‹ Discours prononcé à l'occasion du 192e anniversaire de l'heureuse mort de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 19 sur 22 · DD · texte numérisé non relu

DD

« vont s'arrêter, parce que tous veulent « croire et obéir à Dieu : n'est-ce pas de « quoi mourir de joie (1)?» Et pour travailler plus efficacement à leur salut, quels travaux n'a-t-elle pas entrepris pour apprendre leur langue? Quels obstacles ne dut-elle pas surmonter pour fonder ce monastère qui l’a rendue, par la sainteté de sa vie et par la pratique des vertus les plus héroïques, mère d’une grande postérité de saintes religieuses, vouées comme elle au service du céleste Époux? Elle n'épargnait ni peines, ni travaux; elle prodiguait sa santé pour faire connaître son aimable Jésus aux filles françaises et à ces pauvres sauvages du Canada; son àme était dominée par cet amour de la gloire de Dieu et du salut des âmes.

Voulez-vous connaître comment elle prêche l'amour de Jésus dans son monastère de Québec? Elle était toute céleste la ferveur des religieuses qui lhabitaient.

Sous la conduite de leur première supé-

(4) Lettres de la Vén. Marie de l’Incarnation.

us UE sd

rieure, ayant pour conducteurs spirituels « des saints qui retraçaient sur la terre « la vie des Apôtres, » ces saintes filles rappelaient aux premiers habitants du pays les vertus des solitaires de la Thébaïde. Ah! je puis bien dire de Marie de l'Incarnation ce que le grand Bossuet dit de sant Bernard : elle avait avec elle vingt-deux anges, ferimes célestes, qui servaient Dieu avec elle à Québec, si recueillies, st mortifiées, que lorsqu'on entrait dans ce monastère, voyant cet ordre, ce silence, cette retenue, on n'était pas moins saisit de respect que si on eût approché de nos redoutables autels (1).

Le Canada offrait alors un spectacle digne de Dieu, des anges et des hommes; c'était par excellence l’époque des saints et des martyrs. Les missionnaires donnent leur vie pour la confession du'nom de Jésus-Christ; la terre lu Canada est rousie et fécondée du sang des Brébœuf, des Lall:mant, des Garnier, des Daniel, saints

(4) Bossuet, Panégyrique de saint Bernard.

RS

Me.

sn re TE ET

pas ap-

acle nes ; ints nent \ de roudes unts À.

He & Le k

Es

martyrs qui, Comme de riches anneaux, unissent la patrie du Ciel à la patrie de la terre. Quelle reconnaissance ne devonsnous pas aux fondateurs de cette Église du Canada, aux apôtres et aux martyrs du pays des Hurons, au premier pasteur de notre pays, le saint évèque de Laval, aux saintes communautés des Ursulines et de l'Hôtel-Dieu, à tant de saints prêtres, et à tant de laïques embrasés d'amour et de zèle pour la gloire de Dieu! Ils ont sanctifié notre pays par leurs travaux et par leurs vertus; et maintenant dans le Gel, ils sont nos puissants intercesseurs.

Ne vous semble-t-il pas, mes Sœurs, qu'il ne restait plus rien à désirer à la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation, et que ses Jours devaient couler dans la joie et dans [a possession du bonheur? Les desseins de Dieu sur une âme sont bien différents de ceux du monde. Dieu éprouve ceux qu'il aime; aussi les croix, les humiliations, les mépris ne manquèrent pas

à la première supérieure des Ursulines, Elle est apôtre , il faut qu'elle soit persécutée comme les Apôtres de Jésus-Christ, et qu à l'exemple de saint Paul, elle puisse s'estimer heureuse d'endurer tout pour les élus (1); à l'exemple du Sauveur, elle s'est faite victime pour le salut des âmes et la gloire de l'Église, il faut que son sacrifice ne soit jamais interrompu, qu'il dure autant que sa vie, et que chaque jour il soit uni au sacrifice de son Sauveur. Tout semblait conspirer contre Marie de l'Incarnation : elle devint suspecte à la communauté de Tours, au sujet de la réunion des deux Congrégations de son ordre; Mme de la Peltrie quitta le monastère des Ursulines pour se fixer à Montréal; la conduite toute mondaine de son fils accablait son âme de douleur; le feu réduisit en cendres son monastère (2); elle fut témoin de la ruine de l'E! » des Hurons; elle vit la dispersion de : » peuple

(A; I. Tim. 2.

