‹ Discours... prononcé á Patignies (Namur) en 1863Chapitre 5 sur 5 · V. — Conclusions g^énérales · texte numérisé non relu

V. — Conclusions g^énérales

Pour que le travailleur jouisse enfin des fruits de son labeur, il faut que tous les parasites soient supprimés et rentrent dans les rangs des producteurs ; depuis le roi jusqu'au prêtre, depuis le grand propriétaire jusqu'au plus humble boutiquier. Aiûsi le veut la justice. Sans cette supposition, point d'égal échange, point de réciprocité dans les services, point d'équilibre entre la production et la consommation, point de bien-être dans le travail, point d'égalité entre les personnes, point de liberté réelle, point de véritable démocratie! Parasitisu^e gouvernemental, parasitisme propriétariste, parasitisme religieux, assez longtemps vous vous êtes engraissés de la sueur du peuple, assez longtemps vous avez bu ses larmes et son sang. Place au travail productif ! c'est lui et lui seul, qui va désormais régir la société. Comme dans la république des abeilles, on ne veut pas de frelons dans la république du peuple ! Rappelons-nous le mot de Rousseau : « Riche ou pauvre, puissant ou faible, touthomnàe oisif est un fripon. »> (Bravos.)

Mais comment en arriver à tarir toutes les sources du parasitisme? Redoutable problème qu'il me faut pourtant aborder avant de finir, car il ne suffit pas d'avoir indiqué le mal, il faut aussi trouver le remède. Permettez-moi de donner à la hâte les solutions que je crois pratiques, sans discuter à fond leur valeur et surtout sans entrer dans des détails qui me mèneraient trop loin.

Pour ce qui est de la religion, la question n'est pas difficile dans les pays où existe la liberté de conscience. Là, pour détruire le parasitisme religieux, il n'y a qu'à se

passer de la religion, et pour amener les hommes à se passer de la religion il faut éclairer les intelligences et vulgariser les enseignements de la science. En Belgique, nos sociétés de rationalistes, Les Affranchis, Les Solidaires, Les Libres Penseurs, sont en train de déchristianiser le peuple, et elles accomplissent à merveille cette rude besogne dont plus d'un démocrate embourbé dans la religiosité ne comprend pas la grandeur, mais dont l'avenir leur saura gré. Il est vrai qu'il reste le budget des cultes, mais ce n'est pas ce budget qui fournit au clergé de si immenses richesses; et d'ailleurs ce budget ne peut tarder longtemps d'être supprimé là où il existe encore : on comprend généralement, des catholiques eux-mêmes en conviennent, qu'il est inique d'obliger le libre penseur ou même l'indifierent à pourvoir à l'entretien de cultes et de prêtres dont il n'a nul besoin; qu'il n'y a d'impôt juste que celui qui rend en services aux citoyens ce qu'il a coûté, et que l'impôt pour les cultes ne rend aucun service aîi contribuable libre penseur.

Pour la destruction de l'autorité gouvernementale et du parasitisme bureaucratique et budgétivore, c'est une autre affaire. Partout, qu'il soit absolu ou constitutionnel, monarchique ou oligarchique, partout le gouvernement s'appuie plus ou moins sur la force des baïonnettes; à la force on ne peut opposer que la force, contre le canon il n'y a que la barricade. Il faudra bien subir le gouvernement, jusqu'à ce que nous en soyons débarrassés par une de ces commotions qui de temps à autre soulèvent les peuples et qu'on appelle révolutions violentes. Ici se présente une question : Les gouvernements actuels renversés, passerons- nous successivement par les diverses phases de la république présidentielle, du gouvernement par l'assemblée et du gouvernement direct? On ne peut le prévoir ; mais il est plus que probable que le coup d'Etat de 1852 aura éclairé les peuples sur les dangers de la

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présidence. Espérons même que Ton ne s'arrêtera pas au gouvernement par l'assemblée, gouvernement de centralisation, et que Ton adoptera immédiatement le gouvernement direct, préparatoire à l'anarchie. En attendant, voici, me semble-t-il, la conduite à suivre vis-à-vis du pouvoir par tous les hommes de l'avenir : Il faut s'efforcer d'ôter à l'Etat le plus possible de ses attributions, réveiller l'esprit communal et l'esprit d'association, user de l'initiative individuelle, refuser les subsides et les décorations de gouvernement, se passer de lui, et puis le laisser croupir dans son isolement. Cette politique vis-à-vis du pouvoir se résume en un mot : l'abstention.

