‹ Discours préliminaire de l'EncyclopédieChapitre 71 sur 73 · HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES, LITT^RAIRES ET PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES, LITT^RAIRES ET PHILOSOPHIQUES

Note 1, p. 5. — Le succfes du Discours preliminaire a encore constate par d’Alembert, p. 8, et dans une lettre i M'"® du DefTand : « II me semble qiie la Preface reussit : j’en suis fort aise, surtout a cause de I’ouvrage, auquel les persecutions des jesuites m’ont vivement interess6. » Les louanges, dit la Harpe, furent prodiguees a ce beau Discours. Et lui-meme, converti et ennemi des philosophes, place d’Alembert a cdte de Pascal et de BulTon : « Trois homines, dit-il, ont veritablement reuni le genie de la science et le talent d’dcrire, Pascal, qui devina les mathematiques et y fut inyenteur, tout en faisant les Provinciales et ses immortelles PensCes; BulFon, qui a decrit avec eloquence la nature animale qu’il etudiait en observateur, quoiqu’il ne I’ait pas toujours bien observee, et le geometre createur a qui nous devons le Discours preliminaire de I’Encyclopedie » {Philosophic du XVIIP siicle, Dijon, 1821, t I, p. 124). Et aprfes avoir rappeld le vers de Gilbert qui se piquait cVaudace et non de justice :

II se croit un grand homme et 6t une Preface,

il montre que le Discours preliminaire esl un ouvrage et un bel ouvrage, regulier et noble, construit par une main ferme et giire, dont toutes les froportions sont justes, les ornemehts

NOTES

choisis et qul sufflrait pour assurer k son auteur une reputation d’ecrivain et d’homme de lettres, d’un esprit juste et etendu, d’un gout sage et d’un style pur. Sans s’eiever jusqu’au sublime, la methode est sans pesanteur et la precision sans secheresse, les jugements y sont sans passion. Un des adversaires do d’Alembert parle du Discours comme d’un « morceau de genie oil brille un savoir exquis, revetu de tgutes les graces du style; oii Ton voit un esprit noble, eieve, vraiment philosojdiique ». De nos jours, on a parfois maltraite le Discours preliminaire (cf. n.- 2), mais des ecrivains non suspects de parlialile en ont fait un grand 61oge : « Le Discours, dit cxcellemment M. Brunei {Les Philosophes et VAcad(‘mie frangaise, Paris, Hacliette, 1884, p. 3G), 6tait du meilleur aloi, ferme, grave ct modere. Les droits de -la raison y etaient revendiques sans ambages, et pourtant sans forfanterie; une place y etait faite, en dehors de la science, a une religion r6v61ee; Descartes y etait critique dans ses theories physiques et m^laphysiques, non dans sa methode; la philosophic y etait mcme vantee avec mesure, enferm^e dans ses justes limites, reconnue capable d’excfes, d’empi^tement sur le domaine du coeur et de I’imagination. Ainsi ce Discours, en exposant I’essentiel de la doctrine, ne disait rien de trop, n’oITrait aucune matiere a la censure, fermait la bouche a toute interpretation maligne, et commandait I’approbation de tout juge impartial. »

Note 2, p. 5-8. Les critiques adressees au Discours prelvniriaire. — Elies sont litteraires et d’Alembert ne croit pas necessaire d’y rcpondre; elles sont exposees p. 5 et 6 (cf. note 35 pour la rhetorique des colleges, n. GO^pour les dcrivains latins modernes, n. 73 pour Virgile). II en est d’autres, p. 6 et 7, beaucoup plus graves, qui lui ont ele faites par les Nouvelles ecclesiasliques, le Journal janseniste « pour qui Pascal devrait etre une assez grande autorite ». A ce journaliste « plus malintenlionne qu’orthodoxe », d’Alembert repondil dans deux passages de V Encyclopedic qu’il reprdduit en note a la Preface du 3® volume. II parle des Nouvelles comme « d’un journal sans aveu >• qui assure que les Academies sont peuplees d’incredules, parce qu’on n’y croit pas aux miracles de Saint-Medard, qu’on n’y a point de convulsions et qu’on n’y prophetise pas la venue d’Elie, etc., etc. II se sert de termes analogues, dans la Destruction desjisuites : « Le gazetier janseniste, excite seulemet par le fanatisme et par la haine, car ce satirique imbecile n’en sail pas plus long, a reprochd aux Jdsuites de pour; suivre dans les jansenistes un fantdme d’hdresie, et de ne pas courre sus aux philosophes, qui deviennent de jour en jour,

NOTES

selon lui, plus nombreux et plus insolents. » D’Alembert menfionne en outre (-Preface du 3® volume) une critique inseree dans le Journal des Savants et desavouee par les journalistes, sur la demande qu’il avait adressee lui-mfime a Maleslrerbcs. Les critiques de cette espfece repondent, en suivant I’ordre oil dies sont rappelees, aux pages 20, 21, 2‘2 — IG (note 13) — 34, 3o — 67, 68 — 56,57. Sur le reproche d’irreligion que d’Alembert cstime imm^ritc a son egard, cf. n. 26.

EnOn d’Alembert (p. 7) repond a ceux qui ont pretendu que Ic plan de son ouvrage lui a ete fourni par Bacon. G’esl ce que le P. Bertliier, dans Ip Jouimal de Tr^voux, insinuait doja apres avoir In le Prospectus, le systfeme figure des connaissances liumaines et I’explication de cette table, que Diderot avait fait paraitre en novembre 1750.

