‹ Discours prononcéChapitre 3 sur 14 · II. LE MEME AU MÊME · texte numérisé non relu

II. LE MEME AU MÊME

Saint-Denis, île Bourbon, le 27 octobre 1830.

Monsieur ,

Je suis arrivé Iiier de Saint-Paul à Saint-Denis. J'ai vu ce matin l'avocat qui doit nous défendre, qui est un homme de mérite: c'est celui qui a défendu le général Traveaux à Rennes; il a connoissance de tous les interrogatoires que l'équipage du Succès a subis par-devant le juge de paix de Saint-Paul, qui sont tous à notre avantage. Ce qu'il y a de drôle, c'est que le gouverneur m'a donné le conseil de prendre ce même avocat, ce qui prouveroit qu'il me veut du bien, et que ce qu'il fit est pour prouver qu'il tient la main à ce que ces voyages interlopes n'aient pas lieu ; il me l'a dit plusieurs fois étant seul avec lui , mais que cela ne devoit pas sortir de sa chambre.

Nous avons pour nous les lois. Nous n'avons pas été pri& sur le fait: on ne peut pas nous condamner. Tous les ju^es sont des colons qui ont même acheté des noirs de notre carg^aison; ainsi nous sommes fort tranquilles et vous pouvez être de même. Toute la cargaison est vendue, à l'exception de quatre noirs qui avoient la petite vérole, que nous avons gardés à bord pour les rétablir, qui le sont actuellement, que nous avons débarqués à Saint-Paul de nuit, et qui seront bien vendus. Je vous enverrai par la première occasion mon compte de traite qui ne sera pas détaillé, ayant été obligé de brûler mon brouillard et journal, nos instructions, factures, et jusqu'à vos lettres que nous avons reçues à notre arrivée à Bourbon , et les lettres de nos familles , crainte d'une visite à bord. Nous avons même coulé à fond notre cuisine, etc. , chaudière à nègres , etc. , les fers , etc. ; mais nous dégrérons facilement ces objets.

Je crois que la vente passera 3o ou 35,ooo piastres ; niais nous aurons bien des frais et des retards. Si je suis trop tard pour aller à Zanzibar, pour retourner doubler le Cap dans la belle saison, je prendrai une cargaison propre pour la côte d'Angola, et de là à File de Cuba.

Je n'ai pas traité la quantité de nègres , par la concurrence de quatre grands bâtiments espagnols qui étoient en traite, et qui m'ont fait payer les nègres très cher.

Je n'en ai traité que deux cent quarante-huit tètes, et je n'ai débarqué que deux cent vingt : les autres sont mort «► dans la traversée et pendant la traite.

Nous comptions charger sur le navire le Bourbon^ de Bordeaux, deux cents balles de café; mais ce bâtiment âvoit arrêté plus de marchandises qu'il ne peut en pren-

Jre. Nous chargerons à bord de la Roxelane., de Bordeaux , qui partira sous une douzaine de jours , Jes bâtijneiits de Nantes étant remplis. Le mois prochain nous chargerons beaucoup. Il restera les mois de décembre et janvier : tout sera presque rentré. Toutes ces tracasseries nous ont , M.*** et moi , fait maigrir ; mais actuellement que nous voyons clair l'embonpoint va nous reprendre.

Je désire que vous vous portiez bien ainsi que votre famille , et vous prie de croire à tous mes sentiments respectueux.

J'ai, etc.

Nota. Je vous écrirai par toutes les occasions, pour vous instruire de tout ce qui se passera, et du voyage que nous entreprendrons pour fournir aux assurances.

Nous avons perdu quatre hommes dans le voyage, et deux qu'on nous a pris pour le service.

Pour copie fidèle.

5/^né W. Telfair, substitut-greffier.

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