NU
qu'elle s'écriait : « Ah! mon Dieu, il faut « que toute parole et toute conception « cesse, car 1l n’est point de langue qui « puisse dire, m d'esprit qui puisse penser ce qui élait communiqué à mon àme de cette glorieuse et magnifique « pauvreté d'esprit, et des deux autres « vertus qui eu sont inséparables (4). »
Dieu est toujours avec ses saints, et sa providence les suit dans toutes leurs voies. S'il permet qu'ils soient assaillis et battus des plus violents orages, exposés aux plus terribles tentations, affligés et comme accablés des misères de cette vie, il ne les oublie pas dans leurs tribulations; il les soutient et les éclaire. S'il permet au démon de troubler la paix de lame de la Vénérable Marie de l'Incarnaüon, de l'attaquer de tous côtés, c'est pour éprouver son amour et lui fournir l'occasion de lui marquer sa constance.
Ces combats font son mérite; du haut du ciel, Dieu les contemple avec joie; il est
(4) Lettre de Marie de l'Incarnation,
sud
avec elle dans la tribulation, et à ces épreuves si pémbles 11 fera succéder des faveurs encore plus extraordinaires.
Dans la vingt-septiôème année de son âge, elle reçut une des plus sublimes faveurs que puisse recevoir sur la terre une àme qui aune son Dieu. Un jour que son esprit était absorbé en Dieu par un attrait extraovdinairement puissant, « Jésus s'empara de son àme, l'embrassa avec un amour inexplicable, lunit à loi, et la prit pour son épouse (4). » Ah! qui peut comprendre ce mystère de l'amour d'un Dieu pour sa créature” Quelles flammes célestes consument le cœur unr au cœur divm de Jésus! Heureuse l'âme qui demeure en Jésus, qui possède Jésus, qui ne vit que pour Jésus! Heureuse mille fois celle à qui il fut donné de vivre habituellement avec ce maître divin! Quels ravissements! Qu'ils sont divins les eimbrassements de Dieu! Quel feu inconnu embrase son cœur! Le feu de Pamour dévore sa
(+) Lettre de Marie de lincarnalion.
vie, O divin Époux! tempérez vos ardeurs, éteignez ces flammes! « Ô mon Amour!
€ Je n'en puis plus : ou laissez-moi un « peu respirer, où Ôtez-moi la vie, car «€ vos amours me font souffrir ce qu'une € âme enfermée dans la prison de son « corps ne peut supporter (1). »
La conversation des saints est dans le ciel, et de trois manières, dit saint Thomas : par contemplation, par affecüon, et par opération. Ils conversent dans le ciel par contemplation, parce que, détournant leurs regards des choses visibles et terrestres, 1ls ne con‘emplent que les biens invisibles et éternels. Ils conversent dans le ciel par affection :
parce que leur cœur ne désire que les biens surnaturels. [ls conversent dans le ciel par opération; toute leur vie est une expression de Jésus-Christ, et ils peuvent dire avec saint Paul : Comme nous avons porté l'image de l’homme terrestre, nous
( ) Lettre de Marie de l’Incarnation,
Ur, our | i un car ’une son
ns le saint ffecdans que, oses plent
Ils ion :
à |es ns le une vent vons nous
er porterons aussi l’image de l'homme céleste (1).
Ainsi conversait dans le ciel la Vénérable Marie de l'Incarnation ; intimement unie à son Dieu, elle ne se contentait pas d'observer ses préceptes, elle suivait ses conseils, elle ne recherchait dans ses sentiments et dans toutes ses actions que le plaisir de sa souveraine bonté. Cependant Dieu lui avait inspiré un état plus partait (2). Pour obéir à : te voix intérieure qu'elle suivait en toutes choses, elle résolut de quitter le monde et d'entrer aux Ursulines. De quel œil le monde regarda-t-1l sa résolution de suivre l'inspiration du Saint-Esprit, de vivre sur la terre et dans un corps de char comme les Anges vivent dans le Ciel? La sagesse humaine ne comprend pas la joie d'une âme qui quitte tout pour plaire au Seigneur, qui écoute la voix de Dieu, qui se dépouille de tout pour contracter lalliance la plus
(A) LE, Cor. 45, 49.
