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Discours prononcés

[M + le marquis da Dre ux-Brézé ayant parlé sur Tétai de l'Espagne ut de ses relations avec la France, M. Guizot kii a répondu en ces termes ; ]

n. eli: 7ifi»rtTHK des kteuickikein.

Le Gouvernement du Roi, à aucune époque* n'a eu la prétention de dominer l'Espagne, de faire en Espagne les événements* Ce n'est pas Je Gouvernement du Roi qui a changé Tordre de succession en Espagne 5 ce nesl pas le Gouvernement du Roi qui a amené en Espagne telle ou telle crise politique, ni travaillé à faire prévaloir tel ou Ici parti aux dépens de tel autre.

L'Espagne a fait ses propres destinées* C'est, l'Espagne elle-même, soit par ses mis, soit par les forces ual tonales,

qui a changé Tordre de succession cl parcouru ensuite les phases de la situation difficile où elle était entrée. JLe Gouvernement du Roi a pris les événements tels que l'Espagne eîle-mème les faisait. Dans ces événements, il s’est montré toujours T ami de Tordre légal et régulier. C’est au Gouvernement légal établi par l'Espagne ellemême qu'il a toujours prêté son appui. Il n 7 a jamais, comme on Fa souvent prétendu, travaillé a faire triompher, je le répété, tel ou tel parti politique contre tel autre. G est a Tordre établi, c’est à la légalité, à la modération, qu’il a prêté son appui. 11 est donc injuste de le rend re resp on sable de s é v en e m en ts qui s “ accom p I i ssen t en Espagne. Il est injuste de dire que c’est lui qui a changé Tordre de succession, qui a amené telle ou telle insurrection, accepté telle ou telle révolution. Le Gouvernement du Roi n a rien amené, rien accepté que Tordre légal, Tordre établi, la volonté de l’Espagne elle-même. Il ne lui a jamais donné qu’un appui et des conseils favorables à Tordre légal et à la modération.

Que l’Espagne, après cela, soit en proie aux chances, aux périls, aux maux d’uue révolution j qu’elle traverse toutes les épreuves d’une nalion qui travaille à changer son gouvernement, il n’y a rien la qui puisse nous étonner. Je prie Thonorablc préopinant de se demander à luimême ce qui serait arrivé en France si, pendant le cours de nos longues épreuves, nous avions eu à côté de nous un gouvernement qui, sans secourir aucune faction, sans exciter aucune discorde, ne nous eût jamais donné que des conseils de prudence, de modération, n’eût jamais prêté chez nous son appui qu'à Tordre îégal et reconnu. Certes ce gouvernement aurait joué à Végard de la France un rôle honorable, utile ; il nous aurait rendu de grands services, et nous ni en aurions dû une grande reconnais-

sauce- E Lan-jour où la reconnaissance peut arriver, mi jour où la raison revient aux peuples, au .sortir de cette carrière orageuse des révolutions, nous aurions été les premiers à rendre justice à un gouvernement qui aurait joué envers nous un tel rôle. Ce rûle, nous l'avons joué à l'égard de l'Espagne* On ne trouvera, dans aucune des instructions que le Gouvernement du Iloi a adressées a ses divers ambassadeurs, pas une parole qui sorte des limites que j indique en ce moment à la chambre*

Quand l'Espagne a été livrée aux chances de la guerre civile, quand le gouvernement quelle avait elle-même proclamé, fondé, reconnu, qui était l'œuvre de la volonté de son roi et de la volonté du pays, quand ce gouvernement a été attaqué par ïa guerre civile, qu'avons-nous fait? Nous nous sommes concertés avec les alliés delEspagne, ses alliés naturels, ceux qui reconnaissaient le gouvernement par elle*mcme fondé et reconnu $ nous nous sommes concertés avec eux pour l'aider à se délivrer de la guerre civile* Nous n avons pas prétendu lui imposer notre volonté, notre domination - t bien plus, nous avons refusé d'intervenir par la force dans ses affaires ; nous avons refusé de mettre notre volonté et notre force a la place de la volonté et de la force de l’Espagne elle-même. Nous l'avons laissée suivre le cours de ses destinées et de ses propres opinions, nous bornant ù lui prêter tout l'appui qu’un gouvernement étranger et ami peut prêter à un peuple engagé dans celle difficile carrière *

Nous avons fait cela de concert avec l'Angleterre, sans nous préoccuper des anciennes rivalités d'influence, de ces rivalités auxquelles il faut faire grande attention dans le cours ordinaire des choses, maïs qui doivent quelquefois se taire et s'effacer devant des situations difficiles et des circonstances dominantes.

Et qu’il me soit permis de rendre à l’Angleterre cette justice qu elle aussi elle a oublié un moment ces rivalités d'influence, qu elle s'est élevée au-dessus de son propre

Nous n'avons pas voulu intervenir en Espagne, et l'Angleterre nous a demandé d'intervenir. L'Angleterre oubliait la jalousie avec laquelle elle avait toujours considéré l'influence de la France en Espagne, et la France ne voulait pas donner, à l'Angleterre ni à l'Espagne, sujet de dire qu’elle entendait fonder au delà des Pyrénées sa domination» Grand exemple de modération et de liberté d’esprit des deux parts I

Qu’après cela, et dans une situation plus régulière, plus tranquille, celle rivalité d'influence reparaisse, nous ne ia méconnaîtrons pas 5 nous ne négligerons pas d’assurer à la France, non pas la domination, mais la juste part d'influence qui lui appartient dans les destinées de la Péninsule. Nous espérons qu’il nous sera possible de nous concilier sur ce sujet avec l’Angleterre elle-même, et qu'en présence des événements si périlleux auxquels l'Espagne est en proie, l'Angleterre sentira, comme elle l a déjà senti une fois, qu'il o*y a pas ià une lutte d Influences rivales, mm qu’il y a un intérêt commun, l'intérêt d’aiderla Péninsule à rétablir l'ordre dans son propre sein, à faire cesser la guerre civilo, quel qu’en soit le drapeau, à fonder enfin un gouvernement légal, régulier, bot légitime des efforts de l'Espagne, comme cela n élo pendant ai longtemps la but des efforts de h France» (Marquesdadhédum)

EXT HAIT bU WONITBIK UNIVERSEL (ÎLE 19 doyueuIjj c l8iÜ*

CHAÎHBKE »E* PAIRS

Session uk 1810- IK'i 1.

