‹ Discours prononcés par l'Hon. G.E. Cartier en présentant le bill de milice et les résolutions concernant les fortifications [microforme]Chapitre 3 sur 3 · DE JE · texte numérisé non relu

DE JE

dans le temps, les reproches les plus amers de messieurs de Ja droite. Ceci prouve une fois de plus que lés hommes publics, du moment où ils se croient dans le vrai et le juste, (et sous ce rapport j'étais parfaitement tranquille en ce qui concerne le lieutenant-colonel Powell,) les hommes publics doivent aller de l’avant ! avec la certitude d’obtenir un jour ample réparation des attaques qu’ils auront pu subir.

M. MACKENZIE.-—-D’après ce que je sais des dispositions de l’Hon. Ministre de la milice, je m'attendais à un bill tout différent de celui qu’il vient de présenter. L’Hon, monsieur a souvent déclaré, dans cette chambre, qu’il n’avait jamais regretté aucun de ses actes. Fort de cette déclaration, je m’attendais à voir reparaître le fameux bill Lysons. Personne, je suppose, ne sera mécontent d’apprendre que mon attente a été trompée. (Très-bien.) Mais autant que je puis apprécier Ja mesure qui vient d’être présentée, cette mesure, à mon avis, promet trop et trop peu. Le vote demandé n’est aucunement en proportion du résultat qu’on prétend obtenir. . Il en résulte de deux choses l’une: ou que le bill est insuffisant en raison de l’objet qu’on veut réaliser, ou qu’il sera trop coûteux eu égard au résultat. Je suis toutefois heureux d’avoir appris, de la bouche même de l’Hon. ministre de la milice, qu’il est parvenu à satisfaire et le gouvernement anglais et le colonel MacDougall, commandant de notre milice, lequel avait préparé,—dit la rumeur,—un bill tout différent de celui-ci. Je n’entrerai dans aucun détail avant d’avoir pris connaissance du bill et l’avoir comparé à la loi actuelle. Mais je puis déclarer, dès ce soir, que les Honorables membres de la gauche, avec lesquels je fais généralement cause coramune, ne soulèveront point une opposition factieuse à cette mesure. Ils seconderont le gouvernement dans toute dépense nécessaire pour la défense du pays et l’honneur du drapeau Anglais. (Très-bien.) Les Hons. membres de la droite ont traité bien différemment l’Hon. membre pour Cornwall à propos de la réponse à la dépêche mentionnée il y a un instant; à mon avis, cette réponse est l’un des plus précieux documents de l’histoire politique du Canada. Relativement à ce que PHon. ministre de la milice nous a dit de la population maritime de la Grande-Bretagne, je puis ajouter que d’après des statistiques positives, la population maritime de l’Angleterre et de ses colonies représente un total de 432,000 hommes. Ce seul fait est propre à nous consoler lorsque nous entendons les citoyens des Etats-Unis parler de la décadence de l’Angleterre. (Applaudissements.) Lors de la seconde lecture du bill, je pourrai exposer mes vues plus en détail.

L’Hon. M. DORION.--Ce bill contraste surtout avec la loi

actuelle, présentée par le gouvernement dont je faisais partie, —en ce qu’il restreint le mouvement volontaire par la limitation du nombre d’hommes de chaque division régimentaire au contingent que cette division est obligée de fournir. Dans les districts où le système volontaire ne fournirait pas le contingent requis, on aura recours au tirage au sort. Ce bill substitue donc le système coercitif au système volontaire. ‘Or je ne vois aucune bonne raison à ce changement ; je crois, au contraire, que le mouvement volontaire devrait être encouragé le plus possible.

L’Hon. M. CARTIER.—Après quelques observations sur les discours qui viennent d’être prononcés, ajoute :—Tout en blämant certains détails de la loi‘de milice de l’Hon. membre pour Cornwall, mes amis et moi-même nous avons voté pour cette mesure, J'espère que, même les Hons. membres qui peuvent blâmer certains détails de la mesure actuelle, feront preuve de la même impartialité.