Quant à la solution du problème de la propriété, elle se présente aujourd'hui sous des aspects multiples. Pour plus de facilité, distinguons entre la propriété immobilière et la propriété mobilière.

Dans la question de la propriété foncière de quoi s'agit- 11? D'abolir la rente de la terre, le fermage. Pour arriver graduellement à ce résultat voici une solution assez généralement admise par les socialistes : les communes traiteraient de gré à gré avec les propriétaires du sol pour le rachat des rentes et le remboursement des propriétés. La commune pourvoirait à l'installation des cultivateurs et à la délimitation des possessions en ayant soin de compenser l'étendue' superficiaire avec la quahté du fond et d'établir une proportion entre la redevance due à la commune et le produit. La redevance, payée ci-devant au propriétaire se payerait à la commune pour mettre celleci à même de continuer le rachat de la terre ; mais à mesure que la propriété territoriale mdividuelle irait en diminuant, cette redevance diminuerait proportionnellement, jusqu'à ce que toutes deux arrivent à zéro ; du jour où ce but est atteint, plus de propriétaires ni de fermiers, plus de vente de la terre, partant plus de propriété territoriale; il n'y a plus que des simples

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possesseurs du sol, vivant de leur travail et ne prélevant aucun tribut sur le travail d'autrui.

Colins et De Potter, pour effectuer le transfert de la terre à la commune, avaient un autre plan. Voici les mesures dont ils proposaient Fadoption :

Entrée à la propriété collective de toute succession aô intestat sans héritiers directs ;

Établissement d'un impôt de... p. c. sur toutes les successions par testament;

Inaliénabilité du sol une fois entré dans la communauté.

D'autres vont bien plus loin : ils demandent qu'à la Bftort du propriétaire actuel tous ses biens fonds retournent à la commune, moyennant indemnisation envers les héritiers directs seulement.

Quoi qu'il en soit, n'oublions pas que le transfert du sol à la commune, ne doit être que le moyen et non le but. Il s'agit d'abolir toute redevance payée par le cultivateur pour l'occupation de la terre, et non pas de remplacer le fermage payé au propriétaire par une vente perpétuelle payée à la commune, ce qui ne ferait que simplifier le problème sans pourtant le résoudre.

Ici quelques observations ne me semblent pas mal placées. Notons d'abord que tout ce que je viens de dire concernant la propriété du sol peut s'appliquer à la propriété des maisons, des bâtiments, en général de tous les immeubles.

Notons aussi que dans cette lente transformation que nous supposons ici, la phase (transitoire en économie sociale) du rachat des rentes par la commune, correspond assez naturellement à la phase (transitoire en politique) du gouvernementdirectavecladécentralisationetl'autonomie communale ; tandis que la phase définitive de l'abolition de

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toute rente de la terre et de toute propriété, a pour pendant, dans le domain© politique, la phase définitive de Tabolition intégrale de tout gouvernement, la phase de pleine anarchie.

Enfin, j'ajoute que si Ton tarde trop longtemps à commencer cette transformation de la propriété immobilière, il arrivera des circonstances où Ton sera forcé de procéder avec violence, et sans liquidation préalable, à cette expropriation que Ton aura pas voulu opérer graduellement et pacifiquement en tenant compte des droits acquis. Ceci n'est pas une vaine menace : ce n'est que la constatation d'un fait qui rentre dans la catégorie des événements non seulement probables, mais nécessaires.

Abordons la question de la propriété mobilière, A son tour elle se présente sous plusieurs aspects : contentonsnous ici de distinguer la "^vo^viéiéindusMelle et la propriété intermédiaire. Tune correspondant à l'exploitation industrielle, l'autre à l'exploitation commerciale.

