‹ Discours... prononcé á Patignies (Namur) en 1863Chapitre 2 sur 5 · I. — Principes généraux · texte numérisé non relu

I. — Principes généraux

Le mot démocratie, vous le savez peut-être, vient du mot grec déinos qui signifie peuple, et de la terminaison kratia qui signifie gouvernement. La démocratie est donc le gouvernement du peuple, c'est-à-dire le gouvernement de chacun et de tous. Et le vrai gouvernement de chacun et de tous c'est, selon moi, un état social dans lequel nul homme n'est gouverné par un autre homme et ou chacun se gouverne soi-même. Tirons quelques conséquences de cette définition sur laquelle d'ailleurs je reviendrai tout à l'heure.

Le gouvernement de chacun, c'est l'affranchissement de VindivîdUy c'est la liberté, car si chacun se gouverne soi-même, chacun est libre; cela est tellement clair qu*^ cela ressemble à une définition de M. de la Palisse.

Le gouvernement de tous, c'est-à-dire que tous sans exception aucune possèdent ce même droit de se gouverner eux-mêmes, c'est donc I'égalité.

La liberté et Véçalité, voilà donc les deux principes fondamentaux de la démocratie, telle que je Tentends. Liberté, égalité, disaient nos pères les révolutionnaires de 93 et de 48; et ils ajoutaient : Fraternité! Eliminons momentanément ce dernier mot. La fraternité n'est pas un principe, c'est quelque chose qui part du cœur, c*est un sentiment. Elle sera peut-être le résultat d'un ordre social nouveau, elle ne peut en être la base.

L'état démocratique, basé sur la liberté et l'égalité, est-il conforme aux vœux de la nature, aux destinées de l'humanité? Oui, et a*est pour cela que la démocratie seule est légitime, c'est pour cela que son avènement doit venir fatalement, que son triomphe est inévitable.

L'homme est créé pour la démocratie, comme le poisson pour nager dans Teau.

La nature ayant donné à tous les hommes les mêmes organes, les mêmes besoins, elle, a par ce fait même, déclaré qu'elle leur donnait à tous les mêmes droits à l'usage de ses biens; donc tous les hommes sont égaux dans Tordre de la nature, tout homme vaut un autre homme.

Ainsi, la liberté et Tégalité sont deux attributs essentiels de rhomme comme l'étendue et la pesanteur sont deux propriétés essentielles des corps.

De là ces deux conséquences :

De ce que tout individu est maître absolu de sa personne il suit que la liberté pleine et entière de son consentement est une condition inséparable de tout contrat social, de tout engagement, de toute loi.

Et de ce que tout individu en vaut un autre, il suit que la balance de ce qui est reçu à ce qui est donné doit toujours être rigoureusement en équilibre.

L'égalité et la liberté, principes fondamentaux de la démocratie, vœux de la nature, attributs essentiels de l'homme, sont aussi les ba§es de toute véritable société entre les hommes, de tout ordre social vrai.

Liberté, égalité, démocratie, nature, homme, société, tous ces termes correspondent, se lient, s'expliquent les uns les autres.

L'homme est un être chargé de sa destinée, c'est-à-dire devant développer les facultés physiques et intellectuelles qu'il tient de la nature. Il ne peut développer pleinement toutes ses facultés, toutes les puissances de son corps et de son esprit, qu'avec l'aide de ses semblables; d'où il suit que l'homme est fait pour vivre en société et que l'état de société, quoi qu'en ait dit Jean -Jacques Rousseau, est vrai-

ment Vétat de nature de rhommp, car Tétat social est une loi que la nature elle-même impose à l'homme; Thomme pourrait-il en dehors de la société, c'est-à-dire sans Taide de ses semblables, donner pleine satisfaction aux besoins de son corps et aux penchants de son âme ?

Le but de la société est donc : de donner un libre essor au développement des facultés humaines et de satisfaire les besoins physiques et intellectuels de chacun de ses membres.

Donc, trouver dans la société le développement complet de ses facultés et rentière satisfaction de ses besoins, tel est le droit de chacun, et ce droit ne peut avoir 4'autre hmite que le respect du droit d'autrui.

Donc, le respect du droit d'autrui, tel est le devoir de chacun.

Exercer son droit et accomplir son devoir c'est ce qui constitue la justice. La société doit donc être fondée sur la justice. La justice doit régir tout les rapports de l'homme avec ses semblables.

Et maintenant, citoyens, voyons si la société dans laquelle nous vivons est bien une société véritable, si elle atteint le but que se propose la société, ou si elle n'est pas plutôt un état antisocial % Réalise-t-elle la démocratie ? Respecte-t-elle la liberté et l'égalité ? Assure-t-elle à chacun le développement de ses facultés et la satisfaction de ses besoins ? Est-elle fondée sur les bases du droit et du devoir ? Est-elle conforme à la justice ? Examinons donc cette société tant vantée ; ne nous chante-t-on pas sur tous les tons qu'elle est le necplus ultra delà perfection, le meilleur des mondes possibles ? Jetons un coup d'œil sur les principales institutions, gouvernement, propriété, religion, etc... Armés du scalpel de l'analyse, si dans nos investigations nous découvre os que le corps social est malade et gangrené, sondons hardiment ses plaies et retranchons impitoyablement les ulcères qui le dévorent.

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