‹ Discours prononcésChapitre 2 sur 36 · DANS LA DISCUSSION DU PROJET D*AÏ>RESSE AU ROE · texte numérisé non relu

DANS LA DISCUSSION DU PROJET D*AÏ>RESSE AU ROE

Séance du 15 janYÏcr 1844.

Messieurs,

Je remercie l1 honorable M. Berry cr d’avoir repris la parole, cl cFavoîr complété son discours; il a été écouté, il a pu le voir, avec la convenance et l'attention qui lui étaient dues; sa liberté a été entière; pour Fhonneur de la chambre et de ce débat, je tiens à le constater.

Quant à son discours même, il y a une réponse meilleure, infiniment meilleure que tout ce que je pourrais dire t ce sont les faits mêmes qui se sont passés et qui se passent à Londres et parmi nous.

il y a quelques semaines à peine, une réunion avait lieu à Londres, une petite cour d’un prince tantôt aunoncé comme le roi de l'avenir, tantôt déjà lraUàderoi,Ie$ petits états généraux d'une nouvelle émigration d'un moment . (On sourit*)

On avait même tenu à y avoir les trois ordres, (Üa rit,) Tout le monde est allé, tout le monde est revenu librement, tranquillement, sous la protection officielle du Gouvernement qu'on avait un peu Pair de braver*

Maintenant, messieurs, parmi nous, sur le sol français, il y a une autre réunion plus grande, plus imposante ; les grands pouvoirs de l'Etat sont assemblés; le Roi et la France se rapprochent eue parlent officiellement. Que font-ils? que faitesvous? Déployez- vous, contre la réunion de Londres, des mesures bien rudes, bien violentes? Invoquez vous contre elle, ce qui serait arrivé partout ailleurs dans le monde, la sévérité des lois anciennes, si elles ont prévu ces excès, des lois nouvelles, si les anciennes ne suffisent pas? Nullement ; yous ne faites rien de semblable; vous exprimez sur ce qui s'est passé à Londres votre sentiment; vous témoignez votre réprobation; et vous écoulez avec une juste impalience, mais sans murmures, vous écoutez jusqu'au bout l'orateur qui vient vous contester le droit d'exprimer votre sentiment et votre réprobation. Voilà tout. (Très-bien ! très-bien ï)

Et pourtant, messieurs, on se plaint, on se récrie, on parle d'injustice, de dureté, de rigueur* Je vous le demande, vit-on jamais, en présence de tels fails, de la part de tous les pouvoirs publics, de tout le pays, un pareil exemple de douceur, de tolérance, de libéralité? De quel droit vous plaignez-vous? Quels principes êtes-vous venu tout à l'heure invoquer à cette tribune? Vous ne pouvez parler de liberté, vous ne pouvez en réclamer plus que vous n3en avez; vous avez usé, largement usé, je ne veux pas dire abusé, do toutes les libertés que nous avons conquises et fondées de puis cinquante ans, pour vous comme pour nous, mais sans vous, malgré vous, quelquefois contre vous* (Très-bien! trèsbien ■)

Vous en avez usé, vous en aviez le droit; nous l'avons pleinement accepté* Quand je dis nous, pardonnez-moi, messieurs, je ne parle pas seulement du cabinet actuel, ni de

tous les cabinets qui Font précède, ni même seulement de toutes les majorités qui les ont soutenus. Je parie de tous tes pouvoirs publics qui, depuis treize ans, ont présidé aux destinées de la France, cabinets de toutes les dates, majorités el oppositions. Quelles que soient nos dissidences, nos querelles, il y a an -dessus de tout cela un but commun que nous avons tous poursuivi, une œuvre commune à laquelle nous avons tous travaillé. C’est l’établissement d’un gouvernement fondé sur la réciprocité des droits, sur le principe du contrat entre le prince et le pays. Voila le gouvernement que nous avons entendî fonder. Et nous avons inscrit sur nos bannières; liberté, ordre public. Nous avons entendu concilier les deux grands principes de toute société bien organisée. Et cela, je n’en fais un mérite particulier à aucun des cabinels ni à aucune des majorités; c’est le mérite de tous les amis du Gouvernement de Juillet, Ce sera l’œuvre glorieuse de noire époque, et, cette gloire- là, tous en auront leur part*

Voilà notre principe, messieurs, voilà ce que nous avons entendu faire depuis 1 830 : est-ce le vôtre? celui de votre parti , le drapeau élevé à Bel g rave- Square contre notre drapeau de 1830? Non. Je vais vous dire quel est le principe en vertu duquel on a parlé et agi à Be Igra ve-Square, quel est le drapeau qu’on a élevé contre le nôtre.

