‹ Discours sur l'action de Marie dans la Société prononcé devant l'Union catholique de St. Hyacinthe le 8 décembre 1872 [microforme]Chapitre 12 sur 23 · A. POLETTE · texte numérisé non relu

A. POLETTE

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Invité à faire entendre ma parole en eette circonstance, j'ai été houreux d’acquiescer au désir qui m'a été exprimé, parce que cela me permettait de donner une nouvelle preuve de l'intérêt que je porte à cette association. L'utilité de son but sous le rapport religieux et littéraire, le zèle de ceux qui la composent pour s'instruire eux-mêmes, et instruire les autres, et la faveur qu'elle reçoit par la présence à ces réunions de tant de personnes distinguées, tout cela me faisait un devoir de Ini donner un encouragement, que toutefois, je dois le dire, je voudrais sentir d'une autorité plus élevée, d'une efficacité plus puissante.

L'invitation acceptée, il a fallu me demander quel sujet je devais traiter en ce jour devant cet auditoire... J'ai hésité sur le choix... Tout d'abord je me suis dit : La réunion dans laquelle J'aurai à parler a été fixée à ce jour où l'Eglise honore Marie dans ce glorieux privilège de son Immaculée Conception ; c'est Ja fète patronale de cette association dont la fin est de rendre ses membres plus aptes à servir la religion et la patrie. Trinfluence du culte de Marie sur la société ne serait-elle pas un sujet qui conviendrait à cotte circonstance ? Puis j'ai éloigné cette pensée de mon esprit. J'ai craint que l’on ne dit le mot du poëte non erat las locus. Ce n'est pas le lieu où l'on traite des matières religiouses. [ne faut pas que tout siège d'où parle un prètre soit une chaire. Jo sentais cela. Cependant ma première idée m'estrevenue. J'ai fait la réflexion que le sujet que j'ai exprimé, ne pouvait guère, tel que je le concevais, être traité dans la

chaire, parce qu'il ne pouvait convenir à une grande partie des tidèles, peu préparés à une dissertation de cette nature et que d'ungutre eûté il demanduit des considérations historiques et sociales par lesquelles il devrait appeler l'attention des membres de cette société, parcequ'il rentrerait sons ce rapport dans l’objet de leurs études,

Au reste j'ai entendu bientot des personnes compétentes m'ob server que l'auditoire auquel je m'adresserais ne pourrait écouter qu'avec satisfaction parler de l'action de Marie dans la Société,

Je dois Ave qu'un événement récent qui à occupé tonte la presse catholique, protestante et incrédule, mais on le sent, avec des appréciations bien différentes, 4 eu une grande influence sur le choix du sujet de cet entretien, C'est ce fait mème qui vu ètre, pour ainsi dire, mon point de départ pour l'excursion que nous allons faire dans le domaine de l'histoire, et de ce que j'appellerai la philosophie religieuse,

(1) Au mois de Février 1858, à la porte d’ane petite ville du Midi de la France, commençait une série de prodiges dont les derniers qui se sont accomplis, viennent de jeter un éclat qui illumine ou éblouit tous les regards. Une petite fille de 13 à 14 ans, portant le nom gracieux de Bernadette, d'une famille obscure et pauvre, dénuée de toute instruction, était sortie ave” quelques compagnes, pour ramasser des fagots. Elle se trouvait en face d’une grotte creusée dans la partie inferieure d’un rocher enorme aux pieds duquel est assise la ville qu'elle habitait, Toutà-coup elle entend comme le bruit d'un vent impétueux ; et cependant aucune brise même légère n'agitait les branches des arbres. Elle lève la tête, et comme éblouie, terrassée, elle s’aftaisse aur elle-mème et tombe à deux genoux. Une ineffable

(1) Ce récit de l'apparition de Marie est une analyse de l'Histoire de N.- D, de Lourdes, par M. Lasserre.

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lueur remplissait la grotte, au milieu de laquelle apparaissait une jeune femme de la plus ravissante beauté, qui jetait sur l'enfant un regard plein d'affection, A cet aspect, celle.ci était entrée dans une sorte d'extase, et sa physionomie se rovétait ellemème d'une grâce pleine de charmes, exprimant le respect, l'admiration

et une joie céleste,

Bientôt la merveilleuse tigure disparut, La jeune fille retourna à la maison paternelle où le récit de ce qu'elle avait vu ne trouva pas de foi. Animécdu désir de revoir le spectacle qui Favait charmée, elle revint au bout de quelques jours à la grotte, et le mème phénomène s'offrit encore à ses regards et agit sur elle de la même manière.

