‹ Discours prononcé (volume 2)Chapitre 7 sur 7 · AA TEEN DIE A EE · texte numérisé non relu

AA TEEN DIE A EE

De Cr

Comme Successeur de Pierre, je suis ce Roi, répond Pie IX, Roi je le sens, dans toute la plénitude de ce mot, et de par la consécration divine. Ægo autem constitutus sum Lex ab eo super Sion montem sanclum ejus, prædicans prœceplum ejus—(1)

Et les Sicaires de la Révolution levant leurs poignards, les Membres des Sociétes Secrètes, les meneurs de la populace égarée, dignes de serrer la main des meneurs du Prétoire, font entendre une seconde fois au monde étonné ces cruelles paroles : “ Il est digne de mort: “ Aeus est mortis ?” —Et comme les Juifs, ils préparent une inscription pour dire à tous la cause de sa mort ” «PIE IX, SOUVERAIN - PONTIFE, ROI DE ROME.”

Et vous, qui vousappelez le fils dévoué, le fils aîné de l’Église, c’est en vain, nouveau Pilate, que vous vous lavez les mains en présence des peuples indignés : ‘ Lavit manus ejus coram populo; ” c’est en vain que, semblable au premier Pilate, vous restez sourd à la voix qui doit vous être la plus chère au monde et qui vous dit ; Nihul tibi, et Justo ii”? c’est en vain qu'après avoir livré votre Père aux sicaires de la Révolution,” et laissé condamner à mort par cette moquerie du suffrage universel tel que pratiqué en Italie, vous direz en présence du peuple : ‘ Je suis innocent du sang de ee Juste ;—/nnocens ego sum a sanguine Justi hujus. Le peuple, dans son délire, crie comme le peuple Juif. “ Sunguis ejus super 08 ”

toit

Et la famille injuste aura une fin funeste.

Nationis enim iniquæ diræ sunt consummationes.

Au milieu des calamités innombrables qui afligent et percent d’un glaive le cœur si bonde la Victime, Pie IX est calme, et son inaltérable sérénité qui contraste avec les événements accomplis, ou à la veille de accomplir, étonne les esprits vulgaires.

Ils ne se rappellent donc pas que le captif de Napoléon 1er avait l’âme plus tranquille, le front plus serein, la conscience plus calme que son géolier impérial ; ils riaient alors de ceux qui gardaient l’espoir que cette tempête n’était qu’une épreuve passagère—Et cependant l’Auguste Vieillard qui n'avait pas d'armée, qui n’avait que sa faiblesse pour défendre les droits de l'Eglise, est sorti de Fontainebleau avec un accroissement de prestige et de gloire, et l’homme qui faisait trembler l’Europe était heureux, de recevoir les consolations religieuses de son Auguste Victime. Fasse le Ciel, M.F., fasse le Ciel que celui qui préside aujourd’hui aux destinées de la France Catholique ne médite pasun jour, lui aussi, sur quelque rocher solitaire, au milieu de Atlantique, cette grande verité qu’il semble méconnaître : qu’il est plus facile de renverser les murs hérissés de canons de Sébastopol, de planter le drapeau de France sur la tour de Malakoff, de rompre et de briser les lignes autrichiennes à Magenta et à Solferino que detriompher de la conscience humaine. “ Z4 Deus expugnabit pro te inimicos tuos.”

Aujourd’hui, l'avenir de léglise, combattue dans ses dogmes, calomniée dans ses

membres, persécutée dans la personne

de son Chef visible, ne doit nous inspirer

aucune inquiétude, ‘“* Hommes de peu de

foi, pourquoi doutez-vous de la puissance

et de la bonté de Dieu: “ Modivæ fidei,

quare dubitasti ”” (1). Son sort ne dépend

pas de la malice, ni des mauvaises passions des hommes.—Il est très-possible que

Pie IX reprenne son bâton de pélerin,

et cherche loin de Rome un lieu où il puisse exercer en pleine liberté son saint ministère ; ‘ il est possible que le plus beau temple de l’univers, St-Pierre de Rome, soit converti en écurie et que les chevaux des nouveaux Barbares s’abreuvent dans le sanctuaire” ; il est possible que Pie IX succombe, comme Pie VI, sous le poids de la douleur et de l’infortune.............

