EE ART
Société de Saint Jean-Baptiste de Québec, et vous, sociétés sœurs dun Canada, de l’Acadie et des Etats-Unis, je vous salue par ces paroles du Psalmiste . “Ecce ‘quàäm bonum et quam jucundüm habi- ‘‘tare fratres in unum.” (3) Ah! que c'est une chose bonne et agréable que des frères soient unis ensemble! qu'elle est belle cette harmonie des esprits et des cœurs, dans la confession d'une même foi, sous l'autorité de l'Eglise Ge Dieu, la colonne et le soutien de la vérité ! Qu'elle est admirable cette union du peuple canadien qui ne forme qu’un seul cœur et qu'une seule âme : * Cor unum, anima una!” (4)
Du haut du ciel, qu'ils ont mérité par l’héroisme de leurs vertus, les saints et les martyrs de notre patrie, suspendant un instant les célestes mélodies de leurs coucerts, répètent avec nous les paroles du saint roi: ‘Ah! que c’est une chose bonne et agréable que des frères soient unis ensemble !”
(8) Ps, CXXXII, 1 (4) Act., LV, 32
Mais quel est le but de cette imposante manifestation ? Pourquoi som Mess nous venus ?
Nous ne sommes pas venus pour faire de Ja politique; nous sommes venus pour le service d'une cause plus noble et plus haute, pour nous recueillir sous la main de Dieu.
Nous sommes venus réciter tous ensemble, pendant le saint sacrifice de la messe, le symbole de la Foi. ce Credo qui a passé sur les lèvres de nos ancêtres, ce Credo catholique que les Apôtres ont recueilli de la bouche de l'Homme-Dieu., que les martyrs de notre patrie ont scellè de leur sang, et que nous avons appris sur les genoux de nos mères chrétiennes.
Nous sommes venus dans le but ‘“ de “nous unir pour contribuer au dévelop- ‘pement matériel, intellectuel et moral “ de la nation, de conserver parmi nous “le culte du passé, l'amour de notre bel- “Je langue, de nous rappeler les événe- “ments dramatiques de notre histoire,
er "+
pris nes.
«de elopaoral nous : belvénetoire,
PA à graver dans notre mémoire les noms des grands citoyens qui ont aimé “et servi la patrie.” (5)
Descendants des premiers colons eu) n'ont jamais séparé l'amour de l'Eglise de l’amour de la patrie, nous venons avant tout faire un acte de foi et de patriotisme
Pour faire ressortir la beauté et la grandeur de cette fête nationale où les nobles traditions des aieux se mélangen avec la majesté de la foi, je m'’efforcerai de répondre à ces trois questions :
Qu'elle a été la vocation du peuple canadien français ?
Le peuple carfädien a-t-il été fidèle à sa vocation ?
Que doit-il faire pour suivre la voie que Dieu lui a tracée ?
L'histoire de notre pays nous découvrira les desseins de la Providence sur nos destinées, et nous indiquera la route à suivre. ‘“Interrogez vos pères, et ils
(5) Manifeste de la St, Jean-F. ptiste de Québec, 11 octobre 1879,
vous diront ces choses ; consultez vos ancêtres, et ils vous les raconteront ”:
Memento dierum antiquoruim, interrog'a patrem tuum et annuntiabit tibi, majores tuos et dicent tibi.
Qu'elle a été la vocation du peuple canadien-français ?
Dieu, dont l’empire est souverain et universel, disposait en maitre des nations, lorsqu'il disait à son Fils: ‘“Tues “mon fils, je t’ai engendré aujourd'hui ; ‘ demande-moi, et je te donnerai les na- “tions pour ton héritage.” (6) Par cette parole, la plus puissante et la plus efficace, le Fils de Dieu a obtenu l'empire sur tous les peuples, il a étendu sa puissance jusqu'aux extrémités de la terre.
Il a partagé le monde en peuples divers, et il leur a laissé la liberté de choisir la route qu'ils devaient parcourir.
Mais à chaque nation, comme à chaque individu, il a imposé une mission. ‘“ Cet- ‘“ te mission, c'était d'accepter sa loi pro-
(6) Ps. 17 et 8.