On a qudquefois de nos jours juge tres severement le Discours preliminaire : « La Preface, dit Papillon {Histoire de la philosopfiie moderne, II, p. 81), est un ouvrage peu sincere et tres surfait, peu sincere parce que d’Alembert y dit beaucoup de choses qu’il ne pensait pas, et Irfes surfait, parce qu’il ne s’y trouve rien d’original comme idee ou comme reflexion, et que comme styl6, d’Alembert a 6crit des pages bien superieures, entre autres les Eloges des membres de I’Academie frangaise, qui sont des chefs-d’oeuvre d’habilete, de gout et de fine critique, en meme temps que des morceaux fort instructifs au point de vue de I’histoire litteraire. •>

De son c6te, M. Joseph Bertrand [D’Alembert, Paris, Hachette, 1889, p. 79) s’exprime ainsi : « D’Alembert s’eleve contre le gdonietre qui, en presence d’une , belle oeuvre de I’esprit demandait : qu’est-ce que cela prouve? Je me contenlerais, ajoute-t-il, de demander qu’est-ce que cela apprend? Cette question adressee a la Preface de I’Encyclopedie resterait sans reponse. >> Nous avons essaye dans notre Introduction de montrer que, pour la forme et pour le fond, on n’a pas eu tort de mettre le Discours preliminaire entre les mains des i^tudiants.

Dans la Preface du 3® volume (p. 2) d’Alembert rappelle que « I’envie eut recours a un petit nombre d’expressions equivoques... auxqiielles il eut ete facile et juste d’attacher un autre sens... tirees d’oiivragcs approuves et figurant dans des articles qui ne sont ni de lui ni de Diderot >>. Mais il repond bien plus aux critiques de I’lCncyclopedie qu’a ceux du Discows preliminaire. Ge qui est dit (p. 4, note) « du plus puissant de nos rois « a rapport a I’ouvrage impriine [)ar ordre de Louis XIV [Trade des Droits de la reine sur differents etats de la monarchie d’Espagne) : « La loi fondamentale de I’Etat forme une

iy4

liaison reciproque et 6ternelle... par une espfece de contrat qui destine le souverain a regner et les peuples a ob6ir » (p. 2b8 du tome I de I’ed. de 1763).

Note 3, p. 9. — D’Alembert 6crit a d’Argenson (V. 14) pour s’excuser d’oser lui dedier cet ouvrage sans lui en avoir demande la permission : « on sa modestie n’aurait pas accepte cet liommage, ou elle aurait interdit tout eloge. •> Quand d’Argenson eut quitt6 le ministerc, d’Alembert lui d^dia en 1752 VEssai d’une noutfelle iheorie de la resistance des fluides, puis une nouvelle edition de son Trait6 de Dynamique (IV, p. 358 et 366). ' .

Note 4, p. 12. Nous avions fait exprcssdment la m^.me d4cla ration dans le corps du Prospectus. — Reponse au Journal de Trevoux (Diderot, Paris, Briere, 1821, I, p. 47), cf. n. 2, et p. 133.

« Chacun de nos collogues a fait un Dictionnaire de la partie dont il s’est charge et nous avons reuni tons ces Dictionnaires ensemble » (p. 13.5). « La seule operation dans notre travail qui suppose quelque intelligence, consiste a remplir les vides qui separent deux sciences ou deux arts et a renouer lachaine dans les occasions on nos collegues se sont reposes les uns sur les autres. » D’Alembert parle de m6me dans la Preface au troisieme volume de I’Encyclop^die : « Notre fo'nction d’editeurs consiste uniquement h mettre en ordre et a publier les articles que nous ont fournis nos collfegues; a suppleer ceux qui n’ont point ete faits, parce qu’ils etaient communs a des sciences diffcrentes, a refondre qyelquefois en un seul les articles qui ont ete faits sur le ni6me sujet par dilTerentes personnes, designees toutes en ce cas a la fin de Particle. » A ce rdle d’editeurs, il faut joindre celui d’auteurs. A la fin du Discours, d’Alembert indique (p. 151-158) ce que Diderot et lui-meme ont fourni a I’Encyclopedie. Parmi les articles que d’Alembert, en dehors des mathematiques et de la physique geiierale, ecrivit pour les sept premiers volumes, il faut surtoutciter Particle College, vive critique de P^ducation donn6e par PUniversite, et Geneve, qui provoqua les reclamations des pasteurs genevois, comme la Leltre d d'Alembert sur les Spectacles de J.-J. Rousseau. Quant a Diderot, il donna pres de 1000 articles sur les arts m^caniques et traita de philosophie, de morale, d’esthetique, d’histoire de la philosophie, etc. (art. Autorite, Aristot61isme, Beau, Encyclop6die, Epicurisme, Immortality, etc.).

Note 5, p. 12. « V ouvrage comme ENCYCLor'i'miE. » — Diderot fait, dans le Prospectus, une brfeve mention des Encyclopedias qui parurent avant le xvii* sifecle et qui ne satisfirent point Leibnitz (p. 128). Il expose ensuite les d6fauts et les rayrites de

NOTES

I’Encyclopedie de Chambers (p. 129-131), les raisons quis’opposaient a ce qu’on en fit nne traduction pure et simple, enlin ce qui en a dte conserve par lui et ses collaborateurs. 11 ropond a ceux qui ont pretendu que cet ouvrage etait impossible, en citant Bacon : de hnpossibilitaie if a statuo; ea omnia possif/ilia, et prcestabilia censcnda, qiise ah aliquibus perfici possunt, licet non a quibusvis; et quae a multis conjunctim, licet no7i ab uno; et qxiae in succeasione saeculorum, licet non eodem sevo; et denique quae mullorum cm'a et sumptu, licet non opibus et industria singidorum. (De augm. scient. lib. II, cap. i.)

Sur les ouvrages anterieurs a cclui de Diderot et d’Alembert, on pent consulter la Grande Encyclopedic (au mot Encyclopedic). 11 convient d’y comprendre des oeuvres qui no portent j»as ce nom, dcpnis les Noces de Mercure et de la Philnlogie de ^larlianus Capella et le de Univer&o de Raban Maur, jusqn’aux So?»n2C5«de theologie et de philosophic esquissees par Al)clard et a celles qui ont illustre saint Thomas d’Aquin, au Speculum majus de Vincent de Beauvais el a YOpus majus de Roger Bacon. En etudiant chronologiquement ces ouvrages, on pourrait faire une histpirc curieuse de la speculation, oil Ton montrerail quels domaines ont ete specialement explores aux differentcs 6poques et quelles coqnaissances, mises au premier plan, ont dtd le centre autour duquel se sont groupies toules les autres.