PAR M. GUI

DAWS LÀ m&CÎJSSIOH G EN É RALE

mi FROJRT DE LOI RELATIF A L’OtJVERTURE D'UN CàÉMT DK 700,000 ft, POUR SECOURS AUX REFUGIES tiï&AKGEIïS.

Messieurs

La chambre ne s’étonnera pas* j’en suis sûr, ai, dans le discours de l’honorable pré opinant (1), il y ‘à des choses auxquelles je ne réponds point, sur lesquelles je n exprime aucun avis, dont je ne parle même pas* Non-seulement il ne m est pas permis de tout dire, mais il ne m est pas permis de parler de tout* Il y a une foule do choses dans lesquelles la parole nuit d’avance à raction* Quand on n'est pas obligé d'agir, quand on est simplement appelé a observer et à juger, on peut exprimer sans crainte et sans gène toute sa pensée* Quand on est appelé à agir, et précisément pour agir, il faut savoir se taire.

(1) M* le duc de NoaïHes.

Dans une occasion récente, j’ai eu l'honneur de dire à celle tribune que le projet du Gouvernement du Roi était de ne pas intervenir activement dans les affaires intérieures de l’Espagne. Mais j'ai, certes, été bien loin de renier ta part qu'il a prise dans les événements dont l’Espagne a été le théâtre....

m. i,e nABgifig hbkzk. Je demande la parole.

m. n: nisuTRE. Lorsque, à la mort de Ferdinand "VII., 1 Espagne a reçu, de la volonté môme de son roi, un gouvernement qu’elle a aussitôt entouré et appuyé de la sanction nationale, la France l'a reconnu ; elle s’est empressé de le reconnaître, comme le disait l’honorable préopinant, parce que c’était le gouvernement légitime de 1 Espagne, le gouvernement proclamé par le droit légal et le vœu national j et, après l’avoir reconnu, la France l’a soutenu. Lorsque ce gouvernement, établi par le testament de Ferdinand VII et par le vœu national, a été attaqué, lorsqu’il a été mis eu question par la guerre civile, le Gouvernement du Roi s’est empressé de le soutenir et de lui donner un appui public et efficace. Oui, nous avons levé des troupes, nous avons conclu des traités, nous avons envoyé la légion étrangère, nous avons pris de grandes mesures qui ont eu pour objet de soutenir le trône d’Isabelle IL Certes, je suis bien loin de renier cette politique, convaincu aujourd’hui, comme il y a cinq ans, qu elle est conforme au vœu de l’Espagne et aux intérêts de la France.

Mais là s’est borné, messieurs, et là se bornera l’intervention, faction du Gouvernement du Roi en Espagne. Soutenir ie gouvernement d’Isabelle II, voilà la politique du Gouvernement du Roi. Après cela, respecter la liberté de I Espagne et du gouvernement de la reine, l'entière IiberLé de l’administration intérieure du royaume, ne pas

enlrer dans les querelles des partis, ne pas épouser tel ou tel parti, tel ou tel cabinet contre tel autre, ne pas engager là France dans les dissensions Intérieures de ce gouvernement de la reine que la France est décidée à soutenir dans son ensemble j voilà la règle que nous nous sommes imposée» Toi là ce que je voulais dire quand je disais que la France ne chercherait pas à exercer une influence active dans les a liai res intérieures de l’Espagne* Fai en même temps avoué, continué la politique du Gouvernement du Roi depuis sept ans, et j T en ai marqué la limite* Je prie la chambre et l'honorable préopinant de bien remarquer cette limite, parce qu'en effet elle est la règle de conduite du Gouvernement» SL le gouvernement de la reine Isabelle ïï était menacé dans son existence, si la cause que Ja France a soutenue en même temps que l'Espagne la soutenait, si, dis-je, cette cause était en péril, le Gouvernement verrait ce qu'il aurait à faire, et il ne déserterait pas la politique qu'il a suivie jusqu'à présent* Maïs, pour ce qui regarde les luttes de partis, de cabinets, l'administration intérieure de l'Espagne, le Gouvernement du Roi, et plusieurs des honorables membres de celte chambre qui ont administré les affaires étrangères peuvent ? attester comme moi, le Gouvernement du Roi continuera à ne point s en mêler ; il laissera à V administration intérieure de l'Espagne tonte la liberté à laquelle elle a droit*

J'arrive aux circonstances actuelles* LasiUmfïcn qu elles nous ont faite et la politique qu'elles nous ont déterminés à adopter, l'honorable préopinant le disait tout à l'heure, ne sont point du fait de la France» La France a été entièrement étrangère à des événements que je puis me dispenser de juger, mais que je déplore, et qui ont amené en Espagne l administration qui Jy préside aujourd'hui* Mais

— ÎO —

cette administration, messieurs, c'est toujours le gouvernement de la reine Isabelle II. Le trône de la reine Isabelle II est intact, et les hommes qui aujourd'hui administrent en son mm n'ont donné à personne le droit de dire qu’ils veulent séparer leurs intérêts des intérêts de la reine Isabelle IL Le gouvernement actuel de l'Espagne est le gouvernement de droit.