LA
“ posée à leur libre arbitre, de l’aimer, “ de Ja conserver, de la défendre, de Ja “ propager, d'en faire le fond de leurs “ mœurs et de leurs intitutions, d’user “ même de leurs armes, non pour l’impo- “ ser, mais pour la préserver et la tirer “ de l'oppression, en assurant à tous les ‘hommes le droit de la connaître et de “s’y conformer librement... La voca- “ tion des races chrétiennes, c’est de ré- “ pandre la vérité, d'éclairer les nations “ moins avancées vers Dieu, de leur por- ‘ter. au prix du travail et au hasard de “ la mort, les biens éternels, la foi, la ‘ justice, la civilisation ” [7]
Celui qui, du haut des cieux, a tous les cœurs dans si main, préparait de grandes choses, lorsqu’à la fin du quinzième siècle, il inspirait à Christophe Colomb lidée de découvrir le continen américain. Un monde nouveau, plus grand que l’ancien, s'ouvre à l'Evangile et à la civilisation.
L’élan est donné ; les explorateurs eu-
(7) Lacordaire.
ropéens paraissent sur toutes les côtes de l'Atlantique et du Pacifique; le célèbre navigateur de Saint.Malo, Jacques- Cartier, plus hardi que ses prédécesseurs remonte le Saint-Laurent jusqu'aux lieux qui alors avaient noms Ntadaconé et Hochelaga.
Quel a été le principal motif des rois de France, en jetant les bases d’une colonie en Canada ? Ne glorifiant du titre de rois très-chrétiens et de fils ainés de l'Eolise, ils ont eu pour but premier de christianiser et de civiliser les peuples qui vivaient plongés dans la nuit de l’infidélité. Aussi le premier acte de Cartier, en posant le pied sur la terre canadienne, est d’en prendre possession au nom de la Religion [1 plan.
te une croix ; sur cette croix 1l grave ces mots : “ Vive le Roi de France !”? Par cet acte solennel, Jacques-Cartier proclame l'alliance avec Dieu : c'est l'heure de la prédestination du peuple canadien. [8]
(8) Jacques Cartier fit planter, en 15°4, sur le pointe de
lentrée du bassin de Gaspé, une croix de trente pieds de haut avec cette inscription: Vive le Roi de France! Les
sauvages contemplèrent longtemps ce signe mystérieux,
À Ja naissance de ce peuple nouveau.
les enfants des bois, dans leur étonnement, dureut se dire les uns aux autres, comme autrefois les habitants de la Judée, à la naissance de Jean-Baptiste, entourée de tant de prodiges: Quel sera l'avenir de ce peuple ? Quis putas puer iste erit ? D'où viennent ces homimes nouveaux ? Que nous présage ce signe mystérieux élevé au milieu de nos forêts silencieuses ? Ah! s'ils avaient pu lire dans l’avenir, ils auraient vu ce peuple marcher comme Jean-Baptiste devant la face du Seigneur, pour lui préparer les voies, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèb es et l'ombre de la mort :
[9] ils auraient vu la croix briller nonseulement audessus des bourgades de Stadaconé et d'Hochelaga, mais encore sur les points les plus reculés des deux Amériques, et sur les rivages des deux Océans.
Mais comment ce peuple nouveau réa-
(9) St. Luc, 1, 76 et 97,
lisera-t-il, sous une forme sociale, l'al- -liance avec Dieu ?
Le Seigneur qui donne à qui il veut son esprit de prévoyance et de sagesse, choisit un homme dont le cœur est ouveraux grandes découvertes et aux entreprises hardies, La Saintonge est la patrie de ce sage, de ce héros, de ce chrétien digne de ce nom glorieux. Ame ardente et pleine de foi, noble cœur prompt à l’exécution des entreprises les plus difficiles, à quelle œuvre, dans le domaine de l'Histoire de la découverte de l'Amérique, son nom ne se trouve-til pas mêlé ?
Pour s'exercer aux grandes choses qui doivent immortaliser son nom, il visite les îles Canaries, la Guadeloupe, Saint Domingue et Cuba; il pénètre jusqu’à la capitale du Mexique et Portobello, alors le grand entrepot de l'Amérique du Sud et de l'Amérique Centrale. C’est à Portobello que l'illustre navigateur conçoit l’idée de relier par un canal l'Océan Atlantique à l'Océan Pacifique.
