y avail pas ajoute la derniere phrase, qui ne figure pas dans I’Encyclopedie. Peut-6tre faut-il tenir compte, ici encore comme pour Bacon, de I’influence de Diderot (p. 128), dont I’art. Leibnitz temoigne de Fadmiration la plus vivo : « 11 fait a lui seul autant d’honneur a I’Allemagne que Platon, Aristote et Archimede ensemble a la Grece ». On peut consul ter, parmi les nombreuses etudes qui ont ete consacrees a Leibnitz, son eloge par Fontenelle, une notice sur sa vie par M. Marion en tete des Essais de Theodicee, Paris, Belin, et les editions de la Monadologie et des Nouveaux Essais (avant-propos et livre premier, par M. Boutroux).
Note 83, p. 113. « Les jeunes gens, les jeunes geomrires. » — Cf. Taine, Les philosoplies classiques au xix® si^ele en France, p. IV : « Ce livre n’est point fait pour les personnages etablis. Je souhaiterais persuader mon lecteur, et mon lecteur ne doit pas avoir trente ans. Passe cel age, les opinions sont faites;... de vingt'k vingt-huit ans, beaucoup de jeunes gens pensent; leur esprit, neuf et libre encore, peut s’eprendre des idees gcncrales. N’ayant ni metier ni menage, nisoucis d’argent, ni souci des places, ils se livrent a la logique et ne s’inquictent que de la verite. G’est la demonstration qui les touche, non I’agrement on la convenance; pour admettre une opinion il suffit qu’elle soil prouvee. »
Note 84, p. 112, 1. 2. '« Rohault et Regis. » — Rohault ctail I’ami el le gendre de Clerselier. II fit dans sa maison des conferences pLibliques qui eurent un grand succes. Son Traite de physique en eut plus enC'-re. Nos libraires, dit Clerselier,
NOTES
fachent partout de le contrcfairc; dans Ics pays etrangers, il s’imprime publiquement el deja on I’a traduit en plusieurs langues. Annote par Antoine Legrand, traduit cn latin et en anglais par S. Clarke, il resta classique dans plusieurs univer- ■ sites jusqu’au temps de Newton (Bouillier, Histoire de la philosophie cartesienne, I, ch. 24). Boileau le fait figurer parmi les novateurs dans son AvrH burlesque', Leibnitxlui lait une place a part parmi les disciples de Descartes. Ses Entretiens de philosophie ont surtout pour objet de defendre le cartesianisme, en desarmant les scolastiques, les peripaleticiensetles theologiens auxquels il presente une explication particuliere de reucharistie. La lecture de son oeuvre ne pouvait done gu6re remplacer celle de Locke. Son disciple Sylvain Regis, dont Fontenelle a ecrit VEloge, enseigna, sur I’avis de Rchault et de la societe cartesienne de Paris, la philosophic de Descartes a Toulouse, puis a Montpellier, enfin a Paris. Son Systeme de philosophie esl une explication universelle, dont sont exceptees seulement, comme chez Descartes, la religion et la politique. Sur la question des idees innees, il semble, comme le dit M. Bouillier, s’ecarter de Descartes pour se rapprocher de Gassendi. « C’est sans fondement, dit-il, que les philosophcs modernes assurent qu’il y a des choses dans I’entendemenl qui n’ont pas passe par les sens, puisqu’il n’y a rien, non seulement dans I’entendement, mais m6me dans Tame, qui n’ait passe par les sens, m^diatement on immedialement. » L’empirisme de Regis fut combattii par des malebranchistes, entre aulres par le P, Andre. Regis n’est done pas, liii non plus, un auteur qu’on s’attendrait a voir opposer a Locke.