Pour la propriété industrielle, de quoi s'agit-il? Il s'agit dé faire en sorte que le travailleur, le producteur, ne soit plus obligé de payer, sous forme d'intérêts, de loyer des outils, de profit du patron sur le travail, etc., un tribut aux propriétaires des instruments de travail ; qu'il ne soit plus astreint à partager le produit de son travail avec le capitaliste ou à livrer entièrement ce produit au capitaliste en échange d'un salaire représentant une valeur moindre que la valeur du produit. (La valeur réelle d'un produit se détermine par la somme des frais que la production a coûtés.) Comment cela est-il réalisable? Par le crédit gratuit et mutuel. Comment e3t-il réalisable? Par la création d'une banque du peuple, dont les producteurs en général seraient à la tois les capitalistes et les clients; comme dans cette banque populaire l'intérêt, au lieu d'être empoché par des parasites, appartiendrait au public même

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qui en serait le client, il est facile de prévoir que peu à peu cet intérêt descendrait de 5 ou 4 p. c. à 3 p. c, à 2 1/2 p. c, à 2 p. c, à 1 1/2 p. c, à 1 p. c, à 1/2 p. c, à 1/4 p. c, en un mot au taux le plus bas, c'est-à-dire au chiffre rigoureusement nécessaire pour couvrir les frais d'administration ; ce qui n'est pas du tout contraire à la gratuité du crédit, vu que cela se constitue pas un intérêt à proprement parler, c'est la rémunération d'un travail, c'est conforme au principe de la réciprocité des services.

Mais à part l'organisation, certainement très compliquée de la banque du peuple, il est une application partielle et spéciale du crédit mutuel qui peut être immédiatement miseen pratique : c'estl'association des producteurs pour la production en commun, sans capitalistes et sans patrons, où les travailleurs sont à eux-mêmes leurs capitalistes et leurs msdtres.

Pour la propriété intermédiaire, de quoi s'agit-il ? Il s'agit de faire en sorte que le travailleur, considéré cette fois comme consommateur, ne soit plus obligé de payer, sous forme de bénéfices et de gai as du commerce, un tribut aux intermédiaires commerciaux; il s'agit de supprimer Taubaine prélevée sur le consommateur par les agents parasites du négoce, d'aboLr ce qu'on a si bien appelé l'impôt mercantile.

Comment cela est-il possible? En mettant le consommateur en rapport direct avec le producteur. Or, en attendant que les diverses associations industrielles s'entendent pour l'échange de leurs produits respectifs, un mode actuellement applicable de cette mise en rapport direct du consommateur avec le producteur, c'est l'association des consommateurs pour l'achat en gros des objets de consommation, sans intermédiaires de commerçants, où les consommateurs sont à eux-mêmes leurs commerçants.

Enfin une troisième forme d'association, plus parfaite, est celle que pourraient former les travailleurs de toutes

professions, considérés à la fois comme producteurs et consommateurs échangeant réciproquement et sans intermédiaires le fruit de leur travail sur la base de l'équivalence des produits, c'est-à-dire en s'appuyant sur le principe de justice, prinpipe fondamental de la nouvelle économie sociale: que deux produits différents doivent être échangés selon leur valeur respective, c'est-à-dire selon les frais que chaque produit a coûtés, savoir :

1*» Frais de matière première et d'outillage ;

2*» Frais de la consommation du producteur. Cette dernière forme d'association, en se généralisant, fournirait évidemment une solution complète de la question de la propriété mobilière.