Son projet de faire de la côte de l’Atlantique la base de la puissance française dans le Nouveou-Monde; l'opinion émise à la fin du seizième siècle de percer l’Isthme de Panama, vous disent assez l'intelligence de ses observations, la largeur de ses vues, l'audace de ses entreprises.
Jetant sur l'avenir un regard de prophétique sagesse, confiant dans le secours d’en haut, il décide M. de Monts “de s’aller loger dans le fleuve Saint- Laurent, à cent trente lieues de son embouchure.” C'est là, au cœur du pays,
qu'il veut créer une France Nouvelle.
Heureux celui qui, au début d’un si
grand ouvrage, suit la droiture de son cœur ! Heureux celui qui, ‘“ mettant le salut d'une âme audessus de la conquête d’un empire,” proclame hautement ‘“ que ‘“ les rois ne doivent désirer étendre leur “ domination sur les peuples idolâtres, ‘que pour les soumettre à Jésus- Christ.” (10)
(10) Maxime de Champlain.
LG
Quel est donc le nom de cet homm de génte qui apparait au berceau de Ja colonie française, dont l’œuvre forte et durable resplendit de la gloire la plus pure? Non nom s'échappe de toutes vos lèvres, 1l est gravé dans vos cœurs reconnaissants. Nommer Samuel de Champlain, c’est nommer la foi, le courage, le zèle, la sagesse: c’est nommer le Père de notre pays, le Fondateur de Québec. le plus grand homme d'état de notre patrie.
Nuivez par la pensée le noble Champlain explorant et étudiant le vaste pays dont il veut enrichir le royaume de France ; Voyez avec quel coup d'œil sûr il fixe le chef-lieu de sa colonie naissante sur la pointe de Québec (11), “sur ce “ superbe promontoire, au bord d’un “ fleuve majestueux et profond, au milieu des principales tribus de la grande “ famille Algonquine !?” [12]
Contre l’ennemi commun, le féroce
(11) Fondation de Québec, en 1608, (12) Laverdière, Histoire du Canada,
roquois, il fait alliance avec les principales nations, qui habitent les environs de Québec, lesterres de l’Acadie, les bassins du Saguenay et du Saint-Maurice, les rives de l'Ottawa et du lac Huron :
il explore les pays de l'Ouest et trente ans avant l’arrivée de M. de Maisonneuve, il désigne le site de la florissante ville de Montréal. Historien fidèle et sincère, écrivain judicieux, observateur scrupuleux et intelligent, témoin oculaire des faits qu'il raconte, tous ses écrits attestent à la fois et la rectitude de son jugement et la variété de ses connalssances.
Homme de guerre, Champlain commande l’armée de ses alliés, livre bataille aux [roquois, non pour leur imposer la loi de l'Évangile, mais pour assurer aux nations amies le droit et la liberté de recevoir le baptême. Sur le champ de bataille du lac Champlain, il affermit il scelle de nouveau, en présence des tri-
bus alliées, l'alliance de la Religion et de Ja Patrie.
LS
Chréticu, comme Charlemagne et sant
Louis, il veut que la religion occupe
dans la nouvelle patrie la première pi ce, parce que seule, par son influence sa
lutaire, elle peut donner à un peuple
naissant des assises durables. Dès 1615, il amène avec lui les premiers missionnaires. (13)
Quittez votre belle patrie, premiers apôtres du Canada; venez prècher lEvangile et éclairer les peuples qui marchent dans les ténè ‘es de la nuit; venez, par le saint sacrifice, faire couler sur ce sol encore infidèle, le sang de la sainte victime. En tête s'avancent les humbles disciples de saint François d'Assise et à leur suite les généreux enfants de Loyola. [14]
“ Qu'ils sont beaux sur les montagnes, “ les pieds de ceux qui annoncent la “paix ! O Sion! on entendra la voix de
(13) Les Pères Récollets Denis famuay, Jean Dolbeau,
Joseph le Caron, et le Frère Pacifique buplessis,
(14) Les premiérs jesuites destinés aux missions du Caaada furent les Pères Charles Lalement, Ennetuond Massé et Jean de Brébœuf; ils étaient accompagnés de deux Frères, Frère François et Frère Guilbert, Ils arrivôrent à Québec, en 1625.
