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C'est l'honneur qui faisait dire à saint Louis, captif des Sarrazins, qu'un roi de France ne se rachète point pour de l'or, qu'il donnerait Damiette pour sa rançon et un million de besans d’or pour ses sujets, et ces mécréants, adniirateurs habitués de sa grandeur d'âme, disaient du saint roi : ‘* Certes, nous n'avons jamais vu si fier chrétien ! ”
C'est l’honneur qui ramenait captif aux mains des Anglais, pour mourir dans ses fers, Jean le Bon qui leur avait promis sa personne ou sa rançon, déclarant que la bonne foi, fût-elle disparue du reste de la terre, devrait se retrouver au cœur d’un roi de France.
C’est le même sentiment qui dictait au roi chevalier, après le désastre de Pavie, ce billet laconique adressé à la reine sa mère et résumé dans une phrase plus laconique qui n’est pas textuellement vraie mais qui exprime plus énergiquement sa pensée : ‘ Madame, tout est perdu fors l'honneur. ?”
C'est l'honneur qui arrachait à Henri de Larochejaquelin, un des mille héros de la guerre des Géants, ce cri magnifique à ses soldats : ‘Si j’avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi. ?”
C’est l'honneur encore, l'honneur toujours,—car ce sentiment n’alimente pas seulement la valeur militaire, mais toutes les fiertés, toutes les indépendances civiques, —c'est l'honneur qui inspirait Berryer, la gloire du barreau franais, le vivant symbole de lu fidélité monarchique et de la loyauté politique, dans une circonstance dont un procès récent vient de réveiller le souvenir. Le duc de Brunswick soHicitait pour la seconde fois, mais cette fois pour une cause mauvaise, les services de l’éminent avocat, faisant accompagner sa lettre d’arrhes vraiment princières. Berryer lui répondit simplement et fièrement : ‘ Monseigneur,
j'ai accordé naguère à votre altesse le secours de ma pa-
role, parce que sa cause était bonne ; aujourd’hui qu’elle est cent fois mauvaise, je le lui refuse absolument. ”
C'est l'honneur enfin qui avait gravé sur l’écusson de
la maison de Bretagne, —représentante de la plus loyale et de la plus forte race qui soit encore sous le ciel, — audessous d’une hermine à la robe immaculée, cette noble devise : Potius mori quam fœdari, * Mourir, plutôt que de me souiller, ?
Eh ! bien, messieurs, que cette devise soit la vôtre, que ce sentiment soit en vous, car vous êtes fils de Francais, fils de croisés, fils de chrétiens, et vous devez être, comme vos pères, de fiers chrétiens !
Mettez le eulte de l'honneur bien haut dans vos âmes, après le culte de Dieu, de l'Eglise et de la Patrie.
J'ratiquez ce sentiment ici, tous les jours.
Qu'il vous défendre de recourir à ces mille industries écolières—que vou“ connaissez trop peut-être—pour dérober un succès où une primauté qui ne serait pas le fruit d'un loyal travail ! Qu'il vous interdise tout mensonge, celui qui soutire les permissions et les dispenses mal fondées, comme celui qui vous soustrait aux punitions méritées, car de tels mensonges sont lâchetés, et l'honneur réprouve toute Tâcheté ! Qu'il vous fasse placer le motif et la récompense de votre bonne conduite dans la conviction du devoir et l'amour du bien, plus que dans l'estime de vos maitres et de vos camarades : car, pour un homme d'honneur, la satisfaction du devoir accompli et ie témoiwnase de sa conscience sont supérieurs à l'estime et au témoignage de cent mille hommes !
Et ainsi formés, mes chers amis, — et soyez convaincus que cette formation est nécessaire aujourd’hui plus qu'en aucun temps, — vous serez bientôt, au milieu des corruptions et des lâchetés du siècle, des hommes d’un incorruptible honneur et de fiers chrétiens qui ne courberont la tête que devant Dieu et mépriseront ces honneurs, ces succès et ces faveurs auxquels on ne s'élève qu’en s’a-
baissant.
Vous serez des hommes puissants pour la ruine des pervers, la vie des bons et la résurrection des faibles, car
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vous aurez en vous, confirmés par les travaux et les luttes de la vie qui développent et fortifient tous les germes géneraux, vous aurez l'honneur qui sera votre sauvegarde et votre dignité, les convictions qui seront votre force, le savoir, votre lumière et celle des autres, et, avant avec tout cela et plus que tout cela la foi qui justifie et la grâce de Jésus-Christ qui transforme et sanctifie, vous colnilres un jour cette couronne d'incorruptible gloire réservée aux vaillants qui ont combattu le bon combat dans les camps d'Israël : c'est la grâce que je vous souhaite, par Pintercession de Notre-Dame, votre patronne d’aujourd’hui et de tous les jours. Ainsi soit-il ! |
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