Qu'on ne dise pas que l'association est impossible. Elle existe en Allemagne, en Suisse, en France, en Angleterre, d'une manière plus ou moins imparfaite, il est vrai, mais enfin elle existe. Elle existe pour le crédit mutuel, pour l'achat des objets de consommation sans intermédiaires, pour la boulangerie et la préparation des aliments, pour l'achat des matières premières, pour l'usage commun ou alternatif des moteurs mécaniques, des machines et de tous les grands instruments de travail, pour la production, puis pour l'échange véridique, direct et réciproque des produits ; elle revêt cent formes diverses. En Angleterre, il y a plus de 400 sociétés coopératives de tous genres; en Allemagne, il y en a plus de 1,000. L'association impossible! Mais les économistes qui comme Wolowski, Passy et tant d'autres, se montraient en 48 les adversaires acharnés des associations ouvrières, en sont réduits à se rétracter devant la brutalité de cet argument qu'on appelle le fait accompli. Tous aujourd'hui, bien qu'ils continuent à se poser en défenseurs de la propriété, ils conseillent et prônent l'association entre les producteurs ; ne comprennent-ils pas qu'établir l'association entre les producteurs, c'est supprimer le parasitisme industriel et commercial

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c'est dégrever le travail des intérêts et des bénéfices prélevés par les capitalistes, c'est annihiler le droit d'aubaine du propriétaire sur les produits du travail, c'est porter atteinte à la propriété, c'est préparer le nivellement des conditions, c'est miner V ordre social?... Economistes, vous ne vous en doutez guère, mais vous êtes de terribles révolutionnaires et d'impitoyables niveleurs.

Et qu'on ne s'imagine pas que l'association n'est utile et possible que pour l'industrie et le commerce. L'agriculture aussi la réclame. On a parlé longuement de la répugnance invincible du paysan pour l'association ; à ce propos, plus d'un socialiste (Proudhon entre autres), ont fait chorus avec les adeptes de la vieille économie politique. Je ne nie pas cette répugnance, mais est-elle invincible? est-elle innée dans l'âme du paysan? n'est-elle pas plutôt l'effet de l'ignorance et de l'esprit de routine? Allez, du jour où le paysan comprendra qu'il y va de son intérêt, il s'associera tout aussi bien que les prolétaires de l'industrie. Pourquoi, afin de débuter par les choses les plus simples, les petits cultivateurs ne pourraient-ils pas s'associer pour la garde des bestiaux, pour n'avoir qu'un seul grand troupeau sous la conduite d'un pasteur capable, au salaire duquel chacun contribuerait en proportion des bêtes qu'il donnerait à à garder, au lieu d'employer une cinquantaine ou une centaine de gardiens isolés? Cette idée n'est pas neuve, ellese pratique depuis un temps inamémorial dans plusieurs départements de la France.

Ne pourraient-ils s'associer ensuite pour l'achat et l'entretien de forts attelages de bœufs ou de chevaux, de charrues à la vapeur et de toutes espèces d'instruments aratoires perfectionnés dont ils se serviraient tour à tour? Et ainsi, peu à peu, l'association agricole ne pourrait-elle pas s'élever aux différentes parties de la culture?

Allons plus loin. Pourquoi l'agriculture, dans l'avenir, ne pourrait-elle se marier à l'industrie? Pourquoi ces

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deux grandes branches de la production resteraient-elles isolées? Pourquoi les associations de travailleurs agricoles ne pourraient-elles pas en même temps devenir des associations industrielles et vice-versa, pourquoi les associations industrielles ne pourraient-elles pas prendre part aux travaux agricoles? En temps de pluie ou de gelée, les travailleurs laisseraient la campagne pour se réfugier dans les ateliers. Si, au contraire, le travail agricole demandait subitement une multitude de bras (comme cela a lieu lorsque à rapproche de Torage, les blés ou les foins demandent à être rentrés au plus vite dans la grange), les travailleurs quitteraient la navette et le rabot pour voler aux champs et sauver la récolte. En un mot, en temps de chômage industriel, l'association entière se vouerait aux travaux agricoles; en temps de chômage agricole, elle vaquerait aux travaux industriels ; en temps ordinaire, le travail agricole et le travail industriel seraient partagés alternativement par tous les associés.

Par cette alternance entre l'industrie et l'agriculture, entre l'atelier et la campagne, il serait enfin donné une certaine satisfaction à ce besoin de variété inné chez l'homme, à cette passiou du changement qu'on appelle au phalanstère la papillonne, parce que par elle, l'homme est poussé à changer de temps en temps d'occupation, comme le papillon à voltiger de fleur en fleur.