Note 6, p. 13. Le premier pas que nous ayons d faire... jusqu'd Vorigine et d la generation de nos icUes... Une saura.it dtre deplac^ en t^tc d’un Dictionnaire raisonne des comiaissances hianaines. — Les idees et la fagon meme dont dies sont exprimees rappel lent VEssai sur L'origine des connaissances hwncdnes de Condillac (p. 7) : « II faut remonter a l’origine de nos idees, en developper la generation,' les suivre jusqu’aux limites que la nature leur a prescrites, etc. ■> Voyez ce que d’Alembert dit du Traite des Systemes (p. 116) et la note 23.

Note 7, p. 14. Division de toutes nos connaissances en direcles el en rcfle'chies. — Danslesecond livre de VEssai sur Venten dement humain, Locke suppose qu’au commencement Fame est une table rase, vide de tous caract^res, sans aucune idee... L’cxperience, dit-il, est le fondementde toutes nos connaissances; toutes nos idees nous viennent de la sensation, qui fournit a I’esprit les id^es des qualites sensibles, et de la reflexion qui fournit a I’entendement les idees de ses propres operations. II semble . que les mots « directes et retlechies •>, qui impliquent une oppo ‘'silion familiere a I’optique et indiquce d’ailleurs par ce qui suit : « troiivant ouvertes toutes les portes de noire dme, y entrent

NOTES

sans resistance et sans effort », appartiennent au geometre d’Alembert.

Note 8, p, 14. C’est a nos sensations que nous devons toutes nns idees... axiome pour les scoladigues... (p. 99) axiome peripalclicicn. — La plupart des philosophes du xviii'' sifecle admellenl que loutesnos idees viennent des sensations, que les scolastiques ont pense de mfime et n’ont fait en cela que suivre Aristote. G’est ce que soutiennent egalement Voltaire, La Mettrie, Hclvetius, Condillac et son ecole, Garat, Degcrando, Gabanis, etc. On trouve, il est vrai, dans le Traite de Vdme un certain nombre de lextes qui, pris a part, pourraient faire considcrcr Aristote comme un precurseur de Locke : il y compare meme Tame a un feuilletou il n’y a rien actuellement d’ecrit (111, H), et comme on traduisit le mol grec ypa[j.(jLaTsiov par le mot latin tabula, Aristote devint le pere de la theorie de la table rase. Mais il est impossible d’interpreter en ce sens sa doctrine, quand on tient comple de tous les textes. L’intellect passif nc saurait sans une image former ses conceptions; mais il n’en est pas de mfime de I’intellect actif, qui seul est impassible et pur. (De anirn., Ill, 5.) Voyez Ueberweg, Grundriss der Geschichle der Pkilosophie, I, 201; Ritter et Preller, llistoria philosophic grccc et romanae, 309; Waddinglon, Psychologic d' Aristote, etc. Quant aux scolastiques, le nihil est in intellectu quod non piius fuerit in sensu, n’est nullement identique a la formule de Locke et de nos philosophes du xviii° si6cle. Avant le xiu* siecle, ils ne s’occupent guere de I’origine de nos idees; a partir de cette 6poque I’altention qu’ils accordent aux commentaleurs arabes, heritiers des neo-platoniciens, en ferait bien plutdt des precurseurs -de Descartes et de Leibnitz. Les cartesicns furent combattus par les orthodoxes a cause de leurs affiniles, rcelles ou imaginaires, avec les jansenistes et les calvinisles, et lirent condamner les idees inmies. Lesjesuites, dont rinfluence fut si grande jusqu’au milieu du xviii* si6cle, enseignerent et firent adopter la doctrine qui tire toutes nos connaissances des sensations : le P. Bufficr est un des premiers partisans de Locke. Quand La Mettrie eut uni cette doctrine au materialisme, clle devint suspecte aux orthodoxes; ils la condamnferent, chez I’abbe de Pradcs, en meme temps que des tendances deistes. En vain on invoqua I’approbation que les jesuites de Trevoux avaient donnee a VEssai sur Vo7'igine des connaissances humaines, on cita les meilleurs professeurs de I’Universite de Paris, qui diclaient ce syst^me dans leurs cours. Les jesuites furent a leur tour accuses de favoriser le materialisme et Palheisme. Les jansenistes eurent, outre ce que luer avail

NOTES

fourni Pascal, une arme nouvelle pour les faire condamner : les jesuites, disent-ils, ont des points communs avec les Encyclopedistes, « par lesquels une societe a ete formee pour soutenir le materialisme, pour detruire la religion, pour inspire r rindependance et nourrir la corruption des moeurs » (Onier dc Fleury). La theorie de Locke, qui par ce c6t6 continue Hobl)cs et Gassendi, a ete combattue par Leibnitz dans les Nouveaiu- Essais. Reprise par Hume, elle a ete critiquee par Kant. Enfin avec Stuart Mill et Spencer, elle a pris de nos jours une forme qui la rapproche en plus d’un point de la doctrine adverse.