C'est en même temps le gouvernement de fait, et à ce titre aussi nous restons en rapport avec lui. Quand nous disons que nous respectons la liberté intérieure des nations, nous ne disons pas, messieurs, de vaines paroles; nous entendons régler effectivement notre conduite sur ce principe, quand même son application peut entraîner certains dangers. L'administration qui régit aujourd'hui l'Espagne est son gouvernement de fait ; elle est reconnue par le pays tout entier ; il n'y a aucune guerre civile en Espagne. Quant à présent, nous n'avons aucune raison pour ne pas continuer avec celte administration les relations que nous avions avec le gouvernement de la reine dans les années précédentes.

De plus, jusqu’ici, cette administration ne nous a donné, h nous Français, à nous Gouvernement du Roi, aucun sujet sérieux de plainte. Elle a entretenu les relations telles quelles existaient auparavant. Elle se montre disposée à main tenir ces relations sur un pied de bienveillance et d’amitié. Elle se montre disposée en même temps à faire des efforts pour être un gouvernement régulier, pour effacer ce qu'il peut y avoir, dans la manière dont elle est arrivée au pouvoir, de contraire à un ordre de choses régulier et monarchique. Pourquoi, dans nos paroles publiques, la découragerions-nous dans celle voie où elle veut entrer? pourquoi, au contraire, ne lui donnerions-nous pas des conseils de prudence, de modéra-

tkm ? pourquoi ne continuerions-nous pas à ne pas nous mêler de l'administration intérieure de l'Espagne, el a appuyer le gouvernement de la reine Isabelle îï partout où nous le rencontrerons, et toutes les fois qu’il s'efforcera de se conduire en gouvernement régulier?

C'est ce que nous faisons. Nous ne sommes pas obligés d'exprimer notre jugement sur des événements accomplis ; nous ne songeons qu’a maintenir des rdalions pacifiques et à seconder les efforts qu'on voudra faire pour rentrer dans les voies régulières du Gouvernement.

Voilà ï‘attitude que nous avons prise. Nous sommes loin de vouloir associer notre responsabilité aux destinées de l’administration qui préside aujourd'hui on Espagne. Mais si nous avions des craintes, des inquiétudes, nous ne nous croirions pas obligés, je le répète, de les porter publiquement à celte tribune; nous demeurerions en observation.

Mais on nous dit, et c’est un des principaux reproches que nous faisait tout à l’heure l'honorable prëopinant, on nous dit : Vous abandonnez donc votre influence en Espagne, vous la livrez à vos rivaux. Cette politique est une politique inerte et sans résultat*

Messieurs, il y a quelques mois, quand un ministère d’une autre couleur, qu on appelait le ministère modéré, existait en Espagne, on disait que Imlluence de la France était tout en Espagne, que notre ambassadeur gouvernait rEspagne, que cela excitait la colère des Espagnols el la jalousie de la Grande-Bretagne.

si. nue nu xoinxGi. Ce n’est pas moi qui l oi dit* UI RKOT. Je ne prétends pas que te noble due Fait dit lui-même ; mais personne n'ignore que cela s’est beaucoup dit en Espagne, et c'est même une des causes du mouvement qui s’y est opéré.

Le noble due a suivi de trop près ees événements pour ne pas se rappeler que tel a été en effet, pendant un certain temps, le langage qu'on tenait en Espagne et en l'rance. Lorsque le cabinet modéré est tombé et a fait place au cabinet exalté, comme on dit en Espagne, on s est regardé comme délivré de l'influence française.

Messieurs, ces influences qui s’en vont et qui reviennent, selon qu un cabinet succède à un cabinet, ne sont donc pas si complètement détruites ; elles ne périssent pas parce quelles paraissent un moment suspendues. Ce sont ià des vicissitudes inévitables dans un pays qui est en proie aux agitations révolutionnaires.

Indépendamment des rivalités anciennes de l'Angleterre cl de la France sur ce théâtre, il s’y est ajouté la rivalité des partis qui ont pris tel ou tel drapeau, qui se sont faits ou anglais on français, beaucoup moins selon la réalité des choses que pour leur propre intérêt de parti, et pour avoir l air de s appuyer sur telle ou telle puissance l'trangere. N attachons pas a ces apparences et à ces vicissitudes d'influences plus d'importance quelles n’en ont réellement. Oui, je suis prêt d’en convenir, le parti qui gouverne aujourd’hui les affaires d’Espagne se dit attaché de préférence à l'influence anglaise ; le parti qui les gouvernait, il y a peu de temps, se disait attaché de préférence à l'influence française. Mais ce sont là des faits Irop superficiels, trop transitoires, pour qu’on puisse en taire la règle de sa politique, pour qu’on puisse les considérer comme caractérisant véritablement la situation de la France vis-à-vis de l'Espagne.

Non certainement, nous ne sommes pas sans influence en Espagne. Permettez-moi de vous en faire à vousméme la question = est-il possible que la France soit sans influence en Espagne, lorsque dans ce pays tous les re-

gards sont tournés vers elle, quanti en Espagne chacun se dit sans cesse : Que fera la France ? que dira fa France? Passez les divers partis on revue 5 vous les trouverez tous occupés de nous. Le parti modéré espère que l'influence française prédominera, et le ramènera au pouvoir. Le parti exalté, je parle le langage de l’Espagne même, de scs journaux, le parti exalté craint l'influence française; ce parti compte beaucoup plus de personnes ennemies de l'influence française, je dirai pins, hostile au Gouvernement que la France possède* Pourquoi s'étonner de cela? Cela est inévitable : nos propres luttes, nos dissensions intestines ont \k leur analogie, leur retentissement, leur écho. Il faut y bien regarder ; mais il ny a rien qui doive nous faire désespérer de notre influence. Si nous avons des adversaires, nous avons aussi des amis, des hommes qui ont besoin de nous, dans Pinférêt de leur propre cause. Nous n'épousons pas ïeurs querelles, mais nous profitons de leur appui quand l'occasion se présente de maintenir ou de retrouver rinlluence que la France doit avoir en Espagne.

