‹ Discours prononcéChapitre 2 sur 2 · IO · texte numérisé non relu

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si remarquable sur le perfectionnement des arts chimiques en France; écrit substantiel, rempli de vues importantes, qu'il devait bientôt réaliser, et qu’il terminait en disant :

« Il n’est pas de gouvernement plus favorable aux arts que « le gouvernement libre : ainsi, aux ressources inépuisables (( de sa position la France peut ajouter maintenant les avance tages de sa constitution politique; et ce caractère national « qui, seul, a pu dans d’autres temps enfanter des prodiges, « va se fortifier aujourd’hui de tout le génie des chefs du « gouvernement. »

Eprouvé, comme on vient de le voir, à la tribune et dans les conseils, par ce Consul, qui possédait surtout l’art de bien juger les hommes , Chaptal fut nommé ministre de l’intérieur.

x\lors on reconnut ce que peut, pour la prospérité d’un grand peuple, en ce poste élevé, la réunion d’une science profonde, d’une expérience variée et d’une infatigable activité.

Ce que Chaptal, consulté par les États du Languedoc, leur avait proposé de faire avec leurs faibles moyens, pour la prospérité de l’agriculture, des fabriques et du commerce d’une seule province, il pouvait enfin le réaliser lui-même, en faveur de la France entière.

Il dirigea surtout vers l’industrie ses vues d’amélioration. Il rétablit, il multiplia les Bourses de commerce; il en fonda la législation.

C’est à lui que nos cités les plus propres aux spéculations mercantiles doivent leurs Chambres de commerce , et leurs Chambres consultatives des arts et des manufactures; intermédiaires importants à ia fois pour les négociants et pour l’autorité publique.

C’est à lui que la classe ouvrière doit la législation pater-

nelle qui règle avec équité les rapports et les obligations respectives des maîtres d’atelier et des artisans et des manouvriers qui travaillent sous leurs ordres.

Trente ans d’existence ont suffi pour que cette législation établît, entre les subordonnés et les chefs de l’industrie , des liens si puissants de bienveillance et de concorde que tous les efforts des agitateurs , que toutes les prédications des doctrines antisociales les plus perverses , n’ont pu détruire [’harmonie entre les ouvriers et les maîtres qui Ses emploient. La loi qui leur donne des droits et des garanties a fait d’eux des citoyens ; ils en ont montré les vertus , le courage et la modération. J’en atteste les triomphes de i83o, et les troubles même qui depuis deux ans ont fatigué nos cités.

C’est à Chaptal qu’il faut rapporter ces perfectionnements des arts mécaniques, par lesquels la France est devenue la première puissance industrielle du continent, et, sous beaucoup de rapports , la rivale de l’Angleterre.

Sous ses auspices, d’habiles artistes anglais sont venus apporter en France le secret de leurs mécaniques nouvelles et perfectionnées. Le ministre en a proposé 1 adoption à tous les fabricants de tissus français ; il a publié des concours et proposé des prix , au nom du gouvernement ; il a créé, dans le Conservatoire des arts et métiers, un enseignement spécial des procédés nouveaux qui devaient procurer à la France une richesse nouvelle. Lui-même, avec tout le prestige et l’ascendant que lui donnait son immense réputation, malgré les occupations accablantes de son ministère, trouvait encore des instants pour visiter toutes les fabriques importantes de la capitale , et pour donner de vive voix aux

fabricants l’impulsion vers les perfectionnements et vers l’adoption des découvertes importantes.

C’est à lui qu’est due la première Ecole spéciale d’arts et métiers , établie d’abord à Gompiègne, puis transférée à Ghâlons. C’est également sous son ministère, que lesgrandeS’ collections qu’on admire au Conservatoire des arts et métiers, y furent classées et livrées à l’étude des citoyens industrieux.

Enfin, il est au premier rang des fondateurs de cette Société d’Encouragement de l’industrie nationale, établie sous son ministère. Depuis sa fondation , la Société l’a réélu trente fois son président annuel , et dans les jours de faveur et dans les jours de disgrâce : noble constance des arts , honorable à la fois pour l’homme detat et pour les artistes !

Voilà ce que Chaptal a fait en faveur des arts industriels.

