LA
d'eux: car, disaient-ils, ils s’ennuyaient de leur père et de leur ami. Bons sauvages, j'admire votre gratitude; je comprends cominent la bonté de votre pasteur a pu vous attacher à lui, Mais cessez vos instances : son cœur généreux pourrait y céder : ah! laissez-nous le. Voici qu’une autre carrière digne de son zèle va s'ouvrir pour lui. Il y a encore un pays, que je puis appeler de mission qui le reclame: là il opèrera un bien plus grand encore que chez vous: là aussi il sera bon et dévoué ; il aimera et sera aimé : il y habitera jusqu’à la fin de ses jours et ses restes y recevront un honneur que vous ne pourriez lui rendre. Mais je suis heureux de répéter l’accent de cette reconnaissance au milieu de ceux que nous élevons nous-mêmes à l’honneur de sa mémoire, et de faire prêter l’oreille à ces échos lointains de la Baie des Chaleurs se mêlant à ceux de l’Yamaska pour redire, dans un délicieux concert, la bonté du grand cœur que nous honorons en ce jour.
Ce fut en septembre, 1895, que Messire Girouard, après avoir rempli pendant quinze ans, avec l’estime générale, les devoirs de curé à la Pointe-aux-Trembles, fut nommé à la cure de St. Hyacinthe.
Girouard, St. Hyacinthe ! voilà deux noms désormais inséparables. C’est que notre ville doit ses premiers développements à son pasteur. Nul ne doute que ce sont les établissements qu’il y a fondés qui l'ont faite ce qu’elle est aujourd’hui, ce qu’elle sera plus tard; et si ses accroissements lui donnent dans la suite
des temps un rang distingué au milieu des cités du pays, on devra, quoique l’action ait été opérée par des moyens différents, on devra associer le nom de Girouard, comme fondateur, à celui. de St, Hyacinthe, ainsi que les noms de Champlain à Québec, de: Maisonneuve à Montréal.
rater
Qu'était-ce que notre ville, quand Messire Girouard en est devenu le pasteur ? quelques maisons réunies autour de l’Église : mais la paroisse n’avait pas de limites. (C’était une vraie mission, une autre Baie des Chaleurs. Quinze paroisses, à part les établissements religieux des Townships, se sont formées de celle de St. Hyacinthe. La juridiction de Messire Girouard s’étendait depuis St. Aimé jusqu’à Farnham et Durham, e. depuis la Présentation jusqu'à Stanstead.
Sans doute la population y était comparativement peu considérable, et dans les townsbips les catholiques étaient rares. Il y en avait cependant, du moins après un certain nombre d’anrées, de disséminés partout, si ce n’est peut-être dans les parties les plus voisines de la frontière américaine. Ils avaient à reclamer les secours de leur pasteur. Il n’y avait point de chemins pour les voitures : il fallait s'ouvrir un passage à travers les bois, et marcher quelques fois des jours entiers pour aller administrer un malade, Des voyages moins difficiles, mais qui étaient cependant
‘bien pénibles encore, tout le long des rives de l’Yamaska, où la
population se portait d’abord tout naturellement, mettaient souvent à l’épreuve le zèle du curé de St. Hyacinthe. Le missionnaire, qui avait bravé les périls de la Baie des Chaleurs, se trouvait prêt en toute circonstance à voler où l’appelait le devoir: son dévouement ne savait point faire défaut.
Redirai-je les vertus qu’il a fait paraître dans l’exercice de son ministère comme curé; son travail assidu ; le soin qu’il apporta à éclairer son troupeau de sa parcle, dénuée d’ornements, mais toujours correcte, claire, et pleine d’une instruction solide ; sa charité sans borne envers le pauvre, pour qui il tenait toujours ouverts son cœur et sa main ; sa bienveillance, sa cour-
toisie, si aimable par sa simplicité, qui le rendait cher à tout le
monde ; ses visites dans les familles, si agréables par l'expression de la bonté de son cœur, par un admirable mélange de familiarité et de gravité, qui le faisait aimer et respecter, par ses récits, pleins d'intérêt, malgré la lenteur de sa parole ; et j'ajoute visites si édifiantes par les réflexions pieuses qu'il savait, avec un
rare à-propos, mêler à tous les entretiens.