Regardez ce qui se passe en France même. Comment î vous avez par milliers des réfugiés espagnols de tous les partis, et non-seulement des réfugiés ordinaires, mais des tètes couronnées! Est-il possible qu’un pays qui offre un asile, des ressources h une si grande portion d’un peuple, aux hommes les plus animés des différente partis, aux têtes couronnées elles-mêmes qui représentent ees divers partis, est-îl possible que ce pays soit sans influence sur l’Espagne? Il faudrait plus que de fa maladresse pour ne pas profiter d une telle situation, pour ne pas exercer, h un moment donné, dans une occasion véritablement utile, uue influence efficace. Mais 011 n'agit \ as tous les jours ; il y a des époques d action ; 11 y a des époques ü inaction

auxquelles il faut savoir se résigner. C'est là la politique.

Vous vous plaignez de l'inertie de la politique française. Eli bien, dans la situation* non pas d'indifférence comme on le dit, mais d'attente, où nous sommes, c'est la politique qu'il convient à la France d adopter. La France, par la seule force des choses, par sa situation, par les rapports qui existent entre notre situation intérieure et celle de l'Espagne, la France a sur l’Espagne des moyens d'iniluence qui ne peuvent lui échapper, dont elle se servirait si elle en avait besoin. Mais, pour cela, il ne faut pas agir tous les jours et d’une manière inquiète, Tl faut savoir attendre. Nous attendons que les événements se développent j nous respectons la liberté du peuple espagnol ; nous respectons sou action personnelle sur ses propres destinées; et le jour où l'occasion se présentera d'exercer, au nom de la France, dans l'intérêt de la France comme dans l'intérêt de l’Espagne, une influence utile, ce jour-ià nous n’hésiterons pas.

Et ce jour-là, je ne craindrais pas, pour la cause de la Péninsule, cet isolement auquel faisait allusion tout à f heure le noble duc. Le fait a prouvé ce qui devait arriver en pareille circonstance. Malgré la rivalité d influence, malgré les jalousies qui ont si longtemps existé entre T Angleterre et la France à la mort de Ferdinand VIT, l'Angleterre a pensé comme nous, elle a agi comme nous. Il y a des intérêts supérieurs qui ont déterminé l'Angleterre à une conduite analogue à la nôtre ; et quand le gouvernement espagnol s'est trouvé dans une situation difficile, quand il a eu besoin qu’une influence auxiliaire vînt le soutenir contre la guerre civile qui le dévorait, l’Angleterre s'esL encore trouvée d'accord avec nous; et le traité de la quadruple alliance est intervenu. Ce traité, qu'on a bien souveut attaqué, parce qu’il n’a pas fait tout ce qu'on s'en

était promis, parce qu'il n a pas accompli tous les résultats qu'on avait attachés ù son nom, ne traité cependant a rendu à l'Espagne d'immenses services ; il faut le compter parmi les causes tes plus efficaces qui ont fait cesser la guerre civile en Espagne ; et si pareille circonstance se renouvelait, si l'existence dn gouverneraenUle la reine était mise en question, ne doutez pas que les mêmes faits ne se renouvelassent; ne doutez pas que, malgré la rivalité des influences, l'Angleterre et la France, engagées, quant a l'Espagne, dans un intérêt commun, dans une idée commune, ne fissent ce qu'elles ont lait une première fois. L'Angleterre, pas plus que la France, ne livrera jamais l'Espagne à des influences tout à fait étrangères, éloignées, et que leur position géographique n'appelle pas à jouer dans la Péninsule le rôle qui appartient à l’Angleterre cl a la France.

Je crois avoir mis sous les yeux de la chambre les caractères essentiels de la politique du Gouvernement du liai : maintenir, appuyer le gouvernement de la reine Isabelle II, qui est le gouvernement de droit et le gouvernement nalioual de l'Espagne ; rester étrangers à la lutte intérieure des partis, aux dissections intestines; n'abandonner aucun des moyens d’influence légitime que cet étal des partis et la position de l'Espagne donnent à la France ; mais choisir, pour îa manifestation et l'action de celte influence, le moment opportun : voilà notre politique} elle ne compromet rien dans le présent, et elle suffira, je l’espère, aux nécessités de l’avenir, (Marques d'approbation,)

EXTRAIT DU MONITEUR UNIVERSEL du 5 janvier 1SU,

C’KAlViasiCK IMS Puits

Session hé 1841 - 1812 .

EXTRAIT DU DISCOURS

PAR M. GUIZOT

I^m* la dt«c«l4#fon générale du projet tVndrvHmv,

Séance du 13 janvier 1843.

Messie ors,

J ’ av, ais demandé la 'parole hier à la fin de la séance pour répondre en peu de mots à ce que venait de dire l honorable M. de Erézé sur les affaires d’Espagne. Je viderai sur-le-champ aujourd hui ce que je regarde comme un incident dans cette discussion.

L’honorable M. de Brczé a remarqué le silence du discours de la couronne sur les affaires d’Espagne ; il a eu raison. Ce silence a été réfléchi et volontaire; Il expliquera le mien. L étal de nos relations en Espagne m’interdit d’entrer dans une vraie discussion à celle égard ; il y a en ce moment, entre ta France et l’Espagne, des difficultés pendantes, des questions flagrantes sur lesquelles il me serait impossible de m'expliquer sans courir le risque de nuire aux affaires de mon pays.

“ 17 “ y*. mtiQ-fn.. m

Cependant j ni, non pas sur les questions dont je jiifîe, "*?//£'.

nnxis sur uns relations generales avec l'Espagne, une\ût^ servnlion a faire en réponse à ce qu’a dit l'honorable MVife.

Jïiézé. . -j -—

ji a rappelé le traité de Ber gara et la satisfaction que nous avons, témoignée au moment où il a été conclu ; il nous a demandé si, apres ce qui s'est passe depuis deux ans, nous ressentions aujourd'hui Ja même satisfaction.

