‹ Discours prononcés a l'occasion de l'inauguration du monument éléve a la mémoire de Paul Huet dans le parc de Saint-Cloud le 14 juin 1908Chapitre 4 sur 4 · M. DUJARDIN-BEAUMETZ · texte numérisé non relu

M. DUJARDIN-BEAUMETZ

Sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts

Discours DE M. DUJARDIN-BEAUMETZ

Sous-Secrétaire d'Etat cUs Beaux- Arts

Mesdames, Messieurs,

Je viens associer le Gouvernement de la République à l'hommage que vous rendez à Paul Huet et saluer la mémoire d'un homme qui a mérité une place spéciale dans l'histoire glorieuse des paysagistes français.

Vous élevez ce monument dans les lieux mêmes qui ont inspiré Paul Huet. C'est en effet par la vision de l'admirable site de Saint-Cloud que, dès sa jeunesse son âme s'éleva vers l'art. C'est ici que l'étude patiente, opiniâtre et recueillie de la nature lui en révéla les beautés. C'est là qu'il comprit les colorations puissantes, les formes robustes des terrains, l'élégance nerveuse des grands arbres et que, par l'observation de la pondération des lignes et des plans, il sut donner une si haute allure à ses compositions dramatiques et pittoresques.

Huet traduisit la nature librement, sincèrement, il chercha en elle les modes nécessaires à l'expression des sentiments d'une génération au cœur attendri par la

recherche d'une humanité meilleure, et peut-être mieux préparée que les précédentes à comprendre les sensations infinies données par les harmonies qui relient le sol, les verdures et les ciels.

Son imagination ardente et passionnée lui permettait d'en concevoir les tragiques beautés qu'il exprime dans des pages décoratives d'une rare vigueur.

Un dessin énergique, une palette puissante, l'aidèrent dans la réalisation de son œuvre.

Soit qu'il nous montrât les grands chênes étreignant la terre, la tempête dans ses fureurs, ou les ombres profondes et les lumineuses clartés des forêts, soit qu'il évoquât les lourds nuages tumultueux roulant dans l'infini, Huet fut un maître dans l'art d'émouvoir.

Dès l'abord, il s'écarta résolument des traditions mal transmises par des écoles où des formules apprises et conventionnelles remplaçaient trop souvent l'observation directe de la vérité. Dans les élans d'un tempérament à la fois réaliste et lyrique, Huet ouvrit le premier la voie que parcoururent après lui tant cie peintres illustres. Son œuvre marque une date précise dans le mouvement d'art de la première partie du xix^ siècle.

La noble figure de l'artiste est complétée par celle de rhomme qui supporta avec courage les épreuves d'une vie de travail et de combat.

Messieurs, combien d'artistes ont vu leurs rêves

s'évanouir devant l'indifférence d'un public insensible à leurs évocations! Combien salués, cependant, dès leurs débuts, par les applaudissements ont connu les injustes oublis ! Combien d'autres, enfin, sont tombés en doutant d'eux-mêmes! Mais l'œuvre forte qu'ils ont laissée lutte alors pour leur mémoire et les venge.

Tel cet admirable tableau de Ylnondation de Saint- Cloud qui, aujourd'hui, au milieu des chefs-d'oeuvre du Louvre, nous apparaît comme la haute et vigoureuse affirmation du talent d'un véritable maître et nous montre Paul Huet dans le rayonnement de son âme fière et dans toute sa ferveur de Croyant d'Art.

Imp. G. Kadar, Paris.

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