Pour les travaux publics , c’est sous son ministère que s’est opérée l’immense restauration des voies publiques de la France. En trois années, cent routes principales, dégradées au point de n’être plus viables qu’en peu d’endroits , ont été rendues praticables. Les routes nouvelles, ouvertes dans les Alpes, par leSimplon, le Mont-Cénis et le Mont-Genièvre, sont au rang des plus grands ouvrages que son ministère vit commencer et finir. A cette époque, on ouvrait une quatrième voie sur le revers des Alpes maritimes, pour communiquer de Marseille à Gênes; on taillait sur les bords escarpés de la rive gauche du Rhin, à travers des roches jusqu’alors inaecessibles , la route magnifique de Binghen à Goblentz.

Dans le même temps, des ponts d’une élégance hardie s’élevaient sur la Seine, sur le Rhône et sur tous les grands fleuves delà France; on complétait les quais de la capitale.

On entreprenait la dérivation de 1 Ourcq a Paris, pour alimenter d innombrables fontaines, verser le superflu des eaux sur la voie publique assainie, et couronner l’œuvre par la navigation quon projetait d’établir depuis la Seine jusqu a l Oise , on reprenait les travaux du canal de Saint-Quentin ; on prolongeait le canal du Languedoc entre JVIortaigues et Beaucaire; on commençait ce grand canal du Rhône au Rhin, qui demandait pour être achevé tant de frais et tant d’efforts persévérants ; on décrétait la jonction de la Sambre a 1 Escaut , on réparait les anciens canaux dont les ouvrages d art tombaient en ruine depuis la révolution ; on instituait une législation nouvelle pour la restauration et pour l’entretien de la navigation naturelle sur les rivières et les fleuves.

C est encore au ministère de Chaptal qu’on doit rapporter les ti avaux , attendus depuis un siecle, pour l’achèvement du Louvre , et ceux qu’exigeait la création du musée Napoléon ; et les premières mesures adoptées pour opérer ces créations magiques des rues de Rivoli, de Castiglioneet du Mont-Thabor; et le projet delà place sur les lieux où fut la Bastille, etc.

Chaptal eut 1 honneur de proposer au premier Consul de créer cette Commission d’Égypte qui devait produire un monument à jamais honorable pour le génie national.

En arrivant au pouvoir, le ministre apprend qu’au sein de la France sont réfugiés les orphelins de Filangieri , proscrits par la cour de Naples en naine de l’immortalité d’un père, émule de Montesquieu; il propose à l’instant de les élever aux frais de 1 Etat dans le Prytanee français , et le premier Consul sanctionne cette pensée toute française.

La révolution confondait dans sa haine du passé, les

actions serviles et les hauts faits patriotiques; bravant les préjugés, même républicains, le ministre restitue au peuple d’Orléans l’antique fête qui célébrait la délivrance de cette ville et l’expulsion des Anglais par la valeur de Jeanne d’Arc.

Le parlement d’Angleterre venait d’accorder 5,ooo livres sterling au docteur Smith , inventeur d'un procédé pour désinfecter l’air des prisons et des hôpitaux; Chaptal , dans un rapport aux Consuls, revendique l’honneur national de cette découverte précieuse à l’humanité, en faveur d’un Français, Guy ton de Morveau. C’était la première fois qu’un acte de cette nature paraissait avec une semblable solennité, pour conserver à la patrie une gloire pacifique et chère à la civilisation.

Tout ce qui touchait le bien de l’humanité avait droit aux soins compatissants de Chaptal. Au milieu des plus grands travaux, il soulageait d’illustres infortunés, avec cette délicatesse qui ne semble le partage que des loisirs ingénieux de l’ame la plus bienveillante. On sait avec quelle aimable simplicité fut à l’instant secourue , au-delà de ses espérances , cette femme immortalisée par les chefs-d’œuvre de Voltaire, que seule elle avait reproduits dans tout leur charme sur la scène.

C’était surtout à soulager les malheurs du peuple et les souffrances multipliées des plus humbles classes , qu’il appor¬

tait ses soins et son génie. C’est à dater de son ministère

que

l’Hôtel-Dieu de Paris a reçu dans le logement, le coucher et la diététique des malades, ces améliorations qui ont fait disparaître pour ces établissements, l’antique et trop juste horreur des classes nécessiteuses.

C’est encore à l’humanité de Chaptal qu’il faut rapporter la rénovation de l’école et de la société de Médecine; puis l’organisation des écoles de Pharmacie; enlin l’institution des élèves sages-femmes, à l’hospice de la Maternité, et les concours et les prix décernés aux élèves les plus distinguées, appelées, sans préférence, de tous les départements. Le ministre, malgré ses immenses travaux, trouvait des instants pour honorer ces concours par sa présence, et pour inspirer une émulation nouvelle aux professeurs, aux élèves, aux administrateurs.