Sans aucun doute, messieurs. Le traité de Ber gara nous a causé une véritable satisfaction parce qu'il annonçait le terme d'une guerre civile en Espagne, ,\ous n'avons pas eu l'espérance qu'il mît un ternie en même temps à toutes les dissensions civiles de ce pays, à toutes les difficultés de nos relations avec lui. Nous avons une trop longue expérience des révolutions, de leur durée, de leurs vicissitudes, pour croire qu'elles puissent se terminer moment et par un acte isolé; mais il non reste; ^ ~“

vrai que le traité de Bcrgâra a mis fin à la en Espagne, C’est la la cause de la safisfacliq a fait et qu’il nous fait encore éprouver.

Lue autre guerre civile a paru, tout a riic\n^gùr le point de recommencer; des bruits ont été répi la part que le Gouvernement du Boi y aurait pri^ bruits étaient dénués de tout fondement. Le Gouvernement du Koi, dans cette occasion comme dans toutes les autres, s est conduit envers T Espagne dans la seule penséed 1 aider au rétablissement de Tordre et à la pacification générale dans ce pays. Au milieu de cette crise récente, quand le gouvernement espagnol s est adressé à nous pour nous demander les mesures qui lui paraissaient propres à en empêcher le développement, quand il nous a demandé de faire interner les réfugiés carlistes qui s agitaient sur la iVonliêre et rentraient en Espagne pour prendre part

à la nouvelle ÎDflurreclîon, nous les avons fait interner. Quand il nous a adressé la même demande a l'égard des chrislmos qui se pressaient vers la frontière dans le même dessein, nous les avons fait également interner-,Une seule de ses demandes lui a été à lins tant et positivement refusée, Je n ai pas besoin'de dire laquelle j la chambre le sait j elle comprend notre prompt et catégorique refus- (Marques d approbation,)

11 est donc faux que le Gouvernement fiançais ait eu la moindre part aux derniers troubles de l'Espagne, Si nous avions voulu nous plaindre à notre tour de ce qui se passe en Espagne à l'égard du Gouvernement du Roi, des réunions publiques, des menées ourdies, des propos tenus, je ne veux pas dire par qui, mais par des hommes importants, menaçant de fomenter en France des insurrections, des révolutions nouvelles, et adressant leurs menaces au Gouvernement du Roi, à la personne du Roi, les sujets de récrimination ne nous auraient pas manqué- ÏSons nous en sommes abstenus- Nous savons quelles sont les difficultés que rencontrent en pareille matière les gouvernements libres, quelle est Ja part qu'il faut attribuer aux passions populaires, à lentraînement quelles exercent souvent sur les gouvernements eux-mêmes, indépendamment de leurs véritables intentions. Mais nous savons aussi qn il est du devoir des gouvernements de s en défendre- nous espérons que ce devoir sera rempli de l'autre coté des Pyrénées comme il l'est de notre cèle.

Le Gouvernement du Roi c'est dirigé dans sa conduite, quant à I Espagne, que par deux idées qu'il peut exprimer tout haut : l'une, cesi de contribuer à l afTermissement de la monarchie régulière, a la pacification du pays$ r autre, c'est que, ne prétendant point à exercer en Espagne uua influence exclusive, ofr certes nous lavons assez té-

— JD —

moïgné en nom reMènt & nntemïftton quand on nouai a demandait de toutes paris, nous avons aussi 18 prétention qu'aucune influence exclusive ny soit exercée ù 110 s dépens et contre nous. La pacification de l'Espagne, ses bonnes et égales relations avec tous les gouvernements avec lesquels elle est en paix, voilà noire politique quant à l'Espagne, celle que nous pratiquons chaque jour.

L honorable M, de Brézé nous a rappelé la politique de Louis XIV, la politique de Napoléon, quant à l'Espagne. Dans cette politique, messieurs, il y avait du bon et du mauvais, du vrai et du faux. Il y a certains côtés par lesquels elle est encore bonne pour la France et pour TEs pagne; il y en a d autres qui ne conviennent plus au temps, aux intérêts actuels de la France, aux principes et aux formes des gouvernements. C est donc un exemple à consulter, mais non un guide à suivre. Il faut aujourd hui travailler, autant qu il appartient ù un gouvernement étranger, à pacifier I Espagne, à affermir sa monarchie, et, en môme temps, empêcher en Espagne toute influence exclusive qui nuirait aux intérêts français, sans prétendra à exercer nous-mêmes une semblable influence ; voilà les deux règles de notre politique : je n’hésile pas à affirmer que nous les suivons exactement. Le jour où nous pourrons examiner de près ce qui se passe aujourd'hui entre 1 Espagne et la France, le jour ou les questions pendantes seront résolues, on verra que nous nous sommes conformés exactement aux idées que je viens de rappeler.

La chambre pensera comme moi, je J'espère, que le moment n est pas encore venu d'entrer datis ce débat. (Mouvement d ad[lésion.)

EXTRAIT DU MONITEUR UNIVERSEL tîu 15 janvier ISit.

I* K ON O NC U

R M. GUIZOT

mm DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES,

Hctni U (fltteu^lon iln projet d'ailrm».

Séance du iG janvier 1H4£.

n. raixoT, ministre des affaire étrangères* Je devrais iue refuser à ce débal (1)..***

Plusieurs voix* Plus haut ! plus haut î

MJ thkmtite* Je parlerai aussi baul qu'il me sera possible * mais la chambre sait que j’ai la voix un peu affaiblie-

Je devrais* dis-je* me refuser à ce débat. Il porte sur une affaire encore pendante* délicate* compliquée* qui peut d un moment à l’autre prendre des faces diverses. Ce serait mon droit et peut-être mon devoir de me taire absolument $ maison abuserait de mon silence pour in-

(l) Débat siiïciti!? par tm arnunikmenL du M, cl 12 DeuuiiïflhU à Uoccuslim du* tiffuireï d'Kapagnft.

