‹ Discours prononcé (volume 2)Chapitre 4 sur 4 · EP CALE MNT RS SANT SSP ÉD M EDEN A · texte numérisé non relu

EP CALE MNT RS SANT SSP ÉD M EDEN A

faite, recevoir les éléments de cette éducation, dont le ciel a bien voulu me favoriser.

Quelle joie pour le fondateur du collége de St. Hyacinthe, quand il vit des élèves y recevoir iles leçons et qu’il put se dire: ces enfants venus ici, grâce à l'institution que j'ai fondée, ils feront des prêtrés qui sauveront des âmes, ou des citoyens éclairés qui serviront la patrie!

F'onder, ce n’est pas tout, il faut soutenir. Messire Girouard savait que le zèle peut avoir des entraînements qui l’égarent, quand une sage prévoyance ne lui a pas signalé les obstacles qu’il peut rencontrer, et assigné les limites où il doit se contenir. Pour lui, il avait appelé la prudence, compagne habituelle de tous ses actes, au conseil de ses pensées. Il connaissait le peu de richesse de son pays: il savait que l’état général des fortunes ne permettait d'exiger qu’une pension modique, insuffisante aux besoins de l’institution : il comprenait par là même la nécessité de la doter d’antres moyens de subsistance. Il acquiert des fermes à peu de frais: il sait choisir un sol, qui, sous les forêts qui le couvrent encore, promet d’être fertile : il en commence l’exploitation : il la poursuit avec une vive sollicitude : il ne néglige rien de ce qui peut en assurer le produit. C’est le pain du collège, disait-il nour encourager les travaux. Aussi a-t-il laissé à l'institution qu'il à fondée, des ressources qui l'ont soutenue dans ses embarras, qui ont permis de construire cette maison, dont les larges salles reçoivent aujourd’hui cette nombreuse assemblée : ressources qui sans doute n’empèchent pas de sentir le poids du fardeau de cette vaste construction, mais qui ne permettent pas cependant d’en être écrasé, et qui, si elles n’ôtent pas une gêne mettant obstacle à des améliorations d’un besoin pressant, nous laissent cependant, à Pabri d’une solvabilité

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assurée, attendre les sccours que la Providence ne manquera pas de ménager à l’œuvre de celui qui a tout sacrifié pour la gloire de Dieu et le bonheur de son pays,

Le fondateur du collège de St, Ilyacintha avait pourvu à ses besoins matériels: mais il falu : lui assurer une direction morale et littéraire, qui correspond. à son but, Son vénérable ami, l'évêque de Québec, d’abord, et ensuite Mgr. Lartigue, administrateur du diocèse de Montréal, entrèrent dans ses intentions et favorisèrent son œuvre autant qu’ils le purent, par les Ecclésiastiques de mérite qu'ils chargôrent de la direction et de l’ins'ruction. Il donna à ceux-ci toute liberté d'agir: il n’entravait en rien leur action. Consulté souvent par le premier directeur du collège, qui n'était qu'un jeune prêtre, il répondait arec plus d'humilité que de vérité: J'ai pu bâtir, je ne sais pas diriger +”? et tout en ne refusant pas de donner ses avis, il demandait l'opinion de celui qui le consultait, et paraissait toujours disposé à y déférer. Mais il ne cessait d'exprimer son désir de l’ordre et de la discipline ; il tenait moins au nombre qu'à la bonne conduite des élèves ; son œil savait surveiller le jeune âge, et, quand il apercevait des fautes, il en reprenait Int même les élèves, où les portait à la connaissance du directeur. Qu'il me soit permis de le dire, nous, jeunes étudiants de cette maison, nous redoutions la clairvoyance de cet œil, dont le regard

néanmoins était si habituellement affectueux envers nous.

