Discours... prononcé á Patignies (Namur) en 1863
Ce quî,pourune bonnepart, noies adécidés àpublier cette brochure, c*est quHl notes est arrivé maintes fois de rencontrer une foule de compagnons qui, sans vouloir suspecter leur bonne foi et leur dévouement à la cause des opprimés, n'ont pas compris le mot socialisme dans toute retendue de sa signification. Ce mal, si c'en est un, n'est pa^ bien difficile à ficstifler, car en somme, est-il un genre de labeur qui, notre journée terminée, érelnté, brisé de fatigue, nous permette d'étudier les grandes questions sociales à résoudre.
Autant que possible nous avons voulu parer à cet inconvénient, en reproduisant Vexposé des doctrines -du regretté César DE PAEPE,
Le compte rendu de cette brillante conférence, qui
fut faite à Patignies en 1863, vous mettra en lumière,
- avec la clarté et la précision qui caractérisaient le
^grand penseur socialiste, les questions qui nous
intéressent le plus. Du reste, est-il besoin de vouloir ^ faire réloge de César De Paepe, dont la métnoire est :^i profondément aimée et respectée par tous les tra- ^ .pilleurs du monde.
\ Nous croyons donc faire œuvre utile en répandant ^la pensée du regretté défenseur des hwnbles, car
comme le disait le citoyen J, des Essarts : celui qui a
compris la conférence de Patignies, n'a plus besoin
que de quelques notions de pratique.
Que chacun de vous s'inspire des idées qui sont
émises dans cette brochure et la révolution sociale
sera faite,
La Jeune Garde socialiste d'Ougrée.
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DU
Oitoyexx Oéssia? JDIB I>-A.5EI=>E prononcé à PATIGNIES (Namur) en 1863
Travailleurs et Amis,
J'ai remarqué d'ici, dans rassemblée, un jeune homme (il doit être à peu près de mon âge) qui n'a cessé de rire, d'un rire provocateur, et de hausser les épaules avec dédain aux principaux passages de mon ami Henry. Je ne puis m'empècher de dire à ce jeune homme que le sarcasme et le mépris ne sont pas des arguments. S'il y a ici des catholiques...
M. SovET. — Il y en a.
M. Wasseige. — Et plus d'un î
Le Citoyen De Paepe. — Tant mieux ! mais je leur demande si c'étaient là les moyens de conversion qu'employait le Christ, celui qu'ils appellent le divin maître? Non, son âme était douce et bienveillante, il attirait à lui par la persuasion et le raisonnement ; il prêchait la tolérance et la concorde; et eux, faux disciples de Jésus, leur rire insultant révèle l'intolérance et la'haine qui les animent.
Sans doute, plusieurs d'entre vous, citoyens,'nous posent en ce moment cette question en eux-mêmes : Qui êtes-vous et que venez- vous faire ici?
A cette question, que je lis dans plus;^d'un regard, je réponds : Que vous importe qui nous sommes, pourvu que nos paroles soient conformes^à la vérité.
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Nous ne sommes pas — comme on en a répandu le bruit dans ces environs — nous ne sommes pas des hommes venus dans le dessein d'attaquer le catholicisme pour vous prêcher le protestantisme, nous ne venons pas détruire les dogmes anciens pour leur substituer des dogmes nouveaux, briser d'une main les vieilles chaînes rouillées dont le clergé catholique étreint les intelligences et vous apporter de l'autre, des fers nouvellement forgés; non, nous sommes, tout simplement comme vous, des ouvriers, des artisans ou des laboureurs, dans tous les cas des travailleurs et des prolétaires. Nous avons des idées que nous croyons justes et de la réalisation desquelles nous attendons le bien-ôtre matériel, intellectuel et moral des hommes ; ces idées, nous les soumettrons à la discussion, nous ne pouvons ni ne voulons vous les imposer, car précisément la première de ces idées, c'est le libre examen, c'est-àdire la libre recherche de la vérité, la libre discussion de toutes choses.
Il y quatre mois environ, il s'est tenu en Belgique une réunion qui avait quelque ressemblance avec celle-ci pour la forme et en ce qu'on y délibérait aussi sur des questions sociales, mais bien différente quant au fond; quant au but : une •réunioa composée non pas de travailleurs venant s'éclairer les uns les autres et discuter loyalement les principes philosophiques, politiques et économiques dont l'application doit leur procurer un sort meilleur, mais d'aristocrates et de prêtres accourus de toutes les contrées de l'Europe afin de se concerter sur les moyens les plus efficaces pour continuer à leurrer le peuple au nom de Dieu et de la religion. Ce jour-là — comme ces moribonds qui, étendus sur leur lit de douleur et sentant approcher leur fin, s'efforcent de retrouver leur vigueur perdue, — le catholicisme expirant a essayé de rassembler ses forces épuisées et de ressaisir un moment la vie qui lui échappe; c'est en vain, cet effort suprême lui porte le
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coup fatal; le moribond retombe, murmure quelques mots inarticulés et lâche enfin son dernier soupir !... Et le monde qui entend ce bruit et qui voit cette agitation, trompé par les apparences, prend pour le son de la voix humaine le râle de l'agonie et pour le mouvement de la vie les convulsions de la mort, car déjà il n'a plus devant lui qu'un cadavre. [Interruptions et protestations bruyantes des cléricaux) .