ûmn en erreur h chambre. L'amendement qu'on lui propose me puraït plein d'inconvénients pour noire pays, pour le Gouvernement du Hoî, pour la chambre ellemême. Je veux le repousser en peu de mots et par un simple exposé de notre situation envers l'Espagne. Je Je fais, comme je le disais tout à l'heure, contre mon gré, avec le sentiment que c'est de la mauvaise politique, mais par une nécessité absolue*

La chambre se rappelle à quel moment le cabinet du 29 octobre est entré en relations avec l'Espagne; au moment même où La révolution de septembre venait de s'accomplir* La chambre sait quel mouvement, il faut bien que j'appelle les choses par leur nom, quel mouvement antifrançais a accompagné cette révolution. Je pourrais en dire les causes ; je ne îe ferai pas r je me borne a rappeler te faiL ; il est notoire. La révolution de septembre s’est accomplie au milieu d'un mouvement antifrançais et par l'influence d'un parti antifrançais.

L'attitude du Gouvernement du Ilot était donc délicate. Il prit celle d une politique parfaitement tranquille, en rapports réguliers, mats point empressés, avec le gouvernement espagnol. Le cabinet s’est surtout appliqué ù convaincre l’Espagne de deux choses : la première, que nous n’entendions aucunement intervenir dans ses affaires intérieures, et nous ingérer dans son gouvernement par une influence étrangère; la seconde, que nous ne considérions point l'Espagne comme un théâtre de nos rivalités, de nos luttes avec telle ou telle puissance européenne, sacrifiant sans cesse dans ces luttes les intérêts de l'Espagne même à nos intérêts*

Voila les deux idées qui ont été la règle de la politique du cabinet du 29 octobre envers l'Espagne* 11 les a scrupuleusement mises en pratique. Nous avons évité toute

occasion de débat, de querelle. Elles ne nous uni pas manqué. Plusieurs incidents sont survenus, que lu chambre peut se rappeler ; l'affaire des A Modes cl ['affaire de 1 ilul dcl Iley. Nous n avons voulu envenimer aucune de ces questions; nous avons été modérés, patients, tolérants, uniquement occupés d'entretenir avec l'Espagne des rapports réguliers, et de la bien convaincre que nos intentions étaient bienveillantes cl sincères.

Au bout de quelque temps, nous avons gagné du terrain. Celte tendance anïifrançaise, qui avait éclaté dans la révolution de septembre, s esl atténuée ; les rapports sont devenus plus faciles, plus bienveillants. En ministre espagnol est venu à Paris, où il n’y avait auparavant qu : un chargé d'affaires. Enfin, mie autre circonstance, qui pouvait éfre très-importante pour les affaires d’Espagne, est survenue : le cabinet britannique a changé.

Nous avons pensé que ces trois circonstances, l'améliorai ion de nos rapports, l’arrivée à Paris d'un ministre espagnol, le changement du cabinet britannique, motivaient l'envoi d un ambassadeur à Madrid. Je dirai tout à l'heure dans quelles pensées l’ambassadeur a été envoyé ; je rappelle en ce moment les circonstances au milieu desquelles l envoi a été résolu*

Au moment même ou lo Gouvernement du Koi venait de prendra celle résolution, llnsurrection Christine a éclaté* ka clmmbie sait quelles accusations ont retenti à ce sujet contre le Gouvernement français i ou l'a représeul*" comme complice, comme auteur de ï insurrection di ris line $ j affirme de lu façon la plus positive qu'il y a été complètement étranger*

Je vais plus Join ; des avertissements ont été donnés au gouvernement espagnol sur des préparatifs qui se faisaient contre hu, sur des envois d t armes > de munitions de

guerre, ele*, dans les provinces basques : on en ignorait l'objet j l'origine; mais on l’in formait du fait. El pmi après ces avertissements, l'insurrection a éclaté. Je répèle que le Gouvernement y a été tout a fait étranger. À eeüe occasion, le ministre espagnol à Paris a adressé au Gouvernement du Itoi plusieurs demandes, il a demandé que les réfugiés carlistes qui se pressaient, sur la frontière pour aller prendre part au mouvement fussent internés; la de-r mande a été accordée. Il a demandé que les réfugiés chrislinos qui prenaient la même roule fussent également internés; ils Font été* II a désigné quelques noms propres qui inquiétaient spécialement, sur cette frontière, le gouvernement espagnol; on les a fait interner, II a adressé au Gouvernement du Roi une autre demande, qui a été à l’instant même et péremptoirement refusée ; je n'ai pas besoin de dire pourquoi : la chambre le sait. (Marques d ' a pprobal ion, )

Voilà, messieurs, quelles ont été, avant l'insurrection Christine, FaLtïtude et la conduite du Gouvernement du lloî ; voilà quelles ont été son attitude et sa conduite pendant l'insurrection. Cependant tout le monde sait que, pendant et après celte insurrection, ce même mouvement antifrançais, ces mêmes emportements, ces mêmes suppositions déclamatoires et injurieuses, qui avaient éclaté contre la France au moment de la révolution de septembre, sc sont renouvelés avec une extrême violence : ÎL y a eu plus que des déclamations, plus que des suppositions calomnieuses ; des atteintes ont été portées à noire territoire; sur plusieurs points, en Espagne, nos nationaux ont été menacés ; dans le port de Barcelone, nos bâtiments ont été inquiétés. Nous avons ûù. prendre des précautions à 1 occasion de ces menaces; nous les avons prises avec une extrême prudence, dans le seul but de

garantir partout la personne et les intérêts de nos nationaux; et, dès que la nécessité des précautions s est éloignée, les précautions mêmes, les mouvements de troupes et de vaisseaux se sont éloignés aussi. Je puis l'affirmer sans crainte : dans les mesures adoptées pour préserver et notre territoire et nos nationaux des mouvements qui éclataient en Espagne, la plus grande modération a été pratiquée.