J'en appelle à vous, citoyens de cette ville, habitants de la paroisse de $t. Hyacinthe, qui avez eu le bonheur d'être en rapport avec lui et d’être l’objet de son ministère. Vos souvenirs disent incomparablement plus que mes paroles ce qu'à été votre pasteur. Vos cœurs s’émeuvent à la mémoire de ses vertus et de ses bienfaits. Vous voudriez dire aussi vos impressions pour acquitter votre reconnaissance, Ab! conservez-les dans vos cœurs jusqu’à vos derniers jours: exprimez les dans l’occasion à ceux de vos co-paroissiens qui n’ont pas vu l’homme de Dieu que nous regrettons : et surtout rappelez ce qu’il a été à vos enfants dont ua grand nombre jouissent des fruits de son zèle pour la jeunesse. Que chaque famille perpétue dans son sein, par une fidèle tradition, le souvenir des qualités et des actes de celui qui a légué aux enfants de l’un et de l’autre sexe, qui en sont les membres, le plus précieux héritage qu'ils puissent recevoir, une
éducation élevée, sanctifiée par la religion.
J’ai parlé du curé de St. Hyacinthe, « son zèle à remplir ses devoirs spirituels : mais ne pourrai-je rappeler le titre qu’il a à la reconnaissance publique sous un autre rapport? je veux dire l’impulsion qu’il a donnée à l’agriculture et au défrichemeut. Devenu propriétaire dans cette partie du pays de terres incultes, il mettait à les rendre susceptibles d’une prompte culture une activité propre
à encourager les autres : il offrait à tous l’exemple des travaux
qu’il faisait exécuter. Il engagea à s’enfoncer de plus en plus
dans la forêt, et il a fait abattre des arbres, à la place desquels diverses églises élèvent aujourd’hui leurs clochers. (Grâce à cette impulsion, les premiers établissements canadiens se sont faits dans les townships de l'Est. Messire Girouard a préludé au zèle de ces missionnaires et de ces colons qui, depuis, par un dévouement et un courage si admirables, ont rendu à notre rate la plus grande partie de ces contrées, en forçant de reculer la popu'ation américaine qui s’y était établie. Il a été le précurseur de la belle et grande œuvre de la colonisation.
Mais je me hâte de me rendre à vos désirs, en vous parlant de son œuvre principale, de celle q'n fait la gloire de son nom. Qui donc lui a inspiré la pensée d'élever un collége ? à quelle émpulsion de son cœur la religion et la patrie doivent-elles cette institution où auraient « se former tant d’hammes appelés au bonheur de les servir ?
Un jour le devoir l’oblige à porter le secours de son ministère à Tune de ces familles établies à six ou sept lieues de son Eglise. Il remonte, parceque c'était la seule voie possible, il remonte ea canot le cours de l’'Yamaska. Il arrive auprès du pauvre malade qui Pattend depuis la veille, et qui est là ayant à peine le temps, avant la mert, de recevoir les sacrements nécessaires à son salut. ]l voit des enfants d’un certain âge déjà, et qui sont à peu-piès privés de toute éducation religieuse. Son cœur en est ému; il prolonge son séjour en ce lieu, visite les diverses familles du voisinage, entend les eonfessions, instruit les parents et les enfants,
puis reprenant sa légère embareation, il redescend la rivière.