L'enfance, oh! qu'il la chérissait! qu'il s’intéressait à elle! qu’il aimait à lvi donner des témoignages de son zèle ! il se plaisait à causer même avec les plus jeunes élèves, il les interrogeait, il leur donnait, pour exciter leur émulation, des marques d’allection et d’estime ; il les louait à propos pour les encourager. Et il avait un singulier respect pour la jeunesse ; elle était à un degré

spécial l’objet de cette esquise politesse quile distinguait éminemment, Je le vois encore ; lorsqu'il nous rencontrait, nous, petits enfans, il découvrait sa vénérable tête blanche ct nous faisait un large salut. Il sentait la dignité de celui qui reçoit l’éducation ; il semblait voir d’avance en lui le ministre des autels ou le citoyen servant honorablement sa patrie.

Il était reconnaissant des plus légers services que nous pouvions lui rendre. Un jour, il m'avait fait demander pour lui servir la messe ; c’était à une heure avancée de la matinée, comme cela lui arrivait quelqueïois. Après la messe, il me dit: je vous ai dérangé, je vous en demande pardon ; mais vous me feriez plaisir en venant diner avec moi; on m’a fait présent d’un excellent mêts, nous le partagerons ensemble,

À ce trait de bonté et de simplicité, vous participerez à l'émotion que j'ai éprouvée en cette circonstance. Que de fois j'ai été l’objet des témoignages de la bienveillance da son cœur! Oh! que son souvenir se mêle délicieusement à celui de mes premières années! que j’aine à me rappeler ce prêtre que j’ai conau présqu’aussitôt que les auteurs de mes jours; par qui, après ma mère, j'ai appris à connaître Dieu ; qui m’a donné l’idée de la vertu ; en qui j'ai senti de l'attrait pour le Sacerdoce! © prêtre, à homme, à qui je dois tant, qu’il m'est doux, à cette époque de mon existence, et dans ce jour où l’on rend un si solennel hommage à vos restes, d’avoir à vous offrir, comme le tribut de ma gratitude, tout indignement que j’aie pu servir votre œuvre, ces années déjà nombreuses, pendant lesquelles je lui ai consacré toute l’activité et les forces dont j’ai pu disposer.

Le respect, la gratitude étaient des sentiments qui se trouvaient au cœur de tous les élèves envers le fondateur de l'institution. Quand il venait au collége, il était salué arec une expression

marquée de vénération, et il pouvait lire sur toutes les figures l'affection qu’on lui portait, il faisait jouir et il jouissait lui-même. On sentait qu’il y avait en lui une satisfaction bien vive : il racontait quelques traits agréables et ne laissait jamais les élèves sans

quelques sentences morales, prononcées avec une autorité qui les gravait dans l’esprit de tous.

Il vit enfin un cours d’études se compléter dans son collège. Douze élèves terminant leur éducation, vinrent, aux exercices de leur dernière année scholaire, lui témoigner leur reconnaissance pour leur avoir permis, par l'instruction qu’il leur avait donnée, de pouvoir offrir leurs services à la religion et à Ja société. En même temps, ils lui présentèrent cette toile que vous voyez, reproduisant ses traits, de la part des citoyens de St. Hyacinthe, qui avaient voulu par là exprimer comme ils savaient apprécier le mé-

rite de leur pasteur et l’importance de la fondation dont il gratifiait leur paroisse.

Le vénérable fondateur reçut bientôt une autre consolation ; celle de voir que sa maison ne suffisait: plus au nombre toujours croissant des élèves. Il fallait l’agrandir ; il se porta avec la plus grande générosité au nouveau sacrifice qu’exigeait la construction d’une aîle, qu’il vit s'élever en peu de temps, en projetant d’en adjoindre bientôt une autre au corps de l'édifice.