L’insurrection étouffée, Je mouvement anarchique qui se produisait sur plusieurs points fît sentir au gouvernement espagnol la nécessité d'une répression plus efficace, d’un retour plus énergique aux principes d'ordre. Nous avons jugé que c'était là un moment favorable pour faire partir l'ambassadeur du HoL Dans cette crise naissante, le gouvernement espagnol devait sentir un besoin d'appui ; et quand je dis appui, je ne le dis pas d’une façon qui puisse être désagréable ni insultante pour une grande nation ; je parle de cet appui moral, de cette adhésion éclatante que la présence d’un ambassadeur donne au pays, au gouvernement auprès duquel il est accrédité. Le départ de l'ambassadeur du Uoi pour Madrid était, dans notre pensée, d’abord une grande marque d affection, de déférence pour la jeune reine à laquelle la France cl son ïloj doivent et veulent donner toute la protection qifun pays et un gouvernement étranger peuvent donner hors de leur territoire.,., (Marques d'adhésion an centre.) C'était en même temps une marque d’impartialité, de neutralité dans les dissensions intérieures de l'Espagne. C'était aussi, comme je le disais tout à l’heure, un appui prêté au gouvernement espagnol contre l'anarchie qui le menaçait, et qu’il sentait le besoin pressant de réprimer; c'était enfin un grand appui moral donné à ce gouvernement auprès de l’Europe pour l'aider à atteindre le but qu'en gar-

dani LûuLes les convenantes de leur dignité les gouvernefficnls nouveaux ont toujours raison de poursuivre, leur reconnaissance par les peuples civilisés et les gouvernements anciens* (Nouvelles marques d'adhésion.)

C'est là un but très-légitime ; c'est une grande force dont les gouvernements nouveaux ont besoin, et qu'il serait insensé à eux de ne pas rechercher* On recherchait cette force pour l'Espagne - t nous le savions, et nous avons pensé que l'arrivée d r un ambassadeur du Ilot à Madrid seconderait puissamment les négociations entreprises dans ce dessein*

Voilà dans quelles idées, dans quels sentiments l'ambassadeur du Roi a été nommé et est parti* Si je ne me trompe, F honorable préopinant lui-même, malgré ses préventions, doit trouver cela sérieux et légitime.

Quand l'ambassadeur est parti, messieurs, il était nommé depuis plusieurs mois; on savait auprès de qui il était accrédité. I! était accrédité auprès de la reine Isabelle U j on savait quelles étaient ses lettres de créance; il ne pouvait y avoir à cet égard aucune incertitude.

Quand il est arrivé, non pas le premier jour de son arrivée, non pas dans sa première entrevue avec M* le ministre des aiïaires étrangères d'Espagne, mais ïe lendemain seulement, la question dont ou a tant parlé a été élevée. Un dit aujourd'hui : Pourquoi ne l avez-vous pas prévue? Et de quel droit nous aurait-on demandé de la prévoir? Nous avons agi dans cette occasion, comme dans toutes les autres, loyalement, publiquement, selon nos précédents, selon les principes de toute monarchie, constitutionnelle ou autre, selon les règles du droit publie européen.

Quant aux précédents, je ne parlerai pas, si vous voulez, des anciens, de ceux qui sont anterieurs à ! établisse-

— Sfi —

sement Uu régime constitutionnel en Espagne et en France r ils sont nombreux, clairs, tous semblables. Je veux bien les omettre, quoique je fasse grand cas de leur autorité. Je me bornerai aux précédents nouveaux, aux précédents de noire propre Gouvernement, précédents auxquels toute l'Europe a concouru.

En Grèce, l'Europe a envoyé des ministres à un roi mineur. Ces ministres, ceux de la France comme les autres, ont été accrédités auprès du roi mineur. C’est à luimême qu iis 01 R remis leurs lettres de créance eu présence de la régence*

Voulez-vous un autre exemple plus frappant encore, plus analogue à l'Espagne, un exemple absolument pareil au cas qui noos occupe?

Au Brésil, l'empereur don Pedro II était mmeur j le régent, M. Feijo, élève la même prétention qu’on élève aujourd’hui à Madrid, la prétention que les lettres de créance, quoique adressées au souverain, lui soient remises à lui eu personne, comme investi, dit-il, de la plénitude de l'autorité royale. 11 élève celte prétention $ il la porte u la connaissance de tous les membres du corps diplomatique, à Rio-Juneiro* Elle est unanimement repoussée, repoussée plus lard par les instructions venues d'Europe, comme elle l'avait été au premier moment par les agents diplomatiques établis à Rio-Janeiro, L’Autriche, la France, F Angleterre, répondent de la même façon* Le régent renonce à sa prétention, et les lettres de créance sont présentées à l'empereur mineur, en présence du régent, qui les reçoit après lui.

Voilà les faits récents des Etats constitutionnels les plus analogues à l'Espagne par leur origine, par leur langue, par leurs institutions. (Très-bien! très-bien!)

Rien de plus simple, messieurs : c’est là le principe

même de )a monarchie, Que faut-il h la monarchie? que, pendant les minorités, tout ce qui est dignité, hommage, manifestation publique, s'adresse à la personne du souverain; que tout ce qui est autorité, exercice réel et efficace du pouvoir, soit remis à la personne investie de la régence,

La minoriU dans une monarchie, ce n'est pas la mort, ce n'est pas Féclipse du monarque : il est inactif, il n'est pas absent. Il y a des devoirs qui s'adressent h lui, des droits qui résident en ïui. Si cela n'était pas, vous verriez bientôt, dans les minorités» et surtout dans les minorités placées au milieu des révolu lions, vous verriez bienlût disparaître la monarchie, («4# centre.' Très-bien!) Lorsque celle question s'éleva au Brésil, précisément au sein d’une monarchie Baissante, et naissant au milieu des révolutions, ce fut là la raison principale sentie et alléguée par toute 1 Europe* ïl faut que la royauté paraisse dans tonies les occasions où elle pcuL paraître convenablement, où elle a, non une autorité pratique et réelle a exercer, mm des hommages u recevoir, soit de ses peuples, soit des étrangers.

