‹ Discours prononcé (volume 2)Chapitre 2 sur 4 · A LA TRANSLATION DU CORPS DE · texte numérisé non relu

A LA TRANSLATION DU CORPS DE

Messire Girouarcd, AU SEMINAIRE DE ST. HYACINTHE, LE 17 JUILLET 1861.

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Mssseicneurs, Messreurs, (°)

J’aurais désiré qu’une parole plus digne que la mienne de louer celui qui est l’objet de cette fêie funèbre et plus propre à satisfaire l’attention d’un tel auditoire se fut élevée en ce Jour au nom de la religion et de la société pour rendre honneu: au vénéré Messire Antoine Girouard, fondateur de ce coilége. Mais une voix que j’entendais au fond de mon cœur, ct dont les accents étaient répétés à mon creille par tous ceux à oui Je m’adressais à cet égard, une voix me disait: A qui a reçu plus amplement le bienfait, appartient le devoir d'exprimer la reconnaissance : à

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(*) Mgr. La Rocque, évèque de St, Hyacinthe, Mgr. Taché, évêque de St. Boniface,

qui a mieux connu celui dont on vénère la mémoire, il convient d'en parler aux autres.

Au nom de la maison qu'il a fondée, qui est son œuvre propre et qui reçoit aujourd'hui ses restes, et au nom des rapports per sonnels que j'ai eus avec lui dès mon enfance, et de Îà gratitude que je lui dois comme son élève, il me faut done parler en ce jour, C’est un devoir que je me sens imposé et par les autres et par moi-même. It pourquoi n’ajouterai-je pas: c'est un bonheur? Oui, malgré tout ce que ma parole m'inspire de défiance, je suis heureux, je suis heureux, à prûtre, que j'ai rénéré $ avec les premiers sentiments qui se sont formés dans mon cœur: vous à qui je dois le bonheur de Péducation, la dignité du sacerdoce, je suis heureux de pouvoir faire cette solennelle protestation de ma gratitude pour vos bienfaits, de mon admiration pour vos vertus, de mon dévouement à honorer votre mémoire.

11 me faut parler, mais qu'ai-je à dire? Ce que vous savez tous. Quels sentiments ai-je à exprimer ? Ceux que vous

éprouvez tous. Ce concours immense, ces hauts dionitaires di

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l'Eglise, ce clergé si nombreux, ces citoyens distingués, ces f honorables membres des grands corps de l’état, ces anciens élèves | accourus des diverses parties du pays, ce peuple qui se presse

autour des restes de son pasteur, cette translation de son corps,

s’accomplissant avec fant de pémpe et de solemnité, cette émo-

tion qu'éprouvent tous les cœurs, qu’expriment toutes les figures, ' oh! tout cela atteste que tous connaissent, que tous appréeient le 4 mérite de l’homme qui reçoit cet hommage ; que tous sentent et la gratitude et le respect qui doivent s'attacher à son nom. Oui, À mais il faut un interprète du sentiment public ; il faut qu’une voix s'élève, parlant au nom de tous, donnant une expression à ce qui est dans tous les cœurs.

Eh bien! dans cette circonstance, le plus digne honneur que nous puissions rendre à la mémoire de Messire Girouard, c’est de rappeler ce qu’il a été. S’entretenir de ceux que l’on vénère, de ceux que l’on aime, en redisant leurs titres au respect et à l'affection, c’est là la meilleure expression de ces sentiments mêmes. Et d’ailleurs, si la reconnaissance envers Messire Girouard ne s’est point affaiblie, le souvenir de ses actes, en certaines particularités du moins, a dû subir nécessairement Paction du temps si puissant à effacer. Je crois donc correspondre à l'intérêt, manifesté si vivement aujourd'hui à son égard, en faisant mienx apprécier, par quelques détails, le mérite éminent de ce digne prêtre, particulièrement dans son œuvre principale, la fondation de cette maison.

Nous avons élevé, il est vrai, vers le Dieu des miséricordes des prières pour son âme. L’ignorance où nous sommes des jugements du Seigneur nous en a fait un devoir, et c’est d’ailleurs nous conformer aux intentions de l'Eglise, qui demande des prières pour tous ceux qu’elle ne déclare pas bienheureux. Mais qui de nous ne se sent pas porté à suppléer par son jugement à la décision de PEzlise, au souvenir de ces œuvres de charité, auxquels le bonheur céleste a été promis, œuvres qui ont suivi notre bien-uimé fondateur au tribunal de Dieu pour ôter à la justice ses droits, si elle en avait encore, et faire prévaloir la miséricorde ?

N'est-il pas dit: # Qui ad justitiam erudiunnt mullos, quast stellæ in perpctuas aternitates.”” (Dan. 12, 3.) Messire Girouard a donné l’éducation, et une éducation chrétienne, sanc-

tifiante, propre à les rendre justes, à un grand nombre d’hommes.

Il doit donc être là haut brillant dans les splendeurs des saints.

Il est une étoile qui scintille au firmament, et si elle est du nom-

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bre de celles dont l'éclat n'arrive pas jusqu’à nos yeux, nous pouvons la regarder comme la bonne étoile de la maison qu'il a fondée, et espérer d’elle l'influence la plus salutaire. Puisse son bonheur être augmenté par l’honneur que nous lui rendons, et qu'il daigne agréer ce faible tribut de leuanges que mes lèvres vont lui présenter en redisant ses titres à notre admiration et à notre gratitude.

Je n’ai point à rappeler les vertus de son jeune âge qui le rendaient plus cher à un beau-père qu'# ses propres enfants; à redire son travail et sa régularité au collège, qu’il me serait doux pourtant d'offrir pour exemple à cette jeunesse studieuse ; à mentionner ses succès dans ses études classiques, attestés par sa grande facilité à parler et à écrire le latin, et la force de ses études théologiques, qui, après moins de deux ans de séminaire, lui permit d’être promu au sacerdoce et d’être employé au ministère,

Je ne le suivrai pas dans ses missions lointaines à la Baie des Chaleurs, dont il a desservi seul pendant quelque temps les deux côtes dans toute leur étendue. J'aurais trop à dire de son zèle apostolique, de son dévouement, qui lui a fait plusieurs fois braver Ja mort en traversant la Baie au milieu des plus grands dangers, pour porter les secours de son ministère ; de cette charité qu’il manifesta si souvent envers les pauvres habitants de ces contrées ; vertu dont il connaissait tout le prix, lui qui a dit cette parole, qu’on ne peut trop répéter: Quand javais quelque faute à me reprocher, je me disais: Donnons une couverte à un pauvre sauvage, car la charité efface tous les péchés aux yeux de Dieu.

Je ne mentionnerai de ses quinze ans de séjour à la Painteaux-Trembles, que la visite qu’il y reçut à plusieurs reprises des sauvages qu’il avait desservis à la Baie des Chaleurs, venant lui exprimer leur reconnaissance et le supplier de. revenir au. milieu

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