Et en même temps, l'émulation qui s'établirait entre les travailleurs satisferait à cette passion de mieux faire que le voisin, passion qu'on a baptisée du nom de ccibato^e ; tandis que l'entraînement mutuel que produit naturellement un grand nombre d'hommes réunis, donnerait naissance à cette ardeur au travail, à ce saint enthousiasme que les phalanstériens appellent la composite.

Ainsi se trouverait réalisé, du moins dans une certaine mesure, le travail par V attrait y le rêve de Charles Fourrier, encore un de ces fous sublimes que chanta Béranger.

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De ces diflféreDtes solutions partielles du problème social, du problème de la propriété la plus immédiatement réalisable dans la pratique, c'est sans contredit Tassociation dans le double domaine de la production et de la consommation.

Les ouvriers l'ont bien compris ; c'est par là qu'ils commencent la réorganisation sociale. Si la suppression de tout droit d'aubaine du capital sur le travail, depuis le bénéflce du patron jusqu'à la vente de la terre, est le couronnement de la réforme économique, convenons que l'association des producteurs entre eux est le premier pas fait dans cette voie nouvelle ; un premier pas, rien de plus, mais aussi rien de moins. L'association, telle est l'arme au moyen de laquelle le prolétaire fait aujourd'hui la première brèche dans la vieille forteressedu propriétarisme. L'association, c'est comme le fil d'Ariane qui, au milieu du labyrinthe de la société actuelle, doit ramener le prolétaire, nouveau Thésée, à la lumière d'une société meilleure. Ne laisse point échapper, à Thésée, ce fil libérateur que ta main a saisi et qui va t'empècher de devenir la proie du paupérisme, de ce minotaure, qui se nourrit du sang et de la chair des enfants du peuple ! ...

Donc, prolétaires, il y a trois choses à détruire : Dieu, le pouvoir et la propriété ; il y a une chose à établir : la justice. Comme les premiers apôtres du christianisme, simples pêcheurs de la Judée, parcouraient les nations en criant au peuple : « Voici l'évangile, voici la bonne nouvelle de votre délivrance du triple joug de Satan, du monde et de la chair I charité, fraternité! » nous aussi, simples ouvriers des champs ou des ateliers, nous crions à ceux qui travaillent et qui souffrent : ««Voici l'évangile nouveau, voici la bonne nouvelle de votre délivrance du triple joug de la religion, du gouvernement et du capital ! liberté, égalité! »> Ils apportaient la loi d'amour; nous préférons la loi de justice. Entre l'amour et la justice, il n'y

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a rien de commun. Ils avaient reçu leur loi d'en haut, ils la tenaient de Dieu, disaient-ils; nous avons trouvé la nôtre dans la conscience même de Thomme.

L'évangile du christianisme a partout bien remué le monde. Mais qu'a-t-il fait en définitive pour améliorer la condition sociale du peuple? On nous dit qu'il a aboli l'esclavage! comme si les serfs du moyen âge et nos' modernes prolétaires étaient autre chose que des esclaves ! comme s'il n'y avait pas une profonde vérité dans ce refrain d'une chanson populaire : « La pauvreté c'est Vesclavage! »

L'évangile chrétien disait aux hommes: «Vous êtes tous frères, car vous êtes tous fils du même père. Aimez-vous les uns les autres ». Il disait encore : « Il est aussi impossible à un riche d'entrer dans le royaume des cieux qu'à un câble (la Vulgate dit camelics, un chameau!) de passer par le trou d'une aiguille. Et en même temps, il est venu légitimer le pouvoir des rois et les usurpations des riches et des puissants de la terre, prêcher la soumission à César et la résignation dans la pauvreté, bénir le dieu-gouvernement et le dieu-capital. N'est-ce pas toujours au nom du Christ, que des prêtres de toutes sectes, et tous les hommes de superstition et d'obscurantisme bêtifient encore aujourd'hui des millions d'hommes? Non, l'évangile du christianisme n'est point le salut! {Interruptions, désapprobations.)