Le succès était complet: son évêque avait adopté son œuvre: le collége de St. Hyacinthe était l’objet de la prédilection de Mgr. Lartigue. Il avait, comme une preuve de l'intérêt qu’il lui portait, renoncé aux services que lui rendait un prêtre, qui, jeune encore, promettait d’être l’ornement du clergé, pour le donner comme directeur à cette institution. Messire Girouard put voir la prospérité dont faisait jouir déjà le collége celui que plus tard St. Hyacinthe devait avoir pour premier Evôque. Et puis il

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avait eu le bonheur d'assister au Saint Sacrifice, offert par der prêtres formés à son collége ; il avait pu les entendre annonçant la parole divine, et les voir sanctifiant les âmes par leur ministère.

J1 voyait une autre maison, qu’il avait fondée pour l’éducation des jeunes filles, avec une bien grande libéralité, être, elle aussi, en une voie bien prospère, et s’apprêter à la destinée brillante qu’elle devait avoir au milieu des institutions de ce genre.

Sa paroisse avait pris des développements considérables ; elle avait été divisée en plusieurs autres ; des curés résidents desservaient avec zèle des populations nombreuses, en ces lieux, où quelques familles éparses reclamaient les secours de son ministère qu’il ne pouvait leur donner qu'avec tant de difficultés.

Qu’avait-il donc à désirer ici-bas? que lui restait-il à faire ? Oh! aussi je l’entends, plem de reconnaissance pour le passé, plein d'espérance pour la vie à venir, je entends redire les accents du Saint Vieillard: Nunc dimitlis, Domine, servumn tuum in pace.

Il pressentait sa mort ; il s’était cherché un successeur et l’avait trouvé dans un prêtre distingué, dont il avait apprécié les vertus et les services dans la direction du collège. Ille sentait capable de continuer sa mission de bienfaisance et d’enrichir St. Hyacinthe de fondations nouvelles, s’il en était besoin.

Il attendait la mort: il se préparait à la recevoir. Comme il l'avait prévu, elle frappa soudainemeut ses coups. Quelle cons-

‘ternation se répand partout à ces paroles : M. Girouard est mort !

C’est un deuil général. On pleure le pasteur dont si longtemps on a éprouvé le zèle si dévoué, le fondateur de deux maisons de haute éducation. Et l’affäction ne se borna pas à St. Hyacinthe ; le pays entier la partagea bientôt.

M. Girouard étais mort à Varennes. Malgré l'épidémie ré« gnante, (c'était en 1832) une foule considérable accompagna ses restes dans Ja translation qui en a été faite en sa paroisse, Le corps était suivi de voitures se succédant presque sans interruption dans l’espace de deux lieues. Il est déposé dans une des salles du collége : puis ses obsèques se font dans l'Eglise Paroissiale : ses restes sont placés aux pieds de l'autel où tant de fois il avait offert l’auguste sacrifice. Tls ont reposé là près de 30 ans: il convenait qu’ils fussent d’abord dans l'Eglise qu'il avait desservie, au milieu de ceux qui avaient reçu tant de secours spirituels de son ministère, qui avaient vécu avec lui, qui pouvaient lui porter une affection personnelle, Cette génération est à-peu-près passée: il faut qu'il vienne maintenant prendre place au milieu de son œuvre. Le curé de St. Hyacinthe devra par l’effet du temps voir nécessairement sa mémoire saffaiblir ; mais le souvenir du fondateur du collége doit y vivre toujours ; il convenait que son corps fût là où sera spécialement l'intérêt attaché à son nom, là où la reconnaissance sera permanemment entretenue, parce que le bienfait se fera constamment sentir. Son corps nous appartenait ; aussi le jugement public nous en a décerné la possession.

Nous aurions voulu faire à M. Girouard un aceueil plus digne de ce que nous lui devions : vous avez suppléé à notre insuffisance : vous êtes aecourus, apportant de toutes les parties de la province l'hommage de votre respect et de votre admiration à l’homme de Dieu, à l’homme du pays. Votre présence et les circonstances de cette solennité funèbre montrent ce qu’est le nom de M. Girouard pour la société canadienne : elles disent ce qu’a été son action, son influence : elles proclament qu’il est peu d'hommes qui aient tant fait pour notre patrie.

