‹ Discours prononcé au Petit séminaire de Montréal, le 2 février 1890 [microform]Chapitre 3 sur 4 · IT · texte numérisé non relu

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J'ai nommé en troisième lieu l'honneur. J'y arrive et je termine.

Je ne sais si vous comprenez bien, messieurs, le sens et la portée de ce mot ; je ne sais si tous vous avez éprouvé assez souvent le noble£énéreux tressaillement qu'il provoque dans les âmes bien nées. Et ce qui me le fait craindre, c’est une parole que je n'ai jamais pu oublier, parce qu'elle me fit, lorsqu'elle me fut dite, une pénible impression. Elle tombait des lèvres d'un jeune homme sortant à peine d’un collège chrétien comme le vôtre, et aussi

jeune que les plus âgés d’entre vous, car il n'avait fait que } I 5 1

huit ou neuf mois de philosophie — et il le prouvera probablement plus d’une fois encore au cours de sa vie. Je lui représentais, et pour cause, qu’un étudiant en droit, l'élève d’une université doit avoir, pour se bien conduire, d'autres motifs et d'autres mobiles qu'un simple écolier ;

Ils

que là où un règlement ne prévoit ni ne punit certaines fautes et certaines incartades, où la surveillance ne les prévient ou ne les réprime point, l'honneur, pour un jeune homme bien né, supplée d'abondance à tout règlement, à toute surveil'ance.

Savez-vous ce que me répondit cet intéressant muguet ?

‘ Oh ! l'honneur, monsieur, ça ” — oui, ça ! — ** c'est bon pour les Français ! ”

Pardon de l'expression, mes amis, pardon de la prononcer sous ces voûtes—mais je la crois juste et vraie le mot n’eût pas été d'un étourdi, il était d’un faquin !

si

Eh ! sans doute, l'honneur est bon pour les Français. Mais s’il est bon pour eux, pourquoi donc serait-il mau- ‘ais pour nous ?

Ne savez-vous pas que l'honneur, c’est le droit au respect d'autrui, fondé sur le respect de soi-même, sur l'horreur et l'abstention de tout ce qui souille une réputation, discrédite un non, abaisse et avilit une vie” C’est l’honneur qui vous interdit toute vilenie, s’il ne vous préserve pas de toute surprise et de toute faiblesse, qui vous apprend qu'il est, entre les chûtes, des chûtes honteuses qui salissent pour la vie, parce qu'on était tombé non seulement sur le sol, mais dans la boue ; qui vous apprend à distinguer un péché d’une vilenie, car certains péchés qui sont des erreurs ne sont point des vilenies, et certaines actions, à peine des péchés, sont de grandes vilenies.

Eh ! certes oui, l'honneur a toujours été bon pour les Français, et c'est pourquoi cette vieille France dont nous sommies les fils, était jadis la plus fière et la plus chevaleresque nation du monde et qu'aujourd'hui encore, 1à où Dieu et la foi se sont retirés d’un trop grand nombre d’âmes, l'honneur y entretient encore une vaillance et des vertus civiques que des nations plus croyantes pourraient lui envier et qui retiennent pour une part ce malheureux pays sur la pente d'une décadence plus rapide et plus profonde.

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