C’est à lui qu’on doit l’institution du Conseil général et gratuit des hospices de Paris ; institution qu’ont illustrée les meilleurs citoyens de la France, par leur philanthropie, leur zèle éclairé et leur constance infatigable.

Quatre années ont .suffi pour ces innombrables bienfaits. Lorsqu’ils ont été rendus, Chaptal s’est démis du pouvoir afin de se livrer sans partage au culte des sciences.

En acceptant cette démission du ministre qui s’était acquis tant de titres à la reconnaissance nationale, Napoléon, pour récompense, le nomma sénateur et grand -officier de la Légion-d’Honneur.

Le secret qu’une politique ombrageuse imposait aux travaux du Sénat, dérobe aux suffrages de la postérité les services individuels rendus à la patrie, dans le sein de ce grand corps politique. En donnant à cette assemblée l’organisation mystérieuse et subordonnée, propre à préparer un sénat de Tibère, l’Auguste moderne y rendait impuissante la vertu même. Cependant, quelquefois encore, dans les occasions solennelles où la voix du Sénat parvenait aux pieds du trône ,. l’amour de la paix et de l’humanité faisait entendre

ses préceptes à l’inflexible conquérant. Telle fut l’allocution du comte de Ghanteloup, au sujet d’un monument triomphal qui devait perpétuer la gloire de Napoléon. « Déjà, disait l’orateur , l’herbe recouvre le monument érigé, dans la plaine d’ivry, pour éterniser les victoires de Henri IV ; mais un simple vœu de bien-être pour le peuple s’est perpétué, d’âge en âge, dans le cœur de tous les Français. » Ah ! si jamais l’empereur n’avait entendu que de semblables leçons, il n’eût point tenté ces expéditions sans intérêt pour la France, qui , devenues le tombeau de nos défenseurs , ont enfin laissé sans défense une patrie follement épuisée à multiplier des conquêtes, pour être conquise à son tour.

Ministre des jours de gloire, Chaptal ne refusa point ses services quand vinrent les jours de malheur et de revers; envoyé sous le titre de Commissaire extraordinaire, dans l’importante division militaire dont Lyon est le centre, il employa tous ses moyens pour repousser, pour arrêter, pour retarder du moins les fléaux de l’invasion étrangère.

Rentré dans la vie privée, après la chute de l’empire, la révolution des cent jours vint de nouveau l’arracher à ses études, qui lui donnaient les consolations du sage, aumilieu des malheurs qu’aucun patriotisme ne pouvait plus conjurer.

Lorsqu’arriva cette révolution si courte et si terrible., Chaptal fut choisi par tous les collèges électoraux de la Seine pour exprimer en leur nom les vœux d’un million de Français. Alors il proclama dans le plus noble langage le besoin d’institutions mutuellement consenties entre Le peuple et le prince; il invoqua les souvenirs de l’histoire, et ce

fut au nom des malheurs de Rome impériale, qu’il attesta, pour 1 empire français, la nécessité des libertés nationales.

A ce langage d un vieil ami, d’un ministre dévoué, qui, douze mois auparavant était encore sénateur, Napoléon put juger qu une annee avait suffi pour produire dans les esprits une révolution profonde, et que les temps du pouvoir absolu avaient fini pour la France, depuis l’abdication de 181/4.

Le jour même où Chaptai s’exprimait avec cette indépendance, il fut nommé pair de la France impériale et ministre d état directeur du commerce et des manufactures.

Bientôt notre pays fut attaqué par l’Europe avant d’avoir pu s armer tout entier et recommencer les prodiges accomplis aux temps de Fleuruset d’Arcole; il succomba sous les coups du grand nombre. Alors Chaptai rentra dans la vie privée, avec tant d autres hommes généreux qui s’étaient offerts au moment du péril, afin de soutenir la cause de la patrie. C était la troisième fois, depuis i8o4, qu’il descendait ainsi des plus hautes fonctions à la simple existence du citoyen, non pour se livrer à l’oisiveté d’un repos que semblaient commander d’immenses travaux , mais pour se délasser de ses fatigues inouïes dans le maniement des affaires, par les occupations douces et séduisantes qu’offrent les sciences appliquées au bien-être de l’espèce humaine.

Au sortir de son premier ministère , croyant avoirassez fait pour la prospérité de l’industrie purement manufacturière, ilavait tourné ses regards vers une autre mamelle de l’Etat, vers l’agriculture , pour la féconder à son tour. Possesseur des magnifiques domaines de Chanteloup, il en fit à la fois sa retraite et ses délices. Ce n’était point comme son prédécesseur, le célèbre duc de Choiseul, pour y déployer un faste

inerte, en y cachant ses regrets; c’était pour y perfectionner les arts les plus utiles au peuple, et pour y répandre de touchants bienfaits.