Si, au moment où ses restes sont sortis de leur demeure souterraine dans l’église de son ancienne paroisse de St. Iyacinthe,

une puissance divine les avait ranimés ; si, reprenant la vie;: if eût pu élever sa tête au-dessus du cercueil où il a été porté dans cette procession solennelle, qu’aurait-il vu ? que se serait-il dit ?

Il aperçoit une église nouvelle, avec des dimensions plus: grandes, nne construction plus élégante, remplaçant celle où il a exercé son ministère.

Il comprend que le couvent qu’il avait fondé a reçu un encouragement au de-là de ses espérances, en le voyant transformé en une vaste maison qui indique que là se réunit une pensionnat nombreux. S'il n’y reconnait pas ces Sœurs de ia Congrégation à’

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qui il avait confé les jeunes personnes de sa paroisse, c’est qu’appelées de toutes parts, à raison de leurs succès mêmes, elies sont allées rendre ailleurs leurs précieux services. Mais il trouve

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que son institution, au lieu de n’être qu’une simple mission de religieuses, est devenu le chef lieu d’une communauté qui compte déjà cinq maisons, à des distances rapprochées de St. Hyacinthe, et offre par là même la démonstration de l’excellente éducation qu’elle donne et de l'estime dont elle jouit.

Un autre clocher, tout humble qu’il soit, attire ses regards. . .. Son cœur tressaille : il devine que là une autre institution religieuse offre ses services à ses chers paroissiens. C’est un Hôtel- Dieu, où vont se réfugier, pour y être soulagées, par les mains d'anges de charité, les misères de la vie. La main de son successeur l’a élevé. Sa générosité a trouvé un digne imitateur, et il entend la voix publique, qui, sans rien retrancher de la reconi aissance qu’elle a pour le fondateur de cet hospice, en fait

rejaillir la gloire jusque sur lui, à raison de exemple qu’il a donné. F

Cependant il avance, et il ne se reconnait plus aux lieux où il ê se trouve. Son collége n’est plus! qui donc l’a détruit? Cet édifice qui le remplace, tout magnifique qu’il soit, n’indique point

här ses dimensions qu’il soit une maison où de nombreux élèves reçoivent l’éducation. Quoi donc! son œuvre a t-elle péri ?....

Cessez vos anxiétés, Ô vénérable fondateur du collége de St. Hyacinthe: votre maison avait pris de tels développements qu’elle ne suffisait plus aux élèves qui venaient y chercher l’enseignement; et le terrain sur lequel vous l’aviez assis, avait des limites trop étroites pour ses besoins. Vous verrez bientôt quelle demeure occupe la jeunesse studieuse qui vous doit l’éducation. L’édifice que vous apercevez, c’est un Eveché. Oui, grâce à vos institutions, St. ITyacinthe a pris un tel accroissement qu’il est devenu une ville épiscopale. Un successeur des apôtres y a son siêge. Aujourd’hui on ne dit pas seulement la paroisse de St. Hyacinthe, mais le diocèse de St. Hyacinthe. Des enfans ne sont plus là, se livrant aux etudes et aux amusements de leur âge. Un évêque s’y occune des intérêts de son troupeau, en

bénissant votre mémoire. Entrez maintenant dans cette cathédrale provisoire, que remplacera avant longtemps, je m’en flatte,

un autre temple élevé par le dévouement public. Il est juste que

vous reposiez un jour au moins dans l’église où est le siége épiscopal ; car vous êtes le vrai fondateur de l’Eveché de St. Hyacinthe.

Au sortir de la cathédrale, il entend le sifflement des locomotives, bruit étrange pour ses oreilles. Par les explicatious qu’on fui donne, il apprend que St. Hyacinthe est devenu un grand centre d’affaires, qu’il est une station importante de cette voie de communications rapides. Il voit de beaux édifices remplaçant les misérables maisons, qu’il avait laissées; d’élégantes villas s’élevant là où étaient des paturages : et comme une expression ‘que la cité nouvelle reconnait lui devoir ee qu’elle est, il lit son aom porté par la rue principale, sur laquelle se trouvent les maisons qu’il a fondées.