M. CARTWRIGHT.—Le rejet du bill de 1862 demeure, à mon avis, uh acte peu patriotique, et dont les résultats ont été fort préjudiciables au pays.

En réponse à M. BLANCHET, l’Hon. M. CARTIER ajoute :—La durée du service volontaire est réduite de cinq ans àtroisans. Tout volontaire a le droit de quitter à six mois d’avis, sauf le cas où il serait en service actif. Les volontaires n’ont d’autre rémunération que la satisfaction qui résulte toujours de Paccomplissement du devoir. Le gouverneur aura le pouvoir de diviser le pays en divisions topographiques et régimentaires. Les bataillons seront formés de toutes les compagnies volontaires et de service. Le Canada sera divisé en neuf districts qui seront subdivisés en divisions régimentaires et enfin en divisions de compagnie, Le Bas-Canada formera trois districts ; Ontario, quatre ; le Nouveau-Brunswick, un; la Nouvelle-Ecosse, un. Je demanderai la seconde lecture du Bill, le mardi de Pâques, 14 courant,

CHAMBRE DES COMMUNES, OrrawaA, le ler Mai, 1868.

Sir G. E. CARTIER propose que la chambre se forme en comité pour examiner les résolutions suivantes :

1. Qu’il est expédient de décréter qu’une somme n’excédar:t point £1,100,000 sterling, soit appliquée pour faire face aux frais de construction d'ouvrages de fortification pour la défense de Montréal, et autres cités et places à Pouest de Montréal, et aussi pour la défense de la cité de St. Jean dans le Nouveau- Brunswick.

2. Qu’il est expédient que les sommes requises pour l’objet mentionné dans la résolution précédente soient prélevées, de temps à autre, au moyen d’emprunts sous la garantie du gouvernement impérial, et que les sommes ainsi prélevées, avec l'intérêt sur icelles, soient imputées sur le fonds de revenu consolidé du Canada immédiatement après les appropriations pour la construction du chemin de fer intercolonial, aussi bien que toutes autres sommes qui pourront être nécessaires pour rembourser le dit emprunt, soit au moyen d’un fonds d’amortissement n’excédant point un pour cent par année sur le principal ainsi prélevé afin de le payer, soit de toute autre manière que le gouverneur en conseil pourra prescrire.

L'Honorable Monsieur explique ces résolutions et continue en ces termes:

Le contenu de ces résolutions n’est pas nouveau. On propose un emprunt de £1,100,000 sterling, sur la garantie du gouvernement impérial pour construire des fortifications devant servir à protéger Montréal, Kingston, Toronto, Hamilton, Paris ou London et St. Jean, Nouveau-Brunswick. Lorsque cette question fut soulevée, il y a quelque temps, on prétendit que ces deniers ne seraient appliqués qu’aux fortifications de Montréal. Je suis heureux de pouvoir contredire cette prétention en soumettant les résolutions que je viens de lire. Onsait que le gouvernement impérial a entrepris de fortifier Québec. Il fera également ce qui est nécessaire pour défendre Halifax, la station navale la plus importante que l’Angleterre ait sur ce continent. Le gouvernement impérial a constamment déclaré que toutes les ressources de lempire seraient, au besoin, employées pour défendre le Canada ; mais le Canada doit le seconder dans cette entreprise. Les dépêches exposant les vues du