On a parlé et agi au nom d’un droit qui se prétend supérieur à tous les droits, au nom d’un droit qui prétend demeurer entier, imprescriptible, inviolable, quand tous les autres droits sont violés (Très-bien I ); au nom d’un pouvoir qui n’accepte aucune limité, aucun contrôle complet et déficit if; au nom d’un pouvoir qui ne peut pas se perdre lui-même, quelque insensé et quelque incapable qu’il soit (Très-bien de qui les peuples, quoi qu’il fasse, doivent tout supporter*

C’est là ce qu’on appelle la légitimité, (Très-bien ! )

Voilà le principe de Belgrave-Square, voilà le drapeau qu’on a apposé là à notre drapeau de 1830.

Messieurs, üq le sait, je suis profondément monarchique ; je suis convaincu que la monarchie est le salut de ce pays, et qu’en soi c’est un excellent gouvernement; et la monarchie, je le sais, e’cst rbérêdïté du trône consacrée par le temps : cette légilimiLé-là, je l’approuve, je la veux, nous la voulons tous, nous entendons bien la fonder. Mais toutes les hérédités de races royales ont commencé, elles ont commencé un certain jour, et il y en a qui ont fini. La nôtre commence, ta vôtre finit (Très-bien l)

Quant à la légitimité dont vous vous prévalez, que vous invoquez, ce droit supérieur à tous les droKs, ce pouvoir qui ne peut pas se perdre lui-même, de qui les peuples doivent tout supporter . Ah! je tiens ces rnaxiines-Ià pour ab¬

surdes, honteuses, dégradantes pour l’humanité .

zw. xiKiunni. Je demande la parole.

JI. LB TOXVKMTAt K WTXâUlH KTBlftlBtS

Et quand on prétend les mettre en pratique, quand on prétend les tendre dans toute leur portée et les pousser jusqu’à leurs dernières extrémités, une nation fait bien de se revendiquer elle-même et de rétablir, à ses risques et périls, par un acte héroïque et puissant, ses droits méconnus ei son honneur offensé. (Très-bien !)

C’est là ce que mm avons fait en 1830; c’est là ce qu’on voudrait défaire aujourd’hui. Belgrave-Square n’a pas d’autre but, ni d’autre sens. (Nouvelle approbation.)

Messieurs, nous avons vu poindre ce dessein-là, nous avons vu commencer ce travalMà dans un moment fatal , quand un coup déplorable est venu nous frapper, nous et notre famille royale; des espérances se sont réveillées alors, des perspectives se sont rouvertes quand le prince qui faisait notre espérance et notre perspective nous a été ravi ; nous avons vu commencer Belgrave-Sf/uàre ce jour-îà. (C'est vrai ï Très- bien l)

Eh bien, en le voyant, nous avons pourvu par La loi de régence aux besoins légaux de l’avenir; mais, du reste,

nous n’avons pris aucune mesure nouvelle, nous n'avons restreint aucune liberté, nous avons continué notre politique modérée et libérale. Seulement nous avons tenu à faire voir au pays les richesses qui lui restaienl. Les Bis du Roi ont voyagé en France. Alors vous avez voulu aussi montrer votre prince.