Se M ge ER AUDE AL D à fe
PE oo aa SP
“tes sentinelles : elles s'écrieront toutes ‘ensemble, elles éclateront en cantiques ‘ de louanges, parce qu'elles verront de
leurs yeux le moment où le Seigneur ‘ convertira Nion. +) déserts! retentis-
sez d'alléoresse : tous ensemble éelatez en cantiques de louanges: le Neïgneur à racheté son peuple par la force ‘ de son bras.” [15]
Vous le voyez, les premières pages de notre histoire proclament hautement que la mission du peuple canadien-français est l'extension du règne de Dieu, et la conversion des nations sauvages qui dormaleut dans la nuit de l’infidélité.
Ce grand fait est lumineux comm: le soleil qui embrase et illumine de ses rayons la ville de Québec. Dès le berceau fe notre patrie, l’action de Dieu apparait éclatante et admirable, et Îles efforts de l'enfer pour détruire l'œuvre de Dieu en feront mieux comprendre la merveilleuse orandeur.
La Religion préside à l'œuvre, la bé-
nit, la dirige par la foi de Jacques-Cartier el de » nd de Champlain, par le zèle de ses missionnaires, par la pureté de ses vierges, par le dévouement héroique de ses enfants. La voie est préparée à celui qui vient au nom du Seigneur, pour consacrer etc ‘onsolider l'œuvre commencée: Benedictus qui venit in nomine Domini. [16]
Le peuple canadien a-t-1il été fidèle à sa vocation ?
Nos pères ont été appelés de Dieu à ‘rendre trois témoignages à la vérité, à confesser publiquement leur foi, en face de l'infidélité, de l'hérésie et de la revolution.
Cette sainte alliance de la Religion et de la Patrie, inaugurée sur son berceau va s’affermir et se perfectionner par ceux que Dieu à choisis pour l'exécution de ce grand ouvrage.
Ohemplais avait laissé une mémoire éternelle de sa foi et de sa sagesse; ses
(16) St. Joan XI, 15.
2] successeurs se distinguèrent par leur zèle pour les intérêts de la religion et de la patrie (17). Dès 1635, le collège des Jésuites fut fondé par Rent Rohault, fils ainé du marquis de Gramache, et quatre ans après la mort de Champlain, deux monastères s'élevèrent sur le promontoire de Québec. La duchesse d'Aiguillon se charge de la fondation de l'Hôtel- Dieu ; Madame de la Peltrie consacre ses biens et sa personne à la fondation du monastère des Ursulines.
À Ville-Marie, l'Hôtel-Dieu est fondé orâce à la générosité de Madame de Bullion, au zèle persévérant de Mademoïselle Mance, à la protection de Monsieur Olier (18. En face de l'enclos de l'H6.
tel-Dieu, dans une pauvre étable, la Vierge de Troyes commence à exercer ses fonctions d'institutrice en faveur des enfants (19). Naintes institutions qui touchent à tous les intérêts de la société
AT)Champlain mourut à Québec, le jour de Noël, 1639
(18) Fonslé le 17 mai 1642, par Melle Jeanne Mance.
(19) Congrégation de Notre: Dame, fondée le 16 novembre 1657.
6)5) civile et religieuse, et qui font produrr en abondance les fleurs et les fruits des . sublimes vertus
or dant ue l'Italie. la KHrance et Fe:
x 1° n | ee È (1 ‘ :
paogne rene à l'Eglise saint Charles y» : A . ñ } . T2 TA borromée et saint Philippe de Néri.
. ; + . » LA . d pe : 7] k saint François Régis, saint François 4 Î
au]. saint
Sales et saint Vincent de Tonace de Loyola et sainte Thérèse, le Canada produira, à son tour, des {leurs de pureté angélique comme Marie de l’'Incarnation et Marguerite Bourgeois, Melle. Mance, Madame Youville et M ademoiselle LeBer. Quels parfums de vertus héroîques s'élèvent de ces sanctuaires, glorieux monuments de la foi et de Ïa D te, ou se sont Re tant de SaAih-
s servantes de Jésus-Christ |
Sept ans après la mort de Champlain, le 17 mai 1642. l'iliustre de Maisonneuve prenait possession de l'ile de Montréal et fondait cette florissante eité qui fait aujourd'hui l'honneur de la ui ot admiration des étrangers. Entreprise plus cue hardie que la patrie reconnais-
Et
sante doit à la piété de Jérome le Royer de Ja Dauversière, et à la foi d'un grand serviteur de Dieu, le vénérable M. Olier ‘ondateur de La compagnie de Saint Sulpice. L'héroisme des premiers apotres du Canada réveille toutes les idées du sacrifice, de l'oblation des âimes pour l'amour de Jésus-Christ.