Qu'importe, M. F., le vent des orages disperse, mais ne détruit pas la semence dela vérité, etle sang des Martyrs qui a coulé à Castelfidardo ne lanoïe pas, mais la féconde.-— Qu'est-ce qu’un combat de plus dans une guerre de 1800 ans? Ou plutôt, qu'est-ce qu’un combat de plus dans une guerre qui dure depuis le commencement du monde et qui ne finira qu'avec lui. Celui-ci finira comme tous les autres.—Toutes les forces humaines se sont essayées contre l'Eglise: la ruse, Pignorance, le mensonge, la science, la politique, la violence; PEglise à triomphé de toutes les forces humaines. — Et aujourd’hui, elle se présente à vous avec confiance et avec majesté, couverte non settlement des nobles cicatrices qui attestent

(1) St. Matth. ch, XIV, v. 81.

ses rudes combats et ses vieilles victoires, mais toute brillante de cicatrices nouvelles ; elle se présente à vous, teinte du sang glorieux de ses martyrs ; elle vous montre ses vêtements tirés au sort, les chaînes que portent ses Evôques d'Italie ; elle vous montre le Représentant du Christ, la victime de Rome, accablé de douleur, abreuvé d’outrages, gravissant la montagne du Calvaire, et disant aux peuples qui le voient passer : # O mon peuple que t’ai-je fait ?

Popule meus, quid feri tili? N'est-ce pas l'Eglise qui t'a arraché aux honteuses débauches du paganisme ? Æyo eduxi te de Æyypto, demerso Pharaone in mare rubrum.

N'est-ce pas l'Eglise qui a mis dans tes mains le sceptre de la puissance ? Et toi, tu as mis un roseau dans ma main et une couronne d'épines sur mon front! Ægo dedi tibr sceptrum regale : et tu dedisti capiti meo spineam coronam ! N'est-ce pas l'Eglise qui a brisé tes chaînes, et qui t'a fait libre ? N'est-ce pas l’Église, par ses croisades, qui t’a délivré du joug avilissant de l’Islamisme ? Ægo propter te C'hananœæorum reges percussi : et tu percussists arundine caput meum.

Eu quoi t’ai-je done contristé ? Zn quo contristavi te. — Et aux saintes âmes qui le pleurent : ‘“ Ne pleurez pas sur moi; mais pleurez sur vous-mêmes. Molite flere super me, sl super vos flete ” (1).

Le Christ n’est pas vaincu ;le Christ, ne meurt plus—il n’est mort qu'une fois ; le Christ est ressuscité.

Combien depuis Pilate, Hérode et Caïphe,

(1) St. Luc. ch. XXIIT.

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de persécuteurs de l'Eglise, ont lancé leurs flèches contre le ciel, en s’écriant avec rage et avec désespoir, comme Julien PApostat “Tu as vaineu, galiléen. ” Et expugnabit pro te inimicos tuos.

Dans les chants d’un poète mort il y :

deux ans, et dont l’âme enflammée de l'amour de la patrie et de la Religion semblait lire dans l'avenir, je trouve une belle figure, une allégorie frappante des grands événements qui attirent aujourd’hui les regards du monde.— “ Au jour de la des- & truction universelle où nous transporte le “ poète, des Pèlerins de toutes les nations “et des guerriers, aux armures variées, “ sont rassemblés dans le plus majestueux “ temple de l’univers, St. Pierre de Rome.

« Les guerriers, appuyés sur leurs sabres “ nus, entourent le Souverain-Pontife age- & nouillé, et priant en face du umbeau & des saints apôtres.—Soudain le colossal &« édifice commence à trembler, à se fendre, «et À s’abimer, car la fin des siècles ap- “ proche.—La foule s'enfuit en désordre, et «le toutes parts, on crieaux guerriers de ‘ fuir aussi.

&“ Mais pour toute réponse, ils élèvent & Jeurs sabres en haut, comme s'ils veulent & arrôter la chute des voûtes croulantes, et « s'écrient à la fois: “Non,nous n’aban- « donnerons pas ce Vieillard ; il est trop amer “ de mourir seul : et qui done mourra avec & Jui, si ce n’est nous ?—Vous tous, fuyez ; & nous, nous ne sAVONS pas fuir............

« Et lorsque tout est déjà consommé, Île “ poète s'approche dune blanche figure

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‘ assise sur les ruines du monde, et lui demande : ‘ Seigneur, ceux que j'ai amenés “ hier, ici, sont-ils donc ensevelis sous ces ‘ ruines ?—‘* Et l’Ange, couleur de neige, “ lui répondit : sois sans crainte pour eux.

“Ils n'ont pas abandonné le Vieillard, et ‘“ Dieu les en récompensera ; car les astres “ Jevants, comme les astres couchants, les “vivants et les morts sont à lui Ils “ n’en seront au contraire que plus heu- ‘ reux. ?

