Discours prononcé
Messieurs,—Le désir de répondre, au plutôt possible, à l’honneur que vous m’avez fait de me demander une lecture, pour'inaugurer ce que l’on peut presque appeler une ère nouvelle pour vous, m’a fait hâter ce jour plus que je n’aurais dû le faire dans l'intérêt de mon amour-propre. Pour cette raison, le travail que je vais vous livrer, se sentira nécessairement de la hâte que j’ai mise à le préparer. Ce n’est pas, je vous l’assure, un plaidoyer intéressé que je vous présente ici pour couvrir mon insuffisance, mais une excuse bien candide de n’avoir pu mieux répondre à votre attente.
Avant d’entamer le sujet de cet entretien, je crois devoir me constituer votre interprète auprès de vos patrons, qui, dans des vues aussi libérales que patriotiques, vous ont permis de dévouer vos longues soirées d’hiver à votre instruction. Le public, j’en : suis sûr, leur saura gré de ce sacrifice, qui peut avoir, et aura, je Pespère, des résultats plus importants qu’on pourrait le penser d’abord, non seulement pour vous en particulier, mais même pour le pays tout entier. En votre nom donc, au nom de vos familles, au nom du pays, je remercie Messieurs les Marchands de cette
ville de vous avoir laissé vos soirées d’hiver, pour travailler plus librement à votre avancement intellectuel, moyen d’assurer à notre pays une classe de Marchands digne de ses hautes destinées.
Le commerce, comme tous les autres arts ses frères, a eu pour mère la nécessité, où les hommes n’ont pas tardé à se trouver, de recourir à la division du travail, pour se procurer la plus grande somme possible de bien-être matériel. Il sert en ‘outre de lien entre eux tous pour les faire contribuer de concert au bonheur et à l’avancement de l’humanité, et l’on peut ajouter que tous les autres arts sont ses tributaires, ses obligés au moins, puisque sans lui ils ne pourraient chacun remplir que bien imparfaitement leurs fins et leurs objets tant particuliers que généraux. À quoi servirait, par exemple, que la Louisiane et les Etats voisins produisissent le coton en si grande abondance, si le commerce n’était là pour échanger contre les produits manufacturés ou les capitaux de PEurope ? A quoi servirait que le Canada possédit les plus belles forêts du monde, si le commerce ne nous ouvrait les marchés de PAngleterre, auxquels il nous èst permis d'ajouter déjà ceux des Etats-Unis ?
Vous n’ignorez pas sans doute, qu’il se fait avec nos voisins, malgré des droits protecteurs très élevés, un commerce de bois assez considérable, qui ne peut qu’aller s’augmentant jusqu’à des proportions incalculables, surtout si nous savons soumettre nos forêts à une direction prévoyante et éclairée, ce que nous avons négligé jusqu’à présent, tant nous nous sentions riches sous ce rapport. Mais il serait temps, grandement ternps de s’occuper de l'affaire.
Pour revenir à notre sujet. À quoi servirait aux différents arts, même d’un seul et même pays, de multiplier leurs produits, si le commerce n’était là aussi pour les échanger contre ceux des autres sections ? L’agriculteur, sans le commerce, courrait le risque d’être, sur des tas de blé, exposé à mille privations, et les autres artisans à mourir de faim sur des monceaux de produits manufacturés. On sait qu’il est hors de question pour chaque art, chaque métier de colporter au loin ses produits à la recherche des acheteurs. Ce serait refouler l’industrie où elle en était aux premiers âges du monde, alors que les hommes se contentaient, pour vivre, du lait et de la chair de leurs troupeaux, dont les toisons leurs
fournissaient aussi le vêtement. Les poêtes ont, il est vrai, appelé ce temps l’âge d’or; mais comme je sui: sûr que vous préférez l’or de la Californie à cet or-là, et que mon intention n’est pas de vous désabuser, nous laisserons les poètes avec leurs rêves dorés, leur souhaitant d’en vivre s’ils le peuvent.