Note 85, p. ilo. ■< Un ecrivain hespectable... qui ont cuu pouvoiR l’imiter. » — Dans I’eloge de la Motle, d’Alembert lui compare Fontenelle : Fontenelle, dit-il, a sohdemenl assure sa gloire par son immortelle Histoire de I'Academie des sciences, et surtout par ses Eloges si inleressanls, pleins d’unc raison si line et si profondc, qui font aimer et respecter les lettres, qui inspirent aux genies naissants la plus noble emulation et qui feront passer le nom de I’anteur a la posterite, avec celui de la compagnie ctdebre dont il a ete le digne organe, et des grands homines dont il s’est rendu r6gal en devenant leur panegyriste ». — 11 le critique d’ailleurs avec intiniment de raison : « Les termes f.imiliers qu’il emploie avec affectation n’ont pas la meme excuse (|ue dans Bossuot ou Racing. 11 semble que ce philosoplie, en prelerant I’expression familifere a I’expression noble pour ('xprimer une grande idee, se propose d’egaler, en quclqiie maniere, ce qui est petit a ce qui est grand et de mettre, pour
NOTES
ainsi dire, siir la m^iiie ligne, ce que les hommes admirent ct ce qn’ils dodaigncnl. » — Fonlenelle est encore lone a propos dc I’abljt* de Clioisy (111, 1,35). Dans les Reflexions sur les Eloges academi(/tie$, d’Aleml)CiT soulient que « les reflexions philosophiques sont I’anie et la substance de ce genre d’ecrils », ct il ajoule que e’est cn ccla quo Fontcnelle a surtout excelle et que e’est par la qu’il fera principalement epoque dans I’histoire de la philbsopliic. Si Ton pent lui rcproclicr de legers defauls, ajouLc-t-il, e’est quelquefois ' trop de familiarrte dans le style, quelquefois trop dc recherche et dc raffineinent dans les idees; ici une sorte d’aHoctation a. montrer en petit les grandes choses, la quelques details pubrils, peu dignes de la gravite d’un ouvrage philosophique. Voila en quoi nos faiseurs d’eloges ont cherche a lui ressembler,..., sans en imiter la precision, la luinibre ct l’elegance... » Fontenelle (lGa-7-nb7) avait ete, de son vivan^t, place par Voltaire a edte 'des grands hommes du siecle de Louis XIV. En 1752 il publiait encore une 'Iheorie des tourbillons cartesiens ou il combattait Newton. Ses oeuvres principales sont un Parallele des anciens et des modernes, des Dialogues des morts, des Enlretiens sur. la pluralite des mondes, une llisloire des oracles, des Poesies pastorales , enfln une Ilisloire de I’Academie^ des sciences, dans laquelle entrent les Extraits des memoires lus dans les assemblees de I’Academie et les Moges des academiciens morts dans I’annee.
Non-: 86, p. 115, 116. Buffon. — ButTon avait deja public (p. 151) trois volumes (1749) de son Ilistoire natiirelle, qui avaient eu trois lotions rapides. Il avait donne auparavant une traduction du Calcul des fluxions de Newton et de la Sfatique des vigitaux dc Hales. Le 4* volume parut en 1753; en 1767 paraissait le dernier des 15 volumes de VlUMoire des guadrupMes •, puis de 1778 a 1783, VUistoire nalurelle des oiseaux en 9 volumes, avec Gueneau de Montbcillard, Bexon et Sonnini de Mononcourt pour collaboratcurs; dc 1783 a 1787, VUistoire des mineraux', enfin, a partir dc 1777, des Supplements dans lesquels se trouvent les flpoques de la nature, son chef-d’oeuvre, disait-il. BeQu a I’Academie frangaisc le 25 aout 1753, il traita du Style dans son discours de reception. Sainte-Beuve a, bicn vu (Port-Royal, III, p. 332) quo le plus grand refutateur de Pascal au xviu® sibclc, e’est Bulfon. 11 aurait done du compter parmi les collaboratcurs dc I’Encyclopedie. De fait, dans I’Avcrtissement du second volume, les editeurs ccrivaient : « Nous ne pouvons trop nous hater dc publier que M. de BulTon nous a donne, pour un des volumes (pii suivront celui-ci. Particle Nature-, article d’autant plus important qu’il a pour objet un