Oh! Je sais bien que la plupart des socialistes de 48, regardaient le socialisme et le christianisme évangélique comme deux choses identiques, qu'à leurs yeux l'idée socialiste n'était que la fille de l'idée chrétienne, et la science sociale un corollaire du Nouveau-Testament. Heureusement, ce socialisme mystique, religieux ou fraternitaire de Lamennais, de Bûchez, de Pierre Leroux, perd du terrain parmi les travailleurs pour faire place au socialisme positif, scientifique et égaUtaire de Proudhon.

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Je sais bion aussi que des catholiques, prétendus démocrates ou soi-disant socialistes, soutiennent encore aujourd'hui le parfait accord qui, selon eux, existe entre ridée évangélique et Fidée démocratique, entre le christianisme et le socialisme.

C'est bien peu connaître Tesprit du christianisme et l'esprit du socialisme moderne.

Qu'enseigne le christianisme ? Il enseigne le renoncement aux biens de la terre en vue des biens du ciel; il fait prédominer Fincertain sur le certain, Tespérance sur le fait; il enseigne qu'il faut sacrifier la matière à l'esprit, châtier la chair et imposer silence à la voix des passions les plus naturelles et les plus légitimes.

Et qu'enseigne le socialisme? Il enseigne l'usage des biens de la terre, et leur répartition équitable, juste, égale pour tous; il fait prédominer le certain sur l'incertain, le palpable et le réel sur le fitif et l'imaginaire ; il ne sacrifie pas la matière à l'esprit, ni l'esprit à la matière ; il veut pour tout homme, le développement complet des facultés morales et intellectuelles comme la satisfaction pleine et entière des besoins matériels.

Qu'est- ce qui poussa les premiers chrétiens vers la communauté? Le désir de réaliser le vœu de Jésus : la pauvreté volontaire. Les richtis se dépouillaient de leurs biens, moins pour en faire jouir les autres, que pour se débarrasser d'un fardeau qui pouvait devenir un obstacle au salut éternel.

Et qu'est-ce qui pousse aujourd'hui les travailleurs vers la mutuaUté, l'association et la réciprocité? Le désir d'arriver à l'aisance et au bien-être en réunissant leurs forces pour supprimer le parasitisme, éviter le double emploi et la déperdition des produits, créer la somme la plus considérable de richesses, répartir équitablement ces richesses entre tous les producteurs, accroître enfin la consommation et la somme des jouissances.

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On nous objecte que la communauté chrétienne réalisait l'égalité dos personnes et des conditions, ce but que poursuit aujourd'hui le socialisme. Nous répondons : non, la communauté chrétienne n'a Jamais réalisé l'égalité des personnes car cette communauté était hiérarchique : où il y a hiérarchie, il y a des supérieurs et des inférieurs, il n'y a plus d'égaux.

Pour ce qui est des conditions, la seule égalité que pouvait réaliser la communauté chrétienne, c'est l'égalité dans la misère : et nous voulons, nous socialistes, l'égalité dans la richesse.

Enfin, pour tout dire, le christianisme a pris naissance en haine des richesses et des biens terrestres. Quoi qu'en pensent beaucoup de socialistes et beaucoup de chrétiens, il n'y aucun lien de parenté entre l'idée chrétienne et l'idée socialiste, entre la fraternité évangélique et la justice égalitaire, entre la charité et la réciprocité des services, entre la communauté religieuse et l'association industrielle, entre la prière et le travail, entre la théologie et la science de l'économie sociale, entre l'église et la révolution.

Prêtres astucieux, vous nous donnez votre doctrine comme devant conduire l'humanité vers le bonheur; et toutes les souffrances sont nôtres, tandis que vous vous engraissez saintement dans l'intérieur de vos cloîtres et de vos presbytères comme ce rat ermite dont parle La Fontaine. Vous nous bercez par la promesse trompeuse d'une béatitude éternelle dans un autre monde que nous n'avons jamais connu et que vous ne connaissez pas vousmêmes; et en attendant nous souffrons l'enfer dans celui-ci. Assez de mensonges et de jongleries! Un tiens vaut mieux que deux tu V auras. Ce que nous voulons, noiis, c'est le paradis sur terre !...

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