Note 9, p. 15, 1. 1. Le sysUme des idees innees conserve encore quelques partisans. — Parmi ees partisans, il faut citer des cartesiens. Le P. Boursier, auteur de VAction de Dieu sur les creatures, traite dans lequel on prouve la PiAmotion physique (1713), docteur en Sorbonne et jansenisle, se rattache a Descartes, a Malebranche et il est loue par Voltaire. Le P. Roche, oratorien, combat Locke et Condillac, dans son Traite de la nature de Tame, avec la metaphysique de Malebranche. L’abbe Genes t met en vers la philosophic de Descartes (1716) ; leP. Andre, persecute pour son attachement a Malebranche, compose des Discours sur le Beau qu’admire Diderot. D’Aguesseau applique le cartesianisme a la jurisprudence, et refuse a Voltaire un privilege pour les Elements de la philosophie de Newton. Mairan, le disciple celfebre de Malebranche, cherche apr6s Fontenelle, auquel il sucefede comme secretaire de I’Academie des sciences, a defendre les fondements de la physique de Descartes. Le P. Paulian tente de concilier Newton et Descartes; le cardinal Gerdil e.xpose encore la physique cartesienne, tandis que le cardinal de Polignac combat I’epicureisme, dans V Anti- Liter (}ce, avec des armes cartesiennes. Jean Terrasson, dont (FAlembert fait I’eloge, defend Descartes contre Newton, soutient avec Fontenclle que les (jeuvres de I’esprit humain obeissent a la loi de [lerfcclibilite, et developpe ainsi une des doctrines cartesiennes qui ont obtenu le plus de succes au xviii® siecle. L’abbA do Pons, I’ami de la Motte, a ete considere par Sainte-Beuve comme un premier essai et un diminutif de parfait condillacien, comme un ideologue a la faQon de Sicard et de'Volney. Keranflech, vantc par Villers, expose, dans un Essai sur la raison (1765), des idees cartesiennes et malebranchistes; I’abbe de Lignac combat Locke et Condillac, Buffon et Helvetius; toutefois il corrige Malebranche par Locke pour fonder le vrai syslSme des idees. A ces cart6siens il faudra bientdt joindre les orthodoxes (pii condamneront Pabbe de Prados (cf. note 7). Voir F. Bouillier, Histoire de la philo-oplii ’ c.Trt^siennc.

NOTES

Note. 10, p. 14. « Les formes substantielles ou les qualiUs occuUes. » — D’Alembert, p. 102, examine le reproche que certains savants font a Newton d’avoir ramen6 les qualit^s occuUes des scolastiques et des anciens philosophes. Vides de sens pour les premiers, elles lui semblent n’avoir el6 chez les anciens que I’expression modeste de leur ignorance. En ce sens, d’Alembert admettrait volontiers des qualites occuUes. Voltaire va plus loin : « On s’est moqud fort longtemps des qualites occUltes; on doit se moquer de ceux qui n’y croient pas. Repetons cent fois que tout principe, tout premier res- i sort de quelque oeuvre que ce puisse etre du grand Demiour- | gos, est occulte et Cache pour jamais auxmortels » (Diet. ph.). Mais ce n’est pas en sceptiques que les scolastiques parlaient i de qualites occuUes : « Les aristoteliciens, dit Newton dans j son Optujue, ont donne le nom de qualites occuUes non a des \ qualites manifestes, mais a des qualites qu’ils supposent etre . cachees dans les corps et 6tre les causes inconnues d’effets manifestes, telles que seraient les causes de la pesanteur, des attractions magn6tiques et electriques et des fermentations, si nous supposions que ces forces et actions procedassent de qualites qui nous fussent inconnues et qui ne pussent jamais etre decouvertes. Ces sortes de qualites occuUes arrfetent les progrfes de la philosophie naturelle... Dire que chaque espfece de choses est dou^e d’une quality occulte specifique par laquelle ellc agit et produit des elfets sensibles, e’est ne rien dire du tout; mais deduire des phenomfenes de la nature deuxou trois principes gendraux de mouvement et nous expliquer ensuite comment les proprietes et les actions de toutes les choses corporelles ddcoulent de ces principes, ce serait faire un pro- * grfes considerable dans la philosophie. » II faudrait, pour 6tre exact, cliercher ce qu’dtaient les qualites occuUes pourchacun de ceux qui les ont invoqudes et non les critiquer ou les admettre d’apres I’opinion deraisonnable ou raisonnable que [)lns tard on s’en fait. 11 en est de mfime des fomnes substantiellcs. Descartes slen moque : « Je souscris ici volontiers au sentiment de M. le Recteur qui dit qu’il ne faut pas chasser sans snjet de leur ancien domaine de pauvres innocents, e’est-. ii-diredeces 6tres qu’on appelle formes substantielles ou qualites reelles. » Mais quand il les ddfinit, il est singuliferement vague : « Par les formes substantielles on entend une certaine substance jointe a la matifere et qui compose avec elle un certain tout purement corporel qui n’existe pas moins que la mati6re. » La forme substantielle est chez Aristote une chose fort intelligible, sinon une chose sur laquelle on puisse avoir

des id^es absolument precises (M6taphysique, VII, 4; VllI, 4, etc.); c’est, dans I’fitre et oppos6e k la mati^re, la forme de ce qui est en soi et par soi. Ainsi elle s’oppose a la forme accidentelle. En consid^rant les diverses especes d’^tres, en se preoccupant surtout de Timmortalite de I’ame liumaine, forme substantielle du corps, les scolastiques etaient arrives a diviser les formes et a subdiviser les formes substantielles ellesmemes de fagons fort diverses. Mais leurs divisions et lours distinctions sont loin d’etre loujours sans fondcmcnt, au j)oint dd Vue metaphysique, sinon au point de vue scientifique. On a condamne en bloc la scolastique comme on condamnait le moyen age. Nous essayons de montrer dans notre Introduction, que souvent on jugeait fort mal a tous points de vue et que, presque toujours, on ignorait le moyen age, au temps de Descartes et de d’Alembert. On peut voir, dans la Revue pliilosopkique (mars 1892 et avril 1893), en quoi les travaux recenl.s sur le neo-thomisme et la scolastique ont contribue a rdtablir la verite sur I’importance philosophique et scientifique du moyen age.