NOTES
terme assez vague, souvent employ^, mais bien peu defini, dont les phdosophes memes n’abusent que trop, et qui demande, pour 6tre developpe et presente ^sous ses difTerentes faces, toute la sagacite, la justesse et I’elevation que M. de IkifTon fait paraitre dans les sujets qu’il traite ». Mais I’arlicle Nature, imprifne au tome XI (I76&), n’est pas de BufTon et a peu d’importance. On comprend que ceux qui n’ont consuite que le tome II aient presente BufTon comme un collaborateur de Diderot et de d’Alembert; tandis que ceux qui ont examine les articles imprimes ont nie qu’il en eut fait aucun. Pourquoi BufTon ne donna-t-il pas Particle promis? On salt que I’Encyclop^die devint bien vite suspecte au pouvoir : Tui’got cessa d’y collaborer, tout en restant I’ami de d’Alembert; BufTon, intendant du Jardin du Boi, ne pouvait pas plus que lui, ecrire dans un ouvrage accuse de « vouloir detruife la religion et la morale », surtout quand'il avait lui-meine ete censure par la Sorbonne en 1750. Ajoutez a cela qu’il se brouillait avec Voltaire, qu’il arrivait mcme a entrer en lutte ouverte avec d’Alembert pour [’election de Condorcet, et qu’enfin il « alTectait de respecter tout ce qui est respectable... et observait regulierementa Montbard les pratiques du culte ». Gf. Flourens, BufTon, sa vie et ses oeuvres; Sainte-Beuve, Lundis, IV. (On verra, avec ce dernier, ce qui justifie I’admiration de d’Alembert et les termes dont il se sert.) En fait, BufTon est pour les Encyclopedistes un allie qui ne se compromet pas, mais d’autant plus utile qu’il apparait quelquefois comme leur adversaire.
Note 87, p. 116. L'abbe de Condillac (cf. n. 6, 11, 23, 28). — Condillac avait deja donne VEssai sur I’origine des connaissanc.es fiumaines {lliG), pour lequel Diderot lui avait trouve un editeur, le Traite des Srjst^mes (1749), qui eut un succes considerable, et que Diderot et d’Alembert mirent a profit pour le Discours ■prelimincLire et I’Encyclopedie. Il travaillait alors au Traite des Sensatio7is (1754), pour lequel on I’accusa d’avoir plagie BulTon ct Diderot. (Cf. notre edition du Traite des Sensations, Delagrave.) Dans le Traifd des animaux, il attaqua BufTon avec vivacite. Puis il fut precepteur du prince de Parme (1758-1768), entra a I’Academie fi'an^aise, fit imprimer le Commerce et le gouvernement consideris I'elativemeixt I'un d. T autre (1775) et son Cours d' Etudes, une Logique, cl mourut en laissant inachevec la Langue des calculs (1780). On pcut consultcr sur Condillac noire PhUosophie de Condillac (edit, du Traite des Sensations) et nos Ideologues. M. Dewaule {Condillac, Paris, Alcan) I’a rapproche recemmentdes philosophes conlcmporains d’Angleterre.
Note 88, p. 116, 117. « L'esprit de susl^fne est dans la phy~
NOTES
fN
sique et de n'en fair e jamais. » — Reproduction litltirale de
la premiere page de V Introduction aux Bectierches siir la precession des equinoxes (1749).