Le commerce n’existait pas alors. Il fit sa première apparition, lorsqu’aux peuples pasteurs succédèrent les peuples agriculteurs. L'agriculture, en ausmentant et variant les substances alimentaires, surtout en produisant un surplus, permit à certaines classes d'hommes de s’appliquer à plusieurs arts, dont l’agriculteur avait besoin pour ses travaux ou pour ses aises, Alors commença échange sur un pied régulier, et de ce moment l’on eut le trafic, qui est le premier degré du commerce. Bientôt certains avantages de sol, de climat ou de position permirent à certaines localités de surpasser les autres dans certaines productions. Dès-lors on eut le négoce. Enhardi par ses premiers succès, le commerce organisa de nombreuses caravanes pour passer les déserts, et construisit de nombreux vaisseaux pour traverser les mers, exportant et important les richesses de pays éloignés les uns des autres ; et l’on eut le grand commerce, le commerce proprement dit.
Jusqu'à naguère, par des causes qui disparaissent peu à peu devant l’intelligence et l’esprit d'entreprise de quelques-uns de nos compatriotes, la race à laquelle nous appartenons pour la plupart, fut condamnée à ne pas dépasser les limites du vetit commerce, à servir de commis, pour ainsi dire, aux march:4s venus d’outre mer. Aujourd’hui ce doit être pour nous un sujet d’orgueil et d’encouragement que de pouvoir compter des maisons canaesdienn à la tête de plusieurs branches importantes de notre commerce. Aux chefs de ces maisons vous devez, nous devons tous un tribut de reconnaissance nationale. Ils ont relevé le caractère de notre race aux yeux des étrangers et de nos compatriotes d’adoption, en même temps qu’ils seront un exemple et un sujet d’émulation à plusieurs des nôtres. Et si par hasard cet entretien parvient à nos suivants, apprenons-leur qu’en l’an de grâce 1852, nous avions dans Québec, tenant le premier rang dans leurs branches respectives, les grandes maisons de Langevin, Masson, Thibodeau & Cie., de Méthot, Chinic, Simard & Cie., de L. & C. Têtu, de Ls. Bilodeau, de J. & O. Crémazie, et autres dont on pourrait faire une mention honorable.
Jeunes gens qui m'écoutez, et pour qui j'ai composé ce petit travail, voilà des modèles, des guides pour vous. Commencez modestement, selon vos moyens, rien de mieux ; mais tendez sans cesse à aggrandir vos opérations ; suivez le mot de votre siècle et du nouveau monde: go ahead ! En avant.
Pour vous encourager à entrer dans cette voie, et à y persévérer, je vais vous entretenir un instant de ce qu’il y a de beau, de grand, d’humanitaire dans le commerce.
Messieurs, vous pouvez être fiers de l’état que vous avez embrassé, car il a fait et opéré de bien grandes choses dans le monde. C’est lui qui d’une contrée stérile fit la Phénicie, un des pays les plus renommés de la haute antiquité. Les Phéniciens, non contents d'amener l’abondance chez eux, fondèrent des colonies en Afrique, en Asie, en Espagne. ‘L'out le monde a entendu parler de cette fameuse ville de Tyr, capitale de la Phénicie, qui détruite une première fois par Nabuchodonosor, sut bientôt, grâce à son commerce, sortir de ses ruines plus puissante qu'auparavant, et qui, moins de deux siècles après, put arrêter sous ses murs, pendant sept mois, le plus grand conquérant de lunivers, cet Alexandre qui, à 32 ans, se plaignait qu’il n’y eût pas un autre monde à conquérir.
Athènes, cette ville cent fois détruite et cent fois rebâtie, rendue si glorieuse par ses sages, ses savants et ses artistes, dut à ses marchands sa puissance matérielle, fondement de ses autres grandeurs.