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Et quels sont ses sentiments à l’aspect du co:tége qui l’accompagne ? Il voit auprés de lui l’Evêque de la vilie. Ille regarde... Oh! il le reconnait! c’est cet élève dont les succès brillants faisaient la gloire de sa maison, et à l'égard de qui il avait exprimé use profonde estime, présage de l’affection et du respect dont ses

«éminentes qualités le rendent l’objet de la part de deux diocèses. Que la Providence soit bénie de ce qu’elle a permis que ce soit un élève de M. Girouard, qni, après avoir été longtemps supérieur de son collège, préside,comme Evêqre de St. Hyacinthe, à cette

translation de son corps.

Mais ce n’est pas le seul pontife, Ô vénérable fondateur, que votre maison a donné à l’Eglise du Canada. Cet autre prélat que vous voyez, est encore un de vos enfants. Recevez un reflet de la gloire qui jaillit sur lui, de son zèle exercé dans les contrées boréales, qui en a fait un des plus admirables missionnaires que vénère aujourd'hui le monde catholique ; de son

‘éloquence, qui donne à sa parole et à sa plume un charme si

puissant ; et de sa grande âme, dont le sacrifice est la vie, et dont la générosité se manifeste avec un éclat nouveau sous les coups de la rude épreuve qui vient de le frapper.

À une autre extrémité de l'Amérique Septentrionale, est encore un Evêque, formé au Collège de St. Hyaeinthe, qui exerce son ministère apostolique dans une île de ce golfe St. Laurent, près duquel vous avez commencé vous-même les travaux de votre carrière sacerdotale.

Quelle nombreuse suite de prêtres sont là à ses côtés! Il reconnait parmi eux un certain nombre d'enfants qu’il avait laissés dans son collége. Oh! si tous ceux qui lui doivent l’éducation qui les a faits ministres des autels, avaient pu se joindre en ce jour à leurs confrères, il entendrait plus de cent-vingt voix lui

dire, empruntant la parole sacrée: Zecistè nos Deo sucerdotes. Quelle réalisation du rêve, ou plutôt des projets de la nuit passée sur l'Yamaska ?

Mais il entend d’autres bouches bénir son nom. Cc sont celles de nombreux citoyens, qui ont reçu dans son collége une éducation qui fait le bonheur et la dignité de leur vie, et à laquelle ils sont heureux de faire participer leurs propresenfans : et parmi ceux-ci il voit des hommes, qui, ayant mis au service de la société les connaissances auxquelles ils ont dû le développement de leurs talents et l’ornement de leur esprit, ont honoré leurs professions diverses, ou les charges dont ils ont £té revêtus ; ont brillé par leur éloquence dans les grandes assemblées ; ou, sous d’honorables titres, remplissent de hautes fonctions sociales, dans lesquelles il leur est permis de servir, glorieusement pour eux, et efficacement pour elle, cette patrie qui lui était si chère à lui-même.

Pendant qu’il bénit Dieu de ces fruits divers de son zèle pour l'éducation, il arrive en face de l'édifice que nous occupons. Ses proportions si vastes, son dôme élevé dans les airs le frappent. C’est là, à vénéré fondateur, la maison qui a remplacé celle que vos mains avaient élevée. Par les dimensions de celle ci, jugez des progrès de votis: œuvre. Voyez cette situation solitaire, si propre à l’étude, ces cours, ces jardins, ce parterre, ces toufles “d'arbres si beaux, qui font déjà, et qui, par les embellissements iprojetés, doivent faire encore davantage un séjour si agréable

aux élèves.