Au centre. Oaî, c’est cela.

m, l i: uivisnti- Un autre prince, un autre avenir ; c’est le mot dont on s’est servi. Et ne vous prévalez pas de n’avoir pas fait davantage. { Très-bien I — On rit.) Pour agir réellement contre un pouvoir établi , contre un gouvernement régulier , il fa u L avoir an moins des prétextes, il faut avoir des libertés à revendiquer, des droits violés à ressaisir. Vous n’avez rien de semblable. On peut dire tous les malins dans les journaux que les droits sont violés, que les libertés n’existent pas. Mais on ne peut pas agir sérieuse* menl d’après ce fait, car il est faux, parfaitement faux. (Très-bien ! très-bien I)

Il ne suffit pas meme, quand on veut attaquer un gouvernement, d’avoir de tels motifs ; il faut avoir dans le pajs un certain appui; il faut trouver des disposition* un peu favorables, des chances possibles. Vous n’avez rien de tout cela. Vous n'avez ni griefs ni forces. (Très-bien 1)

Vous avez donc été contraints de ne faire que des démons* tratîons ; vous avez voulu du moins préparer des voies, ouvrir des perspectives*

Tout à l’heure vous nous parliez de votre modération, des bonnes et patriotiques intentions qui vous animent, qui animent votre parti, qui animent le prince que vous venez de quitter.

Quand j’admettrais tout cela, savez-vous ce que je vous dirais ? c’est que , si tout cela est vrai, tout cela est vain, (titres approbatifs.)

Les bonnes intentions, les bons et sages conseils n’ont jamais manqué à la branche ai née de la maison de Bourbon*

Il y a toujours eu auprès d’elle, autour d’elle, des hoinuies qui lui ont dit la vérité, des horomesqui voulaient réellement le bien du pays. Elle n’a pas su, elle n’a jamais su les eroire ni les suivre. Elle est toujours retombée plus ou moins vile, plus ou moins compiétemenl, sous le joug des aveugles et des insensés. (Vive approbation.)

il y a, messieurs, il y a des destinées écrites, il y a des incapacités fatales (Sensation), dont aucun conseiller, aucun médecin ne peut relever, ni une race, ni un gouvernement. (Marques d’adhésion.)

Voilà le vrai, messieurs, sur ce qui s’est passé à Londres, sur Totre conduite et votre situation.

' 0ÎCI le vra*> a mon s™* sur les dispositions du pays à cet egard, sur le jugement qu’il en porte. Il en est offensé et point inquiet. (Approbation.) Il ne se fait aucune illusion sur vos desseins, il a pleine confiance dan» votre impuissance. (Rires prolongés.)

La chambre pense et sent comme le pays. (Oui! oui!) Voilà pourquoi tout ce bruit que vous avez fait et entendu a

. à quoi? à une phrase dans une adresse.

La chambre a raison, parfaitement raison d’en agir ainsi. Il faut que les deux seuls sentiments vrais et sérieux qu’il y ait aujourd Imi uans le pays sur ce qui s'est passé, une profonde réprobation et une profonde sécurité, ii faut que ces deux sentiments soient également écrits dans le langage et dans les actes des grands pouvoirs publics. (Marques d’approbation au centre.)

Nous n’avona, quanL à présent, rien de plus à faire, rien de plus à demander, Que la chambre vote donc son adresse, qu’elle la vole comme sa commission la lui a proposée, car c’est là le vrai*

Il ne s’agit point ici d'une question de personnes; nous n’avons pas le moins du monde à prononcer sur Je caractère de tels ou tels de nos collègues. A Dieu ne plaise qu’une telle question descende jamais dans cette enceinte ! Il s’agit

ici de grandes manifestations politiques, aussi grandes qu'on a pu tes faire. (Rire approbatif an centre.) fl s'agît (f exprimer sur leur compte le double sentiment du pays, fa réprobation et la sécurité. Que la chambre le fasse. Elle aura pleinement suFfi aux besoins de la situation. Et nous, nous dont la pré* voyance est éveillée, notre vigilance sera attentive; les perspectives que vous avez voulu ouvrir à vos adhérents, elles sont ouvertes pour tout le monde ; nos regards y pénètrent comme les leurs; ce qui peut être pour les uns objet d’espérance est pour les autres objet de sollicitude. Vienne la nécessite de mesures plus graves, te Gouvernement fera son devoir, comme la chambre fait aujourd'hui îe sien, en marquant de tels préludes du sceau de la réprobation nationale. (Vive approbation.)

EXTRAIT PU SÏCmTEim U PU VERS EL Ou 16 janvier 1844.

Imprimerie P AISTKOUCKE , rue des Poitevins, il.

CHAMBRE DES DÉPUTÉS

session de 1843—1844

PAR M. GUIZOT

MIMTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

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