Carthage, digne fille de Tyr, disputa, pendant un siècle, l’empire du monde à l’ancienne Rome, qui ne dut son salut, comme on sait, qu'aux funestes délices de Capoue. C’était une rivale si redoutable et si redoutée, même après ses premiers revers, que Caton l’ancien n’entrait jamais au Sénsi sans prononcer son mot devenu si célèbre : Delenda est Carthago, il faut détruire Carthage. Et enfin Carthage fut détruite, et Rome ne rencontra plus d’obstacle sérieux à sa colossale ambition.
Ce fut aussi sous les auspices du commerce que Venise, surnommée ‘ la Reine de Adriatique,” jeta une si grande splendeur au moyen âge, et que plus tard Amsterdam fit, au nord, sur le golfe d'Ye, ce que Venise avait fait au midi de l’Europe. Et Gènes “ la Superbe,” à quoi dut-elle sa richesse et sa beauté, si ce n’est
à son commerce ? Mais son plus beau titre de gloire, dû au génie commercial de ses enfants, c’est d’avoir donné le jour à Christophe Colomb, à qui ses ingrats contemporains refusèrent l’honneur de donner son nom au nouveau monde. Mais sa découverte l’a fait si grand, qu’il a pu se passer de cet honneur. Est-ce à un semblable motif, ou à l’ingratitude des peuples civilisés d'Amérique, qu’il faut attribuer l’absence, jusqu’à nos jours, sur le sol Américain, d’un monument digne de l'homme à qui il serait ‘levé, digne de ceux qui l’élèveraient, digne enfin de l'événement qu’il serait destiné à commémorer ? La découverte de l’Amérque, Messieurs, est le plus grand événement de l’ère moderne, après celui qui l’a commencée ; et c’est bien et incontestablement au commerce que nous la devons. Oui, sans le commerce, sans le génie avantureux qui en est l’âme, et l’esprit d'entreprise qu’il inspire, ce beau, ce riche, ce vaste continent d'Amérique, serait encore entre les mains des tribus sauvages, qui semblaient n’avoir d’autre ambition que celle de s’exterminer les unes les autres ; n’ayant aucune idée de perfectionnement, à l’exception pourtant des peuples du Mexique et du Pérou, où l’on trouva un commencement de civilisation. Sans le commerce, Québec serait encore Stadacona, et Montréal Hochelaga, et notre beau fleuve, sillonné aujourd’hui par des milliers de vaisseaux et de barques à vapeur, ne verrait encore que l’humble canot d’écorce glisser furtivement sur son vaste sein. Et ces forêts primitives, que les chemins de fer commencent à traverser, et qui ne tarderont pas de l’être d’un: océan à l’autre, n’auraient encore reçu de l’homme d’autre servitude que l’humble sentier du chasseur indigène. Vingt-cinq à trente millions d'hommes civilisés, industrieux, remplacent aujourd’hui dans la seule partie septentrionale de notre hémisphère, Îles quelques centaines de milliers de sauvages qui l’habitaient au temps de Jacques Cartier, le Christophe Colomb du Canada. Et, s’il nous était permis de lire au Livre de Dieu les destins futurs de P'Amérique du Nord seulement, entièrement habitée qu’elle sera bientôt par une population libre, active et entreprenante, atteignant d’une main à l’Europe savante et policée, de l’autre à l’antique et riche Asie, que de prodiges nous verrions que le monde n’a pas encore vus, et quel étonnement ne serait pas le nôtre, tout habituée que notre génération ait été à comtempler des merveilles en tous genres !
Eh! ces merveilles donc, qui font le sujet de notre admiration, à qui les devons-nous pour la plupart, si ce n’est au commerce? Il serait trop long de vous citer les mille et une découvertes et améliorations qui ont eu lieu, de nos jours, dans les arts d’utilité seulement, et qui ont fait descendre, jusqu'aux classes ouvrières, le confort, l'élégance même, qui naguère étaient l’apanage exclusif des classes riches, Bornons-nous donc à quelques-uns des exemples les plus frappants où le génie, à la voix encourageante du commerce, devenu puissance sociale, s’est lancé avec ardeur dans les sentiers les plus inconnus de la science et de l’expérimentation. Le commerce donc se plaignait depuis longtemps des caprices, même de la lenteur des vents sur mer ; et sur terre, comment auraitil pu se contenter du pas, de la course même du cheval ? Le génie se met à l’œuvre, et voilà que on traverse l’Atlautique en dix jours, et que l’on voyage, ou plutôt que l’on vole sur la terre, à raison de vingt lieues à l’heure.