Mais j’entends sa voix: Comment done a pu s’acquérir ce

terrain, se bâtir cet édifice ? les ressources que j’ai laissées ne pouvaient suffire à ces frais. © bienfaiteur de l’éducation, votre générosité n’a point produit une admiration stérile : elle a été

imitée. Vous avez reconnu peut-être dans un des ces citoyens

placés près de vous, un jeune homme, qui, après avoir fréquenté

les classes de votre maison, était entré dans la carrière commerciale. La Providence a favorisé son travail et son industrie : il

a crune pouvoir faire un meilleur usage des prémices de la fortune, qu’en les mettant au service de votre œuvre. (C’est lui

qui a donué avec une admirable libéralité ce vaste terrain où est

assis le nouveau collége. Aussi les Clèves se plaisent à rappro-. cher son nom du vôtre, et nous sommes heureux d’avoir souvent Poccasion de lui témoigner notre gratitude: car il demeure là, près de nous, dans cette vi//a, dont les beautés, qui honorent son goût, réjouissent nos regards.

Le clergé, dont vous faites la gloire, et qui s’est si abondarament recruté par les élèves sortis de votre institution, a témoigné et sa reconnaissance envers vous, et son intérêt à votre œuvre par une souscription de trois mille louis, magnifique attestation de sa libéralité, et objet d’une profonde reconnaissance de notre part.

Le gouvernement tombé en grande partie en des mains canadiennes, comprenant que l’éducation est le premier besoin d’un peuple, que des institutions florissantes doivent faire sa gloire et contribuer à sa prospérité, a fait, à plusieurs reprises, dans l’intention d’aider à bâtir ce collège, des allocations considérables. C’était un acquittement de la reconnaissance publique à votre égard, mais qui toutefois mérite la nôtre, dont nous offrons avee joie l’expression aux membres de fadministration et de la Jégislature, qui par leur influence et leur zèle nous ont fait accorder ces done.

Mais qu'est-ce 2... Voici qu’il me semble que le cœur du fondateur de cette maison palpite fortement. Il veut parler: prêtons l’ereille aux accents de sa voix et de son âme:

vertus et de leurs bienfaits, allassent glorifier Dieu dans l'éternité.

Ô vous tous, membres du clergé, citoyens de la patrie, qui avez éprouvé les sentiments de mon cœur, vous qui avez contribué à faire prospérer cette œuvre, fruit de mon long travail et de mes vives sollicitudes, vous qui aimez comme moi la jeunesse de otre pays, et qui avez généreusement aidé à la préparer à glorifier Dieu, à servir la socièté ; dans ce jour où mon corps, sortant de \a tombe, apparaît de nouveau au milieu de vous,et où mon âme, qui a reçu sa récompense, connait ce que vaut aux yeux de Dieu l’action de développer l'intelligence créée à son image, je vous remercie de ce que vous avez fait pour la maison d'éducation si chère à mon cœur, et vous tous qui aujourd’hui venez donner ce témoignage d'honneur à ma mémoire, je vous offre aussi ma gratitude. Réjouissez-vous, Dieu est magnifique en ses récompenses. Je le prierai de vous enrichir de dons précieux en retour de ce que vous faites à l’égard de l'institution que j'ai

fondée pour iormer des hommes qui ayant orné la terre de leurs

Ce langage n’est point une fiction. Si les restes de Messire Girouard, ne se sont point ranimés, son âme était là, au ciel, voyant tout le bien qu’il a fait, tous les fruits produits par son institution, et entendant ce concert de gratitude et de louanges, qui, dans ce jour, s'élève vers lui de tous les cœurs. Il a joui au sein de Dieu de ce spectacle : sa gloire en a été augmentée, et il vous adresse réellement, du milieu de la cité sainte, les paroles que je vous ai fait entendre de sa part.