Note 89, p. 118. Vesprit philosophique... est nuisible aux Belles-Lettres. ^ 11 faut lire sur ce sujet la Harpe. 11 rapporle les « heresies lilteraires » de Fontenelle, de la Molle, de Triiblet, de Duclos, de Condillac, de BulTon, de Montesquieu, etc., qui, condamnant la poesie an profit de la prose, furent coinf battus par J.-B. Rousssau et Voltaire {Cours de lilterature, Dijon, 1821, t. XIV, p. 310 a 409). D’Alembert ecrit lui-meine dans ses Be^xions sur la poesie : « Voici, ce me semble, la loi rigoureuse mais juste, que notre siecle impose aux poetes, il ne reconnait plus pour bon en vers que ce qu’il trouverait e.xceilcnt en prose ». — Dans les Be flexions sur I'usageet Vabus de la philosophie en matiere de gout, il revcndique pour la philosophic tout ce qui appartient a notre maniere de sentir, comrne a notre maniere de concevoir, mais il veut que « la raison donne au genie^une liberte entiere ».
Note 90, p. 118, 1. 29 sqq. Je ne sais quelle metaphysique da coiur qui s'est emp>aree de nos Ihedtres. — G’est a Marivaux que songe d’Alembert. 11 en a fait un Eloge plus long que ceux de Despreaux, Massillon, Bossuet et de plusieurs autres acadtiiniciens qui lui furent tres supeneurs. 11 distingue en lui I’auteur dramatique et I’auteur de romans. « Cette cternellc surprise de - I’amour, sujet unique de ses comedies, est la principalc critique qu’il ait essuyee sur le fond de ses pieces... Le style, pen naturel et alTecte, aessuye plus de critiques encoi’e... Ses romans, superieursti ses comedies, par I’interet, par les situations, par le but moral... ont surtout le merite... d’olTrir des peintures plus variees, plus generales, plus dignes du pinccau d’un philosophe... 11 ne se croyait pas inferieiir ii Moliere... 11 lisait ses ouvrages avec une perfection pen commune... non devant des auditeurs que sa melapkysique trouvait deja peu favorables... Toute sa metaphysique ne paraissait alors qu’une vapeur imperceptible. » D’Alembert juge encore a peu pres comme Voitaire. Sur Marivaux, on consultera le travail si complet de M. Larroumet.
Note 91, p L'inferioriU du XVIll'^ sidcle en UUerature. — 6’est ce qu’ont soutenu Chateau!)riand, dans le Genie du Chrislianisme, et Nisard, dans Vllistoire de ta lilterature frangaise. Mais d’Alembert ecrivait ch 1750; il cut parle tout dilTe- " remment et on pourrait aujourd’hui, quoi qu’en disent bon nombre de nos critiques contemporains, soutenir la m6me these. ,
NOTES
Note 92, p. 120. U?i podte ceUbre. — Sur J.-B. Rousseau, d’Alembert pense a pen pr6s comme Voltaire. « II fit des odes plus belles (quo la Mottej, plus variees, plus remplies d’images... Ses epigrammes sont mieux travaillees que cellos de Marot. II reussit moins bien dans... les epitres morales... II pouvait compter parmi ses malheurs celui de n’avoir plus de critiques sev6res. » — Dans I’Eloge de la Motte, d’Alembert est plus dur : « Ses anciennes productions... sont certainement d’un grand poete, mais on y trouve plus de correction que de grace, plus d’harmonie que de pensees, plus d’energie que de sentiment, elles sont le contraire de celles de la Motte, e’est-a-dire fortes de style et faibles de choses. L’ode et I’epigramme, tant satiriques qu’ordurieres... sont les genres oii il a le mieux reussi. Et voila I’auteur que la basse litterature de nos jours... ne rougit pas de mettre au-dessus de la Henriade, de 20 tragedies ou comedies restees au theatre et dignes rivales de celles de Corneille et de Racine, de cent pieces fugitives charmantes, pleines de philosophie, de grace et de gaietc, en un mot d’un poete dans lequel on trouve toutes les beautes, tous les genres et tons les tons... Le nom du grand Rousseau, dit tr6s bien la Harpe, fut donne par I’envie, souvent aussi bete que la vanity. » (Gf. n. 62.) Voyez encore Viiloqe de Tniblet.