Note 11, p. 15. Pourquoi supposer que nous ayons des notions purement intellectuelles, si nous n'avons besoin pour tes former que de reflechir sur nos sensations? — Locke, qui a consacre le premier livre de son Essai a etablir qu’il n’y a point de principes innes pour la speculation ou pour la pratique, ccrit au debut : « Si j’avais affaire Ji des lecteurs degages de tout prejuge, je n’aurais pour les convaincre de la faussete de cette supposition, qu’a leur montrer que les homines peuvent acquerir toutes les connaissances qu’ils ont, par le simple usage de leurs facultds naturelles, sans le secours d’aucune impression innee et qu’ils peuvent arriver a une entiere certitude de certaines choses, sans avoir besoin d’aucune de ces notions naturelles ou de ces principes innes ». Dans le Traite des systemes (p. 94), Condillac dit : « Locke a employe tout le premier livre de son Essai a combattre les idees innees. Ses raisons, pour la plupart, me paraissent bonnes; mais il me semble qu’il ne prend pas la voie la plus courte pour dissiper cette erreur. Pour moi, j’ai cru devoir me borneraen montrer I’origine. 'Si j’avais voulu I’attaquer avec d’autres armes, je n’aurais presque pu les prendre que dans Locke; j’aime mieux renvoyer le lecteur a ce philosophe. » On s’apergoit des progres de la doctrine : d’Alembert fait, sans meme en prevenir le lecteur, ce que Locke avait cru.insuffisant pour les siens. Nous nous bornerons a rappeler que cette theorie des idees inures, si facilement r^futee par Locke, n’est pas celle de Des-

NOTES

cartes. On I’a souvent remarqu^; mais quelque nom qu’on hii donne, il y a chez Locke et ses modernes successeurs une tendance a tout expliquer par I’experience, qui les distingue de Descartes, de Leibnitz et de Kant.

Note 12, p. 15, 1. 21. « La premiere chose qm nos se7isatioiu nous apprennent, c’est notre existence. » — D’Alembert, qui avait eu pour maitre de philosophie un « cartesien a outranco >>, transforme le je pense, done je sms, en je sens, done je sms. Lc xviii" siecle continue lexvii*(Cf. Taine, les Origines de la France contemporaine, Ancien Regime, III, 1 ; F. Picavet, les Ideologues, Introduction).

Note 13. p. 15, 1. 17. « U existence du monde exterieur. » Cf. p. 19: » La communication recipj'oque des hommes, jointe d la ressemblance que nous apei'cevons entre nos sensations et celles de nos semhlables, contribue peut-&tre b. justifier le penchant invincible que nous avo7is a. supposer ^existence de tous les ob 'ets qui nous frappent. » — On sait quelles difficultes avait soulevees Descartes, dans \tsMeditaiio7is, sur I’existence et la nature du monde exterieur. On a pu dire {Georges Lyon, I’ldealisme en Angleterre au xviii® siecle, p. 34) qu’une telle maniere de demontrer la r6alit6 du monde matdriel 6quivaut bien plutot a la compromettre sans retour. Pour Malebranche, il fait appel a la Bible : la foi lui apprend que Dieu a cree le del et la terre; il y a des corps, cela est ddmontrd en toute rigueur, la foi supposee. Avec Berkeley, on arrive a I’idealisme, pour lequel il n’y a plus de corps, mais des esprits et des idees {esse est percipei'e aut percipi). Dans les file)7ienls de philosophie, d’Alembert, qui connait Berkeley comme Descartes et Malebranche, reduit la question de I’existence des objets exterieurs a trois autres : 1“ Comment concluons-nous de nos sensations I’existence de ces objets? 2^ Cette conclusion est-elle demonstrative? 3“ Enfin et comment parvenons-nous par ces sensations a nous former une idee des corps et de I’etendue? La premiere a pour objet une verite de fait, et la solution en est susceptible de toute I’evidence possible : quand une partie de notre corps en touche une autre, notre sensation est double; elle est simple et sans repliijue si nous touchons un corps (Stranger. En voila assez pour distinguer le 7ious et pour reconnaitre d’abord en general la difference de ce qui est u6tre d’avec ce qui ne Test pas.

Mais la conclusion, ainsi obtenue est-elle demonstrative? Les [ihilosophes, tout en convenant que noire penchant a juger de Texistence des corps est invincible, sont partages sur ce point. Ceux qui aflirment pretendent que Dieu nous trompe-

NOTES

rail, si nos sensations ne nous representaient quc des dtres fantastiques. Mais ils tonibent dans deux inconvenients : 1” ils prouvent une verite directe et primitive par une verite reflechie, tandis que toutes les ecoles de philosophie cherchent dans I’existence des corps les preuves les plus solides de [’existence de Dieu; 2“ il sufflt de penser, pour ne pas croire que Dieu nous trompe, qu’il est assez puissant pour exciter cn nous des sensations, sans qu’il y ait rien au dehors qui lui serve ales produire. La seule reponse raisonnable qu’on puissc opposer aux sceptiques est cclle-ci. Les m6mes elTets naissenl des memes causes; or supposant, pour un moment, rexistence des corps, les sensations qu’ils nous feraient eprouver ne pourraient etre ni plus vives, ni plus constantes, ni plus uniformes que celles que nous avons; done nous devons supposer que les corps existent (meme argument dans notre texte,

Enfin la Iroisieme question a des difflcultes encore plus reelles et memo insolubles en un certain sens. La sensation qui nous fait connaitre I’etendue.est aussi incomprehensible que I’etendue meme, et nous devons nous resoudre a ignorer si I’etre que nous appelons matiere est semblable a I’idee que nous nous en formons. 11 ne nous importe pas d’ailleurs de penetrer dans I’essence des corps, pourvu que nous puissions deduire des proprietes que nous regardons comme primitives les proprietes secondaires, et que le systeme general des phenomenes, toujours unifqrme et continu, ne nous presente nulle partde contradiction.

Cette solution toute positive, qui ne s’inspire pas de Turgot {Diet. ph. de Franck, art. d’Alehbebt), puisqu’elle se trouve plus qu’en germe dans le Discours prelimmaire, anterieur a I’art. EXISTE^'CE, suflit au savant, qui n’a pas a se prononcer entre les idcalistes ct les realistes. On remarquera les mots Cause, p. 16, 1. 14, et aucun bapport, 1. 17 et 18, qui expliquent I’objection et la reponse rappelees p. 6, 1. 33, 33 (note 2).

