L'ELEVE AGRICOLE
Pouvons-nous le fournir en nombre fuffisant à nos écoles.? Par quels moyens ? Je réponds de suite : par les moyens qui ont rempli, encombré même nos collèges classiques.
A Dieu ne plaise que je regrette tout ce qui a été fait là. Les amis de l'éducation classique, heureux de jouir de ses bienfaits, honoreront toujours la mémoire de ces hommes aux grandes vues, fondateurs de nos collèges, aujourd'hui prospères et toujours nécessaires. De leur sein sont sortis les chefs du peuple.
Dans un but aussi louable, je veux imiter leur action, espérant marcher vers le même succès. Cette fois, sans craindre l'encombrement, l'excès qui, en tout, nuit. Le champ est vaste, immense ; dans l'arène nouvelle toutes les énergies peuvent s'engager, et pas de déclassés. Pas de ces jeunes gens s'étant préparés à une position honorable, et la voyant fuir devant eux, malgré les efforts et les sacrifices.
Nous.avons~dans notre Province cinq mille élèves fréquentant nos collèges classiques. Nombre considérable, je pourrais dire hors de proportion avec celui de notre population. Nous avons dépassé le but.
Comment est-on parvenu à ce résultat ? Comment se fait-il que le goût pour la haute éducation soit répandu partout ; que presque tous nos cultivateurs la désirent pour au moins un membre de leur famille ? Elle est pour ainsi dire entrée dans nos mœurs. Personne n'a plus à la prôner, la chose va de soi. Voyez ce colon qui part tout joyeux de son établissement au bord de la forêt. Il accompagne son fils au collège de son choix. Il est à réaliser un projet longtemps caressé au foyer. Que de peines et de labours pour en arriver là ! Mais il aura un homme instruit parmi ses enfants, et que d'espérances accumulées sur sa tête 1 Qui l'a conseillé, qui l'a poussé à agir do la sorte ? Personne. Il fait tout simplement comme les autres.
On est parvenu à ce résultat par de constants efforts. Après avoir construit les collèges au prix de grands sacrifices, le clergé se mit résolument à la
tâche de trouver l'écolier. Au cultivateur qui n'était pas en état do subvenir aux dépenses de la pension, il vint en aide de ses propres deniers comme de ses pressants conseils. L'écolier fut trouvé.
Ainsi la Province se recruta d'hommes instruits dont qulques uns devinrent des chefs habiles et dévoués Ce que l'on a fait là était plus difficile que ce que nous conseillons actuellement, L'élève du collège au début était plus difficile à trouver que ne le sera aujourd'hui celui de l'école d'agriculture.
Et le moment est propice pour tenter le nouvel effort. Il se fait un grand réveil agricole. Le mouvement se propage rapidement, l'agriculture devient lucrative : elle devient à la mode. Profitons de cette vogue pour peupler nos écoles. Poussons le cultivateur à désirer fortement y faire participer sa famille. Que l'on reprenne la tâche que l'on s'est déjà imposée. Que l'on conseille, que l'on aide. Que le cercle et la société d'agriculture viennent au secours du père de famille, s'il le faut afin qu'il maintienne son fils à l'école. Il en reviendra pour être 1 > modèle de tous. Le gouvernement ne restera pas en arrière, et aidera lui aussi les cercles à avoir leur représentant à l'école.
Nous insistons sur un élève par paroisse. Lademande n'est pas exorbitante ; si elle était accordée, elle rapporterait cependant neuf cents à mille élèves car il y a ce nombre de paroisses. Ils deviendront, nous vous en faisons la promesse, autant de prosélytes ardents, car ils seront bien traités. Ils apprendront à aimer, et l'école et l'agriculture. De retour à la maison ils trouveront des émules et des condiciples parmi leurs jeunes amis, et dès lors, comme pour la haute éducation, la chose ira de soi.
Quand l'école sera devenue trop petite, ne craignez pas, elle sera agrandie ou d'autres surgiront.
Donnez-moi l'élève je vous promets l'école et une bonne.
Dans chaque paroisse et dans chaque cercle il va se former un petit comité qui se chargera tout spécialement de trouver cet élève. A lui seul, le clergé l'a déjà trouvé pour le collège, et maintenant beaucoup vont lui aider. Les missionnaires agricoles en font le premier article de leur programme.
Le mouvement s'organise, le mot d'ordre est donné tout comme autrefois mais cette fois c'est au fils du cultivateur resté à la maison que l'on songe. Il a enfin son tour. Lui, chargé de continuer la famille et ses traditions, de tenir en bonne durée le toit paternel, de garder chaud le foyer hospitalier, le foyer auprès duquel viendra se refaire plus d'un irôre qui jadis tourna le dos au champs pour aller vers les villes bruyantes.
J'ai connu des curés qui pouvaient se féliciter d'avoir tenu au collège quinze et dix-huit élèves à leurs frais ; c'était au temps où l'on manquait d'élèves. Que de frais et de peines ! Le bon conseil souvent répété par les mêmes hommes suffira aujourd'hui pour ce que nous voulons.
Et puis, le moment arrive où la culture du sol va offrir une carrière nou velle à nos jeunes gens sortant des collèges classiques, La science, de plus en plus, trouve sa place dans l'exploitation du sol tout comme dans l'exercice des professions. Elle vient merveilleusement en aide aux forces de l'homme, en multipliant les machines ; elle étudie le sol, prescrit et applique les éléments qui lui font défaut, a des remèdes tout prêts pour les maladies des plantes et des moissons, veille avec vigilance sur la santé des précieux troupeaux, éloigne les maladies, les contagions, ouïes combat quand le malheur arrive; elle va au loin trouver de nouveaux marchés, les étudie avec soin et prescrit ici la confection du produit ; et la voilà maintenant qui tire parti de l'électricité pour hâter la croissance des plantes. Oui, la culture va attirer à elle le jeune homme instruit. Il y trouvera la récompense des travaux de son intelligence. Si ses bras ne peuvent ni ne doivent travailler tout le temps, les travaux n'en iront pas plus mal, car une bonne tête présidera à tout.
On a dit quelquefois que le voisinage des collèges a nui au succès de nos écoles d'agriculture, les élèves étant tout le temps tourmentés de l'idée de monter au grand collège. Tout cela va changer ; l'agriculture se prête à toutes les études comme à tous les talents en même temps qu'elle devient rémunératrice et généralement en faveur.
A l'écolier du collège maintenant de passer à l'école d'agriculture, pour y finir son cours et y commencer une vie heureuse et prospère.
Pour être admis à l'école d'agriculture il faut être âgé de quatorze ans, savoir lire et écrire et donner au directeur et à l'inspecteur du gouvernement l'assurance morale que l'on se destine évidemment à la profession agricole.
Les quinze premiers élèves admis dans une école sont appelés boursiers, et reçoivent gratuitement l'instruction, la pension et le logement; ceux, qui viendront ensuite devront se pensionner à leurs frais, à l'école ou dans les maisons du voisinage. Ils recevront gratuitement l'instruction théorique et pratique.
En parlant de nos écoles, j'en mentionnerai une que j'appellerai notre