L’abandonnerons-nous ce Vieillard Auguste et Vénérable? le délaisserons-nous dans son immense douleur ? Nous Canadiens-Français, Catholiques du Canada, enfants dévoués de l'Eglise, et qui devons tout à l'Eglise ; aurions-nous le triste courage de fuir comme ceux qui n’ont pas de cœur ?

Ah ! si nous mentions ainsi à nous-mêmes et à toute notre histoire héroïque, nos pères du fond de leurs tombeaux où ils sont assis ; les pierres de cette Eglise, où nous sommes réunis, encore imprégnées de leur foi ; leur sang qui coule dans nos veines ; nos héros, nos guerriers qui ont versé leur sang sur tous les champs de bataille de ce pays pour la défense de notre foi et de nos institutions, nos Martyrs, les Saints et les Saintes de notre patrie, se ièveraient contre nous, nous accuseraient, nous forceraient à rougir ; ils ne nous reconnaîtraient plus pour leurs enfants.

Mais, grâces à Dieu ! nous ne sommes pas changés ; notre histoire est encore sans tache, et nous pouvons dire avec un noble orgueil : Nos Pères peuvent encore reconnaître leurs enfants du Canada ; ils n'ont

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pas à rougir de leurs descendants.—Jamais, non jamais, nous n’abandonnerons celui que nous sommes heureux d’appeler notre Pontife et notre Père.

Et vous, jeunes gens, que je vois si nombreux et si recueillis dans cette Eglise, vos cœurs ardents et généreux vous disent d’entourer le Vieillard et de le défendre. Je le sais, plusieurs d’entre vous, si Îles événements n'avaient pas marché avec tant de rapidité, voulaient s’armer et le couvrir de leurs poitrines. Et vos Mères chrétiennes auraient eu le courage et l’héroïsme de vous dire, en vous donnant un dernier adieu, et en vous embrassant : Pars, mon enfant :

courage, la cause est grande, la cause est sainte, c’est la cause de Dieu ; que le bon Dieu puisse toujours te bénir.—Mais s’il ne vous est pas donné de verser votre sang comme ces nobles Martyrs que nous glorifions, il vous est donné de le défendre, ici, dans votre pays même, contre 8es ennemis qui l’outragent ; il vous est donné de prier, et de vous revêtir de la prière comme d’une armure. Ne rougissez pas de votre religion ; ne rougissez pas de votre foi; ne rougissez pas de l'Eglise ; l'Eglise, c’est votre Mère ; et un enfant bien-né, ne se contente pas de l'aimer, il arme, il meurt, s’il le faut, pour la défense de sa Mère.

Plus que jamais, disait un des hommes les plus éminents de notre époque, le Révd.

P. Ravignan, “plus que jamais, il me semble, le temps est venu de manifester limmuable constance du catholique, au milieu des intérêts, des opinions et des haïines

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passionnées qui combattent l'Eglise. Que. votre front se lève, sans crainte, au sein d’un peuple libre, qu'il rayonne de toutes les splendeurs de la joie et de l’espérance.

Que votre langue répète hardiment la parole qui fit tant de héros et de martyrs:

‘ Je suis chrétien.”

‘ Dites bien à ce siècle distrait et préoccupé que vous êtes de ceux qui se confessent et que tombés aux pieds du prêtre, vous vous relevez plus généreux pour pardonner, plus dévoués aux intérêts de vos frères et de la patrie, mais plus forts aussi pour défendre l'Eglise et sa foi.”

Prions, et demeurons debout quand tant d’autres courbent honteusement leurs fronts devant les (Césars de la terre.

Avec l'éternité devant soi, on peut attendre, même dans les catacombes, disait un des plus grands défenseurs de Pie IX. (1) — Souvenons-nous que l'Eglise a usé tous les marteaux ; Souvenons-nous que le Divin architecte a promis qu’elle ‘ne descendrait jamais du rocher où elle est assise, à l’abri des orages et des tempêtes. ”—Prions pour Eglise, et dans nos prières n'oublions pas ses persécuteurs; prions; que toute notre confiance soit en Dieu, et redisons, en terminant, les belles paroles que chante l'Eglise, à la fête des saints apôtres :

‘“ O Rome! tes collines empourprées du ‘sang de tes glorieux Martyrs portent sur

{1} Louis Veuillot,

& Jeurs cîmes la Croix du Christ.—Rome!

& eette Croix t'a vaincue, et par elle tu “ remporteras la victoire.

« O Romafelix ! quæ duoram principum Es consecrata glorioso sanguine :

Iorum cruore purpurata cæteras, Excellis orbis unà pulchritudines. ?

Ainsi-soit-il.

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