I". LE SUBRÉCARGUE A L ARMATEUR
Ile Bourbon, Saint- Paul, le 2 5 octobre 1820.
Monsieur,
MM. ***^ vous ont écrit notre heureuse arrivée et le débarquement de la cargaison, qui s'est opéré avec facilité. Nous reçûmes au même moment une lehre de ces messieurs qui nous disoient que nous pouvions aller de suite à Saint-Paul ; que l'on nous eût fourni tout ce qui
nous seroît nécessaire pour notre départ; que l'horizon politique étoitbien éclairci ; que quatre à cinq bâtiments avoient opéré avant notre arrivée.
Nous avons mouillé dans cette rade le y courant, où l'on nous assure en quarantaine d'observation comme venant de l'Inde et ayant deux malades à bord. Deux jours après, le gouverneur est arrivé à Saint-Paul; je lui écrivis pour lui demander, n'ayant point de maladie contagieuse, de nous permettre la communication: il la fixa a huit jours; mais cinq jours après nous fûmes mis en quarantaine indéfinie par des dénonciations qu'on fit au général que le Succès avoit opéré un débarquement de nègres ; mais la cargaison étoit débarquée et même vendue à cette époque : MM. *^** ont du vous l'écrire. Mais quinze nègres qu'un habitant faisoit conduire chez lui furent arrêtés par la gendarmerie et conduits à Saint- Denis ; mais ils doivent être rendus au propriétai^i'e, parcequ'on ne peut saisir les nègres et le navire qu'au débarquement ou sur les pas géométriques, et nous ne sommes plus dans ce cas.
Tout l'équipage a été consigné à bord et deux gendarmes de garnison. Le treizième jour de notre arrivée, j'ai eu la liberté de descendre à terre. Le capitaine de notre port avoit ordre de m'accompagner chez le juge àe paix où j'ai subi un interrogatoire , ainsi que l'équipage et l'état-major; mais le mot étoit fait à l'équipage qui a répondu comme il devoit le faire. Nous avons le plus grand espoir que nous sortirons à bien de toutes ces tracasseries ; nous avons les lois pour nous, mais c'est un grand retard dans mes opérations: la cargaison est bien à l'abri ;, Dieu merci ]
J'ai eu plusieurs conversations avec le gouverneur, qui paroît avoir pour moi toujours beaucoup de bienveillance.
Le temps ne me permet pas de vous donner plus da détails ; il faut que je me rende de suite à Saint-Denis auprès de MM. *****. Mes premières vous donneront tous les détails de notre voyage et tout ce qui y a rapport.
J'ai etc.
Pour copie fidèle.
Signé W. Telfair, substitut-greffier.