Nous venons de remplir un grand devoir par, cet hommage rendu aux restes de Messire Girouard, hommage dont le souvenir pourra être perpétué en caractères plus solides que ceux que vous venez de lire au-dessus du tombeau où nous lavons placé: Il vous sera doux de vous rappeler ce que vous avez fait

aujourd’hui à la gloire du pasteur dévoué à son troupeau, Pastoris ovibus dediti, (1) du citoyen qui a bien mérité de'sa patrie, C'ivis de patrià optimé meriti, de l’ami bienfaisant de la jeunesse, Juventutis benefactoris amantissimi, vous ses paroissiens, ses concitoyens, ses élèves, Parochiani, concives, alumni, qai pleins d’admiration pour ses vertus, de reconnaissance pour ses bienfaits, de fidélité à sa mémoire, Vértutum méirantem, Muneribus gratum, Memorie fidelem animunt gerentes, avez déposé ses restes rénérés sur cette partie, bénite pour cette destination, du domaine possédé par la jeunesse studieuse, qui est sa famille et forme comme sa postérité, Veueratas reliquias sacro in hoc praedio scholastive prolis posuerunt.

Le corps du fondateur de ce collége n’à avjourd’hui qu'une tombe bien humble : mais bientôt, nous l’espérons, il sera abrité par une chapelle, que nous voudrions ne pas être trop indigne d’être son monument. Les dons généreusement offerts par le clergé de ce diocèse nous ont fait prendre la détermination de l'élever, et nous espérons que la Providence mettra à notre disposition ce qu’il faut pour la réalisation de ce dessein. Dieu ne laissera pas longtemps loin de l’autel les restes de son ministre habitués à reposer au ford d’un sanctuaire.

Sa tête vénérable sera censervée dans la maison même ; elle sera placée dans une chambre particulière, où nous réunirons

divers objets qui ont appartenu à notre fondateur ,entr’autres son. bréviaire, son livre d’oraison, son testament, ses manuscrits et.

tout ce qui reste de ses vêtements retrouvés dans sa tombe. On v’entrera dans cette chambre de Messire Girouard, c’est le nom

(1) Ce sont les paroles de l'inscription placée au-dessus du tombeau.

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qu’elle portera, qu'avec recueillement et respect ; ce sera comme un sanctuaire où la reconnaissance aimera à venjr exprimer ses sentiments et dans lequel, au milieu des graves pensées produites par ces objets rappelant la vie et la mort, le travail et le repos, le mérite et la récompense, et faisant entendre les leçons du temps et de l'éternité, on s’inspirera du désir de glorifier Dieu et d’édifier le prochain à l’exemple de celui dont on vénérera la mémoire.

Servir la religion et la société, c’est là l’enseignement qui nous est donné aujourd’hui d’une manière bien solennelle. Recueillonsle tous comme un fruit salutaire de cette grande fête de deuil et de gloire tout à la fois.

Mais c’est à vous surtout que s'adresse cette leçon, jeunes élèves de ce collège. Comprenez en ce jour ce qu’est l’instruetion que vous recevez ; c’est l'éducation qui fait toute cette fête dont le souvenir devra rester à jamais dans vos esprits. C’est son importance pour le temps et l’éternité, c’est la gravité des intérêts qu’elle concerne, qui ont inspiré à celui que nous vénérons aujourd’hui le dessein dont la réalisation lui donne cette gloire terrestre, et qui lui a assuré, comme nous nous en flattons, la gloire céleste.

C’est pour vous gratifier de cette instruction, source des plus nobles et des plus délicates jouissances de l'homme, moyen le plus efficace de la prospérité temporelle, secours à laide duquel on sert plus utilement sa patrie, et, si elle est bien dirigée, lumière, qui en faisant mieux connaître Dieu en lui-même et dans ses œuvres, porte à l’aimer davantage, à le servir avec plus de fidélité, et fait mériter par là même une récompense éternelle plus grande ; c’est pour vous procurer cette instruction, que le fondateur de ce collège s’est imposé tant de travaux et de soucis, et a déployé uue

générosité qui n’est devenue une grande gloire pour lui qu'après avoir été un ggand sacrifice. C’est vous qui avez été les objets de l’atfection, du dévouement de ce noble cœur, qui avez occupé les pensées de cette tête vénérable,