(2) I, Cor, 49.
36 = étroite et la plus délicieuse avec l'Époux céleste,
Le monde toujours malin et dur murmura contre sa résolution : tous ses pareuts et tous ses anns employérent, pour la retenir dans le siècle, les sollicitations les plus pressantes, les reproches le: pli: nsibles : Vous êtes une femme imprüuvre, une mère dénaturée; quoi !
vou: cobhez ainsi votre enfant! Vous abandonnez cet orphelin à l'âge où 1} a le plus besoin de votre vigilance ! Vous êtesvous mise en peine de lui procurer de quoi vivre honorablement et de le faire instruire ? Ah! que son cœur bon et sensible était déchiré par les cris et Îles lamentations que son enfant faisait entendre à travers la grille du monastère de Tours : « Rendez-moi ma mère, rendezmoi ma mère!» Et son vieux père inconsolable lui disait dans s& douleur : « de inourrai si vous persistez à entrer au monastère des Ursulines, »
À ce langage du monde, Dieu répon-
"Epoux
v raur- US ses vérent, solliciroches fenime : quoi !
U Vous rilale is Ôtesrer de le faire bon et et les ait entère de rendez- InCON- 1 «Je (rer au
répon-
dait par ces paroles : « Qui aime son père el sa mère plus que moi n'est pas digne de moi; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi (1). Écoutez, ma fille, voyez et prêtez l'oralle, oubliez votre peuple et la maison de votre père. Le Roi sera épris de votre beauté, car 1l est le Seigneur votre Dieu ().» Rien ne put ébranler cette âme forte et généreuse. « Mon enfant, dit la « mère à son fils, je vous laisse entre les « mains de Dieu; mais celui que jai « choisi pour mon héritage sera aussi le « vôtre. Vous n'avez plus de mère 1ci- « bas, mais dans le ciel vous en avez « une qui vous dédommagera bien de la « perte que vous allez faire (3). » Est-ce assez d'épreuves ? Non, mes Sœurs, toutes les puissances de l'enfer semblent conjurées contre elle. Au noviciat, elle est attaquée par les plus violentes tentations
(4) Math. X, 37.
(2) Ps. 44, (3) Lettre de Marie de l'Tacarnation.
de blasphème, d’impureté, d'orgueil, d’infidélité, de désespoir. Ah! qui peut dire ce qui se passait dans son cœur tout embrasé d'amour pour son Dieu? L'épreuve, cest la voie que Dieu choisit pour la conduire à la plus haute sainteté; il lui donne de grands combats à soutenir pour lui faire remporter de grandes victoires (1). Mais s’il plut à Dieu de la plonger dans un abîme d’afilictions et d'amiertumes, il la plongea, pour ainsi dire, dans un océan de consolations et de délices; et elle put dire avec le saint roi David : « Vous m'avez consolée autant « que vous m'avez afiligée, et les joies « que vous avez répandues dans mon « âme ont été dans la même mesure « que les pemes et les tribulations dont « vous m'avez éprouvée (2). »
La fervente novice, par amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, avait mé-
(1) Sap. 40.
(2) Lettre de Marie de l'Incarnation.
prisé les séduisants attraits du monde (1), elle reçut en échange les richesses immenses de la grâce du Sauveur. La trèssainte Trinité s'emparait de son âme comme d'une chose qui lui était propre:
elle reçut dans un degré fort éminent l'intelligence de la sainte Écriture; « et « toutes les puissances de son âme étaient « tellement plongées dans un océan d’a- « mour, quelle n’en sortait point, non € plus qu'une personne qui serait abimée « dans le fond de la mer (2). » Sa profession fut pour elle comme un second baptême; elle prit le nom de Marie de l'Incarnation; elle eut l'honneur d'être du nombre des vierges consacrées à Dieu que saint Cyprien appelle la plus belle et la plus pure fleur de l'Église.
La Sagesse infinie, qui se plaît à confondre la fausse sagesse du siècle, voulant se servir de la Vénérable Marie de l'Incarnation comme d'un instrument de
(4) Office de sainte Agnès.