Note i-i, p. 17. « Ces philosophes dontparle Montaigne. » — « Et quant aux philosophes, les voulez-vous faire juges des droicts d’un procez, des actions d’un homme? Ils en sont bien prests! Ils cherchent encores s’il y a vie, s’il y a mouvement, si I’homme est aulti'e chose qu’un boeuf;que e’est qu’agir et soulTrir, quelles bestes ce sont que lois et justice » (I, ch. xxiv).

Note 15, p. 18, 1. 1-10. Les philosophes auraient niieux connu notre nature, s'ils s’etaient contentes de borner h I’exemption de la douleur le souverain bien de la vie presente. — Epicure definissait le plaisir, I’absence de douleur, inspire, ce semble, pa^r

NOTES

I’ataraxie des pyrrhoniens fct la metriopathie, recommand^e par ces derniers a cenx qui ne pouvaienl atleindre I’ataraxie. Montaigne dit {Essais, livre II, ch. xii) : « Notre bien-etre, ce n’est que la privation d’etre mal », et Locke (II, ch. xxi) : « Ce qui determine la volonte a agir, n’est pas le plus grand bien, comme on le suppose ordinairement, mais plutdt quclquo malaise (tmeasiness) actuel et pour Tordinairc, celui qui cst le plus pressant »., Quant a ceux qui soutenaient que la douleur n^est point un mal, on salt qu’il s’agit des sto’iciens. C’ctait, quoi qu’en disent Descartes, Pascal, Bossuet et d’Alembert, une grande et belle doctrine que celle pour laquelle la soulTrance ne doit point diminuer I’homme, puisqu’elle n’alTecte en rien sa valeur morale.

Note 16, p. 19, 1. 8-12. « La communication des idees, Vinvention des signes, Vorigine des socifttes, la formation des langues. » — Locke (111, 1) 6crit : « Dieu ayant fait I’liomme pour 6tre une creature sociable, non seulement lui a inspire le desir et I’a mis dans la necessity de vivre avec ceux de son espece, mais de plus lui a donn6 la faculte de parler, pour que ce fut le grand instrument et le lien commun de cette society. C’est pourquoi riiomme a naturellemcnt ses organes propres a former des sons articules on mots,... peut se servir de ccs sons comme des signes de conception interieure;... puis comme des termes gen6raux par ou un seul mot est le signe d’une multitude d’existences particulieres. » Condillac {Essai sur Vorigine, II, p. 3), tout cn admettant que Dieu a enseignd le iangage aux hommes, suppo^ deux enfants de I’un et de I’aulre sexe, 6gares dans des deserts avant de connaitre aucun signe, afin d’expliquer comment la chose aurait pu se faire par des moyms 7iaturets. D’Alembert n’a recours qu’a ces derniers et ne fait plus intervenir Dieu. La separation se faitentre la science et la thdologie. Dans Ics Elements, il va mSme plus loin et soutienl que la religion n’a eu aucune part h la formation des societ6s.

Cf., p. 40-47, ce quo d’Alembert dit de la science de la communication des idecs, de la logique et de la grammaire; cf. note .33. — Sur « I’cxistence de tons les ohjets qui nous frappent », p. 19, 1. 23-24, cf. note 13.

Note 17, p. 20, 1. 8. « Ce droit barbare dHn^galiU, appeld loi du plus fort » (cf. p. 3,, n.); p. 20, 1. 17-21, Origine de I’idee dii *usle el de Vinjusle... (a loi naturelle. — Scion d’Alembert, tous les membres de la socidt^ ont les mfimes droits, mais les plus forts oppriment les plus faibles qui trouvent cette conduite injuste. Pourquoi ont-ils les m6ines droits? D’Alembert ne le dit pas expressement; mais cela semble resulter de ce qu’ils

ont meme forme, mdmes perceptions, mfimes besoins et meme interet a les satisfaire (p. 19, 20). Dans VEssai sur les yens de letlres, il est plus explicite : tous les hommes sont egaux par le droit de la nature; le principe de cette 6galite se trouve dans le besoin qu’ils ont les uns des autres et dans la necessite oil ils sont de vivre en soci^te. G’est done sur la nature dc riiomme, au sens positif du mot, qu’il fonde le droit, la justice et la loi naturelle, d’od derivent les premieres lois humaines (p. 21). Quand Socrate discutant avec Hippias (M6m., IV, 4, 14), quand Antigone, dans Sopliocle, parlaient de lois non ecrites, e’est a la divinite qu’ils les rapportaient. De mSme les Stoiciens fondaient I’egalite des hommes, par laquelle ils justifiaient la condamnation de I’esclavage, sur la presence en chacun d’une portion de Tether divin. Les chretiens disaient qiie J.-G. est mort pour les sauver tous. D’Alembert laisse de cote les raisons religicuses ou m^taphysiques et n’emploie que des raisons d’ordre positif : pour la plupart de ses conternporains, pour Voltaire lui-meme, il alfaiblit ainsi sa these. Pour nous, il a le merile d’avoir un des premiers voulu faire une morale independante, capable de diriger ceux que ne satisfont ni les religions ni les metaphysiques. Sans doute il est facile dc faire des objections a d’Alembert et a ceux qui Pont suivi, mais on ne pent nier qu’ils aient fait en ce sens ceuvre utile. D’Alembert laisse a la religion Thomme considere en lui-mcme et occup6 de faire son salut; la morale conduira Thomme dans la societe, qui doit sa naissance a des motifs purement humains, et lui apprendra les devoirs de Thomme (lois naturcllcs et generales, ecrites ou non ecrites) dans la societe generale, ceux des legislateurs, des Etats, des citoyens, du philosophe {Elements de philosophie, VIII).