Le bruit de cette merveille se répand, nombre de personnes accompagnent Bernadette retournant au lieu du prodige, et le voyent en quelque sorte se renouveler dans Ie changement qui s'opère en la figure de la jeune fille sous l'influence de Ia vision qui la charme. Bientot elle entend celle qui Tni apparaissait Tui demander de revenir aupres d'elle pendant quinze jours, Tai pro mettant en retour l'éternel bonheur.

Les populations accoureut à la grotte avec des cicrges et des feurs; elles ne voient et n'entendent rien; mais à l'aspect de l'enfant favorisée du ciel, elles sont saisies d'un sentiment reliwieux qui les exalte et les remplit de joie,

Le fait devient si éclatant que les Journaux s'en occupent. C'est une comédienne, qui joue pour de l'argent, dit d'abord la presse irréligicuse ; la vue de Bernadette dans ses extases, la simplicité et la sincérité de ses réponses font bientot tomber cette assertion. C’est une hallucinée, une visionnaire, reprend F4 parole ou fa plume anti-chrétienne ; mais le calme de la jeune fille, lu lucidite de son intelligence, l'accord parfait de toutes ses paroles ne permettent pas de la qualifier ainsi à ceux qui la voient et qui l'en tendent, Cette affaire est nne intrigue du clergé, dit-on alors... mais le Curé de Lourdes, homme d’un mérite éminent, exerçant sur sa paroisse une grande influence, ne croit pas & l'apparition.

tout en la reconnaissant possible, et ni lui, ni aucun prêtre de la ville, ne se mélent à la foule faisant cortège à Bernadette lors qu'elle se rend au lieu de la vision merveilleuse,

Quoi! un prodige plus étonnant que ceux qui ont été crus au moyen-âge, en plein 19e sciècle! Cela ne pouvait se tolérer. La police reçoit l'ordre de réprimer cet outrage à la civilisation moderne. Uu jour, au moment où la jeune fille sortait de l'Eglise, un sergent de ville la saisit et l'emmène chez le commissaire de police. C'était un homme essentiellement ennemi de tout ce qui est surnaturel, et d'une habileté consommé dans l'exercice de ses fonctons, [fait subir à Bernadette un long et perfide interrogatoire ; il essuie par tous les moyens, méme pur d'odieuses menaces, d'amener une contradiction duns ses réponses ; il ne peut y réussir, et stupefait d'être vaincu, il s'écrie : quelle obstination invincible dans ce mensonge et quelle habileté à le soutenir! Il exige des parents de l'enfant qu'ils lui interdissent d'aller à la grotte ; mais une force à laquelle elle ne peut résister l'y ramène. et les parents, témoins de ce prodige, révoquent leur défense,

Bernadette entend la voix de la Dame (comme elle l'appelait) lai revéler un secret pour elle seule, et lui donner l'ordre de dire aux prêtres d'élever une chapelle au lieu où elle apparaissait,

Le Cure de Lourdes dit a la jeune fille de demander un signe de la vérité de la mission qui lui est donnee. Elle le demande et ne lobtient pas Mais voici qu'elle recoit de l'apparition Pinjonction d'aller boire et se laver à un endroit qu'elle lui indique du doigt. Elle S'y rend: aucune eau ne coulait en ce lien. Cependantsous l'influence d'une inspiration, ou sur un nouveau signe de celle qui lui parle, elle se met à gratter le sol de ses deux mains et à creuser la terre. La foule voit ce mouvement avec étonnement. Un certain nombre se mettent à rire, voyant là une preuve du dérangement de cerveau de la pauvre visionnaire, Tout-à-coup le fond de la petite cavité qu'elle avait creusée de ses mains devient humide: ce n'était encore que de la boue ; quoique avec répugnance Bernadette porte à sa bouche cette eau bourbeuse, et elle en lave sa figure pour accomplir l'ordre qui Ii

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avait ete donne, Voici qu'un filet d'eau commence à couler : il devient de plus en plus limpide, il s'échappe bientôt en un jet considérable, et enfin, il forme une source puissante donnant chaque jour plus de cent mille litres, environ 25 mille gallons.