La nuit est venue, les étoiles brillent aux cieux, le silence majes-. tueux des ténèbres n’est troublé que par le bruit de Paviron qui fend'les ondes, ou peut:être par le chant d’un cantique plein d’une
foi naïv e,.que font.entendre, en l'honneur de Marie, ceux qui le
son rpTE Re
oo pre
conduisent. Il est là devant Dieu, livré à ces sentiments profon&s, que les ombres, la solitude, et le charme d’une belle nuit produisent dans l’âme. Il est iout entier sous l’impression de la scène dont il a été témoin au lieu où il vient d’exercer son ministère de prêtre ; il s’attendrit sur les besoins de ses paroissiens, dénués des secours les plus nécessaires à leur sanctification, éloignés de l’Eglise où l’on entend la parole sainte qui fait connaitre les devoirs, où l’on reçoit les sacrements qui donnent la grâce de les remplir. Son cœur s’émeut au souvenir de ces enfants sans instruction chrétienne, qui n’ont pas vu encore la maison de Dieu, n’ont point assisté au sacrifice de la victime sacrée, et n’ont point entendu les chants qui glorifient Jésus et Marie. I! se rapçelle que quelques-uns de ses paroissiens sont morts sans les secours de la religion, que leurs corps ne sont point dans la terre sainte où reposent leurs pères dans la foi. Il songe à l’accueil qui lui à été fait dans ces familles qu'il a visitées, à la joie que sa présence a répandue partout, au bien qu’il a fait aux âmes, aux désirs de le revoir qui lui ont été exprimés. Oh ! alors ila compris mieux que jamais auparavant ce que c’est qu’un prêtre. Il saisit toute la vérité de la parole du Christ à ses Apôtres : “ Je vous ai établis pour que vous alliez et que vous ‘ apportiez du fruit et que ce fruit demeure pour l’éternité.” I! lui semble entendre des diverses parties de sa vaste paroisse, où il ne peut apparaître que rarement, des voix de vieillards touchant au seuil de l’éternité, d'hommes fatigués par les plus pénibles travaux, de femmes en pleurs, en proie à la désolation, de jeunes gens luttant contre la fougue de passions funestes, d'enfants, dont l’âme pressent, sans les connaître, ce qu’aurait de bonheur pour eux le ministère :acerdotal : il lui semble que ces voix, dans
un triste et touchant concert, répètent en accents suppliants : Oh! Seigneur, ayez pitié de nous, donnez-nous des prêtres: et
PRO PEE ranenenienamagerre eve va ne se
M une ME. DE DR EE —
son imagination exaltée croit entendre l'écho des rives de l’Vamaska répéter : des prêtres, des prêtres Il joint sa voi à ces accents: se rappelant la parole de l'Evangile, il demande au Seigneur d’envoyer ses ouvriers pour travailler à la moisson.
Il prie, mais son cœur est désolé. Il demande des prêtres, et il ny en a pas. Où les prendre ? dans toutes les parties du pays il y a les mêmes besoins, et la même difficulté d’y pourvoir.
Sera-ce donc longtemps encore qu’il faudra déplorer cette disette de ministres de Dieu? Il n’y a pas de prêtres: il faudrait en former par cette éducation littéraire et religieuse qui prépare les vocations. Oui, mais les collèges sont rares: il n’y en a que trois sur toute l’étendue du pays. Les distances sout si grandes, les communications si difficiles, les frais d’une education reçue au loin si considérables, les revenus des habitants du pays en général si modiques, qu’un certain nombre de jeunes gens, appelés peut-être au service des autels, verront un obstacle insurmontable à leur vocation. Ah! ajoute-t-il, s’il y avait à St. Hyacinthe un collège !.... mais hélas! c’est un rêve de la
nuit.
Cependant cette pensée est là fixée dans son âme. Pendant qu'il se livre à ces rêveries, je dis mal à ces réflexions, les ombres ont disparu ; il se trouve à une distance assez rapprochée de son Eglise ; il voit sur les deux rives des habitations qui annoucent l’aisance, et les premiers rayons de l’aurore se réfleter sur de vastes champs qui promettaient une moisson abondante. Il bénit Dieu de la fertilité qu’il a donnée en ces années à ces terres nouvelles : il pense que déjà plusieurs fois une dîme assez riche est entrée dans ses greniers, que le défrichement qui s’opère partout va rendre bientôt ses ressources plus considérables encore. Abrs comme un éclair rapide traverse son âme: illuminé et
embrasé, avec un élan poussé par toute la générosité de son
cœur, il s’écrie: je bâtirai un séminaire: je ferai des prêtres.
Bientôt toutefois une froide réflexion se présente: mais elle ne ralentit pas l’ardeur de ce sentiment. Oui, il se dit que ses revenus, après tout, ne peuvent suflire à une telle œuvre; qu’il lui faudra s'imposer toutes sortes de privations, renoncer à cette jouissance, même permise, que la richesse acquise par tant de labeurs, peut offrir ; que sa vie entière sera dévorée par toutes sortes de sollicitudes ; que cette entreprise va lui ravir tout repos. Mais le sacrifice lui sourit: il offre tout à Dieu, il à l'intention de le glorifier : le ciel bénira son œuvre. Tl sera aidé
par ses paroissiens, par des amis généreux : le coliége s’élèrera : il s’y formera des prêtres. Il arrive, chargé de cette pensée qui ne doit plus le quitter : il se recueille, puis il monte à Pantel: il offre san sacrifice avec celui de la victime sacrée : il demande à Dieu s’il lui est agréable. Il croit entendre la réponse donnée à Salomon: Prosperare et ædifica domuin Domino Deo tuo. Sois prospère en ton dessein, et bâtis une maison au Seigneur, ton Dieu, Et songeant aux ressources qui sont déjà à sa disposition, croyant reconnaître en elles les vues de la Providence, il dit: Te n’appauvrirai, mais je préparerai ce qu'il faut pourles dépenses de cette maison, qui doit glorifier Dieu: Zcce ego in pauwpertate me præparavi expensas domus Domini. (2? Par. 22, 14.)