Mais ce n’était pas assez ; le commerce pouvait bien se résigner, faute de mieux, à voir ses ballots de marchandises voyager sur ce modeste pied-là, mais il lui fallait quelque chose de bien plus rapide pour ses ordres, pour sa correspondance pressée, Comment! il est le maître du globe terrestre, et il lui faudra attendre des semaines et des mois avant de savoir ce qui se passe sur aucun point de son domaine? Bon Dieu ! on va donc faire descendre Mercure de Olympe, où il repose depuis dix-huit cents ans, et le remettre à son ancien métier de messager, au service des Dieux nouveaux? Ma foi, c’est peut-être mieux que cela encore, car je doute fort à que le messager des Dieux de Olympe ait jamais égalé en vitesse celui que le commerce a maintenant à son service, Ce n’est rien moins que la terrible foudre du grand Jupiter, fabriquée autrefois par un Dieu, et que le père des Dieux seul pouvait manier. Oui, Messieurs, le génie moderne, plus hardi encore que l’infortuné Prométhée qui ne put dérober qu’une étincelle du feu céleste, le génie moderne a su dérober à Vulcain le secret de forger la foudre, et à Jupiter le droit de l’employer, non plus pour foudroyer les humains, ce qu’il pourrait bien faire cependant, mais pour les faire communiquer entre eux instantanément d’un bout de la terre à l’autre: enfin la foudre est devenue le messager de l’homme. Vous le voyez, tout ce que la poétique imagination des anciens peuples a pu inven-
ter de prodiges, pour des Dieux encore, se trouve surpassé de nos jours, pour satisfaire aux besoins du commerce.
Je pourrais vous citer un bon nombre d’autres découvertes et applications de la science faites et entreprises dans le même but. Nous venons de faire une petite excursion dans le pays enchanté de la mythologie, vous montrant la science divine de Vulcain transportée dans les bureaux de nos télégraphes électriques ; il ne faut donc pas s'étonner s’il y a déjà longtemps que nous avons surpassé celle d’Icare, simple fils de héros. Aussi se fait-on un jeu d’une tentative qui couta la vie au Mongolfer de la Fable. Il ne s’agit plus maintenant de s'élever dans l’air. .. .belle bagatelle que cela! l’on s’occupe sérieusement de résoudre le grand problême de la navigation aërienne, d'une manière usuelle et pratique, en même temps que l’on parle de la possibilité de jeter un fil de télégraphe électrique à travers l’Atlantique. Et qui osera dire que cela est impossible? Napoléon a dit que le mot impossible n’était pas français: certes, après ce que nous avons vu, on pourrait dire que ce mot n’est plus d’aucune langue.
Toutes ces merveilles, nées et à naître, c’est, on peut le dire, le commerce qui les fait surgir, qui les féconde, et leur donne la vitalité; sans lui, sans son soufle générateur et vivifiant, elles seraient restées et resteraient, germes infécondés, dans les livres ou les cartons des savants, comme l'ont fait longtemps l'électricité et la vapeur, c’est-à-dire jusqu'au temps où le commerce s’est aperçu qu’elles pouvaient devenir pour lui des instruments utiles à ses opérations.