gouvernement impérial à cet égard ont été soumises à la chambre. Il nous demande de ponrvoir à la défense de Montréal. On a fait observer qu’il serait fort injudicieux de laisser la province d’Ontario sans défense. Mais le gouvernement impérial ne veut pas nous mettre dans une fausse position. Il a déclaré qu’une fois Montréal et Québec furtifiés, il entreprendrait la défense du Canada. C’est ce qui a pu faire croire que tous les deniers seraient dépensés à Québec et à Montréal, et que la province d’Ontario resterait sans défense. Il y a eu plus tard, entre le gouvernement impérial et le gouvernement Canadien, des conférences danslesquellesil a été convenu que des fortifications seraient aussi élevées sur plusieurs points stratégiques du Haut-Canada,—Toronto, Kingston, Hamiltonetautreslocalités. Dans ce but, le gouvernement impérial est convenu d'étendre sa garantie jusqu’au montant nécessaire pour fortifier ces places aussi bien que Montréal. Jene puis, en ce moment, soumettre aucun rapport confidentiel sur la nature précise de ces fortifications. Pareille communication serait déplacée. Dévoiler le secret de ces rapports serait grandement nuire au but qu’on se propose. La somme requise pour fortifier Montréal, point le plus important de notre système de défense, ne dépassera pas £430,000 ou £440,000 sterling. On y construira un camp retranché, en vue d’une invasion de nos voisins LA le Lac Champlain, soit par Ogdensbourg. Ce campet ces fortifications s’étendront en face de Montréal jusqu’au comté de Vaudreuil. Cette somme de £440,000 sterling suffira donc aux fortifications que demande le gouvernement anglais. Les dépenses nécessaires pour fortifier St. Jean, Nouveau-Brunswick, par terre et par mer, s’élèveront de £190,000 à £200,000 sterling. Plus de la moitié de l’emprunt restera donc disponible pour la défense d’Ontario. Une grande partie de cette balance sera dépensée à Kingston, qui forme la clé du Haut- Canada, et le reste à Toronto, à Hamilton, Paris ou London. Il est probable qu'à London on construira une sorte de camp permanent. On fera sans doute plusieurs objections à ces dépenses pour les fortifications. On dira premièrement que ce sont des travaux improductifs. Je répondrai que la position de notre pays est devenue assez importante pour que nous suivions l’exemple d’autres nations et que nous opposions une barrière aux aggresseurs. Or, en élevant une barrière entre nous-mêmes et nos voisins, nous leur déclarons solennellement, à la face du monde, que nous voulons rester unis à la Grande- Bretagne. 11 faut nous rappeler que nous avons reçu beaucoup d’argent de l’Angleterre : les capitaux de nos banques, les fonds

nécessaires à la construction de nos lignes ferrées, ctce.; et lorsque nous aurons élevé les défenses dont je viens de parler, ce sera une nouvelle garantie pour les capitalistes Anglais que leurs deniers sont en sûreté chez nous, etnous pourrons, à l'avenir, obtenir des placements plus considérables et à des conditions plus avantageuses, 11 s'ensuit que l’argument contre ce projet, qui n’est autre chose que le projet de fortifications recommandé parle gouvernement Britannique, —argument qui consiste à dire que l’on a dépenser des sommes considérables pour des travaux improductifs,—tombe de lui-même. On objecte encore que ces dépenses sont trop fortes gour nos ressources. L’Honorable Ministre des Finances a déMontré que, l’année prochaine, il y aurait un surplus suffisant pour payer l’intérêt et le fonds d'amortissement sur les deniers empruntés non seulement pour ces fortifications mais encore pour le chemin de fer intercolonial. Supposons que emprunt se fasse par cinq versements annuels de £220,000 sterling chacun : à quatre pour cent d’intérêt, plus un pour cent attribuable au fonds d’amortissement, nous aurons à payer la première année, %52,532; la seconde année, #107,066 ; la troisième année, #160,600 ; la quatrième année, #214,133 ; la cinquième année et les suivantes, #267,666. Dans 38 ou 42 ans, suivant que le fonds d’amortissement sera placé à 6 ou 5 pour cent, tout l’emprunt sera remboursé ; et je pense que l3 charge ainsi imposée au trésor public est bien légère si lon prend en considération les énormes avantages que la Puissance retirera des dépenses faites. Les dépenses ardinaires de la Milice n’excèderont pas #900,000 ou #1,000,000 ; si l’on ajoute à cette somme #267,000 pour l'intérêt et le fonds d’amortissement de l'emprunt des fortifications, après la cinquième année, nous aurons un total annuel de #1,267,000 qui représente toute les dépenses qu’un grand pays comme la Puissance du Canada devra faire pour entretenir sa milice et ses fortifications. Or tout autre peuple situé comme nous dépense davantage à cet effet; et je crois que quand les fortifications seront terminées, les dépenses de la milice pourront être moindres que je l’ai dit. On a encore objecté qu’aucunes fortifications ne peuvent résister aux puissants canons d’invention moderne, tels que les canons Armstrong et autres. Mais je prétends et je pourrais facilement démontrer que cette opinion est fausse et mal fondée. Un Honorable membre a dit que la loyauté et le courage des habitants du Canada constituent les meilleures fortifications que Sa Majesté puisse désirer pour défendre la Puissance. J’admets volontiers que c’est là une ressource précieuse, mais elle n’est pas suffisante. Une nation