La guerre maritime avait détourné les sources de notre commerce colonial, et l’opulence de ce commerce allait grossir les trésors de nos ennemis. Le génie de la guerre crut pouvoir demander au génie des sciences de suppléer aux nécessités des climats en faveur de la métropole.

La fabrication du sucre avec des produits de l’agriculture française était la plus importante des entreprises de ce genre. M. Chaptal y consacra sa richesse, son expérience et son activité. C’est à la betterave qu’il accorda la préférence. Il cultiva cette plante dans un vaste territoire, établit ses ateliers pour la fabrication du sucre dans le château de Chanteloup , fit marcher de front ces travaux avec tous les perfectionnements agricoles , avec l’élève d’un troupeau de douze cents mérinos à laine superfine, engraissés, comme les autres animaux, par le résidu des fabrications saccharines : tels furent les succès de ce grand ensemble d’innovations et d’améliorations, qu’une terre qui rendait à peine quatorze mille francs, en donna bientôt cent mille de produit brut etsoixante de produit net!

Alors Chaptal publia le résultat de ses travaux, le calcul de ses dépenses et la valeur de ses produits ; il ouvrit ses ateliers à tous ses concitoyens: il mettait son bonheur à les voir profiter de ses essais, de ses succès et de ses sacrifices.

Le nom du célèbre chimiste se rattache encore à la fabrication d’un produit national intéressant, l’indigo français tiré du pastel. Une commission savante, dont il fut le rappor-

leur, analysa , décrivit les meilleurs procédés que nous pussions adopter pour obtenir cette matière colorante, si précieuse à l’époque du blocus continental.

Toujours dans le dessein de multiplier les conquêtes industrielles, il étudiait et décrivait l’art important de la teinture du coton par le rouge d’Andrinople.

La plus grande industrie agricole de la France , après la culture des céréales, c’est la culture de la vigne; cependant la fabrication des vins, si parfaite en quelques provinces, était partout ailleurs dans un état d’imperfection voisin de la barbarie. Chaptal fit briller les lumières de la chimie sur cette partie des travaux de notre industrie; il enseigna des moyens aussi simples qu’efficaces, pour donner tour à tour aux vins la force ou la douceur, pour en assurer la conservation , pour en accroître le prix. Ses préceptes ont été suivis dans un grand nombre de nos départements, et les succès obtenus en France ont multiplié, dans beaucoup de contrées, les imitations de l’étranger.

Dans ces domaines de Chanteloup, dont l’illustre propriétaire honorait la retraite par de semblables travaux, l’industrie n’aperçoit que le savant producteur, mais l’humanité se plaît à rappeler l’un de ses constants bienfaiteurs.

Dès ïBoy, lorsque le conseil supérieur de vaccine délivre des médailles aux citoyens éclairés qui contribuent le plus à répandre dans les campagnes des procédés salutaires, Chaptal est au nombre de ceux qui reçoivent une médaille, en récompense de la vaccine propagée par ses soins aux environs de Chanteloup.

Parlons d’une année de disette où le peuple souffrit d’immenses privations. En 1817, le comte Chaptal fit re-

mettre au maire d’Amboise , ville la plus voisine de Chanteloup, les blés produits par cette terre, pour les délivrer au peuple à six francs l’hectolitre au-dessous du prix des marchés. Le reste de ses bienfaits furent des distributions gratuites faites aux malheureux, en vivres, en vêtements, en secours de toute espèce. Le Moniteur de cette époque, où Chaptal n’était pas en faveur, consacre le souvenir de ces belles actions.

Dans l’année qui suivit 1817, il fut nommé membre du Conseil général créé par lui pour lès hospices de Paris,, qui lui devaient leur prospérité.

En 1819, il prit rang parmi les fondateurs les plus actifs de la Société pour l’amélioration des prisons ; institution aussi louable pour les citoyens qui l’établissaient, que honteuse pour les gouvernements qui l’avaient rendue nécessaire.

Dans la même année, il fut nommé membre du Conseil de perfectionnement du Conservatoire des arts et métiers: c’était à l’époque où l’on créait un enseignement supérieur des sciences appliquées à l’industrie, dans ce grand établissement qui le comptait aussi parmi ses bienfaiteurs.

