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Discours prononcés

Après le discours de M, Je due de Richelieu, je n’ai pas demandé la parole. M. Je duc de Richelieu s'est appliqué à retirer, à la démarche dont il parlai!, toute importance , toute signification politique; il Ta présentée comme un acte de reconnaissance personnelle, de respect purement privé envers Je malheur. On peut témoigner du respect au malheur, et manquer en même temps à d'autres devoirs; on doit respect en ce monde à autre chose encore qu'au malheur, et on a d'autres devoirs que ceux de la reconnaissance. Mais cnûn, M. le duc de Richelieu ayant voulu effacer de sa démarche tout caractère, tout sens politique, je n'ai pas cm qu'il nie fût nécessaire de prendre la parole après lui.

Il en est tout autrement après le discours que vous venez (l’entendre (1)- C’est à votre adresse tout entière, c’est aux sentiments qu’elle exprime qu’on s’attaque, ce sont ces sentiments qu’on vous demande de retrancher.

Messieurs, ces sentiments exprimés en votre nom, ce sont nos devoirs à nous, ce sont les devoirs du Gouvernement du Roi; nous entendons y être üdèles ; nous adhérons à voLre adresse ; nous la regardons comme l’expression de nos devoirs les plus sacrés; et c’est a ce titre que je viens défendre les phrases dont on vous demande le retranchement.

*i. le marquis iïe v£ft\c. JTen demande le retranchement, parce que, dans une de vos phrases, vous faites allusion à un parti-.. (Bruits divers; interruption.)

le TrawsiSTitE. de prie Thonorable préopinant d’être bien persuadé que je n’élüderat pas la question du parti auquel il fait allusion ; c’est de cela même que je veux parler.

Messieurs, pour remplir les devoirs que voire adresse nous recommande, nous n’avons pas attendu que des faits bruyants vinssent nous en faire sentir la nécessité; en même temps que nous avons vu passer tant de choses, tant de manifestations de parti, tant d’actes coupables, que nous tes avons vus passer, dis-je, avec une tolérance, une libéralité, une longanimité qui ont frappé et qui frappent chaque jour tout le monde en Europe , en même temps nous avons fait acte de vigilance quand l’intérêt ou La dignité de la France nous ont paru le demander. Nous n'avons pas voulu exercer sur les démarches du prince exilé, auquel on a fait allusion, une surveillance inquiète et tracassière; mais quand sa présence dans Tune des capitales de l’Europe nous a paru avoir l’une de ces deux conséquences, ou de fausser, d’ embarrasser la situation du représentant du Roi, ou de fournir un encoura-

(1) AI, la marquis Vérac*

k* ment à des passions* à des espérances criminelles, nous avons déclaré que nous ne pouvions accepter cette situation* et que* si elle se prolongeait* la présence simultanée du représentent du Itoi dans le même lieu ne nous paraîtrait ni convenable, ni possible. (Très-bien!)

Nous avons dit cela* en 184!* à Vienne; en 1842, 4 Dresde; en 1843, à Berlin; et partout, celte déclaration a été reçue et accueillie comme parfaitement sage, naturelle, légitime, comme la conséquence nécessaire des maximes les plus élémentaires du droit publie appliqué aux rapports internationaux. Partout des mesures ont été prises pour que les conséquences dont nous nous préoccupions ne pussent pas avoir lieu. Ces mesures ont atteint leur but*

En Angleterre, quand M, te duc de Bordeaux est arrivé à Londres, nous avons prévu une situation différente. Cest un pays de grande liberté, de grande publicité; nous savions que son gouvernement n'était pas armé, contre les conséquences dont nous nous étions préoccupés ailleurs, des mêmes moyens de répression ; mais en même temps nous comptions et nous avions raison de compter sur la loyale amitié du gouvernement anglais ; ce qu'il a fait a pleinement répondu à noire attente. La reine d'Angleterre n'a pas reçu M. le duc de Bordeaux ; elle a voulu donner par-là une marque éclatante de son déplaisir, de sa réprobation contre h couleur qu'on voulait donner au voyage du prince, à son séjour , contre les conséquences qui pouvaient en résulter*