M. SovET. — C'est odieux! ce ne sont que blasphèmes contre la religion de nos pères !
M. Wasseige. — C'est une infamie!... [Le tumulte redouble).
Le Président. — Citoyens, je vous prie de laisser continuer l'orateur ; quand il aura terminé vous aurez la parole.
Le tumulte continue encore qvslqvss instants^ mais peu à peu le silence se rétablit et le Citoyen De Paepe reprend la parole.
Oui, le catholicisme est mort ! La foi, cette âme de toute religion, la foi qui faisait émigrer nos pères vers la Palestine pour y conquérir le tombeau du Christ, la foi n'existe plus. La catholicité s'est-elle levée en masse pour aller défendre la papauté à Castelfldardo? Si le prêtre possède aujourd'hui encore quelque puissance, ce n'est pas que les masses croient en son dogme, mais c'est par son alliance, par son identification, dirai-je, avec le Pouvoir et le Capital. Donc le catholicisme sans la foi c'est un corps sans âme, c'est un cadavre. Peu m'importe que l'on crie au blasphème et à l'infamie ! je constate un fait, rien de plus ; et ce fait, les catholiques eux-mêmes ne peuvent le nier.
Chose étrange, citoyens : Dans ce congrès de Malines où étaient accourus tous ces gens qui veulent en plein xix"^** siècle le retour aux institutions féodales et mona-
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Cales du moyen âge, au milieu de ces champions du passé, un homme à qui certes on ne peut nier un brillant talent oratoire — pas plus qu'on ne peut ôter au tigre sa belle robe bigarrée, pas plus qu'on ne peut ôter au serpent son regard fascinant — M. le comte de Montalembert enfin — laisse tomber de ses lèvres ces paroles qui sont à la fois un éclatant hommage rendu à nos idées et un aveu d'impuissance de la part du catholicisme : « La théocratie et l'ancien régime sont morts pour jamais... La société nouvelle, la démocratie, pour l'appeler par son nom, existe; on peut même dire qu'elle existe seule ; tout ce qui n'est pas elle a peu de force et de vie.,. Elle ne changera ni de principe ni de nature tant que nous vivrons. Au contraire, elle ira toujours en se développant dans le sens de son principe. »
Cela nous rappelle ces criminels à qui l'on faisait lire eux-mêmes leur sentence, à haute voix, au pied de l'échafaud. Ces paroles de Montalembert sont la condamnation de ce grand coupable qu'on appelle le catholicisme...
M. Wasseige. — C'est une infamie !
Le Citoyen De Paepe. — De ce complice séculaire de tous les brigands couronnés et de tous les voleurs cousus d'or, de ce vieux criminel qui s'est baigné jusqu'au cou dans le sang des peuples ! Ces paroles de Montalembert, c'est la sentence de mort de l'Eglise catholique prononcée par une bouche cathohque.
Oui, force a été aux champions du passé rassemblés à Malines d'entendre proclamer au milieu d'eux cette grande vérité : que les aspirations, que les tendances, que les pensées, que tous les mouvements du siècle sont vers la démocratie. Et comment en serait-il autrement? Chaque siècle en finissant lègue, au siècle qui le suit, une tâche à remplir. Ne sommes-nous pas les héritiers de 89 et de 93? Ce siècle n'a-t-il pas sucé à la mamelle de la République
la haine de Toppression et du privilège, Tamour de la liberté et de Fégalité? La Révolution sociale du XIX"* siècle n'a- 1- elle pas pour mission d'achever Tœuvre de la Révolution française?
Cependant ne nous faisons pas illusion : la démocratie que veulent les Montalembert n'est pas la nôtre, n'est pas la démocratie v<^ritable, n'est pas la démocratie des travailleurs. Et d'ailleurs, la démocratie basée sur la religion ne peut être qu'une mystiûcation, parce qu'ei^tre la démocratie et la religion il y a incompatibilité de nature. Celui qui veut appuyer la démocratie sur la religion, ressemble à un architecte qui voudrait construire un palais sur un terrain boueux et marécageux, ou sur un sable mouvant qui se dérobe sous les pieds, ou bien encore à un jardinier qui voudrait enter une branche vivace et fleurie sur un arbre sans sève, sur un bois mort, bon tout au plus à jeter au feu.
Mais pour que nous soyons à même de constater cette incompatibilité de la démocratie avec la religion, il nous faut examiner tout d'abord ce que c'est que la démocratie et ce qu'elle veut : nous verrons ensuite les doctrines de la religion, et nous les mettrons en face des principes démocratiques. Cette exposition me fournira l'occasion d'aborder successivement à peu près toutes les questions mises à l'ordre du jour de ce meeting : je m'efforcerai d'être aussi clair qu'il me sera possible, dussé-je entrer dans certaines explications superflues pour plusieurs d'entre vous et subir le reproche de traîner les choses en longueur. Jo demande donc aux uns leur attention, aux autres leur indulgence, à tous le silence et le respect de mes convictions.
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