L’état par lequel et pour lequel s’opère d'aussi grandes choses, mérite assurément une haute considération, et ce n’est pas, comme vous le voyez, le vain désir de flatter votre amour-propre, qui m’a
t vous dire que vous deviez être fiers d’y appartenir. |
= Maisily a dans le commerce quelque chose de plus beau en- | core que ses grandeurs, ce sont ses tendances éminemment hu- | manitaires, civilisatrices et progressives. Le commerce est, après la religion Chrétienne, le plus grand instrument, entre les mains de Dieu, pour l'avancement moral et intellectuel de l’homme, en mettant en contact la civilisation et la barbarie, ou des états de civilisation plus avancés avec d’autres qui le sont moins. L’homme, fait perfectible, ne peut voir chez les autres ce qui est mieux, sans A
avoir le désir de les imiter. La paresse et l’esprit de routine résistent plus ou moins longtemps, mais l’instinct de perfectibilité, mis dans l’homme par Dieu, finit par l’emporter ; sinon, les races fainéantes et improgressives, si elles habitent un pays fertile, disparaissent tôt ou tard devant des races plus industrieuses et plus intelligentes. Et c’est dans l’ordre : Dieu qui veut que l’homme travaille et se perfectionne, en se multipliant sur la terre, ne peut vouloir que cette terre appartienne aux races paresseuses et stationnaires. L’on a voulu rire du titre que les anciens Pélerins de la Nouvelle-Angleterre se créèrent aux terres dont ils s’emparaient, en disant que Dieu avait donné la terre à ses saints. Je trouve, pour ma part, que ce titre en valait bien d’autres qui passaient alors et passent encore pour incontestables. Au reste, ce n’est pas à nous, habitants nouveaux du Canada, à contester la valeur de ce titre, car en réalité nous n’en avons pas d’autre. Mais, au moins, rappelons-nous que nous devons aide et assistance aux restes épars des anciens maîtres du pays. On a, à cet égard, assez libéralement traité les descendants des aborigènes dans le Haut- Canada, mais dans le Bas on les a honteusement négligés jusqu’à présent. Nous ne devons pas tarder à réparer cet oubli, et je vois avec plaisir que la législature, dans sa dernière session, a pensé à nos pauvres sauvages, et qu’il est question de leur faire des réserves de terres pour s’y établir, si on peut les y résoudre, ou pour leur créer quelques ressources assurées, s’ils s’y refusent. Ce n’est là qu’un acte de justice, que l’on fera plein et entier, il faut l’espérer. Espérons surtout que nos bons et braves amis de Lorette, dont les pères ont mêlé leur sang avec celui des nôtres pour la défense du pays, ne tarderont pas à avoir un patrimoine pour leurs enfants. Pour revenir à notre sujet, nous disions que le commerce, en mettant les peuples civilisés en contact avec les peuples barbares, amenait ces derniers avec le temps dans la voie de la civilisation ; et c’est là l’histoire de presque tous les peuples civilisés anciens et modernes. La conquête a bien pu subjuguer, mais il a fallu que le commerce soit survenu pour compléter l’œuvre du conquérant, et le consolider par l’assimilation des goûts, des besoins et des idées. Nous en avons sous les yeux deux exemples bien frappants, un dans l’Amérique espagnole, où les descendants des anciens habitants se sont assimilés à leurs conquérants, assimilation
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qui n’est pas encore complète, mais qui le sera bientôt, au point qu’il sera aussi difficile de distinguer un descendant des Incas d’un Espagnol, qu'il l’est aujourd’hui en France de distinguer un Gaulois d’un Franc.
L'autre exemple, nous le trouvons dans l’Indoustan, où, grâce à Pinfluence bénigne du commerce, cent cinquante à deux cents
* millions d’hommes regoivent la loi d’une compagnie de marchands
Anglais, s’impreignant lentement, il est vrai, mais visiblement, des idées plus avancées de la civilisation européenne. Et cette immense conquête, c’est au commerce et au commerce seul qu’elle est due ; c’est une compagnie de marchands qui a doté l'Angleterre d’un des empires les plus riches et les plus peuplés de la terre. C’est une des plus grandes œuvres au’ait jamais opérées le commerce ; et c’est à bon droit qu’elle par;: de ses Princes Marchands, cette grande pation Anglaise, que Napoléon, dans ses moments de dépit, appelait un peuple de boutiquiers. Peuple de boutiquiers. ... mais qui du fond de ses boutiques fut toujours le plus grand obstacle à l’ambition désordonnée du grand homme, et qui empêcha peut-être une seconde Rome de pressurer de nouveau le monde.