Le plus grand témoignage d'amour que Dieu puisse donner aux nations in hdèles, c’est de les appeler à la Ininière de la foi. L'heure du salut est arrivée pour les peuples sauvages du Canada.
assis à l'ombre de la mort. Tout ce vaste pays était comme un champ funèbre où les morts ensevelissaient les morts. Le caractère farouche des sauvages du Canada, leur indépendance au milieu des vastes forêts, présentaient des obstacles presque Insurmontables à l'action de l'Evangile. Mais rien ne peut ébranler
le courage des premiers apôtres de notre
pays: * Cest à qui ira aux lieux les plus ‘éloignés et les plus dangereux. Voici “leurs souhaits: Allez, nous sommes ra-
“vis que vous aliez dans un lieu d'a- ‘ bandonnement, oh! plüt à Dieu qu'on * vous fende la tête d'un coup de hache :
“ [ls répondent : Ce n'est pas assez, il ‘faut être écorché et brülé ; souffrir ce “que la férocité des plus barbares peut “inventer de plus cruel. Nous souffri- ‘rons tout cela de bon cœur, pour la- *mour de Dieu et le salut des sauva- ‘ves.” (20) |
Voici donc la lutte qui commence Pleins d'une sainte ardeur, les apôtres du Canada entrent en lice avec linfidéhité.
La croix à la main, is pénètrent dans Îles lieux les plus reculés. ils ouvrent des sillons de lumière à travers les ténèbres profondes qui couvrent le pays, annoncaut partout la bonne nouvelle de VE:
vangile. A leur voix, ces peuples sauvases s'arrêtent, écoutent: la parole du missionnaire, courbent leurs tètes orœuvilleuses et indociles devant la croix de Jésus-Christ, ils demandent le baptéme. Le nom du Neigneur devient grand
(20) Marie de l‘Incarnation.
Pad ‘
parmi ces peuples ; il se fait dans ces solitudes comme un immense concert de louanges, de prières, de cantiques.
“Mais quel est celui qui vient avec tout l'appareil de la beauté, de la grandeur et de la force? C’est celui qui parle pour la justice, c'est celui qui vrotège pour donner le salut.” (21)
C'est Brébœuf (22) à la tête de ses compagnons, empourprés de la gloire du matyre; ce sont les soldats, les martyrs de Jésus-Christ, laics et missionzaires.
français et sauvages ‘“ qui lavent leurs étoles dans le sang de l’Agneau,” (23) en signant de leur sang le témoignage qu’ils rendent à la vérité de la Religion:
c'est Daulac et ses seize compagnons qui donnent leur vie pour le Christ, et pour sauver la colonie menacée d’une destruction complète. (24)
Ces actes de dévouement religieux pour
(21) 1saïe, LXTII.
(22) Martyre des Pères Brébœuf et Lallement, les 16 et 17 mars 1644
(2% Laveruntstolas suas. in sanguine Agni, Apoc., VI 14
(24) Au printemps de 1660, Daulac et ses seize compag#nons arrêtèrent au-dessous du saut de la Chaudière, l’armée iroquoise qui menaçait Montréal et Québec.
la conversion des infidèles nous transportent aux premiers siècles de l'Eglise, où combattaient et triomphaient en mourant les généreux soldats de Jésus-Christ.
Le sang des martyrs alluma dans toutes les âmes un zèle ardent pour la foi, et Dieu, se laissant toucher par ces agréables holocaustes, répandit sur ie pays ses plus abondantes bénédictions.
Mais le sang da martyr, le zèle de l’apôtre, l’immolation des épouses de Jésus-Christ, le courage du guerrier, la sagesse de l’homine d'état, le trav “ et le dévouement du colon, ne suffisent pas pour former un peuple catholique; il faut de plus l’action créatrice de l'épis copat.
