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En étudiant la compositon de ce montant on trouve que l'industrie laitière a rapporté la somme de 820,207,826. Or ce chiffre d'affaire a été obtenu par suite de la protection 80uvernementale qui a été donnée tant par le gouvernement de Québec que celui d'Ottawa. Il y a 25 ans l’industrie laitière n'existait pas dans cette province, l’agriculture était dans le marasme, les terres étaient hypothéquées à 50 p. c. de leur valeur et nos populations émigraient par milliers d’âmes à !a fois ; les uns s'en allaient dans la pro’ ince d'Ontario où ils sont actuellement: 250,000 et ils étaient perdus pour notre province ; les autres traversaient la frontière pour aller vivre à l'ombre du drapeau étoilé, ils y sont maintenant 1,200,000 et ils étaient perdus pour le Canada. Les différents gouvernements ont travaillé à répandre dans nos campagnes les saines idées scientifiques sur la manutention, la production et la fabrication des produits de l’industrie laitière.
A St Hyacinthe, une école a été ouverte et maintenue au prix de grands sacrifices, cette école a fait des merveilles, elle à instruit une foule de cultivateurs, elle a déversé sur nos Campagnes une nuée d'inspecteurs et de conférenciers qui ont semé partout la bonne parole et le bon exemple, Missionnaires d’un nouveau genre, ils ont entrepris et ils ont poursuivi sans relâche une croisade efficace contre la routine et ils ont réussi à secouer la torpeur de nos populations. Et après 25 ans de lutte, nous arrivors à constater que le: produits de notre industrie laitière font prime sur le marché du monde ; que grâce au profit réalisé, les ‘fermes de cette province ont été dégrévées, la richesse s’est assise aux foyers de nos cultivateurs dont ies épargnes aident aujourd'hui à grossir la fortune publique et à développer la petite industrie dans nos grandes villes.
Mcis pendant que la fortune agricole augmentait dans des preportions phénoménales, la population rurale restait stationnaire tandis que celle des villes grossissait rapidement. L’exphcation de cet état de choses se trouve encore dans le
recensement. En examinant la composition de la fortune
agricole on trouve les deux items suivants :
INSTUMENTS 222.220 essences 827080 200 CDAVAUE renier ionssre.: DÉTORINS
En présence de ces chiffres on comprend pourquoi la population de nos campagnes ss! restée stationnaire, c'est que la machinerie agricsie a reuplacé la main d’ouvre et le journalier ne trouvant plus de travail dans sa paroisse, s’est rendu à la ville, et voilà un colon que nous avons perdu, quand nous aurions pu si facilement le conserver en nous occupant d'une autre br::nche de l’industrie agricole. Je veux parler du tabac canadien. Je ne crains pa: d’affirmer que si le gouverne:zent de cette provir.ce faisait pour la culture du tabac la centième partie des efforis qu’il s’est imposé pour l'industrie laitière, non seulerent nous pourrions fournir le marché du Canada, mais nous pourrions faire concurrence aux tabacs étrangers sur le marché du monde et nous garderions dar; nos campagnes notre population rurale.
En :896 on eniployait dans la fabrication au Canada : 515,557 1bs de tabac canadien.
En 1525, on a employé 3,204,980 Ibs de tabac canadien, 1,771,784 19s de tabac en combinaison. Total : 4,976,764 Ibs.
Et on faisait de plus: 2,881,360 ‘lions äe cigares de tabac canadien, 6,283,288 millions :igares @;, combinaison. Total : 9,164,648 millions.
(Page 398, Annuaire Statistique de 1903).
En 1891 on a récolté dans cette provinee 3.958,737 lbs de
tabac En 1901, on récoltait 7,655,975 Ibs. En d'autres termes, nous avons doublé notre production.
(Page 119, À inuaire Statistique de 1903).
