LA GUERRE
Nous sommes aujourd'hui témoins d'une des plus grandes calamités qui aient afiligé le monde. La guerre ensanglante l'Europe: l'Angleterre, notre suzeraine, et la France, notre ancienne mère-patrie, sont sous les armes.
Cette guerre malheureuse, était, pour ainsi dire, inévitable, car, tant
u'il y aura sur terre des nations riches et des nations pauvres; tant qu'il y. aura surtout un reste du péché originel au cœur de l’homme, la guerre se tiendra en vedette aux frontières des peuples, et les peuples qui voudront vivre devront se résoudre aux vertus belliqueuses du patriotisme
Or, ainsi que l’écrivait Monsieur Hanotaux dans le ‘“ Figaro ‘, ‘‘ Si l'on
va au fond des choses, on remarque que l'action allemande sur le monde exerce depuis quaran’o ans une pousséo uniquement matérialiste. Il n'est pas un homme d'état qui ne le reconnaisse, cette guerre est une guerre de nécessités matérielles, une guerre pour le ventre: ” “ Notre nombre, disent-ils, croît sans cesse et nous voulons manger à notre faim’: tel est l'objectif principal de la politique allemande.”
En outre, la culture prussienne avait créé, chez ce peuple, le Dieu Patrie. Qu'elle remonte à Hegel ou à Nietzche, pou importe! Lo fait est
u'elle anéantit toute la morale
es hommes au bénéfice d’un seul peu-
ple, qu'elle proclame spontanément et effrontément le peuple unique, le peuple fort, le peuple ‘““maître’’, le seul peuple ayant droit à la vie. Elle a pour premier prineipe et pour dernière fin l'axiome célèbre: ‘La force prime le droit.”
Rien de surprenant, alors, que le Kaiser ait voulu la guerre et précipité la catastrophe, en refusant ignominieusement d'accéder aux propositions, acceptées par la France et la Russie, et faites par l'Angleterre dans le but d'éviter ce terrible fléau.
De la part de l'Allemagne, done, cotte guerre en est uno d’oppression; du côté des alliés, elle en est une de délivrance. Et je. la qualifie, en répétant avec le Père Lacordaire: ‘Toute “guerre de délivrance est sacrée; “toute guerre d'oppression est mau- ‘ dite.”
Nous ne pouvions rester indifférents à cette lutte où la pensée latine et le spiritualisme chrétien sont en cause plus qu'il n’y paraît. Aussi, le gouvernement a-t-il bien fait de venir en aide aux nations belligérantes, en affectant une somme d’au-delà d'un demi-million piastres pour expédier en Angleterre des secours alimentaires, et en votant $40,000.00 pour la France. Il a ainsi prévenu les secrets désirs de notre population et répondu à ses as-
irations, car, Monsieur, l'Angleterre, a France et Dieu ! voilà la trinité essentielle qui anime l'âme québecoise.
Et cette œuvre, elle est patriotique à un double point de vue : par son but, qui est la défense d'une cause sacrée ; par ses résultats féconds, qui ont été de diminuer les effets de la crise financière en répandant dans la province près de $600,000,00 et de faire connaître ot apprécior davantage on Europe les produits de notre industrie rurale.
Tous, sans distinction, ont applaudi avee enthousiasme ce beau geste du gouvernement, comme aussi ils ont été fiers de l'initiative qu'il a prise pour porter secours à la Belgique, dont le roi, ayant à choisir entre le déshonneur et la guerre, s'est souvenu que la guerre n'a qu'un temps, mais que l'honneur est immortel.
La conduite de la Belgique est une des plus belles que l'histoire ait jamais enregistrée : elle consacro la reconnaissance de la suprématie de l'idée morale et proclame la vocation de l’homme pour l'héroïsme et le sacrifice.
Le le gouvernement poursuive cette ligne de conduite absolument conforme aux aspirations de notre peuple vers tout ce qui est grand et juste ; et cette Chambre sera prête à voter toutes mesures légitimes propres à soulager ceux qui nous sont chers et qui luttent pour le triomphe de la liberté, du droit et de l'humanité.
Souhaitons, Monsieur, le succès des armées alliées, et que bientôt règne dans le monde une paix durable et profonde, qui soit un gage do sécurité, de concorde et de progrès pour toutes les nations civilisées.