Après cette résolution de la reine d'Angleterre de ne point recevoir ni en public ni en particulier M* le duc de Bordeaux , sont survenues les scènes de Bclgrave-Square* le les appelle à dessein des scènes, des scènes scandaleuses, scandaleuses aux yeux de tous les hommes sensés et de tous les gens de bien de lous les pays. (Très-bien ï)

Frappés de ces scènes* nous avons senti qu'il était de

notre devoir de demander au gouvernement anglais s'il n'avait donc aucun moyeu de réprimer, chez lui, ce qui avait été prévenu partout ailleurs, ce qui n’aurait été toléré sur aucun autre point de l'Europe.

Le gouvernement anglais nous a répondu que les moyens légaux de répression lui manquaient, qu'il ne pouvait qu'exprimer son profond déplaisir, sa profonde réprobation ; il nous l’a exprimé, à nous \ il l’a exprimé aussi à d’autres. C’est tout ce qu’il était possible pour lui de faire, et pour nous de lui demander. Mais lé résultat de ces scènes avaiL amené un fait grave, un fait public dont l’Europe entière, aussi bien que la France, était frappée. Ce fait, c’est la disparition de la qualité de prince malheureux et inOffensi f, voyageant pour son instruction, comme on le disait lout à l’heure, et à la place de cet Le qualité, la proclamation de celle de prétendant 4 la couronne de France, en vertu d’un

droit . D’un droit1, je ne devrais pas me servir de celle

expression dans celte enceinte ; d’un prétendu droit que, depuis 1830, aucun Français vivant en France, sous les lois de son pays, jouissant des libertés de son pays, ne peut laisser seulement nommer. (Très-bien l)

If faut que je me serve ici des noms propres, que je dise les choses telles qu’elles sont. Le duc de Bordeaux s’est transformé alors en prétendant déclaré, acceptant lui» même celle qualité qui lui a été donnée ouvertement par la plupart de ceux qui sont allés â Londres le visiter.

Messieurs, nous le savons parfaitement ; il n’y a dans ces faits là, pour nous, pour le Gouvernement du Roi, aucun danger. Le Gouvernement du Roi repose sur une base trop large et trop sure, il est trop profondément idenLifié avec tous les grands intérêts, tous les grands sentiments nationaux, pour qu’il soit au pouvoir de qui que ce soit de le mettre réellement en danger (très-bien ï) 5 l’expérience de ce qui s’est passé en France depuis treize ans, ne permet 4 personne

d’en douter. Nous avons vu d'auLres scènes, nous avons surmonté d'autres périls que ceux qui pouvaient nous venir de Belgrave-Square : Nous avons, comme votre adresse le dit, vaincu tour a tour toutes les factions, tantôt séparées, tantôt réunies, [Vous tes avons vaincues, non par noire mérite, non par notre vertu supérieure, mars par le mérite , par la vertu de La position nationale du Gouvernement du Roi (nouvelle approbation!), par sa force intime et propre que rien au monde ne peut lui enlever.

Eh bien, nous savons parfaitement que eette Force le met au-dessus de tout danger, que tous les événements heureux ou malheureux, grands ou petits, que ce soient des fêtes ou des deuils, meLlront en évidence la nationalité profonde de la dynastie qui règne sur la France. (Très-bien!) Nous n'avons donc, sur les faits dont ^entretiens La chambre, aucune inquiétude.

Nous n'avons aucune inquiétude par une autre raison, bien inférieure à celles que je viens de citer, mais qui cependant a sa valeur, parce que nous savons Fêtai intérieur du parti légitimiste lui-même. Je me sers à regret de ces mots, mais dans la situation où nous sommes , il faut appeler les choses par leur nom.