À qui Dieu réserve-t-il ce grand travail? Dieu le connaissait: il le prit dans une très-noble et très-illustre famille [25]; “il lui donna le sacerdoce “ de son peuple ; il fit avec lui et avec “sa race une alliance éternelle qui dure-
(25) François de Mon: ‘morency de Laval de Montigny,
naquit à Laval le 30 avril 1623. II mourut à Québec le 6 aiai 1703,
ra comme les joursdu ciel.” [26]
Dès son arrivée, Mar de Laval comprit ce qu'il fallait de puissante énergie vour triompher des obstacles : l'œil ou- :ert sur l'avenir, il s'entoure d’homines papables, par leurs vertus et leurs talents, de le seconder ; il fonde le Séminaire de Québec, institution vénérable, mère féconde des établissements du méme genre qui ont été, avec lui, les sauveurs de nn« institutions [27]
Elle est belle et sublime la mission que Jésus-Christ lui a confiée Travailler à la sanctification des Amus, à l’exercice du culte, à l'administration des sacrements, à la conversion des infidèles,.
tel est l’objet continuel de sa sollicitude et le noble but de ses travaux. P:: l’impulsion énergique de son épiscopai, l’infidélité est partout attaquée, et les ténèbres de la barbarie fuient devant la lu-
mière de l'Evangile. Ila donné à no-
(26) Ececlés , LV
(27) Au mois d'avril 1663, Louis XIV, roi de France «ct de Navarre, donna par lettres patentes son approbation à l'établissement du Séminaire de Québec
tre patrie les trois éléments de sa force :
la foi, la science, la charité.
Ses successeurs sur le siége de Québec continuent son œuvre avec une maturité active et calme, un esprit d'ordre et de discipline admirable: sentinelles infatigables, ils veillent à toutes les voies, protègent la cité et sauvent le peuple. Pour les seconder, le Canada eut ses gouverneurs dévoués aux intérêts de la religion et du pays, un clergé ad mirable par ses vertus, ses magistrats intègres, ses hommes de guerre, ses vierges, ses colons, ses découvreurs. C’étaient le chevalier de Montmagny, M.
de Maisonneuve, le marquis de Tracy, l'intendant Talon, M. de Courselles, le marquis de Moncalm, le comte de Frontenac. Pendant que Joliette et Marquette
découvrent le Mississipi, que Cavalier de la Salle achève cette importante dé-
couverte, Sainte Hélène, d'Iberville, Maricourt et Hertel se couvrent de gloire et rendent à la patrie les services les plus signalés. Tous sont fidéles à suivre la
route tracée par le premier pasteur ; hommes grands par la foi, grands par le courage, grands par le dévouement.
“Spectacle vraiment grand! Deux for- “ ces se disputent le pays: les barbares “et l'Eglise ; les Barbares pour perdre, “et l'Eglise pour sauver; les Barbares “ tuent et détruisent, l'Eglise relève et “vivifie ; aux barbares la mission d'’ex- * piation et de vengeance, à l'Eglise la mission de salut et de civilisation, et * à Dieu l’honneur de ces grandes cho- “ses. ” [28]
Telle est l’œuvre accomplie par Mpgr.
de Laval et ses successeurs! Telle est aussi la cause heureuse de ‘1 fidélité de uos pères à conserver l'alliance de la Religion et de la Patrie. Grâce à cette puissante influence de l’épiscopat, notre pays eut la gloire de grandir et de se fortifier dans la foi. La preuve est sous vos yeux: contemplez votre belle patrie, où la société religieuse et la société civile, naturellement unies et inséparables
(28) ’ardinal dom Pitra.
Len
comme l'âme et le corps. marchent avec une parfaite harmonie, et se prêtent un mutuel appui. Jetez les yeux sur la paroisse Canadienne: vous y trouvez l’Église où Dieu habite ; la famille chrétienne soumise à la foi, appliquée aux bonnes œuvres ; les écoles où les petits enfants sont instruits et élevés dans la crainte de Dieu; le couvent et l'hôpital où des anges de pureté et de dévouement instruisent la jeunesse et consolent les afHigés ; près de l’église cathédrale, les séminaires, les collèges, qui préparent l'avenir de la patrie: au faite de l'édifice, l'épiscopat canadien gardant soigneusement le dépôt de la foi, dont toutes les pensées s'élèvent vers ce siège auguste où Pierre est assis, et d’où lui viennent l'autorité et le dévonement.