C’en est fait le Collège de St. Tyacinthe est fondée dans sa pensée. Est-ce un rêve ? oui, lui aurait dit sans doute tout homme à qui il se serait ouvert de sa détermination. Mais cette maison même, ces prêtres si nombreux qui y ont été formés, cet hommage de tant d’hummes instruits rendu aujourd’hui à sa mé-
moire, montrent que sa pensée était ceile du sage ; pensée dont
le fruit est permannent comme une source de vie abondante qui ne tarit jamais: Consilium sapientis sicut fons vitæ permanet. (Eccl. 21, 16.)
Sans doute, établir une pepinière pour le sacerdoce, a été la principale intention de Messire Girouard dans la fondation du collège: mais celle-ci toutefois a eu dans son idée un autre objet. Son esprit éclairé et judicieux appréciait tous les avantages de Péducation : il comprenait comme elle agrandit le caractère, élève le sentiment, développe la faculté essentielle de l’homme, la raison, devient la source des jouissances les plus nobles et les plus délicates, et, par là même, lorsqu’elle est bien dirigée, comme elle rend de plus en plus l’homme semblable à Dieu, à l’image duquel il a été créé.
Il sentait les besoins de son pays: il voyait ses compatriotes en danger de perdre leur nationalité : il craignait qu’ils ne fussent absorbés au milieu des populations d’une autre origne, d’une autre croyance religieuse, qui les envahissaient, en se développant dans le pays même, ou en faisant irruption des frontières américaines, et qu'ils ne fussent forcés bientôt d’abdiquer et leur langue et leur foi et leur caractère distinctif comme peuple.
Il avait vécu au milieu des Acadiens, à la Baie des Chaleurs ; il avait entendu le récit de leufs infortunes; il les avait vus victimes d’une injustice, dont, en des jours moins heureux qu’aujourd’hui, on pouvait appréhender le renouvellement. TI sentait que le pays avait besoin de défenseurs, et que l’éducation seule pouvait relever sa race, et la soustraire à une infériorité dans laquelle on chercherait longtemps encore peut-être à la maintenir.
PESTOEN ARR RARE PEAR AIT EE TEE
Il avait été le condisciple, et il était Pami intime de ce grand évêque, l’honneur du nom Canadien, dont je prononce le nom
PR. rquemeumemennonrremmninmrenememmmnanmmenn——
arec l’accent du respect et de la gratitude pour les services qu’il a rendus à ma religion et à ma naticnalité, Mgr. Joseph-Octave Plessis Cet éminent prélat respectait l’autorité qui gouverne son pays: il la défendait contre les atteintes de la révolution qui alors ébranlait le monde ; et cette défense était un devoir prescrit au titre même de la paix, de la sécurité, et de la liberté des Canadiens. Mais il avait à cœur sa nationalité ; en toute occasion il en soutenait les droits. Pour la faire vivre il avait donné au collége de Nicolet un développement qui était une création. Messire Girouard, avec qui il avait de fréquentes relations, partageait ses sentiments. Je me plais à les contempler, conversant ensemble, sur les moyens de faire prospérer leur pays, s’entretenant de leurs œuvres, inspirées par la même pensée ; l’un parlant de son collège, que ses succès, présage de sa gloire future, recommandaient déjà à l’attention du public ; l’autre demandant des avis et recevant des encouragements pour là maison dont il jetait les fondements ; l’un et l’autre voyant, dans un regard pro- ” phétique, des hommes éminents sortis des institutions qu’ils formaiert pour servir la religion et la patrie, et se réjouissant dans le Seigneur d’avoir été appelés à ouvrir ces sources fécondes, où tant de générations viendraient boire ce breuvage salutaire qui entretient la vie des peuples, une saine éducation. Oh! de Pillustre prélat et du vénérable curé, quel Canadien ne peut dire, comme du protecteur d'Israël: Hic est amator fratrum et populi (IT. Mach. 15,4.)