(2) Lettre de Marie de l’Incarnation*
ET Eee miséricorde en faveur du Canada, lui fit bientôt connaître qu'il Pappelut « à ce « grand et vaste pays, plein de mon- « tagnes et de vallées, et tout couvert de « brouillards épais, excepté une petite « maison qui servait d'église dans tout « le pays (1). » Les relations des Apôtres du pays des Hurons, celles du P. Le Jeune, supérieur de la Résidence de Québec, se répandaient en France, et enflanmaient d'ardeur un grand nombre d'âmes qui voulaient travailler à la conversion des pauvres sauvages. «€ Hélas!
« mon Dieu! si les excès et les super- « fluités de quelques dames de France « S'employaient à cet œuvre si saint, « quelle grande bénédiction feraient-elles « fondre sur leurs familles! Se peut-il « faire que les biens de la terre nous « touchent de plus près que la propre « vie? Ne se trouve-t-il point quelque àme sainte qui veuille recueillir le sang
(4) Lettre de Marie de l’Incarnation.
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de E.-Se
« du Wils de Dieu, pour le salut des « pauvres sauvages (1)? » ‘
A Alençon, une jeune femme de condition, douée des dons de la fortune, et plus encore des inclinations les plus nobles et les plus heureuses, comprit, dès l’âge le plus tendre, que Dieu voulait seul posséder son cœur. Libre de se donner à lui par la mort de son époux et de son enfant, d’une extrême tendresse pour les malheureux, Mme de la Peltrie se sentait emportée en esprit dans les pays les plus lointains pour y contribuer au salut des âmes. Les paroles du P. Le Jeune firent sur elle une si forte impression, qu'elle résolut de donner tous ses biens pour le salut éternel des filles sauvages. Le jour de la Visitation, Notre-Scigneur Jésus- Christ lui fit connaître son dessem sur elle : « Je veux me servir de vous en ce « pays-là; et malgré les obstacles qui « s'opposeront à l'exécution de mes or- « dres; vous irez en Canada, et vous y
(1) Relation de 1635,
« mourrez (1), » En vain le démon metil tout en œuvre pour empêcher la Mère de lincarnation et Mme de la Peltrie de bâtir en Canada une maison où Dieu fût glorifié avec Jésus et Marie. Dieu se rit des obstacles; le démon est vaineu : les desseins de Dieu sur le Canada vont s’accomplir, Quelles actions de grâces ne vous devons-nous pas, à divine Providence!
ô bonté infinie! qui avez inspiré à Marie de lIncarnation et à Mme de Ja Peltrie la charité qui bannit la crainte et qui opère des miracles; qui avez rempli du zèle du salut des âmes ces nobles et saintes femmes qui, pour la gloire de votre Église, sacrifient leurs intérêts, leurs personnes, leurs vies!
Allez donc, saintes àmes; partez, Anges de Dieu; quittez cette France que vous aimez; oubliez votre peuple : voici un pays barbare, plongé dans les ténèbres de de Pinfidélité; 11 vous appelle, 1l vous tend les b'as; Dieu le donne à votre charité,
(4) Lettre de Marie de l'Incarnation.
Soyez.les pierres fondamentales de l'édifice que vous voulez élever dans le Nouveau Monde en l'honneur de Jésus et de Marie. Soyez-v comme des pierres précieuses, semblables à celles des fondements de la Jérusalem céleste. Que ce temple soit à Jamais un lieu de paix, de bénédictions et de grâces, plus fécond que ne le fut celui de Salomon.
Que les portes de l'enfer ne prévalent point contre lui, et ne lui puissent jamais nuire, non plus qu'à celui de
« Pierre. Que Dieu y habite comme père et
comme époux, jusqu'à la consommation des siècles (1). » Grandes paroles, pleines d'un sens ad-
mirable et prophétique! Elles recevront, par la grâce de Dieu, leur entier accomplissement. Le regard du saint archevêque de Tours, en se plongeant dans l'avenir, voyait déjà, par les prières et les explations de ces âmes saintes, les béné-
(4) Paroles de Mgr Deschau, archevèque de Tours, à la Vén. M. Marie de l’Incarnation.