Ce développement merveilleux est dû à ia législation du gouvernement d'Ottawa en 1897, qui a frappé le tabac étranger d’un droit de 10 cents et qui a permis l’usage du tabac dit de combinaison. Nos cultivateurs de cette province ont pris leur large part de bénéfices dans ce commerce, mais actuellement par suite du manque d’uniformité dans le produit, par suite du manque de données scientifiques sur la préparation que doit recevoir le tabac avant d’être livré au commerce, nous souffrons un dommage considérable. La province d'Ontario, notamment les comtés de Kent et Essex, ont produit l'an passé 3,070,717 1bs de tabac canadien et ils ont vendu la totalité de leur récolte à l'American Tobacco Company, qui l'a manufacturé dans cette province. C'est donc 3,000,000 1bs de tabac que nous avions en mains, que nous aurions dû vendre et que nous n'avons pas vendu parce que notre tabac manquait de qualités requises pour le commerce. Les cultivateurs d'Ontario ont eut la protection de leur département d'agriculture, ce qui leur a permis d’encaisser 840,000 à 850,000 que nous avons perdu, et que nous aurions dû avoir. Nous avous le sol, le climat, et toutes les conditions requises pour faire de cette culture une source de revenus incalculables, à condition que le gouvernement lui accorde la protection qu’elle devrait obtenir.
Si nous avions une école pour instruire nos cultivateurs sur les soins à donner à cette branche importante de leur industrie nous donnerions à nos cultivateurs une source nouvelle de revenus, nous obtiendrions le morcellement de la propriété puisque pour cultiver un arpent de tabac, un homme doit y consacrer tout son temps. nous garderionse
dans nos vieilles paroiss- la main d'œuvre qui trouverait un travail rénumérateur et notre population rurale, au lieu de rester stationsaire, augmenterait dans des proportions considérables.
C’est avec confiance que je soumettrai cetie demande à l'honorable ministre de l'Agriculture, et en attendant je prierai ses collègues de nous faire avoir dans son administration un département spécial qui s'occuperait de cette question du tabac canadien.
III — La COLONISATION
Cette province a a:'ssi pour devoir impérieux de coloniser rapidement le territoire qui lui aprar'ient déjà, et envisageant l’avenir comme des législateurs soucieux d'accomplir leur devoir, je crois que nous devrions faire les démarctes nécessaires pour nous faire attribuer par les autorités actuelles le terrain qui peut nous appartenir. Par l’acte de 1867, la députation de notre province a été fixée irrémédiablement au chitfre de 65, et si nous voulons conserver dans la Conféaération la situation qui nous appartient, il faut que nous augmentions aussi rapidement que possible notre population. Depuis juillet 1896, par suite de l'agrandissement de territoire qui nous a été accordé vers le littoral de ‘a Baie d'Hudson, nous avons une superficie totale de 351,87 railles carrés, c’est un empire plus grand que l’Allemagne et l’'Espagne réunis et pourtant notre population n’est que de 1,648,898, pendant que ces deux puissances comptent 74,006,000 d’âmes ; jusqu’à présent les finances de notre province n’ont pas permis de créer et de poursuivre un mouvement sérieux qui attirerait sur nos uomaines des populations étrangères. Pendant que nous nous immobilisions, le gouvernement d Ottava poursuivait nne poluique active d’imm..
gration qui faisait entrer dans le pays jusqu'à 157,000 immigrants dans une même année. C’est avec notre argent qu'on les fait venir, on les place à l'extrémité ouest du pays, on ouvre de nouvelles provinces qui devront avoir voix au chapitre national. Et si nous voulons garder le terrain que nous avons si péniblement gagné, il faut à notre tour ouvrir aux étrangers l'immense étendue de notre territoire, il fautentreprendre une politique agressive d'immigration, autrement nous serons noyés.