Dieu et le pays à servir par la fondation du collége, voilà désormais toute la pensée de Messire Girouard. Ce sera sa passion dominante ; tous ses actes en procéderont. Animé en tout ce qu’il faisait de la foi la plus vive, lui qui insistait sans
cesse dans ses prédications sur la nécessité de la prière, il re-
double ses oraisons pour implorer le secours du ciel ; et le voici qui se met à épargner: il s'impose des privations de tout genre, se refuse les jouissances les plus licites: tout respire la simplicité, et je dirai l’économie dans ses vêtements, l’ameublement de sa maison, dans tout le train de la vie. [l'est cependant, je me hâte de le dire, deux points à l'égard desquels la libéralité fut maintenue dans tous ses droits: c'était l'hospitalité pour sos amis, qui aimaient tant à le visiter, et la charité envers les pauvres de sa paroisse. Qui est entré dans sa maison, y a toujours vu des indigess prenant leur nourriture ou recevant l’aumône.
Messire Girouard fut aidé dans sa fondation. Trois généreux citoyens, alors seigneurs de la paroisse, lui donnèrent le terrain où il voulait asseoir le collége : ce sont MM, Delorme, Debartzch et Dénéchan. Cette disposition a favoriser l’œuvre du vénéra-
ble curé a passé dans Phéritier de ja plus grande partie de la
Seigneurie : je veux nommer l’Honorable Jean Dessauiles. Il a
prouvé, en plusieurs occasions sa bienfaisance à l'égard de ce collège, secondé, et je dirai, souvent inspiré par sa compagne, qui faisait le bonheur de sa vie; cette femme dont le cœur avait l'intelligence de tous les besoins, et dont la main libérale ne savait jamais se fermer devant tout ce qui pouvait, je ne dis
pas demander, mais attendre un secours.
Des corvées faites de temps à autre par ses paroissiens, les dons de quelques citoyens, et surtout les libéralités de son ami, le vénérable Messire Deguise, curé de Varennes, vinrent en aide au fondateur du collége. C’est pour moi un devoir de le rappejer, mais je dois ajouter que la part apportée par ces secours divers à l’œuvre n’est point en une proportion qui empêche d'attribuer le mérite presque exclusif de sa fondation à Messire Girouard.
Qu'il a travaillé pour cette institution ! que de fatigues il s’est imposées! que de soucis auxquels il s’est livré! Autant que les occupations de son ministère, qu’il ne négligea jamais, le lui pouvaient permettre, il se tenait sur le lieu ou s'élevait l’édifice, sur-
veillant les ouvriers, et les dirigeant de ses avis judicieux.
La construction s’avance : elle est, plus encore qu'avant son commencement, l’objet des contradictions. Elle a le cachet des œuvres de Dieu, la raillerie des prudents du siècle, comme parle l'Evangile : on ne cessait de répéter au digne curé que sa maison tomberait avec lui, ou qu’elle ne ferait jamais qu’une misérable école. Les difficultés ne faisaient qu'aflermir sa résolution. La Providence semblait lui avoir entrouvert l'avenir: il était inébranlable à toutes les objections. Que diriez-vous, que feriez vous, lui disait-on, si la maison que vous élevez venait à brüler ? Je dirais, répondit-il, comme Ste. Marguerite, reine d’Ecosse, voyant dévorer par les flammes un monastère qu’elle venait de fonder : “ Que le non de Dieu soit Ex 5” et, comme elle, je
rebâtirais l'édifice.
Enfin un jour d’indicible satisfactior arriva pour lui. Je le rappelle d'autant plus volontiers qui! ramène à mon ême un des souvenirs les plus distinets de mes premières années, souvenir dont l'impression est toujours restée bien vive en moi. J'étais alors un petit enfant: je me tenais sur ie seuil de la maison paternelle: je voyais déller une procession : je distinguais, à cote du bon curé que déjà j'avais pu connaître, un vieillard vénérable courbé par les années. Je demande à mes parents ce que cela veut dire: on me répond: Ce vieux prêtre, c’est M.,le grandvicaire Conefroi, curé de Boucherville ; il va bénir le cellége ; et, quelques mois après, j’alais à.la première classe qui s’y soit