Note 93, p. 120. J)eux homines illustres. — Voltaire et Grebillon. Dansl’Eloge deCrebillon, d’Alembert nous explique pourquoi il laisse ici a la posterite le soin de decider entre lui et Voltaire : « La cabale imagina etlit passer cette fornuile, Corneille grand, Racine tendre, Grebillon tragique... Il ne reslait plus de place pour un quatrihme. Tel ecrivain qui eut ose, nous ne dirons pas preferer I’auteur de Mahomet a celui d’Atree, mais seulement les placer sur la meme ligne, eut etc sur de sc voir decrie par cette faction redoutable tet’ par les echos qu’clle avait a ses ordres. » Tout cet Eloge est a lire, ainsi que le Thidtrr. de Grebillon par la Ilarpe (t. XII du Gours de litterature). L’admiration de d’Alembert pour Voltaire va sans cesse grandissant, comme on peut le voir dans ses amvres et dans sa corrcspondance. A cette epoque Voltaire avait public OEdipe (1718), la llenriade (1723 et 1728), Marianne (1724), Brutus (1730), Histoire de Charles XII et le Temple du gout (1731), Zaire (1732), Adelaide Duguesclin et les Lettres philosophiques (1734), la Mort de Cesar (1735), Alzire et I’Enfant prodigue (1736), Mahomet et les Elements de la philosophic de Newton (1741), Merope (1743), Semiramis (1748), Nanine ,n4jJ), le Siecle de Louis XIV, etc. On peuf dire qu’il n’avait
NOTES 247
encore fait connaitre a ses contemporains qu’une partie de ce qui pour nous constitue son originalile.
Note 94, p. 1'21. « Un ecrivain judicieux. » — L’epithcte parait un peu maigre pour Montesquieu. L’acldition signalee par notre note 1 a ete faite « parce qu’il le merite et parce qu’il est persecute » (Lettre du 4 sept. 1752). D’Alembert a ecrit un Eloge de Montesquieu, qu’il a fait suivre d’une analyse de VEspi'it des Lois. Sur Montesquieu, on consultera M. Paul Janet, Histoire de la science politique, et la bibliographie qu’il y a jointe; Albert Sprel, Montesquieu (Les Grands Ecrivains de la France), et Sainte-Beuve dont il convient de recommander plus que jamais la lecture.
Sur 1’histoire (p. 121, 1, 21 sqq.), on consultera la Gorrespondance de d’Alembert (22 sept. 1752, 11 oct. 1753). 11 y parle de VAbrege chronoloqique du president Henault, qui n’a pas veritablement contribue aux progres des lettres et des sciences et qui est inferieur a celui de Macquer, inferieur lui-meme a celui de deux benedictins qu’il se contente de nommer. II faut citer encore Vertot et son- Histoire des revolutions romaines (1719), et les ouvrages de Voltaire et de Montesquieu.
Note 95, p. 121. « La comedie a acquis un nouveau genre. » — S’agit-il de Marivaux? dont il a ete question plus haut (n. 90). 11 ne le semble pas. Il est plus vraisemblable que d’Alembert veut parler de la comedie larmoyante et de Nivelle de la Chaussee, I’auteur de la Fausse antipathie, du Prejuge a la mode, de Melanide et de I’Ecole des Mey'es (1744); cf. Gazier, llistoire de la litterature frangaise, Paris, Colin. Le Fils naturel (1757), le Pire de F ami lie [ilo8), par lesquels Diilerot inaugura la tragedie bourgeoisc, sont posterieurs au Discours preliminaire, comme le Philosophe sans le savoir de Sedaine (1765).
