Nous avons payé trop cher
Ce reproche est tout simplement stupide, M. Chaplean, qui le laisse faire, et qui peut-être même l'inspire, sait bien à quoi s'en tenir. [l avait fixé, je l'aflirme avec connaissance de cause, et je suis en état d'en faire la preuve, il avait fixé à $500,000 la part des “atholiques dans ces biens. Nous ne payons qu: $400,000. D'ailleurs tous les gens raisonnables savent que ce dernier chiffre n'est pas exagéré,
C'est celui qui paraît avoir été fixé autrefois, lei, sous le gouvernement de M. Ouimet, puisque M. l'abbé Brichet disait, dans le document déjà cité :
* Le gouvernement du Canada retient les biens qui appartenaient autrefois à l'ancienne compagnie. On peut les évaiuer à deux millions de francs... ”
Or, deux millions de francs, c'est $400,000.
Ce chiffre paraît d'autant plus raisonnable que le père Turgeon, représentant du St-Père et des Jésuites, réclamait $990,000 pour une seule propriété, dans sa lettre du 20 mai 1888, et que
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tous les biens en question sont évalués par M. Rivard, surintendant des biens des Jésuites, dans un rapport qu'il m'a fait le ler mai 1888, à $1,603,203,.
De son côté, M. Varin, autre agent de ces biens, dans un rapport du 22 mai 1860, mentionné dans un ordre en conseil du 1er octobre 1860, porte la valeur de ces biens à £277.817.
Quant aux revenus annuels de ces biens, sans compter les casuels, provenant de la vente des bois, des terres non cédées, ete, ete, M. Rivard, dans un rapport de 1873, (Rapport du commissaire des terres de la Couronne de 1873, pp. 36 à 43) les porte à $20,617.33, ce qui à 4 oo d'intérêt représentait, dès cette epoque, un capital plus élevé que celui que nous avons payé.
Le 4 juin 1888, j'écrivais au Rév, père Turgeon :
* Vu les difficultés qui entourent le règlement de cette question, et vu Ja situation de la province, nous sommes oblivés, à regret, de vous dire que nous ne pouvons vous offrir plus de “ 400.000.
“ Pour arriver à ce chiffre, nous ne prenons pas pour base ja
“ valeur intrinsèque des biens, attendu que, depuis longtemps, les “autorités religieuses ont abandonné la demande de restitution ‘
en nature, et se sont contentées invariablement de réclamer une indemnité. Le montant de cette indemnité a même été indiqué par les autorités religieuses de ce pays, à Rome, lesquelles autorités se sont déclarées prêtes. dans diflérentes occasions, à “accepter $400,000.”
“ I nous est, en conséquence, impossible d'aller au-delà de ve MONTANT, eee
Donc, dans ces circonstances, avec tous ces faits, et suivant tous ces documents, j'ai raison d'aflirmer que le montant payé n'est pas exagéré, qu'il est raisonnable et que, conséquemiment, l'accusation portée contre nous d'avoir payé trop cher est mal fondée et doit être rejetée,
30. Vous avons eu tort de méler le nom du Pape à cette transaction.
Cette accusation est bien étrange : toutelois, il ny aurait rien d'étonnant, car elle vient des orangistes et de M. Chapleau Kingulier rapprochement, n'est-ce pas ? C’est bien natrirel pourtantet bien d'accord avec les traditions des bleus.
D'abord pouvions-nous régler cette affaire sans l'intervention du Pape, et sans méler son nom à toute cette transaction ?
Pour un catholique, la question est facile à résoudre : car cest de principe élémentaire, en droit ecclésiastique, que les biens des ordres religieux abolis appartiennent à l'église universelle et que le Pape seul peut en disposer, C'est, d'ailleurs, écrit en toute lettre dans les documents pontificaux se rattachant à cette question des biens des Jésuites, et le Pape actuel n'a jamais voulu consen-
tir que la question fut règlée sans qu'il restat maître absolu de la distribution du montant de la compensation.
D'ailleurs, M. Chapleau l'a dit lui-même à St Hilaire, dans les paroles que j'ai citées tout à l'heure. Ecoutons-le:
“ Le fait est, disait-1l, que ces biens n'appartenaient pas aux “ Jésuites... Son Eminence le Cardinal NSiméoni, préfet de la ‘ propagande, a dit qu'il n’y avait rien qui appartenait aux Jésui- ‘tes, mais qu'il y avait quelque chose qui appartenait à l'Eglise. “ Quand l'ordre fut aboli par le Pape, leurs propriétés, étant pro- ‘ priétés religieuses, passèrent à l’Eglise, et en vertu de la loi ecclésiastique, quand une propriété appartient à l'Eglise, les ‘évêques du diocèse en disposent dans l'intérêt public, et de cette “ façon tout le public en profite. L'Eglise prétendait avoir des ‘ droits sur ces biens...”
M. Chapleau admet donc que ces biens appartenaient à l'Eglise ; mais 1l prétend que & 'était aux évêques à en disposer. C’est là une grave erreur. Les évêques pouvaient en disposer, mais seulement avec la permission du Pape et suivant le mode indiqué par lui.
Du moment que ces principes sont admis, l'accusation tombe d'elle-même. En eflet, puisque ces biens devenaient la propriété de l'Eglise universelle, et que le Pape seul pouvait en disposer, lui seul pouvait faire la distribution des deniers accordés en compensation, Conséquemment, pourquoi nous reprocher d'avoir mélé le Pape à cette affaire 2? Nous ne pouvions règler sans lui; nous ne pouvions distribuer l'argent sans lui; alors il fallait aller au Pape, et j'y suis allé avec le résultat que tout le monde connait, c'est-à-dire avec succès.
D'ailleurs, si c'est un crime pour moi d’avoir été à Rome pour règler cette question, c’est un crime aussi pour M. Chapleau d'y avoir été. [1 ]'a dit lui-même, qu'il était allé à Rome pour règler cette affaire: c'est done qu'il comprenait qu'il ne pouvait pas règler sans l'intervention de Rome. Or, qu'est-ce que c’est que Rome ? Pour nous, et au point de vue religieux, c'est le Pape. A moins que M. Chapleau espérât pouvoir règler cette affaire avec le roi Humbert ; car il y a deux souverains à Rome, l’un légitime, que nous reconnalssons, c'est le Pape ; l’autre, illégitime, que nous refusons de reconnaître, c'est le roi Humbert : auquel des deux M. Chapleau devait-1l s'adresser ? Quant à moi, il ne peut pas y avoir de doute, je me suis adressé au Pape, puisque c’est là le crime que l’on me fait.
Mais je ne désire point vous fatiguer davantage sur ce point. Je vais règler la question en bien peu de mots.
L'accusion de M. Chapleau m'a tellement blessé que j'ai cru
e mon devoir d'écrire la lettre que voici à Son Eminence le carinal Taschereau :
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