Le parti légitimiste, messieurs, a envoyé â Londres, on dit deux mille, je dirai mille, peu importe ! un certain nombre de ses adhérents. Je rf hésite pas à dire que parmi ceux-là, beaucoup y sont allés, dirai-je à regret? c'est possible (On rit) ; en touL cas, ce n'est pas un sentiment bien vif qui les y a poussés, c’est un mouvement demo le momentanée, FïnOuence de tel ou tel article de journal, sans vraie passion, sans vraie conviction politique. Les réunions dont on vous parle ont été aussi frivoles que bruyantes (Très-bien I), eL si Fan avait cru qu'elles fussent sérieuses, qu'elles engageassent dans une véritable lutte politique, si l’on n'avait pas eu confiance da fis leur impuissance et leur nullité, soyez certains que la plu-

part de ceux qai sont allés à Londres n’auraient pas quitté Paris. (Rires approbatifs* sensation,)

El ceux qui rfy sont pas allés, ceux qui ont compris autrement leurs devoirs envers leur pays, ceux qui, dans le parti légitimiste, ont mis leur qualité de citoyen, ou de député, ou de pair de France, au-dessus des témoignages de respect que d’autres allaient donner à une illustre infortune, croyez- vous que ceux-là n’aient pas déploré, n’aîent pas împrouvé ce qui se passait à Londres, ce qu’on allait y faire? Je n’hésite pas à affirmer que, dans le sein du parti légitimiste, la plupart ont amèrement regretté, déploré, blâmé ce que tout à V heure on est venu louer à la tribune.

Messieurs, il y a dans ie parti légitimiste des éléments bien différent?; il y a des insensés, des étourdis, des brouillons; il y a aussi des hommes sensés, éclairés, honorables, qui tout en gardant fidélité à leurs sentiments, à leurs traditions, savent respecter aussi le Gouvernement de leur pays, et concilier, dans ta dignité de leur repos, ces sentiments différents# Ne vous y trompez pas, ceux-là (et ce sont de beaucoup hs plus nombreux et les plus considérables), ceux-là ont sévèrement blâmé ce qui s’est passé à Londres, et à l’heure qu’il est ils regrettent profondément que toutes ces scènes aient eu lieu. Nous sommes sûrs que de ceux-là il ne peut venir aucun danger au Gouvernement du Roi. U surmontera il leur opposition, leurs attaques, comme il en a surmonté tant d’autres; mais nous sommes tranquilles à leur egard; ils ne deviendront jamais des brouillons ni des factieux.

J’ai donc pleine raison de le dire : soit que je considère la France entière, la masse de la naLîon, soit que je parle du parti légitimiste lui-même, ces faits n’ont aucun danger.

Pourquoi donc nous en occupons-nous? Pourquoi, messieurs? Parce qu’il y a dans ce monde, pour les gouvernements et pour les pays qui se respecteut, autre chose que le danger; parce que ce ne sont pas seulement des questions

d’cxïsieïice qu’ils ont à traiter. Le scandais est une grande affaire pour les gouvernements et les pays qui se respectent. Eh bien, il y a eu ici un scandale immense; il y a eu scandale politique et moral; il y a eu un oubli coupable et quelquefois honteu x des premiers devoirs du citoyen* Oui, des premiers devoirs du citoyen ! On n’a pas besoin d’occuper telle ou telle situa Lion particulière, on n’a pas besoin d’avoir prêté tel ou tel serment pour devoir obéissance et soumission aux lois et au gouvernement de son pays. Cette obéissance, cette soumission, c’est la première base de la société, c’esL le premier lien de Tordre social ; et quand on voit ce devoir aussi arrogamment, aussi frivolement méconnu, il y a, je le répète, pour tout le monde, sous toutes les formes de gouvernement, un scandale immense, un profond désordre social. Des hommes, pour échapper aux lois de leur pays, s’en vont abuser des libertés èLrangères; ils vont faire dire à un gouvernement étranger, à un gouvernement libre : « Je n’ai aucun moyen légal de réprimer de pareilles scènes ; mais ce sont des désordres scandaleux qui, si nous ne nous connaissions pas comme nous nous connaissons, si nous ne savions pas quels sont nos sentiments réciproques, pourraient compromettre les boas rapports des deux pays, des deux gouvernements* n Voilà ce qu*on a fait dire au gouvernement anglais. Oui, il y a là un scandale immense dont les gouvernements (et les gouvernements libres plus que les autres), doivent s’inquiéter beaucoup, et qu’ils doivent réprimer au moins par une ré~ probation formelle, par un blâme sévère, en annonçant que si de pareils désordres, de semblables démonstrations devenaient des manœuvres criminelles, les pouvoirs de TÉ at sauraient les déjouer*

EL croyex-vous que, indépendamment du danger ci du scandale, il n’y ait pas dans de tels faits un grand mal pour îa société ?