On remarquera que d’Alembert soutient centre Locke el centre Montaigne Tuniversalit6 des principes de la morale {le cn de la nature re lentil chez les peuples mime les plus sauvages). Il s’en explique dans les Elements (ed. Belin, I, 206) : « Je craindrais, dit-il, que cette difference (pour la nianifere de penser des hommes et des nations sur certaines verites de morale), qui n’est que trop^raie, ne conduisit certains esprils peu attentifs a regarder ces verites comme douteuses.... 11 est des objets sur lesquels le philosophe doiteviter dedonner meme occasion a des sophismes. » Ainsi d’Alembert eslime que Locke a dit vrai, mais, comme dans d’autres cas, la verite pent etre nuisible et d’Alembert parle comme Voltaire {La Loi naturelle, Correspondance avec li pHnee royal de Prusse), qui « defie le plus determine menteur, parmi les voyageurs, de dire qu’il y

NOTES

ait une peuplade, une famille oii il soil permis de manquer a sa parole.

Note 18, p. 21-22. — Cf. p. 47, 1. 4 : « ia loi nalurelle anterieure a toutes les conventions particidih'es et pretniere loi cles peuples ». D’Alembert, comme Descartes, distingue Tame et le •corps, constate leur union, puis passe a Dieu. Sur la certitude de ces connaissances, cf. p. 33, 35 et note 25.

Note 19, p. 24, 1. 18. — Remarquer le passage oil d’Alembert explique, par la necessite et par V amusement, I’etude que nouSs faisons de la nature. G’est par I’utilite qu’elle nous procure qu’il rend compte de la naissance de la physique : aussi est-il assez embarrasse pour montrer comment on en est venu a I’etude desinteressee. Avec Frederic 11, il va meme jusqu’a accorder que la geometric tran^cendante « n’est souvcnt qu’un luxe de savants oisifs « (29 janvier 1768). La difficulte est de m6me ordre que celle qui consiste a faire entrer dans la morale de I’interet le d^vouement, la charite, le sacrifice. AristotC' explique beaucoup plus aisement I’apparition de la science en ' affirmant que tons les homines ont naturollement le desir de savoir... que connaitre eC savoir, dans le seul but de connaitre ' ct de savoir, est par excellence lecaractere de la science et ce qu’il y a de plus scientifique {Metaph., I, 1). De ce point dc vuc > on comprend en elTet que les hommes aient pu s’adonner aux recherches metaphysiques et theologiques avant d’avoir, par la science positive, tire de la nature tout ce qu’elle peut fournir pour la satisfaction de Icurs bcsoins. Mais celui auqucl se place d’Alembert nous monlre pourquoi il rehabilite les arts mccaniques (note 40).

Note 20, p. 25, 1. 13 sqq. — Sur ce que d’Alembert dit ici dq I’espacc considere comme lieu des corps, il s’ecarte des cartesiens qui regardent I’etendue et la matifere comme une m^me chose (cf. ed. Belin, I, 1, p. 393. Sur les lois de Vcquilibre). Mais ici encore il se dispense d’examiner la question metaphysique et ne chcrche qu’a assurer la valeur de ses recherches scientiliques. Dans les Mementsde philosophie, il declare, apres avoir cssaye de montrer que I’cspace n’est qu’une simple capacite7 propre a recevoir I’^tcndue impenetrable, que cette discussion est absolument etrangerc et inutile a la mecanique. On peut rattacher cette question a la philosophie des mathematiques, sans admettre qu’elle soit inuLile h la mecanique. {Pierre Laloi et F. Pienvet, Philosophic pratique, Colin, p. 198.)

Note 21, p, 26. — On rapprochera ce qui est dit de I’origine de la geometrie, de la comparaison entre la metaphysique, la geometrie, et la poesie (p. 64, 65).

NOTES

De mSme on comparera les pages 29-32, ou il est question de I’origine des sciences physico-mathemaliques, aux pages 68-69 oil il s’agit de la division de la science de la nature. D’une facon generale, on rapprochera les diverses parties de I’arbre encyclopedique, de I’exposition metaphysique de I’origine et de la liaison des sciences, comme de I’explication detaillee du systeme des connaissances humaines et de la table qui y est jointe. On se rendra ainsi'un compte plus exact des idees de d’Alembert, de celles qui lui sont communes avec Diderot et Bacon, comme de ce qui lui appartient en propre (cf. notes 2, 4, 5, 40, 49, 74, etc.).

' Note 22, p. 28. — L’eloge de I’algebre, p. 29, celui de I’astronomie, p. 30-32, I’indication de la methode a suivre en physique montrent cn' d’Alembert un disciple de Newton et de Descartes. On comprend rftieux la raison des iugements qu’il porte (cf. n. 77, 81, etc.).

Note 23,- p. 30, 1. 20-22. Uespj'it sysUmatique et Vesprit de systeme. ^ (^f. ce que d’Alembert' dit de Condillac et du Traite des Systemes (p. 116), comme son projet de renfermer dans un systhne qui soit un les branches infiniment variees de la science humaine (p. 13, 1. 21), du sysUme des idees innces (p. 14, 1. 27), du sysUme yeneraldw monde (p. 31, 1. 22), du systdme general des sciences et des arts (p. 58, 1. 13), du systdme de nos connaissances (p. 59, 1. 23), des systemes differcnts de la connaissance humaine (p. 61, 1. 5), du des connaissances

directes (p. 63, 1. 12), du systeme figure c(ui est a la tete de I’oiivrage (p. 71, 72, 74), du systeme encyclopedique'(p. 95, 1. 8), du vrai systime du monde (p. 98, 1. 23), de la theorie qu’il ne veut pas nommer systeme du monde (p. 101, 1. 13 et 14), etc. On se convaincra que d’Alembert emploie ce mot en des sens fort dilTcrents. Pour saisir dans chaque passage ce qu’il veut dire, il faut tenir compte ducontexte et consulter le Traite des Systbnes de Condillac, reproduit presque en entier et textucllement dans I’Encyclopedie 11 est evident, dit celui-ci, qu’on ne peut qu’improprement appeler systemes les ouvrages oii Ton pretend expliquer la nature par le moyen de quelques principes abstraits... Nous ne pouvons faire de vrais systemes que dans les cas ou nous avons assez d’observations pour saisir I’enchainement des phenom6nes. »

Note 24, f>. 32. Les geomHres ahusent de I' application de Valg'ebre a la physiqiie... On a voulu reduire en calcut jusgn'n I'art de guerir. — C’est.i. Descartes, selon Spi'engel (llistoire de la meilecine, traduction .Jourdan, V, p. 132), qu’on doiten gramlc parlieruuiou dela modccineavec les matliematiques : « O-'Vn.,!