Par la construction du Transcontinental Natior 4‘, par sa mise en opération, le gouvernement d'Ottawa va ouvrir à la colonisation en cette province une immense étendue de terrains qui n’attendent que des bras pour donner libéralement les richesses inouies que la Providence y a semées à pleines mains. Cette route nouvelle va aussi attirer infailliblement une multitude de lignes subsidaires qui perceront les Laurentides, et qui seront la cause de la découverte de gisements précieux qui sont encore inexplorés. Des compagnies se forment pour bâtir des chemins de fer qui se rendront à la Baie d'Hudson, à cette mer intérieure immense de 350,000 milles carrés qui servira probablement avant longtemps de débouché à tous les produits de l’extrême nord et de l’ouest du Canada. C'est le devoir de ce gouvernement de surveiller et de prévoir l'expansion phénoménale de ce pays et de préparer nos populations présentes et futures à retirer leur large part des richesses qui couleront comme d’un Pacto'e à tra- . vers les provinces de la Confédération. Quand on voit les gouvernements d'Ontario, du Manitoba et de la Saskatchewan entrer en lutte active pour agrandir leur territoire en se faisant concéder le Keewatin, je me demande si le gouvernement de cette province, en vue de l'orientation nouvelle, donnée au commerce vers le nord, ne devrait pas faire immé.
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diatement les démarches nécessaires pour se faire attribuer le territoire de l'Ungava qui est à nos portes. Le temps est propice, il me semble pour commencer un pareil mouvement ; nous sommes actuellement les seuls compétiteurs possibles pour obtenir ces 354,961 milles carrés qui doubleraient notre superficie et qui nous donneraient une prépondérance remarquable lorsque, dans un avenir prochain, le commerce du Nord se mettra en marche vers les pays d'Europe. Pour nous, Canadiens-français, nous devrions nous souvenir avec orgueil que ces pays lointains ont été autrefois le théâtre des glorieux exploits de nos ancêtres, lorsqu'en 1696, d'Iberville et ses Canadiens, après une série de luttes mémorables, s'emparaient de la totalité de ce territoire qui, par le iraité de Ryswick, fut officiellement rattaché à la colonie de Québec.
IV — L'ISSTRUCTION PUBLIQUE
J'en arrive maintenant à un sujet bien délicat, c'est celui de l'instruction publique. Deux partis sont en présence qui ne se comprennent pas et qui interprètent mal leu s sentiments respectifs : les deux, suivant moi, tombent dans l'exagération. Je ne suis pas disposé à me ranger ni dans un parti ni dans l’autre, parce que les deux me paraissent erronés. [l n'y a rien de parfait sur la terre, tout est perfectible, notre système d'instruction publique comme le reste. Mais je crois qu’un régime qui en 10 ans, de 1891 à 1901, a réduit de 11.96 pour cent les illettrés dans cette province, comme on peut s'en convaincre par le recensement, à la page 656 de l'Annuaire de 1903, je crois dis-je, qu'un pareil régime a prouvé qu’il ne devrait pas être condamné sans merci, il pourrait s'améliorer, oui ! mais il ne devrait pas être jeté au rancart comme inutile et même nuisible. Je suis disposé,
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comme n'importe qui, à empêcher l'exploitation d'où qu'elle vienne, mais je suis disposé en même temps à reconnaitre l'esprit de dévouement et de sacrifice à reconnaître aussi les états de services de ces 11 ou 12 mille personnes qui usent le meilleur de leur être, qui dépensent les plus belles années de leur existence pour préparer dans la modeste carrière de l'enseignement le cœur et l'intelligence des générations qui demain auront entre leurs mains l’avenir de la province, l'avenir de notre race. Parlant au point de vue de l'instruction primaire, je dis qu'il faut procéder prudemment pour opérer une réforme, le gouvernement ne peut pas agir seul, il faut que les contribuables, il faut que les pères de famille s'occupent plus activement de cette brûlante question qui les intéresse au suprême degré. Il faut que les administrateurs et les administrés