inférieure en nombre + peut, sans fortifications, tenir tête à une nation plus nombreuse, Les sujets loyaux doivent pouvoir compter sur toute la protection possible lorsqu’ils ont à défendre leur pays. Je ne saurais admettre un instant que les fortifications sont inutiles. Elles sont surtout précieuses pour un peuple situé comme nous; si notre climat a ses inconvénients, il a aussi l’avantage de ne permettre les opérations militaires que pendant six mois de l’année. Dans la dernière guerre des Etats-Unis, nous avons vu comment les immenses armées commandées par les généraux du Nord avaient été tenues en échec par les fortifications de Petersbourg et de Richmond. Avec ses fortifications, le Sud qui ne pouvait mettre en campagne plus de 400,000 hommes, a tenu tête, pendant cinq ans, au Nord dont les ressources étaient bien supérieures et qui a mis en campagne une armée de 2,600,000 hommes, Au cas d’une invasion du Canada, les forces Anglaises nous soutiendraient, tandis que les Etats-Unis auraient besoin d'une grande partie de leur armée pour défendre les côtes de l'Atlantique, et la Californie et l’Orégon bien plus accessibles à l'Angleterre que le Canada ne l’est aux Etats-Unis. Je ne vois pas comment, en cas de guerre, les Etats-Unis pourraient diriger plus de 150,000 hommes sur le Canada ; mais après la dernière guerre et les impôts énormes dont elie a grevé la nation, je ne crois pas que les Etats-Unis songent à entrer en hostilité avec la Grande-Bretagne. (Cris de “ Ecoutez,” ‘ Ecoutez,”’—sur les bancs de l’opposition.) On a dit que si les Etats-Unis nous attaquaient nous n’aurions rien de mieux à faire que d’aller au devant de leurs armées en rase campagne, de leur opposer homme pour hoinme. Mais ils ont plus de monde que nous et, malgré cela, ils élèvent des fortifications. [lci l'honorable monsieur passe en revue certains événements de la guerre de Crimée pour montrer l’importance des fortifications; il parle aussi des négociations entre la France et la Prusse au sujet de Luxembourg et de la protection efficace que l’Autriche a trouvée dans le Quadrilatère pendant la dernière guerre d’Italie.] J'espère, continue-t-il, que les résolutions que J'ai l’honneur de soumettre à la chambre seront adoptées presque unanimement. L’honorable membre pour Lambton a dit qu’il proposerait un amendement, mais je suis sûr que cet honorable monsieur lui-même sera très-satisfait si son amendement est perdu par une écrasante majorité. Mon intention n’est pas de presser le vote aujourd’hui en comité. Je désire que la discussion ait son cours lorsque lOrateur aura repris le fauteuil, après quoi je proposerai l’ajournement des débats afin que chaque membre ait bien le temps de réfléchir avant que le vote soit pris.,

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