Combien d’entre vous peuvent se dire: si la main de Messire Girouard n’avait point élevé le Collége de St. Hyacinthe, bien probablement jamais je n’aurais goûté le bonheur dont je jouîs déjà par la culture de mon esprit ; jamais je n’aurais pu aspirer à rendre les services que je me flatte pouvoir offrir un jour à ma patrie ! Remerciez-donc le ciel d’avoir mis dans son âme ce sentiment d’affeciion, d'intérêt pour la jeunesse. Remerciez le ministre du Seigneur, fidèle aux inspirations qu’il a reçues, l’homme selon le cœur de Dieu qui vous a préparé ce qui doit. faire votre plus graud bonheur.

Oh! avec quelle vive émotion n’allez-vous pas venir dans quelques instant recevoir la récompense de vos travaux! Vous demanderez que chacune de vos couronnes augmente l’éclat de celle qu’il porte au ciel.

Mais, Ô chers élèves, l’honreur à sa mémoire, la reconnaissance pour ses bienfaits, ce n’est pas tout l’hommage que vous avez à reudre aujourd’hui au fondateur de cette maison. Ce qu'il désire surtout, c’est que l’éducation qu’il vous offre produise en vous les fruits qu’il en a espérés. 11 demande à un certain nombre d’entre vous d’être filèles à la vocation que le ciel leur donne au sacerdoce, à cet état, son exemple vous le proclame assez hautement, qui permet de rendre tant de gloire à Dieu, de faire tant de bien aux hommes. Tl demande aux autres d’être des citoyens qui conservent à la patrie une gloire nationale, pure ‘de toute tache; qui, fidèles à la religion, sans laquelle il n’y a pas plus de bonheur pour la.société que pour les individus, en rem-

plissent fidèlement les devoirs, et en défendent courageusement les droits; qui servent leur pays par toutes les lumières d’une haute éducation, et tout le dévouement d'un cœur animé de ce noble sentiment appelé l'amour de a patrie; et qui, dans toute condition sociale où ils se trouvent, montrent en eux les vertus qui ont fait longtemps, et désormais, je l'espère, feront toujours le caractère du peuple Canadien ; la probité incorruptible à toute séduction ; l’aménité des mœurs et la bienveillance mutuelle que les divergences d'opinion ne peuvent altérer ; et l'honneur, Phouneur qne nul intérêt ne peut faire fléchir, et qui se montre l’en-

nemi juré de toute fourberie etde toute corruption.

Oh! devant ces restes sacrés, qui président en quelque sorte à ces exercices, el qui seront toujours sous vos yeux pour vous rappeler vos serments et ranimer les sentiments qui font aujourd’hui palpiter vos cœurs, jurez de faire tous vos elorts pour acquérir et pour mettre à profit cette éducation relisieuse, morale, littéraire dont le bienfait vous est offert : jurez d’être toujours ce que le fondateur de cette institution a voulu faire de tous lesélèves qui devaieut ia fréquenter, des hommes religieux, des citoyens honorables, ou, pour parler en termes plus familiers, mais peut-

être plus expressifs, de bons chrétiens, de vrais Canadiens.

Qu'il en soit ainsi de ces élèves et de ceux qui devront ies remplacer dans la suite des années, et alors s’accomplira, pour la gloire immortelle de ton nom, remercié, béni, vénéré dans tout le Canada, à Antoine Girouard, notre bien-aimé père, l'honneur du clergé Canadien et le bienfaiteur de la patrie, alors s’accomplira le vœu par lequel cette maison a salué ta bienvenue en ce jour :

Qu'à l'Eglise, à l'Etat, cette œuvre de ton zèle Comme toi puisse offrir un service fidèle, (*)

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€*) Tucription placée sur le collége,

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