(2 Premier incendie du monastère, le 30 déc, 4650,

ist, 1sse our elle mes | Saqu'il que Sauarie à la , réuson )nasfont-

euple

infortuné et la dévastation de leur pays; elle perdit la paix de son àme, et parfois elle tombait dans des tentations de désespoir qui lui causaient les peines les plus amères; « elle passait d'un abime de lu- « mière et d'amour dans un abime de « ténèbres douloureuses; du séjour de la « gloire, elle se sentait précipitée et plon- « géc dans un enfer où régnalent des « tristesses mortelles (1). » Mais si les tentations furent terribles, sa fidélité fut toujours admirable et constante. Toujours sounuse à la volonté de Dieu, résignée sous le fardeau de sa croix, comme Job, « elle ne déplut pas à Dieu dans les acca- « blements de son âme (2). » Confiante en Dieu seul, elle relève les ruines de son monastère, et si promptement, malgré Îa modicité des ressources, que tout le pays était dans la joie et l'admiration, et disait que Dieu y travaillait lui-même.

(1) Lettre de Marie de l’Incarnation.

(2) Job, 2.

ms BR

Quand Dieu voit une àme si humihiée en sa présence, 1l se laisse toucher de compassion, 1! lui rend le calme, 1! la dé- Lvre de ses agonies mortelles : cette àme ne semble plus vivre que de la vie divine.

C'est de cette manière que samt Paul nous assure que « les bienheureux dans « le Ciel sont transformés en Dieu, par « la violence de Famour divin dont ils « sont embrasés (1). » Mais pourquoi Dieu permet-1l qu'elle soit comme accablée par toutes ses croix qui viennent du dedans et du dehors? Elle le dit ellemême dans ses lettres : « Afin que ce que « dit saint Paul soit entièrement accom- « ph, 1l les a rendus conformes à l'image « de son Fils. » Ainsi, par la ferveur de sa pénitence, par ses mortifications, par Jimmolation d'elle-même qu'elle offrait chaque jour à Jésus crucifié, pour le salut des sauvages, elle s'efforçait d'accomplir, à l'esmple de saint Paul, dans sa

(4) IL. Cor, 2,

miliée 1er de la dée âme livine,

Paul dans 1, par nt 1ls ir quo] accant du | elle ce que :COMimage ur de s, par offrait le sa- Com ins sa

char, ce qui manquait aux souffrances de Jésus-Christ (1).

Exercée dès son enfance AUX austérités excessives, aux jeûnes prolongés, elle se déchirait impitoyablement par des diseiplines armées de pointes. Elle portait un cilice qu'elle n'ôtait pas même pour se reposer, et longtemps, dans ses repas, elle mêlait de l’absinthe dans tout ce qu'elle Mangeait. Elle se dévoua à la Jusiice divine pour obtenir la parfaite conversion de son fils: et, nouvelle Monique, elle fit un accord avec Dieu pour porter la peine due à ses péchés. « Et celles qui l'enseveli- «rent furent étrangement surprises de lui ‘Wouver tout le corps ulcéré et écorché € jusqu'aux 65 (2). » Mais n'est-ce pas une témérité que d'agir ainsi? N'est-ce Pas Sortir des conditions de notre EXIStence, heurter et froisser violemment la vie? Devons-nous louer et admirer cette

(1) Coloss. 4, 94.

(2) La vie de la Mère Marie de l'incarnation . par Charlevoix, page 386,

— O0 — nrpitoyable pénitente? Ne faut-il pas au contraire la blâämer? Marie de l'ncarnation ne marchait pas sans guide dans cette voie des austérités; la voix de Dieu lui disait d'avancer, et l'inspiration divine était si forte, qu'elle ne pouvait s'y opposer. Dans la sainte communion, elle puisait la force pour ses combats de chaque jour. « Mon corps, brisé par les péni- « tences et épuisé par les fatigues que Je « prenais pour le service du prochain, « rétablissait ses forces en mangeant ce « pam divin. Quand tout le monde lui « dirait le contraire ; elle mourrait pour « Ja confession de cette vérité (4). » Dieu, par une direction toute spéciale, appelle certaines âmes à ces combats à outrance; c'est leur don et leur vocation. « Dieu le « veut. Non, certes, qu'il veuille qu'on « aggrave indiscrètement le poids des € infirmités humaines, qu'on épuise la « vie, le plus noble des biens, et qui nous « vaut l'éternité, qu'on lirrite jusqu'à

En,

(4) Lettre de la Mère Marie de l’Incarnation,

-il pas au l'Incarnauide dans

x de Dieu ion divine S'y OPpoelle puile chaque les péniles que Je prochain, ngeant ce nonde lui Trait pour ). » Dieu, e, appelle outrance; « Dieu le Ile qu'on oids des épuise la qui nous : jusqu à

Lion,

TT ea

Page 1