Aussi, lorsque les jours de deuil et d’infortune arriveront, lorsque, malgré les brillantes victoires de Carillon.
de Beauport et de Ste-Foye, Québec, le dernier rempart et la dernière ressource
Eh ag BR un LT tin
os
EEE US SN
En
AB PEER 5 ue Se Etie
a PER Er GA CORRE Em
nn
pa À
de la patrie, tombera au pouvoir du vainqueur, et que la blanche bannière de France ne flottera plus sur la cité de ‘Champlain, nos pères seront prêts à soutenir un autre combat. Le peuple cana.
dien estimera sa foi plus que les richesses.
les honneurs, les décorations que Jui of- {rira le vainqueur ; il prouvera sa fidélité a SON nouveau souverain, à la défense de Québec, en 1775, et sur les champs de bataille de Châteauguay et de Lacolle.
mais jamais l'hérésie ne pourra le faire dévier de la noble voie que ses ancêtres lui ont tracée. La piété de nos pères n'a point défailli, et leur prostérité se conserve dans l'alliance divine: quorum pietates non defuerunt, et in testamentis stetit semen eorum. [29]
Au fort de la lutte, un autre Laval, homme de parole et d'action puissant par son autorité épiscopale,et plus encore par ‘à sainteté de sa vie, d’une prudence consommée, d'un zèle brûlant, mais sagement contenu, prendra en mains les in-
(29) Ecclés, LIV, 10, 12
térêts de Dieu et de son peuple, se fera l'intrépide défenseur des droits de l’Eglise et de la cité. Tout le peuple s’incline avec amour devant l’immortel Plessis, combat avec lui pour conserver la patrie pure de toute erreur. Sa vie peut se résumer dans ces courtes paroles :
Plessis a aimé l'Eglise, et il s’est livré pour elle: Dilexit ecclesiam et tradidit se ipsum pro eà. [S. Paul, aux Ephésiens, V. 25|.
Voici des faits qui se sont passés sous nos yeux. Dieu demande un troisième témoignage; ce n’est pas assez que le peuple canadien confesse sa foi en face
e l’infidélité et de l’hérésie, Dieu demande qu'il fasse une profession de
foi éclatante et solennelle en face de ]Ja
Révolution.
Assise en reine sur la plupart des trônes de l’Europe, la révolution se préparait depuis vingt ans, dansle silence des loges, avec une persévérance diabolique à commettre son dernier attentat. Rome est menacée : le chef auguste de la chré-
tienté a besoin de défenseurs. La cause du Pontife Roi qui n’est autre que celle de la liberté et de la civilisation trouva de magnanimes vengeurs. La France et la Belgique, l'Irlande et la Pologne, l'Angleterre et les Etats-Unis, l'Espagne et la Hollande, envoyèrent au secours de l’immortel Pie IX des milliers de vaillants soldats.
La flamme sacrée n’est pas éteinte dans notre patrie: se souvenant des exemples de leurs ancêtres, animée d’un amour sincère pour l'Eglise, l'élite de la jeunesse canadienne court spontanément à la défense des frontières de l'Etat pontifical. Levez vous, enfants du Canada :
traversez les mers; offrez votre sang pour la plus noble et la plus sainte des causes ; luttez pour la justice et le salut de votre âme: ‘‘agonizare pro justitia, proanima tua” [30]. Non, jamais mission plus haute ne s’offrit à un peuple chrétien.
: Noldats, écrivait St. Bernard aux dé-
(30) Ecclés.…., IV, 33.
‘* fenseurs armés de l'Eglise, partez sans ‘crainte, et montrez-vous intrépides à + poursuivre les ennemis de la croix du “Christ. C'est à vous qu'il appartient “de dire: Soit que nous vivions, soit ‘que nous mourrions, nous sommes au * Seigneur [31]. Que de gloire pour vous, “si vous revenez victorieux du combat !
“ que de félicité pour vous si vous tom- “ bez martyrs ans le combat! car si ceux- “]à sont heureux qui meurent dans le ‘* Seigneur, combien plus ceux qui meurent pour le Seigneur ” [32].
Soyez donc bénis, enfants de la patrie ; vous avez donné un grand exemple ; votre dévouement à la plus noble et à la plus sainte des causes est un gage d’espérance pour notre pays. Et qui plus que vous étaient dignes de isrmer une garde d'honneur au drapeau de Carillon, ‘‘et de le porter haut et ferme au milieu des pompes triomphales de cette solennelle démonstration.”