NOTES

on explique tous les cliangeinents ct phdnom^:nes des corps par la figure et le mouvemenl des atomes, alors la physiologic devient reellement une partie des malhemaliques, car les lois (lu mouvemenl de ces atomes sont aussi susceptibles d’etre delerminees et calculees que cedes des mouvements de toule autre machine »• Les iatro-mecaniciens, cornrne d’ailleurs les animistes, sont des disciples de Descartes. Parmi les premiers figurent Borelli, dont les recherches sur les mouvements des animaux ont 6te reprises, avec des instruments plus perfectionn^s et une methode plus exp6rimentale, par M. Marey; Willis, qui accorde une place importante aux esprits animaux et qui le premier donne du cerveau une description methodique et complete. Les iatro-chimistes ne sont qu’une des divisions des iatro-mecaniciens. Parmi eux on peut citer Sylvius, pour qui les liquides de I’economie animale sont presque exclusivement le si^ge des transformations physiologiques. Dans les humeurs se produisent I’ensemble des phdnomfenes chimiques dont resulte la vie; par leur alteration chimique apparaissent les maladies : Vhumorisme se repandil en Hollande et en Allemagne. Puis Boerhaave (1668-1738) fht le chef d’une ecole, dit Auguste Comte (III, p. 450), qui, « entreprdnant une operation philosophique alors prematur6e, fut entrainee par un sentiment e.xag6re et inOme vicieux de la subordination ndcessaire de la biologic envers les parlies anterieurcs et plus simples de la philosophic naturelle, a ne concevoir d'autre moyen de rendre enfin positive I’etudc de la vie, que sa fusion, a litre de simple appendice, dans le systfeme general de la physique inorganique ». G’est Boerhaave qui explique les ph6nomfenes et les causes de la vie par les lois de fliydraulique et (le la statique (p. 33, 1. 6), qui y ramene les causes de la sante et dc la maladie. Le corps humain est une machine composee d’un nombre infini dc vaisseaux dc dilTdrents ordres remplis chacun d’une liqueur proportionnee : il y a sante quand les efforts r^ciproques des liqueurs et des solides se font equilibre, il y a maladie surtout quand les liqueurs devient dans des vaisseaux qui ne leur sont point destinds. Le nom de Boerhaave appartient ^ I’histoire de la ^otanique par sa subdivision des monocotyledones et dicotyledones de Tournefort en gymnospermes et en angiospermes (plantes a graines Hues et plantes a graines entourees d’enveloppes consliluant le fruit); a I’histoire de la chimie, par des experiences analogues a cedes de Hales sur la distillation des produits vegetaux et les fluides elasliques qui s’en degagent. D’Alembert a place Boerhaave (p. 106) parmi les philosophes illustres qui out cun-

NOTES

tribue Ji ravancement des sciences (n. 82). Les id4es exposees sur I’usage des matMmatiquPs dans la, physique terrestre (p. 30-32), >^ont la reproduction parfois litleralc do VE^posUion du traile de V equilibre et du mouvemenl des (1744).

Note 25, p. 33-39. Les deux limites entre lesquelles sont concenlrees presque foutes les connaissances certaines accordees d, nos lumith'es naturelles. — A une oxtremite, la m^taphysique et la morale. Dans la metaphysique (p. 34, 35), la gene-ration des idees et leur developpement est une science susceptible de toute la perfection qui doit la rend re complete {Elements, ed. Belin, 1, p. 136). Aillcurs la metaphysique nous olTrc pen de verites clairement connues, une obscurite impenetrable datTs celles dont nous ne ponvons douter et mSme une opposition trfes forte. G’est un grand pays, dont une petite partie est riche et bien connue, miis confine de tons cotes a de vastes deserts, oii Ton trouve seulement de distance en distance quelques mauvais gites pr6ts a s'ecrouler sur ceux qui s’y refugient. Sur Fexistence du .monde exterieur (ed. Belin, 1, p. 181, ef. notre note 13), d’Alembert se borne a donner une reponse plus positive que metaphysique; sur Funion du corps' et de Fame, Finegalite des esprits, sur la distinction cnlre Fhomme et Fanimal, Fintelligence supreme a mis un voile que nous voudrions en vain arracher [Elements, I, p. 187). II est incontestable que la matiere ne forme point en nous le principe pensant (1, p. 186), mais nous ne connaissons pas la nature de Fhomme (p. 34, 1. 16, et Elements, I, 187). II a fallu que Dieu se manifestat directement aux homines, pour leur^faire connaitre evidemment son existence, verite qu’ils portaient tons audedans d’eux-mfemes, mais que leS uns n’y avaient pas reconnue et que les autres n’y voyaient qu’a travers un image. La preuve tiree du consentement des peuples ne pouvait avoir toute sa force avant FEvangile (I, p. 188). La revelation seule pent repondre a certaines difficultes : la misere de Fhomme ne parait pas devoir 6tre Fouvrage d’un etre infiniment bon et juste; les desordres de Funivers dans Fordre moral, Finegalite monstrueuse en apparence dans la distribution des biens ct des maux;le Iriomphe trop frequent du vice sur la vertu; la difficulte de supposer qu’un etre infiniment puissant et infiniment sage n’ait pas cree le meilleur des mondes possibles, et Fimpossibilite de concevoir que ce monde, tel qu’il est, soit le meilleur que Dieu put creer; enfin Fincompatibilite apparente de la science de Dieu, de sa sagesse et de sa toiitepuissaiice, avec la liberte de Fhomme. 11 est evident qu’il y a un Etre dternel; il est dillerent du monde dont Farrangement

Page 1