On le sent, cela devenait sérieux pour la science incrédule, Elle avait dit d'abord c’est un suintement du rocher qui aura eu lieu par hasard : ensuite c'est une flaque d'eau, une simple mure qui va être bientot asséchée, Après elle ne dit plus rien, Elle allait subir un bien autre échec,

Un homme du nom de Bourriette avait totalement perdu un œil ; il se frotte avec l'eau de la source, et il voit parfaitement de cet œil ferme auparavant à toute lumière, [1 rencontre sur la place publique son médecin ; il lui annonce qu'il est guéri. Le docteur écrit une phrase sur son calepin ; il met sa main sur l'œil valide de Bourrictte pour le fermer, et il lui dit: je croirai à votre guérison si vous lisez ce que je vous présente, Bourrictte, de son œil naguëres malade, lit sans hésiter : * Bourriette a une amaurose incurable ; il n'en sera jamais guéri.” — Le Docteur se rendit. Les libres penseurs se partagerent en trois Opinions sur le fait. Les uns disent : Bourrictte n'a pas été guéri ; d'autres : il a toujours bien vu des deux yeux, et quelques-uns, comme M. Renan expliquant les miracles de l'Evangile : il s'imagine qu'il voit.

Mais qu'a du dire la tourbe mécréante à une suite de Sguérisons de toute espèce, ordinairement instantanées, qui depuis le fait de Bourriette se sont succédées jusqu'à aujourd'hui ? Cest par centaines que se comptent ces prodives,

Il y avait un mois et demi que l'apparition avait eu lieu pour la première fois : on était au jour où l'Eglise rappelle l'Annon. ciation dé Ia Ste, Vierge, et l'Incarnation du Verbe divin, Ce jour-là même, entourée d'un certain nombre de personnes qui

avaient déjà été guéries par l'eau de la source qu'elle avait

ouverte do 5065 mains, et au milieu d'une foule immense, Bernadette dit à celle qui lui apparaissait : Madame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes, et quel est votre nom. Trois fois elle fait cette demande en vain ; mais la quatrième fois sa conlance persévérante fut récompensée. Elle entendit cette parole : * Je suis l'Immaculée Conception." C'est comme si Marie eut dit, non pas je suis pure, mais je suis la pureté mème, la virginité incarnée et vivante.

Le lieu ouse passaient ces: merveilies était devenu un sanctuaire, ou les populations, mème de contrées jusqu'à un certain point éloignées de Lourdes, venaient prier, apportant des dons pour la chapelle que l'on devait construire. et ornant la grotte de fleurs. et de divers objets pieux. N°

Puce fallait pas que le sumaturel twiomphat aussi paisiblement, Le préfet du département, après avoir amené à ses vues le ministre des cultes, M. Rouland, ordonna d'enlever les er-roto et les cilets divers places par la piété des fidèles sur le lieu de lapparition. Le commissaire de police, charge de l'exécution de ect ordre était celui qui avait interroge Bernadette : il ne put trouver dans touie la ville, malgré l'argent qu'il offrait, qu'une iemme qui lui prétat un chariot pour transporter les objets qui seraient enlevés, ef co n'est aussi qu'avec peine qu'il se procura une hache pour briser la balustrade mise devant la grotte. Le lendemain la femme qui avait fourni la voiture se brisa une côte dans une chute, et l'ouvrier qui avait prèté Ia hache cut les pieds ccrasés,— Va foule contemplait avec terreur et indignation la profanation qui s'opérait par le commissaire de police. [Ty eut un moment d'explosion menaçante : le commissaire tremblait, craignant 1e couroux de ce peuple blessé en ce qu'il avait de plus cher, mais des voix s'élevant dans la foule s'écrient : Du calme, point de violence, laissons tout à la main de Dicu.—C'est une chose admirable que ni dans cette occasion, ni dans aucun des rassemblements iréquents de multitudes nombreuses à la grotte, il n'y ait eu auenne émeute, aucune voie de fait, ançun accident matériel.

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