(31) Rom., X1V.8.
(32) De lau de no væ militiæ.
RO
ts Enr
Es eee me
es
(9 et ‘))
Ainsi, par la grâce de Dieu, le peuple canadien-français a été fidèle à sa mis, sion ; il a connu, aimé, servi, et confessé la vérité, en face de l’infidélité, de l’hérésie et de la révolution.
Que devons-nous faire pour continuer cette alliance de la Religion et de la Pa-
trie, pour suivre la voie que Dieu nous a tracée ?
À cette question la réponse est facile :
elle est écrite à toutes les pages de notre histoire nationale. Interrogez vos pères, et ils vous diront : qu’en dehors du principe religieux, il n’y a point de vie pour nous.
Î]me semble entendre vos ancêtres vous dire avec cette franchise chrétienne qui ne connait ni flatterie ni détour:
Canadiens-français,vos intérêts se confondent avec vos devoirs, cherchez votre salut et votre gloire dans les voies de la vérité : soyez toujours fidèles aux principes et aux traditions qui seuls peuvent
vous éloigner de l’abime. C’est dans la foi catholique, et dans elle seulement, que vous trouverez la vraie autorité et la vraie liberté, Soyez unis dans votre foi, comme vous êtes unis dans votre nationalité; gardez les fortes convictions, les bonnes habitudes de vos aieux ; gardez la langue dans laquelle vos pères ont prié, que vous avez apprise sur les genoux de vos mères. Là est votre grandeur, votre salut.
Soyez dévoués à la chose publique ; ne vous laissez pas séduire par le luxe et par l’amour des jouissances matérielles.
Le luxe est la plaie de nos villes et de nos campagnes ; il est une des premières causes de l’émigration à l’étranger , il est la ruine des familles et des peuples. Après avoir empoisonné les s0ciétés du vieux monde, il menace d’envahir toutes les classes de notre bon peuple de nos villes et de nos campagnes. Hélas ! il ne réussit que trop; dejà, il est l’assaisonnement de toutes les modes, de tous les festins, de tous les plaisirs, de
Le)
toutes les fêtes ; par son subtil poison, il corrompi les mœurs, il enivre les cœurs.
il agite toutes les mauvaises passions, il détruit toutes les économies grandes et petites ; tout cela avec d'autant plus de facilité qu'il se fait passer pour innocent, comme l’ami de la bonne société.
L'économie, au contraire, est pour les familles et pour les peuples la source de la richesse. Soyez économes de vos biens; gardez la terre de vos ancêtres ; le patriotisme est le soutien et la vie des familles. Mettez des bornes à votre ambition ; soyez contents du sort que la Providence vous a fait, et n’aspirez pas à monter au delà de vos forces.
“ N’échangez pas les usages et les cou- ‘ tumes de vos ancêtres contre des im- “ portations étrangères qui ne les vau- “ draient à aucun égard: quand les fils “commencent à rougir du vêtement de “leur père, ils sont bien près de ne plus “savoir respecte: son nom. (C'est pour “vous le moment de vous retremper “ dans votre foi, afin d'y puiser la force
“ de résister à l’assaut des fausses doc- ‘’trines et du mauvais exemple.” (38]
C’est le moyen de vivre heureux, et d'éviter pour vous mêmes de grands désastres. Îl en serait de vous comme des Moabites, auxquels le Seigneur disait dans sa colère par la bouche de Jérémie :
“ Mon cœur gémira sur Moab, comme la flute des jours de deuil ; parce qu'ils ont fait au delà de ce qu'ils pouvaient, c’est pour cela qu'ils ont péri. [34]
Interrogez vos ancêtres, et ils vous le diront. Vos pères ont été missionnaires, colons et soldats [ls ont aimé leur pays.
ils l'ont défendu avec héroisme, ils se sont attachés au sol, ils l’ont arrosé de leurs sueurs et de leur sang. Que de travaux, que de vertus, que de courage il a fallu à vos pères pour faire la patrie ce qu'elle est aujourd’hui. Tout ce vaste continent a été le théâtre de leurs exploits.
Fils de laboureurs, restez dans cette
rs Mgr. Freppe el, (31) Jérémie, XLVIII, 38
Re