s'entendent pour extirper sans pitié le mal quand il existe, mais il faut garder ce qu'ii y a de bon ettravailler sans cesse à le rendre meilleur. Je connais assez l'esprit de nos populations pour pouvoir déclarer ici que quand les contribuables seront bien convaincus, par les résultats obtenus, que chaque dollar dépensé pour l'instruction de nos enfants, est de l'argent bien placé et qui devra rapporter 100 pour cent à leurs familles et à leur province, ils feront, sans lésiner, les dépenses nécessaires pour améliorer leurs écoles primaires. Quant à l'éducation supérieure, le gouvernement mérite toutes nos louanges pour la détermination qu'il a prise de doter cette province d’une école technique pour les hautes études commerciales et industrielles. Plus on réfléchit à l'immensité de notre territoire, à nos ressources fabuleuses, aux avantages incalculables dont la nature nous a dotés, à la position stratégique que nous occupons au point de vue commercial, plus on songe surtout aux possibilités stupéfiantes de l’industrie développant et mettant à profit les
sources de richesses qui sont inexploitées en notre pays, plus on comprend toute la nécessité de perfectionner sans jamais s'arrêter, tout notre système d'instruction publique, pour que nos enfants soient en état, au sortir de nos écoles, de faire leur part de travail ct d'assurer à l'infini le bien-être moral et intellect ‘el de nos populations.
En terminant, M. l'Orateur, je suis prêt à reconnaitre, sans flagornerie, l'œuvre accomplie par ceux qui ont travaillé jusqu'ici à instruire nos populations, mais j'aurai le courage de leur dire qu’il est de notre devoir à tous d'étudier les idées nouvelles, de les adopter avec les modifications qui nous conviennent, de faire enfin tout ce qui est humainement en notre pouvoir, afin que dans la lutte pour l'existence, notre peuple soit capable d'accomplir ses destinées et de marcher dans la voie du progrès, sous l'œil de Dieu, et à l'ombre de la liberté.
Et toi, fille du ciel! protectrice de notre race ! Liberté, Liberté chérie ! toi, qui remplaças la mère qui nous avait abandonnés et qui berças de tes chants tristes et doux notre enfance endeuillée par les larmes et la persécution ! toi, qui fut toujours notre sauvegarde, aux heures sombres de notre histoire, où la désespérance faisait ployer les hommes forte appelés à nous guider ! toi, qui nous a conduits comme par la main à travers les écueils sans nombre sur lesquels nous aurions dû cent fois sombrer ! Ah ! je t’en conjure ne nous abandonne pas dons les circonstances présentes ! inspire à cette assistance des sentiments dignes de toi! fais que la Législation qui sortira de cette enceinte, porte ton empreinte et qu’elle soit marquée du sceau de la sagesse ! que nos populations reconnaissent ton empire en suivant avec amour les lois que tu auras toi-même inspirées ! que la seule législature française en Amérique soit digne de son passé, soit
fidèles à ses traditions ! Que la vieille province de Québec prenne la première place dans la Confédération! que du sol de la patrie, sillonné autrefois par nos trappeurs, nos découvreurs et nos missionnaires, que de cette terre arrosée si souvent du sang de nos martyrs sortent les richesses sans nombre qui y son! encore enfouies ! Que toutes les classes de la société, que les différentes races, que les différentes religions se moulent comme en un tout compact, qu'elles s'entendent, qu’elles développent notre patrimoine pour agrandir sans cesse notre sphère d'influence ! Que parmi nos nationaux, l'esprit de division disparaisse, que les factions s'unissent, que nos populations s'assimilent le génie de la fière Albion dont le drapeau protège notre langue, nos lois et nos traditions, ce qui nous permettra de remettre intact à nos successeurs l'héritage qui nous a été légué par nos devanciers ! Que tous enfiu nous travaillions pour perpétuer sur ce continent le génie de la France et que nous poussions dans le sol des racines tellement profondes que jamais le vent de la persécution ne réussira à nous faire disparaitre comme entité nationale !