S'il est possible, ce dont je doute, s’il est désirable, ce dont je doute encore davantage, qu’il y ait sur notre terre une domination universelle, ou l’unité gouvernementale, que ce soit sous les auspices du génie commercial ; car avec les idées plus éclairées qui se répandent en fait d'économie politique, ce sera le régime le plus favorable au bien-être de l’humanité. Les nouvelles idées, vous le savez, sont en faveur du libre échange, et l’Angleterre, disons-le à son éternel honneur, a pris les devants dans cette carrière, à la voix d’un grand homme d'état, Sir Robert Peel, enlevé trop tôt à la cause du commerce libre.
Laissez faire, répondit un marchand français à un roi qu’il avait obligé, et qui lui demandait ce qu’il pouvait faire pour le commerce. Oui, laissez-les faire, et ils iront vous chercher sous toutes les #ônes les articles que chacune peut produire au plus bas prix, les échangeant avec ceux que vous pouvez vous-mêmes produire aux mêmes conditions. De cette manière il n’y aura plus rien d’artificiel, de forcé dans l'industrie des peuples, les fluctuations ruineuses cesseront, la production se balancera avec la demande, le travail de l’homme dans chaque pays s’exercera sur ce qu’il y a
SEXE de D'PE RPRAREES RENE EE
de plus assuré, et des millions d’ouvriers ne seront plus livrés aux horreurs de la famine par un tarif inopinément passé à mille lieues d'eux.
Encore une fois, lussez faire le commerce, et vous verrez comme il saura remplir la mission providentielle dont il est chargé, de rapprocher les hommes, de les faire se connaître, se communiquer 'eurs idées, échanger leurs richesses, et par là de reformer la grande famille humaine dispersée à la Tour de Babel. Il s’est fait et se fait encore de beaux rêves sur la fraternité humaine, sur les moyens d'arriver à la fraternisation universelle. Le plus sûr de ces moyens, nous l’avons dans le commerce, dans le commerce libre. Le commerce a besoin de toutes les libertés, comme de toutes les énergies ; il lui faut des hommes libres et industrieux. Aussi toutes les grandes nations commerciales ont-elles été des pations libres. Sielles n’ont pas toujours et toutes été libérales, elles le seront désormais; car on s’aperçoit aujourd’hui qu’on ne peut faire de commerce avantageux qu'avec les peuples riches, et qu’opprimer des peuples plus faibles que soi, c’est tout simplement s’ôter des acheteurs. Voyez comme toutes les nations s’alarment lorsque la guerre menace d’éclater sur quelque point important ; comme les offres de médiation arrivent de toutes parts. C’est le commerce qui cause cette émotion ; il sent qu’il va perdre des acheteurs et des vendeurs. Sous ce rapport, le commerce est un grand pacificateur, et ce n’est pas son moindre mérite, puisque la guerre est le plus grand des fléaux pour les nations.
En voilà assez, je pense, pour vous faire concevoir toute limportance du commerce, la grandeur du rôle qu’il est appelé à jouer dans le monde. Cela doit vous faire pressentir l’importance et la grandeur correspondantes des devoirs et des obligations de ceux qui s’y engerent ; car il sera demandé beaucoup à ceux à qui il aura été beaucoup donné. Ce point mérite qu’on s’y arrête, et il complètera notre thèse.