Messieurs, je prends le parti légitimiste lui-méme dont

je vous entretenais tout k l’heure. Mon Dieu J il a le tort que presque tous les partis ont eu chez nous et qu’ils oui encore souvent. Des hommes sensés» des hommes sérieux, des hommes honorables , n’ont pas assez d’énergie politique pour résister aux brouillons, aux insensés; ils ne savent pas les contenir, ils ne savent pas même toujours les désavouer et s’en séparer, de sorte que dans ce parti comme dans beaucoup d'autres, passez-moi la vulgarité de l'expression, c’est la queue qui mène ta tête ; c’est la portion inférieure, la moins considérable, la moins éclairée, la plus déraisonnable qui gouverne ; c’est à celle-ià qu’on obéit.

Quand de pareils faits se produisent, savez-vous quel est le devoir du Gouvernement ? c’est de protéger, dans le parti même qui lui est opposé, les hommes sérieux et sensés contre les brouillons et les étourdis ; c'est de sc conduire de telle sorte que 1rs uns ne smenL pas a la merci des autres , qu’ils ne soient pas gouvernés, dominés, entraînes par les autres. C’est la un devoir du Gouvernement , et nous le remplirons. Volet un au Ire mal. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait réellement guerre civile, que La France entière soit menacée, pour que le pays et la société souffrent beaucoup. Les tentatives, les velléités de guerres civiles, les scènes pareilles à celles de Belgra ve-Square, sèment la discorde en Ire les classes de citoyens* Ges animosités ranimées, échauffées, excitées, sont déplorables. Savez-vous qu’il n’est pas si difficile de réveiller en France beaucoup de préjugés et de passions révolutionnaires? ^avez-vous que par des scènes pareilles, par les noms qui s’y rattachent, par les souvenirs qu’elles rappelle ni, vous rallumez dans le cœur d’un grand nombre de citoyens des idées, des sentiments contraires à la paix publique, aux bons rapports des citoyens entre eux? il esL du devoir du Gouvernement de combattre celle pente funeste, de ne pas laisser rallumer ccs passions et ces germes de dissensions civiles.

Voilà, taeasiçurSj ce qui nous fait un devoir des recommandations que vous exprimez dans votre adresse. Nous ne sortirons pas de La politique modérée, libérale qui a été pratiquée depuis treize ans ; mais nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour que, dans l’avenir comme dans le présent, Le repos public, le sort des partis euz-mémes ne soient pas a la merci de quelques tentatives folles, j’ai le droit de les appeler criminelles* C’est là ce que nous dit votre adresse FcrmeUez-moï de relire la phrase :

u L empire des lois est établi, les factions sont vaincues, et les pouvoirs de L'État, en dédaignant leurs vaines démonstrations, auront l'œil ouvert sur Leurs manœuvres crirain elles* »

Oui, messieurs, nous dédaignerons, comme nous l’avons fait depuis treize ans, les folles démonstrations; maïs quand ces démonstrations deviendront des scandales révoltants pour la conscience publique, quand elles deviendront des symptômes menaçants pour la paix publique, le commencement, La préparation, l'annonce, je ne sais pour quel moment, de manœuvres criminelles, nous leur résisterons énergiquement, avec votre concours, et nous sommes sûrs que dans cette lutte nous ferons prévaloir la paix publique , l’honneur du Gouvernement, Les bons rapports des citoyens entre eux, eL la sécurité des partis mêmes qui se laissent entraîner à de pareils égarements. (Vive approbation.)

KXIIIAIT DU MORTEL K UNIVERSEL du S janvier 184i

« ii misai: des iiéputés

session de 1843-1844

PAR M. GUIZOT

MfflISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ,

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