Dans cette année encore, le comte Chaptal publiait son célèbre ouvrage sur l’Industrie française, le premier et le plus étendu dans son genre; revue incomplète sans doute, et pourtant très- précieuse , des richesses et des ressources de la France; collection d’utiles documents statistiques recueillis avec persévérance dans tous les départements, depuis les beaux jours du ministère de l’auteur. Ce livre est rempli de sages préceptes et de vues élevées sur le progrès des arts et sur l’esprit des lois qui doivent régir l’industrie.

Des travaux si constants et si nombreux, tant de succès et

de vertus, ne pouvaient pas laisser leur auteur dans l’oubli de la vie privée. Il futappelé a la Chambre des Pairs, en 1819, à cette epoque mémorable ou le duc Decazes , voulant fonder la prépondérance de l’opinion nationale au sein de la noble Chambre, appela les citoyens les plus illustres dans 1 administration , dans 1 armée, dans les sciences et dans les lettres, pour balancer l’esprit réacteur des siècles passés et pour opposer une digue invincible au funeste génie de la contre-révolution.

Ici s ouvre pour le savant , homme d’état, une nouvelle earï ière qu il a parcourue quatorze ans avec la même supériorité d expérience et de lumières, avec la même constance, le meme zele, et cette activité qui ne pouvait en lui s’éteindre quau moment ou s éteindraient les forces de la vie.

Le comte Chaptal était un membre indispensable dans toutes les commissions relatives aux lois sur le commerce, sur les fabriques et sur l’agriculture. Il fut membre des commissions importantes chargées d examiner : les deux projets de loi sur les céréales, en 1819 et 1821 ; les deux projets de loi sur le système des douanes , en 1820 et 1822. Dans l’année 1824, il fut rapporteur du projet de loi relatif aux droits à percevoir sur les eaux-de-vie et relatif à l’exercice

dans la fabrication des liqueurs; il fut aussi rapporteur de la loi qui concerne la répression des altérations et des substitutions de nom dans les produits fabriqués. En 1826, il fut rapporteur des lois proposées sur la mise en régie des salines de l’Est, sur les droits de navigation , et sur l’institution des écoles secondaires de médecine.

Lu 1826 et dans la plupart des autres années, antérieures

ou postérieures, le comte Chaptai fut membre de la commission des recettes ou de celle des dépenses.

En 1828 et 1829, il émit à la tribune les opinions les plus remarquables, au sujet des pétitions que présentaient alors de toutes parts les propriétaires de vignobles; il eut le courage de faire entendre la vérité, pour dissiper les illusions et les exagérations d’un intérêt privé, qui sapait à coups redoublés l’intérêt du trésor public et celui des autres natures de propriétés ou d’industries.

En 1829, en i83o, il fut membre des commissions instituées pour l’examen des lois de finance, des lois relatives à la refonte des anciennes monnaies, au fond commun de l’indemnité , aux 3o millions de secours réclamés en faveur du commerce. Enfin, dans les sessions de i83o à i83i , et de r 83 1 à i832, quoique la santé du noble pair fût déjà profondément altérée, il n’interrompit point ses services législatifs, et prit part aux travaux de plusieurs commissions importantes.

A trois reprises différentes , il a fait entendre la voix de l’homme d’état et celle de l’amitié, pour rendre un dernier hommage à des hommes qui, comme lui, n’avaient vécu que pour l’honneur ou l’utilité de la patrie; c’étaient : Collin de Sussy, l’administrateur du commerce sous le ministère de Chaptai; Lacépède, le continuateur de Buffon et le chancelier si désintéressé de la Légion-d’Honneur ; c’était enfin Berthollet, l’illustre émule de Lavoisier, le compagnon de Monge en Egypte, et le rival chéri de Chaptai, dans tous les travaux entrepris pour appliquer la science au progrès des arts , à la défense de la patrie.

Après avoir acquis tous les genres de gloire que puissent ambitionner le savant et le citoyen; après avoir compté, sur soixante et seize ans d’existence, soixante ans employés pour servir et pour honorer son pays, Chaptal, depuis quelque temps frappé dans sa fortune, qu’il avait toute abandonnée pour aider aux engagements d’honneur du premier-né de sa famille , ce qui ne lui coûta pas une plainte et pas un regret pour lui-même; après avoir éprouvé ces coups du sort, appesanti sur le bien-être de sa postérité, seule douleur qui pût l’atteindre, Chaptal mourut dans la paix et dans la force du juste, laissant pour auréole à sa mémoire, des services dont la France gardera l’immortel souvenir.

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