Dépositaire et régisseur de la richesse commune, le corps commercial est véritablement constitué l’éconôme des sociétés. Tout en faisant valoir ses intérêts particuliers, le marchand, le vrai marchand, celui qui est digne de porter ce nom, doit diriger son attention vers les intérêts généraux. Le marchand dont les regards ne se portent pas au-delà de son comptoir, ne mérite pas Île
nom de marchand ; ce n’est qu’un mince boutiquier, bien au-dessous de lartisan qui, lui au moins, a le mérite d’offrir au public le fruit de sa propre industrie. C’est un producteur, et partant un membre utile à la société, dont il augmente la richesse par son travail. Les simples boutiquiers, eux, ne font le plus souvent qu’encombrer le négoce d’une foule de fainéants, au détriment des hommes intelligents et actifs, capables de s’élever à la hauteur de leur état: Il faut le dire, on rencontre dans le commerce de nos grandes villes le même mal qui se fait sentir dans les professions libérales, un nombre de nullités et d’incapacités qui, comme les branches gourmandes d’un arbre fruitier, nuisent à la fécondité des rameaux fructueux. Ce sont autant de bras enlevés aux arts utiles, autant d'hommes qui végctent aux dépens de la société, sans contribuer en rien à l’avantage commun, ni à l’augmentation de la richesse sociale. C’est la paresse d'un côté, la vanité de l’autre, qui créentet entretiennent cette classe de frelons sociaux : on se fait marchand pour échapper au travail des mains; on est avocat, notaire, médecin, pour avoir un parchemin dans sa poche. Autrefois on prévenait ce mal au moyen des maitrises ; sous le régime moderne de liberté, il n’y a que l’opinion publique qui puisse faire justice de cet abus, et il est bien à désirer qu’elle s’exerce dans ce sens. Dans un jeune pays, comme le nôtre, il faut dans toutes les branches des hommes effectifs, qui contribuent réellement à l’avantage commun, ce que ne font pas ceux qui, sans les qualifications requises, viennent successivement encombrer les métiers ou les professions. À moins d’avoir les aptitudes particulières à un état, de façon à pouvoir y atteindre à l’éminence, on devrait par pudeur, par devoir, par intérêt s’en éloigner.
“ Soyez plutôt maçon, si c’est votre métier, ?
comme disait Boileau aux mauvais poètes de son temps.
Si le marchand, le vrai marchand, celui qui comprend sa haute mission, ne voyait amoindrir ses profits par la cause que je viens de signaler, il pourrait mieux remplir les grandes obligations de son état, et l’on serait plus en droit d’en exiger l’accomplissement ; mais quelle que soit sa condition, le corps commercial, surtout dans
un jeune pays, ne doit pas rester spectateur oisif du développement des ressources naturelles ou artificielles de son pays. On attend
Tom va TS eva Via ve VAVIIT r“J®:
de lui, au contraire, qu’il se mette à la tête du mouvement industuel. Individuellement et collectivement, les marchands doivent s'occuper sans cesse de l’exploitation avantageuse de toutes nos ressources, n’en laisser aucune dormante ou en souffrance ; et ce devra toujours être pour eux un sujet de honte, si c’est leur faute, de vifs regrets si ce ne l’est pas, quedes étrangers viennent, à notre porte, nous enlever les richesses dont la nature nous a dotés, ou nous apporter des produits bruts ou manufacturés, qu’on aurait pu se procurer dans le pays même à aussi bonne composition. Un pays, pas plus qu’un particulier, ne doit tirer du dehors ce qu’il peut faire lui-même.
__ L'histoire moderne offre un phénomène commercial si frappant, se rattachant aux considérations que je viens d’exposer, et aux études que doit faire un marchand, que je ne puis résister au désir de vous le signaler, dût-il nous écarter un peu de notre sujet. Je
! vous ai parlé, il y a un instant, de la découverte de l’Amérique, et de importance de cet événement pour l’humanité tout entière. Aussitôt l’arrivée de cette grande nouvelle en Europe, toutes les pations commerciales et maritimes voulurent avoir leur part du Nouveau-Monde, et l’on alla jusqu’à s'adresser au Pape, encore puissant alors dans les affaires temporelles, pour en avoir chacun la meilleure part possible. Grands débats, force intrigues à ce sujet, qui, ma foi, en valait bien la peine. Finalement l’Espagne, en sa qualité de premier occupant, car c'était sous son drapeau que Christophe Colomb avait découvert l'Amérique, eut la meilleure par: consistant dans toute l’Amérique du sud, et dans le Mexique,