Note 96, p. 122. « Les beaux-arts... Rameau... la base fondamentale. » — D’Alembert est plus bref encore pour le xviii“ siecle que pour le xvii® (n. 70), en ce qui concerne les beaux-arts. Watteau, des la Regence, montre la revolution qui s’est faite dans les moeurs et les croyances; Boucher est le peintre des amours. On aura bicntot Chardin et Greuze, sur qui Diderot ecrira tant de belles pages superieures peut-etre aux oeuvres qui les out provoquees. La musiquc (n. 38) est en progres. Rameau (1683-1764) donna successivement Hippolyle et Aricie (1733), les Indes galantes (1735); Castor et Pollux (1737), Dardanm (4739), le Temple de la Gloire (1745), Zoroastre (1749), Acanthe et Cephise (1751). Dans le ballet de Platee (1749), il introduisit un choeur de grenouilles. Il donna a I’harmonie la couleur et la profondeur, il developpales forces expressives de I’orchestre
NOTES
el crea I’ouverture. Gliick subit son influence, et on a pu le placer a c6te de Bach et de Haendel. Dans son ouvrage sur la generation harmonique, il 4tablit qu’on ne peut apprecier un son, qu’autant qu’il est assez soutenu pour faire entendre ses harmoniques; que la voix ne peut entonner plusieurs sons de suite, faisant entre eux des intervalles determines, si elle n’est guidee par une base fondamentale; qu’il n’y a point de base fondamentale qui puisse donncr une succession par quart de tons. D’Alembert, quoi qu’on ait dft {llenede Recy, Rameau et les Encyclopedistes, Revue des Deux Mondes, Quillet 18815), n’a jamais varie dans son admiration pour Rameau : il va meme, dans les Elements de philosopliie, jusqu’a I’appeler le Descartes de la musique. —
Note 97, p. 124. « V ObsQurite se tei'minera par un nouveau sieclede lumi'ere. » — D’Alembert a vu juste : la Revolution fran- Qaise a ete suivie d’une periode oil les lettres, les sciences et les arts ont pris un merveilleux essor. A remarquer les mots « revolution si redoutable » et « anarchie Ms funeste par ellemSme >> .
Note 98, p. 124-125. « Rousseau. » — Cf. notes 40, 41 et p. 155. Rousseau attaqua d’Alembert dans la Lettre sur les spectacles, a propos do Particle GeiNeve. La Lettre a J.-J. Rousseau est une reponse spiriluelle et pleine de sens. D’Alembert ajuge de meme avec une grande impartialite la Nottvelle H^loise et VEmile. La fagon dont il se conduisit avec Rousseau, aigri et malade, lui fait honneur (cf. Introduction).
Note 99, p. 129. « Les auteurs celdbres en tout genre dontyious avons parle dans ce discours et leurs illustres disciples ... » — Le Prospectus, redige par Diderot, porle : Descartes, Boyle, Huyghens, Newton, Leibnitz, les Bernouilli,. Locke, Bayle, Pascal, Corneille, Racine, Bourdaloue, Bossuet, etc., ou n’existaient pas, ou n’avaient pas ecrit. — 11 faut remarquer le nom de Rayle, qui ne figure pas dans le 7>?>cour5/m?7im?na?Ve, etauquel s’applique certainement la phrase qui pr6cfede : « les lois dela saine critique elaient entierement ignorees ». — Pourquoi le nom de Bayle, ne ligure-t-il pas dans le Discours? D’Alembert I’admire beaucoup : « Les Journaux de Bayle, ecril-il dans VLloge de Louis Cousin, se lisenl encore au bout dc cent ans ». 11 le rapjiroche, dans VAp.o log iede Z’e/z«7e,de Newton, dans la Destruction des J^suites, de Descarics, de Viete, de Newton, et Tappelleun grand homme ( 1 V, 27, et II, 1, 104). Mais dans une lettre a Frederic 11 dii 5 novenrbre 1761, il met Bayle et Gassendi audessous de Leibnitz cl de Descartes, parce.que « ni Gassendi ni Bayle n’ont fail dans les sciences de ces decouverles qui carac-
NOTES
t^risenl I’liomme de g^nie, an lieu que Descartes a invents Tapplicalion de I’algfebre a la geometrie et Leibnitz le calcul dilTerentieL Ges deux grands hommes ont moins bien raisonne que Bayle et Gassendi... comme metaphysiciens... G’etaient des esprits createurs, Bayle et Gassendi sent des esprits excellents. » Toutefois il les place Tun et I’autre au-dessus de Malebranclie, qu’il mentionne parmi les philosophes illustres (p. 106). Apr6s Malebranclie, d’Alembert cite Boyle, le p6re de la physique expcrimentale. Un editeur (1821, Belin) a mis Bayle au lieu de Boyle que portent toutes les editions; un autre (Delagrave, 1893) a releve « I’erreur singuliere » de d’Alembert. D’Alembert ne s’est pas trompe (note 82), mais il a oublie Bayle, vraisemblablement parce qu’jl n’etait pas mathematicien (cf. art. Bayle de la Grande Encyclopedie et Brunetiere, Rev. des Deux Mondes, 1®'' aout 1892).