Et ce ne sont pas là, messieurs, des questions d'étiquette, de vaines formalités * c’est ainsi que les gouvernements se fondent, c'est ainsi que les principes se maintiennent, c'est ainsi que les sentiments sont entretenus, alimentés, échauffés dans le cœur des populations. (Trèsbien ï ■ Si vous voulez faire disparaître t où Les les occasions de les manifester, si vous ne voulez pas que la dignité extérieure reste au monarque, ne comptez plus sur la monarchie, elle disparaîtra bientôt elle-même. (Très-bien !}

En élevant, je ne dirai pas cette prétention, car ce n'était pas d une prétention qu'il s'agissait, nous avons eu Lintenüon de continuer un droit et un fait, un droit et un

fait non-seulement français, mais européen ; car lorsque ce qui s'est passé à Madrid a été connu en Europe, partout* partout sans hésiter* les cabinets ont donné raison à lu France; les cabinets constitutionnels comme ceux qui ne le sont pas* l'Angleterre comme les puissances continentales. Partout on a reconnu que le Gouvernement du Roi n avait fait, en cela, que se conformer à ses propres précédents, aux précédents de tout le monde* aux règles de sa propre monarchie, aux règles de toutes les monarchies, constitutionnelles ou non; et ceux des cabinets européens qui ont pu manifester leur opinion en Espagne, l’ont fait hautement.

Voila, messieurs, le véritable état de la question*

Aux faits que je viens de rappeler, aux raisons que je viens de donner, l'Espagne en oppose d’autres. Je ne les discute point; ce n'est pas moi qui viendrai, à moins que je n’y sois contraint, discuter à ceLte tribune le sens d’un article de la constitution espagnole; à l’Espagne seule il appartient d f en décider* Sans nul doute, quand l’Espagne juge à propos d'imposer certaines conditions, certaines règles à la réception des ambassadeurs ou des ministres plénipotentiaire# étrangers ; quand elle dit que sa constitution le lui prescrit, elle est dans son droit. {À gauche. Très-bien Ij Personne ne prétend la contraindre à le violer. Mais son droit ne détruit pas le nôtre (C'est évident!), son opinion ne fait rien à la nôtre. (Très-bien!) Nous restons tous parfaitement libres. Eh bien, nous ne croyons pas que nous devions, que nous puissions convenablement pour nous-mêmes, utilement pour l'Espagne, avoir un ambassadeur à Madrid à de telles conditions ; et nous rappelons le nôtre.

Oit dît î II ne fallait pas envoyer d'ambassadeur. J'ai diL tout a l’heure par quelles raisons nous bavions envoyé.

— âf) —

J ai dit que nous n étions point tenus de prévoir cet obstacle, que nous n'avions rencontré nulle iiarl; j'ajoule que la crainte même de le rencontrer n eût pas clé pour nous une raison suffisante de ne pas envoyer à Madrid un ambassadeur, et de ne pas essayer de rendre à l'Espagne te service important que nous croyions ci que nous voulions lui rendre par cet envoi, (Très-bien!)

Dans ma conviction# que je n entends en aucune façon imposer à l'Espagne, que jexprime pour mon pays, l'Espagne a méconnu ses propres intérêts j elle a méconnu et les intentions du Gouvernement du Roi, et les avantages qu'elle devait en retirer.

El ce n’est pas moi seul qm parle ainsi : l’Espagne a des alliés, des amis: qu’elle les consulte ; ils lui tiendront le même langage, soyez-en certains*

Les choses étant ainsi, messieurs, que vous demandet-on par l'amendement ?

Le discours de la couronne a gardé le silence sur 1 Espagne : il nous a paru que c'était, envers l'Espagne ellemême, l'altitude la plus convenable de notre part j que je meilleur service que nous pussions encore lui rendre était de ne pas faire de ceci une occasion de débat solennel et irritant*

Le Gouvernement du Roi n'a point provoqué le débat qui s'élève aujourd'hui^ il a eu 1 intention de ne point le provoquer* La chambre entend-elle changer cette altitude du Gouvernement du Roi envers l'Espagne? la chambre entend-elle substituer une diplomatie à une autre? entend-elle faire de la diplomatie dans son adresse? en s'occupant de répondre au discours de la couronne, entend-elle répondre à l’adresse descortès de Ma#îd ? {Trèsbien !) C'est de cela qui! s’agit, messieurs* Le Gouvernement du Roi a suivi envers l'Espagne une certaine poli-

Üqucjil a pris une certaine aUiUide; il l'a prise dans le discours de la couronne comme dans ses autres actes. De leur côté* les certes de Madrid ont fait une adresse. Que vous demande-t-on ? de répondre dans votre adresse a celle des cortès, et non pas au discours de la couronne- (Murmures à gauche.) Est-ce là ce que veut faire la chambre? (4a centre. Non l non!) Croit-elle que ce soit là son rôle dans les affaires extérieures du pays? croit-elle que ce soit ainsi qu’elle doive y intervenir pour porter son jugement sur la manière dont elles sont conduites? croitelle que ce soit ainsi, dans une affaire pendante, dans une situation flagrante, qu elle doive venir exercer une action imprévue, irrégulière, et entrer en conversation avec une assemblée étrangère, au lieu de répondre au discours du Roi? Là est la vraie question. La chambre en décidera* (Approbation au centre. — Une longue agi talion succède à ce discours.)

EXTRAIT m MONITEUR UNIVERSEL du 26 jnQvîer 1B42-

C'IIAMJSItE DES DÉPUTÉ»

Session de 1841 - 1842 .

EXTRAIT DU DISCOURS

pnoKOftoS

PAR M. GUIZOT

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