Note 100, p. 130. « La traduction enlUre duChamhers nous a passe sous les yeux. » — Chambers Ephraim, Gyclopoedia or an universal Dictionary of arts and sciences, 2 vol. in-fol., Dublin, 1742. La traduction en avait ete entreprise par I’Anglais Mills {Journal de Trevoux, mai 1745), aide d’un Allemand, Sellius. Le libraire Le Breton s’adressa ensuite ii I’abbe Gua de Malves, puis a Diderot qui avait traduit le Dictionnaire universel de medicine.
Note 101, p. 131. « Les eloges qui furent donnes ilyaij ans. • — 11 s’agit du journal^de Trevoux (mai 1745), reproduit en partie par d’Alembert dans la Preface au 3® volume de I’Encyclopedie.
Note 102, p. 141. Formey (1711-1797). — Secretaire perpeluel de I’Academie de Berlin, pasteur, professeur de rhetorique, puis de philosopliie, Formey aecrit sur tons les sujets. Gollaborateur de la Biblioth^.que germonique de Beausobre, il redigea une Nouvelle BiblioLMque gei'mahique et une Bibliothdque imparliale. En laissant de cote ses Serjnonsel ses Traductions, il faut citer ses Eloges des AcademLciens de Berlin, sa France litteraire ou Dictionnaire des auteurs frangais vivanls, un Recueil de pieces sur les affaires de Velection du roi de Pologne, une liistoire de la succession de Berg et Juliers, des Elemenla philosophise, seu Medulla Wolfana, et la Belle Wolfienne, avec deux letlres phitosophiques, Vune sur I'immortalite de Tame, I’autre sur Tharmonie pre6lablie, un Abrege du droit de la nature et des gens. Adversaire des philosophes des 1762, Formey ecrit V Anti-Emile et VEmile chre'tien, ou il reproduisait, tronquait et combattail Bousseau, les Souvenirs cTun citoyen, oil il maltraite en outre Voltaire et ,1’Alembert. Dans ses Melanges philoso-
NOTES
phiques, il traite du sommeil et des songes, de la conscience, de la perfection, du sysleme du vrai bonheur, des compensa lions. Enfin son Histoire abregee de la philosophie, oil il l esume Brucker, el sa Logique des vraisemblances complelent la lisle, non de tons les ouvrages de Formey, mais de ceux donl le contenu on le litre presente encore quelque inlor^t.
Note 103, p. 144 sqq. « On n'a presque rien dent sur les arts mecaniques!^ — L’Encyclopedie ne fournitd’indications sur les auteurs donl parle Diderot, ni a Tart. Art (Section des arts niecaniques), ni au mot Mecanique. hQ Manuel du libraire Brunet ne I’eleve pas les livres sur les arts mecaniques anterie.urs a HaO. La Bibliothcque Nationale possede le Dictionnaire des arts et des sciences de M. D. G., dc l’Acad6mi6 fraiiQaise, nouvelle edition, Paris, 1732, 2 vol. in-fol., et Description des arts el metiers par I’Academie des sciences, Paris, 17(5L M3 cahiers in-folio.
rT